‹ Physiologie généraleChapitre 44 sur 107 · DBS ACTES DE L'ORDRE ANIMAL · texte numérisé non relu

DBS ACTES DE L'ORDRE ANIMAL

couleur extérieure, ni le son, ni Todeur, ni la saveur, ni rhumidité, ni la cbaleur, ni la vibration, ni aucune des qualités sensibles des corps qui pénètrent directement des sens externes aux sens internes. Tout le monde l'admet, aussi bien dans la théorie scolastique que dans la théorie cartésienne; il n'y a pas de doute sur ce point. D'ailleurs, il ne peut y en avoir, car autrement à quoi servirait l'or* gane sensoriel, s'il n'était chargé précisément d'appréhender ce qui doit être connu de ces choses en laissant la chose elle-même, laquelle ne pourrait nous pénétrer sans nous offenser grièvement? La qualité sensible ne pénètre donc que l'organe sensoriel externe, puis de ce sens externe part une idée sensible qui transmet la con^ naissance aux sens internes. L'idée sensible ne peut être niée; elle est perçue, elle est nécessaire, elle est un fait. Mais en quoi consiste~t-elle et comment se forme-t-elle? C'est toute la question.

Nous remarquons que cette idée sensible ne procède pas de nous, mais de l'objet. En effet, nous avons bien le pouvoir de faire nattre de pareilles idées dans notre imagination, lors de nos délires, de nos rêveries, de nos ressouvenirs, de nos conceptions,; mais ces idées subjectives ne sont possibles qu'à la condition d'avoir préalablement reçu ces idées des objets extérieurs. Ainsi, Taveugle de naissance, le sourd de naissance, n'ont aucune des idées que peut communiquer l'œil ou l'ouïe: leur imagination, quelque fertile qu'elle puisse être, ne peut rien enfanter qui se rapporte à la lumière, à la couleur, à l'éclat, au son, à tonalité, au timbre ; elle ne peut concevoir ces choses, elle n'en peut avoir aucune idée. Chacun de nous même ne se peut faire une idée des objets qu'il n'a pas vus, et qui sont différents de tous les objets qu'il voit : c'est à grand'peine qu'il arrive à les entrevoir avec des dessins, des images, des représentations, des comparaisons qu'on lui fait; de sorte que pour avoir une idée de l'objet il faut avoir été mis en communication avec lui par un sens. L'homme qui n'a pas vu la mer ne s'en peut jamais faire une idée exacte. Il y a donc là un fait absolument vrai : que les idées sensibles ne procèdent pas de nous, ou du moins qu'elles ne naissent en nous qu'au contact des objets extérieurs.

D'un autre cêté, il nous paraît difficile d'admettre que ces id^es sensibles soient quelque chose de réellement existant, portées par les objets mêmes, et s'en détachant au contact de nos sens qui les appréhenderaient. Il faudrait admettre que les objets contiennent un nombre infini de semblables idées sensibles, pour pouvoir affecter tous les organes sensoriels qui les peuvent appréhender. De quelle nature seraient ces idées; spirituelles ou matérielles? On se perd

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dans une semblable ooBception. Il me paraît bien plus naturel, surtout si Texplication est possible, d'aocepier que ees. idées naissent en nous au contact de Tobjet extérieur. Si cela est eiplicable, la théorie est trouvée.

Or, je remarque dans nos organes sensoriels une faeulté, oon* statée par les faits, très capable de noua rendre compte du {rtiéno^ mène. Les médecins et les physiologistes ont noté qu'un coup sur rœilf un ébranlement de l'organe auditif, une irritation des nerfs optiques ou auditifs, déterminaient en nous la perception de lumière et de bruit; lumière et son purement subjectifs, tout différents de la lumière et du son extérieurs, et cependant semblables; ditTérents par la cause qui les produit, semblables par FimpressioD qu'ils nous donnent. Us ont remarqué en outre que cette lumière et œ son nous arrivent, sont perçus sous une forme vague ; c'est une lumière, un éclat, un bruit Ce qui veut dire que nous possédons dans nos organes sensoriels la faculté d'engendrer de la lumière et du son subjeetits, sous l'influence d'une cause excitante. De même pour l'olfaction, pour le goûl, nous engendrons des odeurs et des saveurs dans les organes olfactifs et gustateurs ; en irritant les nerb de ces sens,. nous percevons l'odeur et la saveur. En un mot, l'or* gane sensoriel produit une activité sensible, très capable de passer des^ sens externes aux sens internes, mais qui par elle-même n'est rien, encore bien que nous lui prêtions souvent une forme imaginaire.

. Ce. que l^on nomme les senêotiim» consécutives est eneore une des preuves de la faculté des sens à engendrer une activité propre : l'acte continue encore quelque temps, par suite de l'impulaicHi donnée, à engendrer cette puissance, a Chacun de nos sens, dit M. Lon- » get, peut manifester une sensation consécutive, c'est-à-dire une » excitation qui, provoquée par un objet extérieur, persiste eoeofe » après que cet objet extérieur a cessé d'agir sur ce sera. Sous œ » rapport, l'exemple le plus connu nous est fourni par un cbartion » incandescent, suspendu à un fil tournant rapidement en rond« » et décrivant un cercle de feu. Une oreille délicate qui, pendant » plusieurs heures de suite, a entendu un tintement aigu de cloches, » entendra encore ce tintement, quand même ces doebes ne sony> neront plus. Si pendant longt^nps on comprime dans la paume » de la main une pièce de monnaie, on la sentira enoùte lorsque » cette pièce n'y sera plus. Celui qui, sans interruption, a été pen- » dant plusieurs jours cahoté dans une mauvaise voiture, sortont » en passant sur un chemin raboteux, croit encore éprouver \m

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3» commotions de son corps, lorsqu'il est tranquillement coodié dans

X» son lit. Les sensations consécutives du goût sont trop nombreuses

» et trop vives pour qu'il soit nécessaire d'en citer un exemple. Les

» sensations consécutives de Todorat sont moins connues ; la cir-

M constance que des particules odorantes peuvent être retenues sur

» la muqueuse nasale ou dans les sinus voisins, et agir encore sur le

» nerf olfactif, lorsque le corps dont elles émanent est déjà soustrait

» au champ oUactif, lait que l'on a contesté à Todorat les sensations

» consécutives (qui n'en existent pas moins). Ne serait-il pas pos-

1» sible qu*ici la sensation consécutive des particules odorantes déjà

» soustraites au nerf olfactif se confondit avec la sensation pre-

» mière d'autres particules qui agiraient encore sur ce nerf (ce qui

» est possible)? » {Physiologie^ tome !•', 3* partie, p. 219.)

Poursuivons ; nous n'avons plus qu'un pas à faire pour arriver au but. La lumière extérieure touchant un objet prend elle-même la forme de cet objet où elle se réfléchit, et noos l'apporte comme sur un miroir dans l'organe de la vue ; là sou contact engendre cette lumière subjective que nous avons la faculté de produire, et celleci, en se produisant, se moule sur la forme qu'on lui apporte pour la transmettre aux. sens- internes. C'est comme la ferme d'un cachet que Ton prend avec de la cire, et que Ton reprend ensuite sur la cire avec du plâtre gâché. La lumière extérieure fait office de cire; elle semoule sur l'objet et en emporte la forme, la figure; ellemême reflèle comme un miroir la forme qu'elle a prise ; et une autre lumi^e, la subjective, se moule à soo tour sur cette forme, qu'elle transporte aux sens internes» De même pour le son, pour les odeurs, pour les saveurs, pour les qualités tangibles : une activité intérieure naît au contact de l'objet, se moule sur lui el en erapottoki forme. Je crois, sauf meilleur avis, que celte théorie, qui lient compte de tous les faits, est l'explication la plus plausible du phénomène de la sensation. On dira peut-être qu'elle n'est que la théorie scolastique exposée ; c'est vrai.

5° De l'erreur des sens. — C'est une vérité banale que nous pouvons être trompés par nos sens. On la comprend très bien en adr* mettant, avec la théorie exposée plus haut, que h lumière exl^ rieure peut nous apporter des formes mal prises sur les objets, mal moulée, et que notre lumière subjeetive peut elle-même prendre mal celles qu'on lui apporte. Il peut y avoir un trouble dans le mécanisme du sens sensorial, cmnme il y en a dans les épreuves photographiques.

les pyrrhoniens s'oyaient à tort de ealte vérité ponr léeo-

l\QO DES ACTES.

ser tout témoignage sensible. Si les sens nous trompent, ils ne nous trompent pas toujours, et Ton a donné les moyens d'éviter les erreurs en indiquant leurs sources.

L*objet lui-même peut se mal prêter au sens, être mal éclairé on éclairé d'une lumière fausse; le son peut être mal conduit, Todeur ne pas arriver nettement à l'olfaction, la saveur être masquée, l'objet tangible être touché trop légèrement ou dans un mauvais sens. Les objets peuvent se présenter multiples, et se nuire les uns les autres dans la sensation.

L'organe lui-même, instrument de l'acte, peut être altéré, vicié dans sa texture ou dans sa fonction, la puissance sensorielle se mal développer, ou bien il peut être émoussé, fatigué par un travail antérieur.

Enfin, les sens intérieurs peuvent se mal prêter à recevoir ce qui leur arrive des sens externes, ne pas apporter l'attention suffisante, être distraits, ou bien encore être d^ordonnés, viciés eux-mêmes comme dans les hallucinations.

Avoir de bons organes, non fatigués ; s'appliquer à des objets ïAen et dûment placés pour être sentis ; contrôler les sens l'un par l'autre; percevoir avec des sens internes non distraits, non prévenus, non malades : voilà les conditions pour éviter les erreurs ou les rectifier. Dans ce que nous avons dit sur le jeu des sens externes, dans ce qu'enseigne la» physiologie spéciale sur les instruments, dans ce que nous allons dire des sens internes, on trouvera tous les éléments capables de servir au développement de nos propositions^ sans qu'il soit nécessaire de nous arrêter à des considérations allongées.

III. Des Mas laiemes. — Dans les sens externes, la perception est, pour ainsi dire, extérieure et dispersée. Il est besoin qu'elle soît centralisée, condensée, jugée, estimée : c'est le rôle des sens internes. Il est en outre besoin que la sensation soit pour ainsi dire emmagasinée et retenue, pour qu'elle puisse être comparée à des sensations antérieures ou postérieures, de sorte que les sens internes puissent agir sur l'objet absent comme sur l'objet présent. C'est ce que remarque saint Thomas : « Cum enim natura non deficiat in 1) necessariis, ut dicitur^ 3, De anima^ tôt patentias et operationes » oportet esse in animali^ quot requiruntur ad vitam animalit » perfecti. Requiritur autem ad vitam animalis perfectiy ut non » solUm appréhendai cum actu est prœsens, sed etiam cum aetu est » absens ; quia cum non habeat omnia necessaria sibi conject^^ oportet » quod moveatur ad distantiam. Cum autem moifeaiur per apprehen-

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» sionfim^ non posset moveri ad rem distantem et absentem^ nui rem » absentem apprehenderel. » [Opuscul. n"* ÛO, ûepotentiis animce^ c. 4.)

Avicenne avait admis cinq sens internes : le sens commun, Vima^ ginationy la fantaisie^ Yesiimatiuité et la mémoire. Averrhoès, que suivit saint Thomas, les réduisit à quatre, en (d>servant. ce qui est[ juste, que Vimaginatio et la phantasia sont la môme acte, ayant pour objet la représentation des idées sensibles. Philoponus alla plus loin, et réduisit tous les sens internes en un seul, le sensus commuais. On peut voir dans Suarez toutes les discussions que souleva cette question {De fnima, lib. III, cap. 3).

Chez les modernes, on trouve d'autres discussions. Quelques-uns ont voulu admettre le sens moral, le sens du beau, le sens de la musique^ le sens de la peinture, etc. Th. Reid réprouve avec raison ces opinions, prétendant fort justement que ce sont là des affections.

Condillac et Dugald-Stewart ont admis Vaitenlion et Vassociation des idées parmi les facultés sensibles. Cependant, Vc^tention n'est pas proprement une faculté, d'après la définition que nous avons donnée de ces puissances (liv. 11, chap. 3, § 1). Elle n'a aucun objet particulier pour détermination, et s'applique aussi bien à l'un des sens internes qu'à l'autre, de sorte qu'on peut dire d'elle qu'elle est une qualité possible de chacun des autres sens. Ainsi, le sens commun est ou n'est pas attentif, l'imagination est ou n'est pas attentive, et de même pour l'estimativité. C'est une qualité générale de Yapplicadon de l'activité à son objet Quant à Vassociation des idées^ elle avait été préconisée d 'abord par Leibnitz [Nouveaux essais sur l'entendementy liv. II, chap. 23) comme faculté intellectuelle, comme puissance d'imaginer et de juger, ce qui est tout différent. Les animaux, et par conséquent les facultés animales, n'ont pas la puissance ô* imaginer, c'est-à-dire à*inventer une image; celle-ci est une faculté de l'intelligence mouvant l'imagination, ainsi que nous le verrons au chapitre suivant. Dans les facultés sensibles, l'association des idées n'est qu'un acte de Yestimativité et du sera commim.

En résumé, nous admettons quatre sens internes, le sens commun^ Yimagination, la mémoire, Yestimativité, dont nous devons tracer les attributions.

l"" L'imagination, ou phantasma^ est le foyer où viennent se con« centrer les idées sensibles arrivées des sens externes. C'est comme un écran, un miroir,, une table photographique où viennent se retracer el se centraliser toutes les qualités sensibles. Quand nous venons de voir un objet, et que nous fermons ensuite les yeux, nous en

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U02 mes âgtbs.

voyons l'image en nous-mémeâ sur cette table de rimagination. D en est de même du son, de la musique, des odeurs, des saveurs, des qualités tangibles. Nous possédons ainsi en nous des représentations sensibles, des images, des objets sentis, aussi bien de ceux perçus il n'y a qu'un instant que de ceux perçus il y a longtemps, et cela nous permet d'apprécier, de comparer les sensations présentes aux sensations antérieures.

L'imagination est ainsi le premier, le plus utile, le plus nécessaire des sens internes. Sans elle le mécanisme de la sensation est impossible. .

Hais, on le voit, elle peut représenter tant les images des objet& présents que les images des objets absents, ce qui deviendrait un objet de trouble et de confusion^ si nous n'avions les sensations internes pour établir la distinction, ainsi que nous le dirons plus loin. Nous pouvons distinguer aussi l'imagination recevant l'image, rappelant l'image, rêvant l'image, l'enfantant sous des infiuences diverses. L'imagination enfante ainsi l'image, soit au contact des formes sensibles externes, soit sous l'influence de la mémoire^ soit sous l'excitation des affections sensibles.

Les images peuvent être nettes ou confuses, représenter exacte-* ment les objets ou les représenter inexactement. Elles peuvent être mêlées, mal associées, et donner ainsi des représentations purement monstrueuses. C'est encore le rôle d'un autre sens interne, de débrouiller ce chaos.

2* Le sens commun est précisément ce sens rectificateur. Voici comme Goudin le définit : a Porrô, sensum communem dari constet, % twm auctoritate philosophorum^ tùm expertentia qua videmus nos » confefre invtcem omnes sensaiiones, et judicare utrum concordant : » ut dùm apparet homo pictus, oculi judicant esse verum hominem ex » colore et forma humana, tactus verdjudicat esse solam telam; ttndè 3» sensus communis ponderans hanc discordiam^ judicat non esse komy- » nem^ guod non concordent omnia sensibilia, quœ soient esse in hamine » vero, Tum etiam probatur ratione; nom ad animalis perfectionem et » jdefiam objectorum notitiam non sufficiebant sensus particulares » rerum qualitates divisiem explorantes, sed prœtereà necessarium » erat aliquod superius tribunal, ad quod suas déferrent sententias, » ut exploraretur utrum concordarent. Hic communis judex vocatur » sensus communis, n [Quart, pars physicœ, art. 3., loc. cit,)

L'importance de cette faculté est extrême, et il faut bien comprendre les deux actes qu'elle accomplit. En premier lieu, elle compare ce qui arrive par les divers sens

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externes, elle complète les connaiasanœs de Tun por oelles de. l'autre. Là où la vue perçoit un point noir, ellesfassure par le toucher si c'est une tache ou un trou. L'odorat apporte une odeur» le toucher dit si rémanation vient d'un solide, d'un liquide ou d'un: gaz. L'ouie perçoit un son, le toucher détermine quel est le corps qui vibre. Dans la cavité buccale le toucher et le goût réunis se complètent, se redressent, se témoignent l'un l'autre. En^un mot, le sens tommun, en comparant les diverses perceptions des sens ex« ternes, arrive à déterminer la représentation exacte de l'objet perçu.

En second lieu, cette faculté juge la sensation elleHDème. Prenant dans la mémoire les images parvenues par des connaissances antérieures, le sens commun les compare aux images prés^tes et rectifie les images confuses ou monstrueuses. Par les idées sensiblea qu'il a déjà jugées, il juge celles qui arrivent à-son tribunal, il sait que la forme d'un homme n'est jamais jointe à celle d'un poisson {turpiter atrum desinat in piscetn rmUier formom supemè)^ et si une image semblable se présente, il la déclare fausse. Il sait qu'un arbre n'est pas un homme, et sirimage d'une semblable confusion se présente, il la déclare fauase également»

Ainsi arrive-t*il de deux manières à décider la représentatiw exacte dans l'imagination des objets sensibles.

Hais la seconde manière me parait un acte propre à l'homme, n'existant pas chez les animaux. 11 me semble voir dans ce jugement, où pour ainsi dire la rationalité de l'objet est posée, il me samble voir comme une entremise de la raison. Et si j'examine ce qui se passe chez les animaux^ je les vois ne se pas rendre compte des objets qui les impressionnent, se laisser effrayer par des ombres, des images vaines> des monstruosités ridicules. J'observe môme que chez les hommes d'une intelligence peu exercée ou peu développée, il y a sur ce point comme un rapprochement de l'animalité : on les voit s'étonner de monstruosités, miiîs les accepter et donner leur croyance aux plus fantastiques, aux plus ridicules. J'opinerai donc que le sens commun qui juge de la rationalité même des idée$ sensibles est un sens éduqué par l'intelligencis.

S"* La memotreest la faculté de rappeler dans l'imagination, dans le phantasme, des idées srasibles précédemment perçues. Elle accomplit donc deux actes : premièrement elle détient ce que l'iouif ination a une fois reçue, deuxiènaeraent elle le rappelle.

Gomment accomplit-elle le premier acte, c'est-à-dire comment détient-elle? C'est ce qu'on ignore, ce qu'on ne peut expliquer. Tout ce que l'on sait, c'est que les individus se présentent sous des

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aptitudes différentes à cet acte : les uns ont la mémoire des images, des figures ; d'autres celle des couleurs ; il y a la mémoire des situations, des sens, des tonalités, du rhythme, du timbre, des odeurs, des saveurs, de chacune des qualités tangibles. Il y a aussi la mémoire des associations d'idées, des relations, de sorte qu'une idée étant rappelée, telle autre apparaît immédiatement. En général une chose est d'autant mieux retenue dans la mémoire qu'elle frappe plus vivement le concupisctble, qu'elle donne lieu à plus de haine ou plus d'amour.

L'acte par lequel la mémoire rappelle ce qu'elle détient et fait reparaître dans le phantasma ce qu'elle gardait dans l'ombre, est tout aussi inexpliqué dans sa nature que l'acte précédent. Mais on observe que le sens commun et l'estimative interviennent. Âinsii une image étant perçue par les sens extérieurs et amenée dans l'imagination, le sens commun fait appel à la mémoire pour rappeler des idées sensibles, semblables ou analogues, précédemment perçues, et contrôler les idées présentes; l'estimativité en fait autant pour juger par les objets connus de l'objet actuellement en jugement.

Il y a ici un rôle de la conscience sensible que nous expliquerons en anticipant sur ce qui sera dit plus loin. Le sens commun juge de l'idée sensible en la rectifiant, si elle est fausse, en coordonnant tous les éléments qualificatifs qui la constituent, et en cela il se rend compte de l'objet exposé aux sens. Mais en réalité il ne s'exerce que sur les images contenues dans le phantasma, et pour que son opération soit complète et parfaite, il importe qu'il soit éclairé sur la réalité objective de l'idée; il faut que l'idée apportée par les sens extérieurs soit dégagée de celle que la mémoire peut rappeler et qui la compliquent. Cet acte est accompli par la conscience, qui se trouve ainsi un aide du sens commun. Le premier rôle de la conscience sensible est donc de distinguer dans le phantasma les images des objets présents et les images des objets absents, et par consé* quent de témoigner de la réalité objective des sensations actuelles. De cette manière l'être est réellement certain de la connaissance que lui apportent ses sens. Autrement tout ce qui serait dans son ima* gination pourrait lui paraître réellement présent; tous les fantômes imaginaires le mettraient dans une erreur fatalement inévitable ; la mouche qu'il s'imaginerait exister sur son nez, existerait réellement pour lui, sans qu'il pût se détromper. Il a un absolu besoin de ce sens, et c'est par son absence ou ses vices que s'expliquent les hallucinations, les illusions sensorielles.

Un autre rôle de la conscience sensible est celui qu'elle exerce

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regard de la mémoire, dont elle précise 1^ souvenirs. En effet, »ut ce que rimagination contient se rapporte à trois sortes d'images, elles du présent, celles du passé, celles de la fiction. Il faut donc is distinguer toutes trois, sous peine d'erreur; et la conscience ensible témoigne non*seulement que l'image présente est bien dis* incte du passé et de la fiction, elle témoigne aussi que le passé est listinct de la fiction. Pour cela faire, elle témoigne que telles et elles images rappelées par la mémoire ont bien été perçues par les .ans externes ; elle oblige la mémoire à rappeler non-seulement 'idée perçue jadis, mais encore toutes les conditions, toutes les* circonstances dans lesquelles elle a été perçue, et même l'acte de )erception. Souvent on s'imagine avoir entendu une musique, ivoir vu un tableau, avoir perçu une odeur et une saveur; il '.emble que l'idée que l'on en a dans l'imagination n'est pas une ictîon, mais un souvenir, et souvent on se trompe. La conscience sensible peut vous tirer d'erreur si vous savez l'interroger; elle obligera votre mémoire à dire si c'est vraiment elle qui apporte 3ette idée, en la tenant de fournir toutes les circonstances dans lesquelles elle a pu la recevoir en garde, et à se rappeler l'acte même de perception antérieure ; ainsi vous assurere^-vous de la réalité ou de l'inanité du souvenir. Cependant il y a des cas, il faut le recon*nattre, où la mémoire est paresseuse, et il y en a d'autres, au con~ traire, où la fiction est tellement puissante, qu'elle singe la mémoire et fait prendre pour un souvenir ce qui n'est qu'une illusion. Dans le premier cas, la conscience est mise en faute par la mémoire, et, dans le second cas, sa puissance est vaincue par celle de la fiction. Enfin, la conscience oblige la mémoire à rappeler, plus encore que les circonstances, où l'idée perçue lui a été livrée; elle la force à rappeler le temps; de sorte que la succession de toutes les idées emmagasinées est fidèlement suivie, que le souvenir rappelle exac* tement l'idée qui a précédé et celle qui a suivi. De cetle manière, nous avons à chaque instant delà vie, ou du moins pouvons avoir la conscience de toutes les choses contenues dans la mémoire, selon l'ordre dans lequel elles ont été perçues ; nous pouvons nonseulement témoigner que tel souvenir est un souvenir réel, non une fiction, mais encore que c'est bien un souvenir de tel ou tel de nos âges ; nous pouvons nous rappeler toutes les circonstances de la vie écoulée, et nous certifier que nous avons bien passé par toute cette succession, que ce passé n'est pas un songe.

CeUe conscience sensible n'est, en réalité, qu'une sorte de lenêation inieme^ par laquelle noiis percevons nofre act^ lui-même^

iM DIS Acns.

et iiouB n*avon8 fait, pour mieux éclairer notre sujets qu'antidper lor ce qui regarde les iensatiùns internes.

U^ De feêtimativité. — Les idées ayant été reçues dans le phantasma, coordonnées et régularisées par le sens commun, emmaga-* sinées et rappelées par la mémoire, jugées par la conscience si elles sont réelles dans le présent et le passé, ou fictives, il reste à savoir ce que Vaut l'objet qu'elles représentent : c'est le rtMe. de Vettima-tivité. Le sens commun et la conscience n'ont jugé que l'idée sensible elle-même, c'est-à-dire la représentation sensible de l'objet; l'estimativité juge l'objet lui-même par la représentation qu'il trouve dans le phantasma.

L'objet peut ôtre bon ou mauvais, utile ou nuisible h rechercher eu à redouter, à poursuivre ou à fuir. Voilà ce qui est à juger.

Dans les observations que l'estimative accomplit, il y a donc l'attention donnée à l'objet, sa comparaison avec ce que l'on con* naît, l'appréciation des similitudes et des différences, des relations d'une chose à une autre; c'est comme un reflet des opérations intellectuelles, et c'est en ce sens que l'on a attribué une certaine mison, une certaine intelligence aux animaux, aux facultés animales. Le chien reconnaît son maître à sa trace, apprécie un animal à sa piste, juge dans la figure de son mettre de ce qu'il doit craindre ou espérer, montre de la ruée et comme de l'intelligeuce dans un grand nombi'e de circonstances. Ce que l'on peut dire du chien peut être également dit, à des degrés près, de tous les animaux, surtout de l'éléphant, le plus intelligent de tous.

Cependant il y a tout un abtme entre ces actes et ceux de la véri* table intelligence, et cet abime se reconnaît à deux traita : à Tidée estimée et à l'affection «fui estime.

' L*homme, ayant des fai:uUés animales comme les animaux, a comme eux- des idées sensibles et unt* estimative sensible; ayant nt>e in<eili^ence. il a f*e |) lu» des iWées inleUectuelles et une esti- 'm»(iM« inteHiH' uHte; ^iiissi peut-on faire chez lui la distinction très neitK des deux ordres. Par se^ facultés animales, il a des idées >ensil»les. c'eNt à-dire des repré^^entations des objets, des images pavticndères de chacun de ces objets; tl n'estime que des objets pnrticulitTS, que des idées f particulières. Par M>n intelligence, il a des idées générales abstraites des idées sensibles, qui lui donnent Tessence même (1e.s choses, et il juge des idées générales, des essences. Ainsi, je prends un morceau de sucre, je le goûte et je l'estime bon : Voilà ur)e idée sensible estimée dans le sensible. Au contraire, je ^femt au sucre en fierai, c'est-à-dire à tous les morceaux de sucre

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ossible, et je restime un objet qui flatte le goût et plus ou moiiu» tile en général : voilà une idée générale estimée dans l'abstraction, l'idée sensible est une idée particulière; Tidée intelleetuelle est une iée générale.

L'estimatiyité animale ou sensible juge qu'une chose est bonne »u mauvaise selon l'afifection personnelle. Ainsi, le sucre platt à 'un, déplatt à l'autre; celutHsi ainie la couleur bleue, un autre )réfère la couleur rouge; l'un aime les odeurs, un autre les déteste; elle musique me charnue, qui ennuie ou fait fuir mon voisin. Dans Loutes ces estimations, l'estimative sensible ne prend direction que sur l'affection personnelle de chacun. Au contraire, l'intelligence juge qu'une chose est bonne ou mauvaise selon Tafiection imperson* nelle. Ainsi, courir un danger pour sauver un homme est une chose bonne ; ne pas rendre la justice est une chose mauvaise Si vous ne considérez que vous personnelleinent, vous ne courez à aucun danger ; vous ne vous y lancerez qu'autant que vous ferez abstraction de votre personne, que vous jugerez ce qui est bien en soi. Rendre la justice peut être nuisible à vos intérêts, à votre vanité; mais, faisant abstraction de votre personne, c'est un bien. Ainsi, l'estimative sensible tient d'une affection au bien persomul, et l'estimative intellectuelle tient d'une affection au bien impersonnel.

Ce que nous dirons plus loin de YimpuUion animale^ et, au oha* pitre suivant, sur les facultés intellectuelles, éclaircira toute cette grosse question, dont nous ne posons ici que les principes.

Du sentiment. — Mais nous remarquons que comme le sensible, chez l'homme, est lié à l'intellectuel, il y a ch^ lui ce qui ne s'observe pas chez les animaux, à savoir^ le sentiment. Les jouissances que l'in* telligence éprouve et les jugements qu'elle porte retentissent dans le sensible; nous jugeons par notre intelligence que telle action est vertueuse, ou que telle œuvre est belle ; mais en même temps nous ressentons dans notre sensible une émoti(m qui participe aux émo<tiens de l'intelligence, et nous avons le sentiment de la vertu^ le sentiment du beau (nous en reparlerons à propos des sensations internes, et au paragraphe de l'impulsion animale). C'est chez nous un moyen de connaissance sensible, car par l'émotion que l'objet produit en nous, nous estimons ce qu'il est à notre égard.

= Les sens internes paraissent localisés dans le cerveau» et l'on a supposé qu'ils y ont chacun une place déterminée. Gall et la phré^ nologie (science nouvelle dont il est le premier fondateur) ont soutenu cette manière de voir. C'est à la physiologie organique de s'expliquer sur ce point. Nous pouvons seulement dire que, bien

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qae Ton oonTienne généralemeot que les sens internes ont >e-iT i dans le cerveaa^ on ne peot rien affirmer rigoureoscme::: 5J siège de chacun d'eux.

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