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DE LA GÉNÉRATION

Cet acte, qui a pour but de donner le jour à des êtres nouveaux, indépendants de leurs générateurs, et tout à la fois semblables à eux, est dans son essenœ analogue à celui de la nutrition : c'est un acte formateur. Aussi allons-nous retrouver des phénomènes que nous avons pour ainsi dire appris à connaître en étudiant la nutrition, ou tout au moins que l'étude précédente nous permettra de pénétrer plus facilement.

Nous rangerons tout ce que nous avons à examiner sur ce point sous six chefs : 1** théories de la génération; 2* production des deux get^es, 3° fécondation ou union des germes, 4* grossesse, 5° accou^ chement^ 6» lactation.

I. Théories de la géitération. — Comment Comprendre que l'être engendre un autre être semblable à lui? Ou mieux, quelle est l'essence de cet acte? Telle est la question que, depuis bien longtemps, s'est posée l'esprit humain.

Des faits successivement découverts ont enfanté des théories successives jusqu'à l'époque où nous sommes. Ce sont ces découvertes et ces théories que nous devons connaître pour arriver à comprendre les vérités acquises. Nous aurons surtout en vue ce qui regarde la génération de l'homme, et nous ne parlerons de la génération des autres êtres vivants qu'autant que cela pourra être utile à notre sujet.

Les anciens médecins et philosophes grecs, avaient émis des tht^ories multipliées sur la génération, ainsi qu'on le peut voir dans le traité d'Aristote, De generatione et corruptione. Ils discutaient si le contraire engendre le contraire, ou le semblable son semblable ; si la production du semblable n'était pas plutôt le fait de la nutrition, et la production du contraire l'essence de la génération ; ils se demandaient si la génération n'est pas simplement une agrégation, et la corruption une ségrégation. Démocrite, dont l'opinion finit par dominer, prétendait que la génération commence par une corruption, ou mieux que la corruption est un générateur; la graine est mise en terre où elle se corrompt, se désagrège, pour qu'une nouvelle agrégation forme la plante nouvelle. De même dans l'espèce

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humaine, le germe produit par l'homme est porté dans Tutérusde la femme comme dans une terre, et là se corrompt, se désagrège pour ensuite reparaître comme un homme nouveau. Heraclite, au contraire, faisait de la génération une métamorphose. Pour lui, le germe représente Tôtre qui Ta produit, être en petit, en miniature, en raccourci, et sa conception n'est qu'une métamorphose qu'il subit pour reparaître sous une forme nouvelle. Pour Démocrite, le nouvel être est un homme nouveau ; pour Heraclite, c'est l'être ancien qui s'est métamorphosé. Hippocrate, se rattachant à Démocrite, admettait que la semence est formée de parties matérielles, émanées de toutes les parties du corps ; que la femme a une semence comme l'homme, que l'être nouveau résulte de la mixtion de ces deux semences. Platon faisait venir la semence de la colonne médullaire.

Aristote a rappelé toutes ces théories dans le traité que nous avons cité, et s'est rangé à l'avis de Démocrite, que la production du nouvel être n'est que le résultat de la corruption de la semence. De là cette formule : Corruptio unius^ generatio alterius. Il ajoute que la recomposition des parties désagrégées se fait sous un moule qo'il appelle le symbole^ moule inhérent à la matière sans doute, que les générateurs ont dû communiquer aux germes. Quant à la semence, il admet qu'elle vient des parties alimentaires surabondantes, mais il développe confusément cette opiniont au milieu de ses argumentations contre Ânaxagore, Leucippe et Empédocle. Cette doctrine régna jusi^u'à la renaissance (1).

Au xvu° siècle, Harvey eut l'honneur de commencer une nou* velle phase pour la science de la génération, comme il en avait commencé une pour la nutrition par la découverte de la circulation. Dans son livre De generatione, qui parut en 1651^ il établit que l'être nouveau résulte de deux éléments différents : de la semence fournie par le m&le, et dont le rôle est de féconder ; de l'œiif fourni par la femelle, et dont l'ovulation produit le nouvel être. A cette ancienne formule, Corruptio unim, generatio alterius, il substitua oelie-ci : Omnb vivuM BX ovo. A la doctrine de la corruption, il substitua celle de Vovulation, aujourd'hui encore régnante.

(1) Ceux qui voudraient pénétrer à fond les anciennes doctrines sur la génération jusqu'au XVII" siècle, pourraient consulter le livre suivant, fort curieux, mais asseï rare : A. P» Antonii Hudio Hodefisis commenîarii in libros Aristotelis Stagiritm de orlu et interitu rerum naturaliumy seu de generatione et corrupHone, etc. (Lugduoi, 1620, m-i2.) On y trouve une discussion très approfondie des scctoUques scotistes et thomistes, qui n'a plus de valeur que comme histoire.

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Quelques années plus tard, la découverte des vésicules ovariennes par de Graaf, celle de leur descente dans les trompes par Fallope, celle des spermatozoaires par Leuwenhoeck; plus tard encore, r union des spermatozoaires et de Tovule vue par Spallanzani, complétèrent et affirmèrent la doctrine harvéienne. De nos jours, le rôle de la vésicule de germination^ la descente des ovules, les développements successifs de l'embryon, ont rais le comble à la gloire du grand physiologiste, médecin de l'infortuné Charles 1^' d'An* gleterre, en confirmant toutes les conséquences de sa formule générale.

Cependant, après Harvey, à partir de la fin du xvii' siècle et jusqu'à nous, beaucoup de théories se sont élevées pour tenter d'expliquer Yovulation, L'être résulte-t-il plutôt de la semence que de l'œuf, ou de Tœuf plutôt que de la semence? Se forme-t-il réellement dans la génération, ou y préexiste-t-il ? Voilà ce que l'on a longuement agité, et ce dont nous devons donner au moins un aperçu. C était, sous une nouvelle forme, la réapparition des an ciennes discussions.

Toutes les théories émises depuis le xvir siècle peuvent se rattacher à deux principales, qui font revivre de nos jours les débats de Démocrite et d'Heraclite : Tune tient pour la préexistence, l'autre pour Vépigénèse. Expliquons-les; nous dirons ce qu'elles prétendent et de quel côté parait être la vérité.

!• Théorie de la préexistence. — Dans cette théorie, on suppose que le nouvel être préexiste dans l'un des germes, qu'il y est en miniature, en raccourci, à l'état invisible par les meilleurs instruments d'optique, quoique en réalité subsistant avec tous ses caractères, et que la fécondation ou l'union des germes ne fait que lui donner l'impulsion du développement.

Cette théorie se subdivise selon les explications diverses qui l'interprètent dans des sens différents. A elles se rattachent les ovistes, les spermatistesj la théorie de Vemboîtement des germes.

Les ovistes pensent que c'est dans l'ovule de la femme qu'est contenu l'être futur en miniature, et que le sperme, n'étant qu'une liqueur prolifique, lui donne seulement l'impulsion vitale. Swammerdam [Prodrom. gêner, — Hist, gêner, insect.)^ Malpighi [Dissert. epist. de fùrm, pulli in ovo, Loudun, 1673), Wallisnieri, et plus tard Haller, ont soutenu cette opinion.

Les spermatistes pensent, au contraire, que c'est le sperme qui contient l'être futur; qu'il pénètre l'ovule et s'y développe, comme la graine végétale se développe dans la terre. A cette opinion, se

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sont rangés : Mosenheim [Diss. sistens novam conceptioms kistorîam), Darwin {Zoùnomia), Hill, Boerhaave, Keil, Cheyne, et beaucoup d'autres ; de nos jours, Prévost et Dunaas y ont introduit quelques variantes.

La théorie de Vemboîfement des germes fut conçue par Bonnet [Consid, sur les corps organ,)^ métaphysicien fort transcendantal, disciple de Leibnitz, mais philosophe un peu obscur. Bonnet, dont Haller acceptait aussi l'opinion, basait sa Ihèse sur ce texte de saint Augustin : « Nos fuimus in Adam ^ non solUm secundùm seminalem rationem, sed etiam secundùm copulativam substantiam, » Il soutenait donc, avec Leibnitz, que la création n'avait eu qu'un temps, que Dieu avait tout créé dans les six jours génésiaques, et que depuis tout être n'était que la mise au jour d'un être formé depuis longtemps; qu'ainsi il y avait en Adam, et par conséquent en Eve, qui en fut tirée, tous les germes des hommes futurs jusqu'à la consommation de la race ; que tous les ôtres étaient en Adam comme des germes, des moules emboîtés les uns dans les autres, et que la génération d'un nouvel être n'est qu'un germe sortant dé son emboîtement.

On a opposé à la théorie générale de Vépigénèse plusieurs objections. !° La régénération d'un membre enlevé chez certains animaux, ou même la régénération d'un tissu, est une première objection fort puissante. En effet, comment admettre qu'il n'y a pas dans l'être un véritable pouvoir générateur quand on le voit régénérer, c'est-à-dire reproduire un membre enlevé, comme cela se voit, par exemple, chez la salamandre? Si l'être était préexistant, tout fornié, il n'aurait pas en lui le pouvoir d'engendrer, et, par conséquent, de régénérer; ce qu'il aurait une fois perdu, il l'aurait perdu pour toujours; et s'il peut reproduire un de ses membres, c'est-à-dire engendrer une partie semblable à celle qu'il possédait, ne peut-il eïigendrer un être tout entier? C'est, il est vrai, arguer du particulier au général ; mais ici l'argument a une valeur incontestable. 2» Si l'être était préformé, il serait indépendant de ses générateurs; ceux-ci ne feraient guère autre chose que de le mettre au jour et n'auraient sur lui qu'une influence minime ; au contraire, l'expérience apprend que le nouvel être est le plus souvent la reproduction de l'un de ses générateurs, quelquefois un vrai mélange des deux, représentant leurs traits, leur constitution, leurs tempéraments, leur taille, leurs maladies, leurs habitudes. La confrontation de lenfant avec ses parents prouve indubitablement qu'il vient d'eux et non d'autres, qu'il vient de deux êtres chez lesquels il y a

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une puissance génératrice, puisqu'il y a un pouvoir de génération; qu'il est le produit d'une véritable formation nouvelle.

Aussi, la doctrine de la préexistence est-elle généralement abandonnée, et Ton admet avec raison que le nouvel être est véritablement un être nouveau. Cependant il y a au fond de cette théorie de préexistence une vérité qu'il ne faut pas laisser échapper, c'est que la génération n'est pas une création. En effet, cet être nouveau est vraiment nouveau ; il diffère de ceux qui l'ont précédé, il en est indépendant, il est autre, mais en même temps qu'il leur ressemble, qu'il tient d'eux, qu'il les rappelle, qu'il les fait pour ainsi dire revivre. H est donc tout à la fois nouveau et ancien : nouveau dans sou entité f dans son être, dans son unité, dans sa subsistance réelle; ancien par ce qui le constitue, par la matière dont il est formé, par les impulsions dont il est mû à son origine, par les habitudes dont il a hérité; et à ce compte saint Augustin le disait fort justement : Nous fûmes dans Adam, non-seulement par une raison séminale, mais aussi par une matière substantielle; la raison séminale qui nous meut, la chair matérielle dont nous sommes, ont été reçues par nous de nos parents, qui les avaient aussi reçues des leurs, et ainsi en remontant sans interruption jusqu'au premier homme créé, jusqu'à Adam. Nous sommes donc engendrés, non créés ^ par nos parents, et nous préexistions non réellement, mais virtuellement, en puissance.

2"* Théorie de Vépigénese, — Cl. Perrault [Essai de physique ^ Amsterdam, t. III) avait avancé que l'être ne préexiste pas, que le germe, résultat de la mixtion du sperme avec l'ovule, passe par une suite de métamorphoses, en prenant successivement des formes différentes jusqu'à celle qui doit être déGnitivement la sienne. Buffon, s'emparant de cette théorie et faussant sa vue première, imagina que ta mixtion du sperme avec l'ovule dépend de l'affinité des molécules organiques qui les composent. Ces molécules organiques, issues des diverses parties organiques des générateurs, représentent en petit des moules intérieurs de ces parties dont elles procèdent ; en s'unissant, ces moules intérieurs reproduisent des individus semblables à leurs générateurs. Ainsi donc, il n'y a pour lui ni préexistence, ni emboîtement des germes; mais, par une tentation incompréhensible, à laquelle il cède, il veut, avec ses moules intérieurs, expliquer les générations spontanées, et voilà qu'il donne à ces moules intérieurs la capacité de reproduire d'autres formes en s'unissant diversement; il accepte pour ces moules de pouvoir

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subir des métamorphoses. On n'a jamais bien oom);>îis œ qu a voulu ce grand naturaliste, et M. Fiourens {lYavaux de Buffm)^ lui ordinairement si clair, n'a pu parvenir à le rendre intelligible sur ce point.

Quoi qu'il en soit, Cl. Perrault et BuflTon, en niant formellement la préexistence des germes et en parlant de métamorphoses, et Needham {Observ, nouv, sur la génér.^ Londres, 1748), en montrant les infusoires produisant des générations successivement différentes, furent l'occasion d*une nouvelle théorie.

Ce fut C. F. Wolf qui fonda vraiment la théorie de Vêpigénèse {Theoria generattonis, Hallœ, 1774), en affirmant qu'il assistait à la génération des parties, des vaisseaux, des organes. Blumenbach la soutint, et Lamarck la poussa jusqu'aux conséquences les plus exagérées ; les travaux de Bichoff, Meckel, Serres et de tous les embryologistes modernes Tont rectifiée.

Selon Vêpigénèse, la matière du sperme et de l'ovule s'unissent; mais Wolf prétend que c'est le sperme qui joue le principal rôle et forme vraiment le germe : ce germe apparaît d'abord sous les formes les plus simples, les plus rudimentaires ; on le dirait un animal des derniers degrés de l'échelle. Plus lard, il se développe, se métamorphose; une nouvelle forme se dessine d'une esquisse plus parfaite: il était ver, il est maintenant mollusque. Plus tard encore, nouvelle métamorphose, nouvelle forme; il était mollusque, il est têtard. Parcourant ainsi toute l'échelle des formes animales, il passe successivement des degrés inférieurs aux degrés supérieurs, et le germe humain, qui ne fut d'abord qu'un rayonné, puis un articulé, puis un vertébré, devient successivement poisson, reptile, oiseau, mammifère, et enfin homme. Suivant Lamarck, tous les animaux ne sont que des degrés inférieurs auxquels s'est arrêté un germe humain en se développant, et l'homme n'est que le résultat des efforts achevés d'une nature qui a parcouru successivement les degrés de son apprentissage, et est arrivée à la dernière limite de sa perfection.

Sous cette manière de se présenter, l'épigénèse révoltait le plus simple bon sens scientifique; il était évident qu'il y avait erreur. Des travaux nombreux sur le développement du germe ont montré que l'on avait pris des apparences pour la vérité, et que l'imagination avait fait un vrai roman. Il demeure prouvé que si, à certaines époques de son évolution^ le germe humain ressemble de loin, soit à un ver, soit à un têtard, ce sont là des ressemblances fort lointaines; et qu'il ne faut croire sur ce point que ce qu'on croirait d'un

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lomme qui, YiB\\ fixé sur les nuages, dirait qu'il aperçoit des palais, es jardins d'Armide, des chevaliers, des armées, et tout ce qu'une .magination très échaufiée peut concevoir.

Mais il n'en reste pas moins prouvé aussi que l'embryon n'ap-^ parait pas, ainsi que le prétendaient les partisans de la préexistence, sous la forme d'un petit être parfait en miniature; qu'il se présente sous des formes successivement changeantes, que les organes se constituent peu à peu et séparément ; en un mot, qu'il y a une évo^ lution. C'est un fait partàitement certain aujourd'hui.

Ainsi donc, ovulation et évolution sont les deux termes, les deux formules de la science nyderne dans la théorie de la génération.

Nous allons maintenant pénétrer dans les actes divers que comprend le grand acte générateur.

II. Production des dto«xf(erme«. — Considérons d'abord les deux germes dont le concours donne le nouvel être. Voyons comment ils sont formés et comment ils sont émis par leurs producteurs ; nous parlerons plus loin de leur union.

!• Formation des germes, — Ces germes, au nombre de deux, Tun mâle, l'autre femelle, sont portés par deux individus différents; il en est de même chez tous les animaux. Dans les plantes, il y a des espèces où le même individu est tout à la fois mâle et femelle, et produit les deux germes; ce sont comme deux individus réunis en un. Ces deux germes, quoique différents, l'un femelle, Vovule, l'autre mÂie, le sperme ou pollen, se produisent de même.

a, Vovule est constitué par une cellule ou utricule contenant une niatière semi-liquide au sein de laquelle est un noyau; la cellule enveloppante s'appelle membrane vitellxne; le liquide est le vitellus, le noyau est la vésicule germinative. Cet ovule se produit au sein du tissu de l'ovaire, dont il est séparé par une membrane envelop* pante, la vésicule de Graaf, laquelle est elle-même formée de deux membranes concentriques, et contient une matière particulière, au sein de laquelle est l'ovule; de sorte qu'on peut considérer le tout comme une cellule à noyau et nucléole, dont l'enveloppe cellulaire est double.

Ce germe se produit par une simple formation, comme pourrait se produire un tissu nouveau dans l'économie, selon la théorie cellulaire que nous avons expliquée plus haut en parlant de la nutrition. Cependant il y a ici des diiférences qu'il faut signaler ; elles séparent la formation nutritive de la formation génératrice.

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DaDS l'organisation nutritive, qui répare les tissus pendaot cours de la vie, la cellule formée n*a qu'une enveloppe cellulaire travers laquelle elle est en communication directe avec lec<ei^ organique dont elle fait partie. Ici, au contraire, l'enveloppe ce; laire est double comme pour isoler le produit formé de son ^! producteur ; et de cette double enveloppe, l'externe est adhère au tissu producteur, comme lui appartenant en propre; Tinte i en est tout à fait distincte, comme l'enveloppe d*un produit i> Il n'y a donc pas eu ici une formation qui doit rester inliérr'! à son organisme producteur, mais un produit dont le proi teur s'est isolé lui-même comme pour lui pei*mettre d'être dist de lui.

Celte remarque est essentiellement importante, parce qu^ distingue nettement la formation nutritive réparatrice de h t matton nutritive génératrice; dans celle-ci, il y a scission, '\y ment, séparation du produit dans le centre prodâeteur. En gêner on peut poser cette formule: lout produit engendré se disiinçv une double enveloppe. Nous en verrons plus loin les conséquence La formation de l'ovule, si distincte ainsi d'une formation et laire ordinaire, ne dépend cependant que de la nutrition. D prouvé par la physiologie organique, après des travaux multtj qu'on trouvera dans les traités divers, que l'ovule se forme ^ l'ovaire sans le concours du germe mâle, qu'il est naturelleii> produit par la nature féminine, qu'on le rencontre avant i rapprochement sexuel, qu'on le voit môme peu après la naissa: Sa production n'est donc que le fait d'une simple fostnalion, est continue comme peut l'être la nutrition ^lle^méiiie.

Cependant cette production peut être accrue par les appn^*" de l'autre sexe et rendue plus activa C'est ainsi que les esp^^ animales réduites à la domesticité, et qui deviennent alors P' lubriques, sont plus fécondes qu'elles ne le sont à l'état sauvas^ A un certain âge, qu'on appelle âge de retour chez les feœ^ cette production cesse. De même, dans les espèces animales.^ cesse quand la femelle ne porte plus.

6. Le sperme^ chez les hommes et les animaux, pollen dans iplantes, se forme, comme l'ovule, dans un organe particulif'' testicule chez l'homme et les animaux, Vantfière dans les p'^*^^ Les observations de R. Wagi-er, puis de Lallemand et de»^^ mann, et surtout celles de Kôlliker, ont fait connaître la (o^^^' de la vésicule spermatique. Le sperme se cumpose de "?"' divers venant de diverses glandes qui donnent leurs prodo'*^*'''

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le Canal émetteur; mais ces liquides ne sont que les véhicules des spermatozoïdes, qui sont les véritables germes masculins.

Ces spermatozoïdes, que l'on a considérés longtemps comme des animalcules, mais qui ne sont de vrai, comme on les considère maintenant avec raison, qu'un élément organique mouvant, ainsi que le sont les cellules vibratiles, se composent de deux parties : Tune, ovoïde, pleine, constitue ce qu'on nomme la tète; l'autre, tenant à la tête, est une queue longue, filiforme, qui va en s'amincissant jusqu'à une ténuité extrême. Ces petits corps sont doués d'un mouvement qui ne parait pas spontané, et ne semble consister qu'en une propulsion en avants sans but déterminé, propulsion qui s'opère par les mouvements ondulés et rapides de la queue.

Ils sont produits par une simple formation. Dans les cellules épithéliales qui tapissent la face libre des canalicules spermatiques, au sein même de celte cellule, entre elle et le noyau, se forme un noyau nouveau qui devient bientôt lui-même une cellule mère; cette cellule mère contient un ou plusieurs noyaux, et chacun de ceux-ci est formé d'une utricule et d'un nucléole central, lequel nucléole est la tête du spermatozoïde, autour de laquelle s'enroule la queue. La cellule mère brise la cellule épithélialc dans laquelle elle est contenue^ et s'échappe dans le canal vecteur ; elle-même se brise un peu plus loin et laisse échapper son noyau ; un peu plus loin encore, ce noyau se brise à son tour, et laisse échapper le spermatozoïde.

Cette formation ne commence* qu'à la puberté, et continue de se faire dans le cours de la vie jusqu'à un âge très avancé ; elle est pour ainsi dire continue, mais elle a des époques d'activité et de redoublement; le rapprochement sexuel l'augmente et l'active; au contraire, la continence la diminue, l'amoindrit et l'éloigné considérablement. Kôlliker même prétend qu'il ne se fait que sous rimpulsion vénérienne, des idées, des excitations, des désirs; de sorte qu'elle pourrait s'arrêter tout à fait chez un homme qui serait maître absolu de ses impulsions. Nous reviendrons sur ce point dans le livre suivant.

2* Émission des germes. — Comme nous avons examiné séparément la formation de l'ovule et du sperme, nous examinerons séparément leur émission.

a. Uovtde, noyau d'une cellule à double enveloppe, brise les voiles qui le détiennent et est émis au dehors pour aller, après avoir parcouru les trompes, se placer dans la cavité utérine, où il se développe s'il est fécondé, oii il se détruit et d'où il est expulsé à l'extérieur comme un débris, s'il n'est pas fécondé. A la place qu'il

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occupait se fait une cicatrice qu'on appelle corpus luteum. No n'avons pas à nous arrêter sur tous les détails organologiques; no les renvoyons à la physiologie spéciale. Ce que nous devons ei miner^ c'est l'acte d'émission dans sa synthèse générale.

Jusqu'à ces derniers temps, on avait cru que l'ovule éuit 1 condé dans le lieu où il a été formé, et que sa déhiscence ne ten qu'à sa fécondation. On savait cependant qu'il en était autre:. chez beaucoup d'espèces animales; que chez les poissons, la ten dépose ses œufs au fond des eaux, et que le mâle vient ensuit: arroser de liquide spermatique ; que chez les batraciens anoures mâle tenant la femelle embrassée, arrose les œufs de son sperme moment où ils sont expulsés; que la poule pond chaque matin i œuf en dehors de toute communication avec le coq, et même a^j de l'avoir connu. Mais on croyait à une exception dans l'c^ihumaine et pour d'autres espèces animales. Ce n'est qu'après le • vaux de Raciborski, en 18(i2, et de Bischoff, en 18/i3, que s esttr vée confirmée cette loi générale, entrevue d'abord par Coste. ' grier, Duvernoy, Pouchet (Théorie positive de l'ovulation </>ou/^ de la fécondatiouy Paris, 18/!i7), de la chute spontanée del'u: la ponte naturelle chez toute femelle animale (i).

Ces travaux ont prouvé que dans l'espèce humaine, cette ; spontanée est liée au phénomène de la menstruation. Dans It' pèces animales, on observe au moment du rut un écoulenieiii queux par les parties génitales de la femelle, et cet écoul' précède l'émission de l'œuf; mais 11 y a loin de cet écoula muqueux, qui d'ailleurs est observé également chez la feui( moment des approches, à l'écoulement menstruel régulier d'une émission sanguine plus ou moins aboudante, qui ne s'o> que dans notre espèce.

La menstruation liée à la ponte de Tovule la précède; ce n'e>i iprès la menstruation, quelques jours après, que la pontealic^' en effet, la descente de l'œuf avait lieu en même temps que 1 1 lement sanguin, l'ovule pourrait être entraîné au dehors, eu condation ne pourrait se faire. D'un autre côté, on a observtMj' fécondation se faisait dans les jours qui suivent l'époque meastri^^ qu'elle n'avait pas Heu dans les huit jours qui la précèd^^^' -

(1) On trouvera la bibliographie de cette quesUon, et de toates eeUes é-''^' ne Cuisons qu'analyser l'ensemble, dans les traités de physiolo^e tf^^' ' exemple, ceux de MuUer et de Longet.

(2) C'est là un fait avancé, mais non encore démentrè comjfiéim^^^^'

BIS kçm yte^ÀTirs. t7l

Enfin, ches les filles non pubères, dool; It ponte ne se tait pas en-* core, la menstruation n'a pas lieu, de sorte que celle-ci est le signe d'une fécondation possible; de m^roe que chw la femme grosse, qui tant qu'elle e$l grosse ne peut plus concevoir à nouveaa et n'émet pas d'œuf , la menstruation n'a pas li^u non plus ; de même dies la femme qui n'émet plus d'ovules, à Vâge dt retour, \% menstruation ne se fait plus. Vérupiim des r^les, qui revient chaque mois avec quelques jours d'avance ou de retard, suivant les personnes, est donc le signe du travail qui se fait dans l'ovaire, de la rupture de la vésicule de Graaf, de l'émission de l'ovule.

Cependant il est à remarquer que chez certaines femmes, .la menstruation continue de se faire pendant la grossesse ; il y a là une exception inexpliquée*

Quelle est la cause, ou. quelles sont les causes de réinissioode l'ovule et, de la menstruation? Bien des théories ont été mises en avant. Haller pensait que la menstruation devait tenir à un étal pléthorique chez la femme, et à une plus grande mollesse des artères du bassin ; ce ne serait là tout au plus qu'un mécanisme, ce ne se* rait pas la cause réelle. Burdach accepte l'état pléthorique, et U ajoute que le sang menstruel sort parce qu'il a moins de fibrine, ce (|ue l'expérience ne confirme pas. 11 me parait que le phénomteie s'opère par cette simple raison d'uae fluxion vers les organe gé** nitaux de la femme; que c'est le fait d'une impulsion séminale reçue par la fille de sa mère ; impulsion héréditaire semblable àcelle qui opère tout dans l'économie. Suivant les famillesi la menstrua^ tion commence à tel ou tel âge, est de telle ou telle abondance, avance ou retarde, finit à telle ou telle époque ; suivant les ffimiUes^ les femmes sont plus ou moins fécondes ; de même q^e dans wiâ famille, une. maladie héréditaire apparaîtra à un Âge fixe : que la goutte, par exemple, apparue chez le père et chez l'aïeul à quarante ans, apparaîtra chez le filset.le petit-fils également à quarante ans; de môme chez la fille, la menstruation apparaîtra à quatorze ou dix-huit ans, comme elle est apparue chez la mère ou la grandV mère. Il ne parait y avoir là qu'une influence séminale, suivant les lois de cette cause.

Quant au mécanisme, nous observons que l'ovule est le noyau d'une cellule à double enveloppe, et que les phénomènes de forma* tion doivent s'y passer différemment de ce qui se fait dans pne ceU

dire aeiUemaot, avec réserve, que dans lea huii jonrç qui précàdent tes règles, une femmie peut coliabiter ^vee an hpmme sans qi^ancea .sérieuses de conoept|ej||.

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Iule à enveloppe simple. Dans une cellule simple, les rapports qui existent entre Tonveloppe et le noyau ont une action directe sur les parties qui les entourent, aussi cette cellule peut s'accroître, se multiplier. Dans une cellule à double enveloppe, le noyau est doublement séparé du centre vivant dans lequel il est placé ; if peut moins agir sur lui, et il peut en être moins influencé. Cet isolement était beaucoup moindre quand la cellule était plus jeune; alors, le noyau à peine développé n'était que comme le nucléole d'une cellule à enveloppe simple. Mais en prenant du développement, au fur et à mesure que le noyau intérieur se développe^ quMl enfante luimême son nucléole, les actions du centre de la cellule avec le milieu générateur oh celle-ci est placée deviennent de moins en moins directes, et le moment n'est pas loin où ce centre sera pour ainsi dire étranger au milieu dans lequel il est né; ce moment est celui de la séparation. Ce milieu expulse de son sein ce qui n'est plus lui, ce qui ne rentre plus dans l'unité, par cette seule loi que ce qui ne rentre plus dans l'unité n'en doit pas faire partie. Le foyer maternel emplit donc cetle cellule de liquides qui la distendent, et par cela même la déchirent, et le noyau s'échappe.

Avant même que le noyau s'échappe, il y a fluxion sanguine dans tout l'appareil génital, et une fois le noyau échappé, les liquides maternels continuent d'aifluer, par suite de l'impulsion qui les a mis en mouvement, comme pour aider à l'expulsion complète du noyau {Vovule), tant que celui-ci n'a pas franchi les voies qui le doivent mènera l'extérieur, ou du moins jusqu'à ce qu'ayant été fécondé, il ait pris une nouvelle position dans laquelle il doit demeurer encore. Puis le mouvement d'alflux cesse; les liquides restés dans les débris de ta cellule s'épaississent; un mouvement de concentration et de résorption s'opère; l'enveloppe cellulaire intérieure se plisse, revient sur elle-même, la résorption continue; il ne reste bientôt plus sur l'ovaire, à la place de la vésicule de Graaf, qu'une cicatrice jaune, épaisse, qui reçoit le nom de corpus luteum,

b. La cellule spermaloïde^ formée dans une cellule de canalicules séminiferes, sort de son enveloppe quand elle est assez avancée en développement; elle-même se déchire par le développement de ses noyaux; ceux-ci enfin laissent échapper leur nucléole qui se déroule, le spermatozoïde. Poussé par les conduits excréteurs, avançant par sa propre impulsion, celu-ici nage d'abord dans les liquides des cellules déchirées, puis dans les liquides sécrétés le long des parois des canaux vecteurs ; le sperme s'accumule dans les vési-

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;ules spermatiques, d'où il sort par éjaculation. De là uq inéca<* lisnie qu'enseigne la physiologie organique.

Nous avons dit plus haut que la formalion spermatique était continue avec des redoublements et des ralentissements, depuis 'âge de la puberté jusqu'à un âge avancé; que, selon Kôlliker, die serait intermittente, et pourrait même n'avoir pas lieu. L'émission 3st intermittente, n'ayant lieu que sous l'influence de Tunion sexuelle, d'une excitation locale ou même des désirs vénériens.

On se rend très difficilement compte de la cause d'émission elle* même. Le mécanisme de l'éjaculation provoquée par l'irritation ou mieux l'excitation, est sans doute compréhensible, njais ce n*est là qu'un mécanisme. On veut comprendre comment l'homme est porté à l'union sexuelle, c'est-à-dire comment, tant qu'il ne forme pas de sperme, il ne tend pas à s'unir à la femme, et dès qu'il en forme, il est porté à cette union. C'est là une question des relations de ces actes avec les autres actes de l'économie : nous l'examinerons plus à propos au livre IV.

111. Fécondati^a. — Les deux germes formés et émis séparément se rencontrent, l'union a lieu. Nous avons dit que dans certaines espèces animales cette union avait lieu en dehors des êtres producteurs, mais que dans d'autres, et chez l'espèce humaine, l'union avait lieu dans les organes génitaux de la femelle, sur l'ovaire même, ou dans les trompes, ou dans la cavité utérine. Nous avons dit aussi que cette union devait être matérielle ; que l'odeur ou la vapeur du sperme ne sufllsait pas à la fécondation de l'ovule, qu'il fallait le contact de l'ovule et du spermatozoïde. Nous avons à voir maintenant en quoi consiste l'union de ces deux germes, et si les deux procréateurs ne jouent pas aussi leur rôle dans la fécondation ; ce sont deux questions : 1^ union des germes^ 2*' union des pro^ créateurs.

l"" Union des germes, — L'ovule, que nous avons vu formé de trois parties, la membrane vitelline, le vitellus et la vésicule ger* minative, paraît être altéré avant même la conception, avant de quitter l'ovaire. On ne retrouve plus la vésicule germinative chez les femelles que l'on a tenues séparées du mâle; elle est disparue dans les œufs de poissons osseux et des batraciens anoures, plus ou moins longtemps avant que le sperme ait touché l'ovule ; elle parait donc n'avoir plus de rôle dans la fécondation, et n'avoir été utile que pour le développement de l'ovule, pour rendre celuici indépendant. L'ovule qui va être fécoqd^ est maintenant

t7i DIS

rédiiît à ané cellule simple sans noyau, c'est-à-dire ÎDcapabie *développer et de se multiplier elle-même, puisqu'il loi macip-r des organes génératetrs de son activité. C'est bien un orp: .^ encore vivant, qui recèle quelque chose de TactiTité vitale a*: produite, qui par sa membrane extérieure peut absorber ce qc toure, mais qui, manquant de noyau, ne peut rien engeEidr^^r elle. D'un autre côté cette oeiluie produite dans an organe d-^^ à sa formation spéciale ne représente cependant aucune on.: tion particulière; c'est un corps organisé sans organisation •! minée, ne représentant pas plus particulièrement tel ou tel t' tel ou tel organe de l'être qui t'a produite, mais renfermant '. un petitespace une matière dont la nature est identique avec cr) producteur; matière retenant une activité vitale dont tootr puissances sont à l'état simplement virtuel, et qui recèle toutr impulsions de l'activité génératrice. Tel est l'ovule qui n fécondé.

Le sperme, de son côté, représente le liquide intérieur de la o où il est né, et le noyau ou spermatozoïde. Ces deux ehos<^ ^ également vivantes; le liquide a la ooroposition quct son gt: ieur lui a donnée, il est de la nature de son générateur. Le matozoïde est un no^ausaus enveloppe, qui se meut, qui a une vi' bien réelle, manifestée par des mouvements, mais qui s'airr vaiu, qui développe en vain son activité, parce qu'il n'a p * cellule qui puisse engendrer avec lui. Du reste, étant lui-^én corps organisé dont la structure représente simplement un * et une filn'e^ mais aucun noyau particuli^, aucune fibre par* lière, il possède une activité qui représente toutes les acti^ toutes les impulsions de son générateur, impulsions réduife5 à 'yirtuel, potentiel.

- Ainsi donc, deux liquides de nature masculine et fétnn d'un côté une cellule avec les aptitudes féminines, d'un autr^* un noyau actif avec toutes les aptitudes masculines: voilà les ' germes.

Pour que l'union soit féconde, il fiiut la rencontre de toD5r âéÉnents, que le liquide et lenoyanspermatiqoe touchent, pénètre ■idme la cellule ovulaire.

Le premier phénomène est la distension de la cellule qui sb^'^^ k liquide mâle qui l'entoure, et qui par là se trouve pleine de f'^ ^ liquides de nature dififéreiite. Prévost et Dumas en ont dont démoustffalion palpable en ieiisanl absorber des matières ccior^f'"^ {lar des œufo de grenouille (Amnaim dtê hcienees lutf., i** ^'-

DES ACTSS tégbtatips. 375

L n^ p. i^.) Le second phénomène, c'est l'action du noyau spermatîque sur l'ovule.

Le spermatozoïde pénètre-t-il l'ovule î C'est la grave question de ce sujet, et qui n'est pas sans difficulté. Leeuwenboek émit, tout d'abord qu'il eut vu les spermatozoïdes, l'idée qu'ils pénètrent dans l'ovule, et cette opinion fut soutenue par Boerbaave, Keil, Ch. Wolf , Lioutaud, Andry, Prévost et Dumas. Bory de Saint- Vincent, Lallemand, voulaient que les spermatozoïdes ne fussent aptes qu'à colporter le liquide spermatique sur l'ovule. Bischoff disait que par leurs mouvements ils maintenaient seulement la composition chimique * du liquide. J. C. Mayer en fit des organes vecteurs du liquide dans les trompes. Cependant Barry crut découvrir sur l'ovule des mammifères, une fissure dans laquelle s'était engagé le spermatozoïde, de même que dans l'ovule de la plante le grain du pollen s'engage dans le m\cvopy\e {Philos. Trans,, 18û0, p. 532, 536). Bischoff ne put jamais découvrir ce prétendu micropyle. Keber crut positivement l'avoir vu sur un ovule de lapin, ce qui ne resta pas démontré, mais il le vit aussi, ce qui paraît avoir été retrouvé dans les ovules de Vunio et de Vanodonte {De spermaiozoorum introitu in ovula, Kœnigsberg, 1853). Enfin Coste a découvert ce micropyle sous forme d'une petite soupape, dans les ovules des poissons osseux, et il a vu à plusieurs reprises des spermatozoïdes dans la cavité de l'ovule vingt heures après la déhiscence {Histoire génér, etparticuL du développement des corps organisés, Paris, 1859). Tout dernièrement Ch. Robin a déclaré avoir vu le spermatoioïde pénétrer l'ovule. II me semble que si nous considérons ce qui se passe dans les plantes où l'ovule a un micropyle par lequel pénètre le pollen, comme l'a montré de Hirbel, et comme l'ont constaté tous les I observateurs; si nous tenons compte de ce que sont les germes, d'un côté une cellule sans noyau, de l'autre un noyau sans cellule; si nous tenons compte de la théorie cellulaire, d'après laquelle l'activité ne peut naître que des deux générateurs, la cellule et le [ noyau; si nous prenons en considération les faits vus par Barry, Coste et Ch. Robin, nous devons croire à la pénétration du spermatozoïde dans l'ovule. C'est du reste une opinion fort accréditée.

Mais le spermatozoïde étant entré dans l'ovule, la fécondation n'est pas terminée, l'acte n'est pas accompli, il nous le faut suivre encore.

Pour nous, le spermatozoïde est un noyau pénétrant une cellule formée sur un autre individu. Le rapport entre les deux générateurs va se faire, et leur action réciproque va commencer. En effet,

le mouvement débute immédiatement. Ce noyau étranger pénétrant avec une matière étrangère, et devant s'unir avec ce qu'il pénètre, il faut d'abord qu'il y ait union intime. Donc immédiatement, le noyau pénétrant, une fois Tacte commencé, se dissout lui-même, se mêle a la matière féminine, et constitue avec elle un nouveau noyau : le vitellus tout entier devient immédiatement le noyau, mais un noyau passager, transitoire, dont l'unification n'est pas encore parfaite et va se faire. Le noyau pénétrant s'étant dissous, toute la masse du vitellus n'apparaît que comme une matière finement granulée, un mouvement de retrait central s'opère séparé de la membrane vitelline par un sillon clair, se dessine; puis dans cette masse, des vésicules à noyau, çà et là qui se multiplient; puis au centre une grande vésicule transparente (1). Alors toute la masse se sépare en deux, et chaque moitié forme immédiatement un noyau distinct avec une vésicule claire au milieu ; à son tour chaque moitié se divise encore, puis encore chacune de ces moitiés, et ainsi de suite jusqu'à ce que toute la masse soit convertie en petites cellules à noyau ou représentant chacune un noyau avec un nucléole. C'est là ce qu'on appelle la segmentation du vitellus.

Dans cette union si mystérieuse, il faut bien remarquer la nabsance d'une activité nouvelle; de même que dans la combinaison de deux corps élémentaires, l'oxygène et l'hydrogène par exeinple, il y a non-seulement formation d'un corps nouveau^ mais aussi gêné' ration de propriétés nouvelles. Plus tard, en parlant de l'enfant et des lois de V hérédité, nous montrerons que les deux activités génératrices peuvent se retrouver dans le produit avec des influences diverses; mais qu'il y a toujours un point sqr lequel leur union est telle qu'ils y disparaissent l'un et l'autre dans une activité véritablement nouvelle.

Ainsi, la génération parait bien être l'union intime des deux germes de deux matières différentes, de deux activités ; la segmentation du vitellus paraît la consommation intime et dernière de cette union. Plus tard, en examinant le développement du germe, nous verrons

(1) M. Ch. Robin a décrit (Mémoires de VAcad, de médecine, 1861 , t. XXV), dans r ovule fécondé, deux globules clairs, transparents, à peine visibles, qui demeurent intacts pendant la segmentation du vitellus, et dont la formation précède cette segmentation. Il les nomme globules polaires ^ parce qu'ils semblent le centre de la nouvelle aclion au pôle où le nouvel être apparaîtra. Il les croit formés d'une gemmation du vitellus, avant la segmentation. C'est là une grande découverte, qui signale la trace du noyau pénétrant et détruit. ?ious reviendrons sur ce point au livre VP, pn parlant du développement de l'être.

DES ACTBS VBGRTATIFS. 877

la naissance du blastoderme, puis du nouvel être, et l'évolution récessive du développement.

2"* De l'union des sexes, — L'union de ces deux germes se fait, pour beaucoup d'espèces animales, eu dehors des générateurs, nous Tasrons dit; mais dans l'homme et chez beaucoup d'espèces animales également, l'union des germes ne s'opère que par le rapprochement [les sexes, par la copulation.

L'acte en lui-même peut donc se faire sans la participation des générateurs; mais quand ils y participent, y ajoutent-ils quelque chose? Matériellement, non. Cependant la copulation s'opère le plus souvent avec une sensation de plaisir, avec une sorte d'éréthisme voluptueux qui montre que les facultés animales prennent part à l'acte. Nous examinerons au livre suivant ce rapport entre les facul- :és animales et végétatives, et nous verrons les questions curieuses qu'elles soulèvent.

IV. «roMicMBe. — L'ovule étant fécondé, l'être nouveau s'y dé* veloppe selon des lois que nous aurons à examiner plus tard. Pour ]ue ce développement puisse se faire, il faut une matière nutritive :\UQ l'être nouveau puisse s'assimiler ; et, pour ce fait, Tœuf, dans L*homme et les mammifères, reste dans la cavité utérine, s'accole à ses parois, se mei en communication avec elles par des vaisseaux qu'il développe, et puise dans le sang maternel les matériaux de son développement. Cliez les autres animaux vertébrés et invertébrés, l'œuf recèle la nourriture nécessaire à sou propre dévelop* peraent ; alors il est composé différemment. Le vitellus contient deux parties : l'une, la cicatricule, est le vitellus proprement dit, éprouve seule la segmentation dont nous avons parlé précédemment ; l'autre partie, le jaune proprement dit, n'est qu'une matière adjointe» qui ne se segnoente point et qui est destinée à nourrir Têtre nouveau se développant dans la cicatricule. Celte partie nutritive du jaune est l'analogue de la matière des cotylédons dans l'embryon des plantes.

Dans la série des êtres vivants, animaux et plantes, l'œuf reste invariablement du même volume, depuis l'apparition du nouvel être jusqu'au développement complet qui lui permet de naître. L'homme et les mammifères fout seuls exception. Cliez eux, l'œuf a besoin d'acquérir progressivement du volume, selon le développement du fœtus; aussi, chez eux, cet œuf est-il comparativement beaucoup plus petit lors de sa fécondation, et beaucoup plus gros lors de son développement Qn^l, que d«^ns toutes les autres espèces.

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Il y a là une disposition particulière qui tient sans doute au développement plus parfait de l'être nouveau, et rend plus intimes les relations de l'engendré avec sa génératrice, comme si les liens de la famille devaient être beaucoup plus étroits, selon que ses êtres sont plus parfaits.

L'œuf humain et celui des mammifères se développent donc dans la cavité utérine aux dépens des matériaux qu'ils puisent dans le sang de la mère, matériaux qu'ils ne puisent pas par une communication directe avec les vaisseaux maternels, mais qu'ils absorbent par .endosmose en les transmutant en leur propre substance. Le temps de ce développement intra-utérin est le temps de la grossesse, de la portée.

Pendant ce temps, la mère n'est plus réglée; elle ne pond plus ; toute son activité génératrice est épuisée à la nutrition de son fruit. Une ponte régulière ne se pourrait plus faire, puisque la cavité utérine est close, que les voies extérieures sont obturées, et que Tôvule ne pourrait plus ni être fécondé ni avoir la place de son développement. Le sang qui, les mois précédents, était expulsé dans la menstruation, a maintenant son utilité pour la nutrition du fœtus.

Alors aussi, un afflux sanguin commence à se faire vers les mamelles, et le développement y apparaît pour qu'elles puissent, lors de la naissance, être en état dé fournir un aliment tacilemeni assimilable au nouveau-^né.

Combien de temps dure la grossesse? Quels sont alors les rapports intimes et exacts du fœtus avec la mère? Nous TexamineroDS plus loin (livre VI).

V. AflMsoochement. — Quand l'être nouveau est arrivé à un certain degré de son développement, ce qui a lieu après neuf mois de trente jours, ou 270 jours, il s'échappe de la cavité utérine, ou plutôt il en est expulsé par un mécanisme dont le détail appartient aux traités d'accouchement.

Nous n'insistons pas, en ce moment, sur la durée de la grossesse; elle dépend de la durée du développement fœtal : c'est une question qui reviendra plus tard (livre Yl). Nous ne devons nous arrêter que sur un point : la cause de la séparation entre la mère et son fruit.

Cette cause est double, car le générateur repousse l'engendré, et l'engendré se sépare du générateur. Dans la cavité utérine, où il se développe, le fœtus est entouré d'une double enveloppe, de même que l'ovule, dans l'ovaire, offre une double membrane; c'est la loi de tout produit. La caduque qui revêt extérieurement l'œuf, se

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*éfléchit sur les parois ntérines, et dans le point où le fœtiis adhère i sa mère, où se réunissent les vaisseaux du fœtus et ceux de la mère, le placenta est double, ayant une portion maternelle et une portion foetale.

Or, par suite du développement du fœtus, les besoins de sa nutrition augmentent, et l'épuisement maternel croit. Il vient un moment où le sang maternel commence à ne plus suffire à Tenfant, et où l'économie maternelle se refuse à une dépense plus grande : c'est le moment de la séparation.

Dans le point de contact du générateur avec l'engendré, un double mouvement se concentre : l'un veut éloigner ce qui Tépuise, l'autre veut s'éloigner de ce qui ne lui suffit plus. On ne peut assister aux détails intimes de ce mécanisme; mais tout porto à croire que les vaisseaux ntéro-placentaires tendent à se rétrécir, et que les contractions utérines ne sont que le secours apporté à ce phénomène par les facultés animales. Etudiez comment le fruit se détache rie l'arbre, et vous verrez qu'avant la séparation, un rétrécissement s'opère dans le point où le pédoncule s'unit à la branche.

Les contractions utérines sont donc appelées au secours de l'effort âf^parateur de la nature nutritive maternelle ; elles pressent l'œuf de toutes parts et tendent à l'expulser. La celhile maternelle, c'est-àdire l'utérus, s'ouvre par on point qui est naturellement ouvert, et qui s'était obturé pour enclore la cellule engendrée; l'ouverture utérine se dilate; l'œuf est expulsé en se déchirant.

De son côté, le fœtus s'engage de lui-même par la télé, vers les points qui semblent devoir céder et lui donner ouverture ; son corps se prête à se couler dans le passage qu'il doit traverser, et pressé par les contractions utérines, déchirant sa propre cellule, qui cède sous les efforts, il naît.

L'utérus se contracte de plus en plus, après l'expulsion du tetus pour expulser le placenta et comprimer les vaisseaux utero* placentaires restés ouverts par la séparation. Une certaine quantité de sang s'écoule d'abord, puis le flot s'arrête. Les parois utérines se contractent et se rapprochent de plus en plus, laissent suinter un liquide séro-sangutnolent, qui entraîne les débris de la mem<^ brane caduque utérine : ce sont les iochies ou mites de couches. Après quelques jours, tout rentre dans Tordre de ce côté; la mère ne nourrit plus l'enfiEint de son sang, mais elle subvient encore à sa nourriture par son lait.

VL Laetattui. — Les deux glandeë mammaires fournissent là

380 DIS AGTBS.

principale nourriture de Tenfant. On dit d'une manière générale que ces glandes sécrètent le lait; ce mot n*est pas d*une exactitude parfaite; il ne s'agit ici ni d'une simple sécrétion ni d'une véritable excrétion, mais d'une formation excrétoire qui rappelle, dans son genre, ce qu'est la production du sperme chez l'homme.

Les glandes mammaires sont, dans leur structure, l'analogue de ce qu'on appelle des glandes en grappe, comme sont les glandes salivaires; mais elles s'en distinguent par l'acte qu'elles accomplissent, par la manière dont elles versent leur produit, par la nature môme de ce produit.

Leur fonction est, d'une manière générale, intermittente, en ce sens qu'elles ne produisent que pendant la lactation de l'enfant et après la grossesse, bien qu'il y ait des exemples de femmes ayant du lait en dehors de ces conditions. Ainsi, on raconte volontiers que le lait d'une jeune mère venant à se supprimer, une aïeule ayant passé l'âge de la maternité offre son sein stérile à son petit enfant, dont la succion y rappelle une fonction perdue; on en a cité des exemples, mais ils sont rares. En règle, le sein ne donne du lait qu'après la grossesse, mais il le donne d'une manière continue du moment qu'il le donne; ce qui, comme nous l'avons vu, différencie cet acte de celui des sécrétions et le rapproche des excrétions.

Bien plus, les conduits vecteurs de la glande, conduits galacto» pAoreSj sont dilatés en ampoules, de manière à les transformer en réservoirs, et le lait n'est émis au dehors que lorsqu'une excitation est produite à l'orifice de ces conduits. La volonté seule ne peut les ouvrir, comme lorsqu'il s'agit des excrétions véritables, de l'excrétion urinaire par exemple. Il faut ici, comme pour l'émission sper* matique, une excitation extérieure de l'orifice des conduits.

Enfin, le produit de cette formation n'est ni un véritable produit de sécrétion, ni un produit d'excrétion. Le lait contient des matières qui ne sont pas préalablement formées dans le sang, comme le sucre de lait et l'acide butyrique; ce n'est pas une excrétion. Il ne consiste pas dans la simple production d'une matière particulière, comme la diastase de la salive, la pepsine du suc gastrique, le ferment du suc pancréatique ou du suc intestinal; la matière du lait est en majeure partie contenue dans des globules de formation, comme pour la production du sperme, bien que celui-ci contienne des cellules complètes, et que le lait ne contienne que des cellules sans noyau. Le globule du lait distingue cette formation de toutes les autres sécrétions ; c'est comme la production d'un élément nutritif qui n'est pas destiné à l'organisme producteur.

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Du reste, le lait constitue raliment le plus parfait, parce qu'il »Titient tous les éléments : caséine ou matière azotée, beurre ou atîëre grasse, sucre de lait où matière amylacée, sels. Voici l'analyse du lait de femme, d'après plusieurs auteurs (1) :

D*aprii ITaprds D'aprte MM. Vtmoii

M. Lehmano. M. Regnaalt. at Bacqaaraï*

Eau 89,8 . . . 88,0 . • . 88,9

Casiéum et sels insolubles. . . . 3,5 ... 3,9 ... 3,9

Beurre S,0 ... 2,6 ... 2,7

Sucre de lait et sels solubles. . 4,7 ... 4,9 . . . 4,5

Voici maintenant, comme comparaison, l'analyse du lait de la aclie, de Vânesse et de la chèvre. Celui de Tàncsse est considéré omme se rapprochant le plus de celui de la femme; c'est le plus

Vacba. Aooim. Cbèvra.

Eau 87,4 ... 90,5 ... 82,0

Caséum et sels insolubles. ... 3,6 ... - 1,7 ... 9,0

Beurre 4,0 ... 1,4 ... 4,5

Sucre de lait et sels solubles. 5,0 . . . 6,4 . . . 4,5

La lactation peut se prolonger dix-huit mois ou deux ans, jusqu'à ^e que Venrant commence à pouvoir se nourrir de substances plus solides et éti*angères à la mère, lorsque la première dentition est ivnncée. Quelquefois la production du lait cesse avant ce temps; il faut nourrir l'enlant plus tôt. D'autres fois, elle continue davantage, st quelques femmes peuvent entreprendre et mener à bonne fin la nourriture d'un second enfant étranger, prolongeant ainsi la lacta* tion deux ans et plus.

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