II. M««v«Meai« de relatloMa cxtérleares. — On pourrait les
définir d'une manière générale , des actes qui s'adressent à des objets extérieurs.
Les uns sont volontaires et réfléchis^ suites d'une sensibilité qui a jugé l'objet de l'acte par ses qualités sensibles. Les autres sont aiUomatiques et réflexes, en tout semblables aux mouvements organiques automatiques, et sont produits non en raison des qualités sensibles de l'objet, mais en raison de la sensation agréable ou pénible qu'ils causent
On range dans la classe des mouvements de relations extérieures : 4^ les mouvements de mastication; 2'' les mouvements manuels; d"* les mouvements de la tète; 11"" la station ; 5"* la progression comprenant la marche, la course, la natation; 6"" les mouvements d'expression mimique; 7* la voix ; 8"* les mouvements partiels. Tous ces mouvements ont lieu par le système musculaire qui est composé de fibres striées en travers.
Un fait très intéressant à remarquer et sur lequel nous devons nous appesantir dans le livre suivant, c'est que tout mouvement est constamment double, et se compose de deux mouvements secon-
k2k DES ACTfiS.
daires antagonistes qui se font contre-poids. Si, par exemple* on suppose que tous les muscles peuvent être divisés en fléchisseurs ou extenseurs, il ne peut se produire un mouvement de flexion, sans que: même temps un mouvement d'eitension contraire ait Heu pourmr- 'tuTer io mouvement de flexion, et vice versa. Il en résulte que u*l mouvement et tout muscle ont forcément un mouvement et un mu» ./ antagonistes pour mesurer Tintensité et retendue du mouvemti. Il résulte aussi de cet antagonisme que tous les muscles sont coistamment tenus en éveil sur leurs mouvements réciproques, et ôi un état de demi-repos ou de repos armé, c'est-à-dire de nr^ contraction ou de contraction commencée. C'est cet état que M. D. chenne (de Boulogne) a nommé la tonicité musculaire^ et qu i séparé de la contractilité, à tort, croyons-nous. Il n'y a vraim^ là qu'une semi-contraction, et pas autre chose, dépendant du s^^ tème d'antagonisme organisé pour tous les mouvements des rt. tions extérieures. Dans les mouvements organiques ce fait n'a i*été bien examiné, mais nous croyons qu'il doit exister là où setr vent des mouvements antagonistes, comme entre les sphinc^r' opposés les uns aux autres, et entre les anneaux successifs:même conduit.
Il y a encore dans l'ordre animal une action extérieure qui [» se manifester au dehors sans mouvement apparent du corps ol ses parties, on la nomme l'influence magnétique, a Sans doute. » Huiler, on ne saurait nier que les êtres organisés opèrent les tt » sur les autres des efiets encore inconnus, et qui peut-être ont r- » en vertu d'une action à distance sur les nerfs. » (T. II, p. 5:. Comme ce sont là des phénomènes qui semblent sortir de Tori animal, on les rattache à ce qui regarde l'état surnaturel.
Enfin il y a dans l'ordre animal des mouvements intérieurs > souvent ne se manifestent pas à l'extérieur et semblent rester c : centrés dans leur foyer ; tels sont les désirs, les espérances, les e.. ^ intérieurs, les passions. Comme ces mouvements restent daib foyer impulsif, nous les retrouverons au paragraphe suivant, >'• le nom d'affections.
Tous les mouvements de relations extérieures peuvent être a!i •* nativement ou volontaires et réfléchis^ ou automatiques et rt/lt^tî volontaires quand ils dépendent de la perception des qualités n^sibles de l'objet, automatiques quand ils résultent d'une simple ><sation agréable ou désagréable. Ainsi, mouvements de masticàt: <r volontaires ou automatiques; mouvements manuels volonlaire^• • aif tpmatiques ; mouvements d '{expressions volontaires ou atuu*-
DIS àctbs ds l'okdhb animal. 625
inatiques, et ainsi des autres. Et encore mouvements d'influence volontaires ou automatiques, mouvements intérieurs volontaires ou automatiques.
Nous croyons sans utilité de nous arrêter sut^ les divers mouvements des relations extérieures; ils ne sont vraiment intéressants que par le mécanisme qui les accomplit et cette élude appartient à la physiologie organique.
§ 3. — me rimpalsloB «nlmale.
L'impulsion animale est le moyen terme de l'acte animal, sert à lier les deux autres, et explique le passage de la sensibilité au mouvement; il est môme le foyer rationnel de l'un et de l'autre. I Les anciens l'appelaient appétit, appetitus, et ils disaient : Appetitus ■ detci'minatio ad actum. C'est l'appétit qui dirige la sensibilité, qui I la fait entrer en acle pour connaître; c'est lui qui, après avoir connu, ^ se détermine à agir ou à ne pas agir selon ce qu'il éprouve de la connaissance acquise ; c'est lui enfin qui , après s'être déterminé, produit le mouvement. Il est donc le lien des deux termes, sensibilité et mouvement, et il est en même temps leur Foyer, leur résumé : c'est par lui que Ton embrasse tout l'ordre animal dont il est le point culminant. Des théories nombreuses se sont produites pour expliquer ce qu'est l'impulsion animale ; nous devons d'abord en parcourir rapi- \ dément le résumé historique pour bien établir le terrain de ce sujet. En second et troisième lieu nous devons examiner ce qu'est l'impulsion animale, et quelles sont ses variétés, car les impulsions sont diverses, et ce fut le tort de beaucoup de théories de ne les avoir pas distinguées.
En quatrième lieu, nous avons à examiner les affections sen* sibles qui déterminent les impulsions.
I. ■istorl4«e (1 ). — On a de tout temps désigné par le mot instinct l'impulsion qui dirige les animaux ; ce mot est trop large comme nous le wrrons plus loin, et ne peut s'appliquer qu'à certaines impulsions.
M. Flourens enseigne que « l'étude positive des instincts et de » l'intelligence des animaux, commencée par Buffon et par Réau*
(1) On peut consulter sur les prioeipaux renseignements historiques, un petit livre de M. Flourens : De fmttmct $i do VinMligwce des animaux. Mous citons ce livre sans accepter sa doctrine.
420 lOi Acms.
» mur, a été pour la première fois peui-étre indiquée comme scienct » propre par G. Leroy. • Il prend cependant Thistoire de beaucoup plus haut et avec raison.
Dès l'antiquité la plus reculée on avait nettement remarqué qu les animaux se dirigent par YiYHtinct et l'homme par YinteUigt'i:^ de sorte que l'impulsion est très différente dans un cas et ii.i l'autre. Les livres saints observent à chaque pas que Thomme ç ne suit que ses passions et ses affections sensibles, est seœbiai* aux animaux qui sont privés d'intelligence : Nolite fieri sicut ('^i et mulm^quibus non est intellecius, dit le Psalmiste.
Âristote se fit l'écho de ce que j'ose appeler ce dogme aiui<;i' « Comme donc, dit-il, l'homme a en partage l'industrie, la nu*: » et la prudence, quelques animaux ont aussi une sorte de fac. » naturelle d'un autre genre, quoique susceptible de companii>^ » qui les dirige. » {Hist. des animaux ^ liv. VllL)
Et encore : « Un seul animal est capable de réfléchir et de de.i^- » rer, c'est l'homme. 11 est vrai que plusieurs animaux partici|<' » à la faculté d'apprendre et à la mémoire, mais lui seul peut rcvr » nir sur ce qu'il a appris. » {Ibid,, Hv. I""'.) L'expression d'^i;ici très nette, mais l'idée fondamentale est indubitable.
Plutarque, dans le petit traité : Que les bêtes usent de la ramqu'il a composé, comme ,il le dit, pour faire honte aux hommes, ptend que les animaux sont plus vertueux que les komnies. iailleurs il dit fort bien que les animaux ont l'instinct et l'homiu raison : « Et quant aux bêtes brutes» dit-il, elles n'ont po^ » beaucoup de discours de raison, qui adoucit les mœurs, nik^-
» coup de subtilité d'entendement , mais bien elles ont <^'
» instincts, inclinations et appétitions non régies par la ni^tii. (De r amour naturel des pères et mères erwers leurs enfants.)
Les scolastiques démontraient que les animaux n'ont que des \èr sensibles, que l'homme a des idées sensibles et des idées iaU:" tuelles. C'était la véritable solution ; on l'a trop oubliée.
Montaigne a commencé les déraisonnemeuts modernes. Il nepas de différences tranchées entre les animaux et l'homme; il ^' trouve que des degrés d'une môme intelligence. « Il y a, di'--' » quelque différence, il y a des ordres et des degrés, mais o't^ » sous le visage d'une môme nature. » {Essais^ liv. Il, diap. sr*-
Descartes prit la question beaucoup plus sérieusement qu^ ' moraliste gascon, et dénia toute raison aux hôtes, ne voyant ^' elles qu'un pur mécanisme.! ^ B'^^^* dit-ii, que les bètes fassent p » sieurs choses aussi bien et peut-être mieux que nous, elles m^^
DBS ACTES Dl L'OIURS ANIMAL. fiSl
» quent infailliblement en quelques autres, par lesquelles on dé* > couvre qu'elles n'agissent pas- par connaissance, mais seulement
» par la disposition de leurs organes C'est line chose bien re-
» marquable, qu'il n'y ait point d'hommes si hébétés et stupides, » sans eicepter môme les Insensés^ qui ne soient capables d'arran- » ger ensemble diverses'paroles, et d'en composer un discours par » lequel ils fassent entendre leurs pensées, et que, au contraire, il » n'y a point d'autre animal, tant parfait et tant heureusement né » qu'il puisse être, qui fasse le semblable.... Et ceci ne témoigne » pas seulement que les bâtes ont moins de raison que les hommes,
» mais quelles n'en ont pas du tout C'est aussi une chose fort
9 remarquable que, bien qu'il y ait plusieurs animaux qui témoi- » gnent plus d'industrie que nous en quelques-unes de leurs action^, » on voit toutefois que les mômes n'en témoignent pas du tout en » beaucoup d'autres ; de façon que cequ'ils font de mieux ne prouve » pas qu'ils ont de l'esprit^ car à ce compte ils en auraient plus que » nous et feraient mieux en toute autre chose; mais plutôt qu'ils » n'en ont point, et que c'est la nature qui agit en eux, selon les » dispositions de leurs organes. Ainsi, qu'on voit une horloge qui }) n'est composée que de roues et de ressorts, peutcompter les heures » et mesurer le temps plus justement que nous avec notre pru- » dence. d (Discours sur la méthode^ 5® partie. )
On appela cette doctrine cartésienne, le pur automatisme des bêtes. On s'en moqua beaucoup, et elle souleva un déluge de publications, parmi lesquelles M. Flourens Remarque le livre du P. Bougeant qui, voyant qu'on refusait la raison aux animaux, se prit à expliquer que, dès lors, les bêtes ne sont que des diables. Toute chose sérieuse a son côté comique.
Locke {Essai sur l'entendement htimain) s'inspira des scolastiques et démontra très bien que les animaux n'ont que le sensible, et que l'homme a l'intelligence. Pour lui aussi, comme pour Descartes, la privatiori de la parole, chez les animaux, dénote la privation de l'intelligence. Rien de plus juste, a Je crois, dit-il, que les bêtes ne » comparent leurs idées que par rapport à quelques circonstances » sensibles, attachées aux objets mêmes ; mais pour ce qui est de D l'autre puissance de comparer qu'on peut observer chez les ani- » maux, qui roule sur les idées générales et ne sert que pour les » raisonnements abstraits, nous pouvons conjecturer qu'elle ne se » rencontre pas chez les bêtes. » Ainsi, les bêtes ne font point d'abstractions, n'ont pas d'idées générales : « le crois être en droit A de supposer que la puissance de former des abstractions ne leur
628 DIS ACTBS.
» a pas été donnée, et que cette faculté de former des idées géi-'- » raies est ce qui met une parfaite distinction entre Thomme et U » brute. » Et comme ils ne font pas d'abstractions, ils n'ont |>as dlangage, ce qui est très logique, quoique d'ailleurs les organes i.leur manquent pas : « Et Toa ne saurait dire que c'est faute do: » ganes propres à former des sens articulés, puisque nous en vo>ut » plusieurs qui peuvent rendre tels sons et prononcer des pan*! * » assez distinctement... D'autre part, les hommes qui, par quelo » défaut dans les organes, sont privés de l'usage de la parole, i » laissent pourtant pas d'exprimer leurs idées universelles par <t » signes qui leur tiennent lieu de termes généraux. » (L. II, dL i
Leibnitz, dans les Nouveaux essais sur V entendement humain^ qv. avait écrits pour réfuter Locke, tombe cependant parfaitement d i cord avec lui sur ce point. (Liv. IV, cbap. xvi.)
Buffon rentre dans la môme doctrine, quoiqu'avec moins de le dite : « Si je me suis bien expliqué, dit-il, on doit avoir vu que, L » loin de tout ôter aux animaux, je leur accorde tout, à Texcep:. » de la pensée et de la réflexion ; ils ont le sentiment, ils l'ont ine:- » à un plus haut degré que nous ne l'avons; ils ont la conscitri » de leur existence actuelle, mais ils n'ont pas celle de leur ei - ».tence passée; ils ont des sensations, mais il leur manque la fac^ x> de comparer,, c'est-à-dire la puissance qui produit les idées, car » idées ne sont que des sensations comparées, ou, pour mieux di' » des associations de sensations. » {Discours sur la nature dts «.*maux.) Il y a bien là des obscurités, témoin les idées, gui ne «que des associations de sensations ; mais il y a une intention irrt^ • sable de ne pas accorder l'intelligence aux animaux. Nous ne dir'-^ rien de son explication de Yinslinct par des ébranlements ntoi^f laires; depuis longtemps, elle ne compte plus dans la science.
Réaumur voyait de l'intelligence dans les animaux* Étudiant .^ insectes en naturaliste et avec amour, se passionnant pour les pet.îbétes, savant émérite d'ailleurs, il se laissait aller à des complu' sances pour les objets de ses études. On lui peut pardonner, nuil n'a pas d'autorité dans cette question.
Gondillac trouva que Vinstinct est un commencement de emn.sance ; on n'a jamais su exactement ce qu'il voulait dire, et il u t> pas prouvé qu'il lait bien su lui-même.
Bonnet, disciple de Leibnitz, dont il n'entendit pas toujours tr> justement les doctrines, rentrait dans les explications mécaoiqur^. il expliquait que les idées sont des vibrations des fibres inieliectuii'^ et que l'instinct des bétes dépend de libres orginairement acqui><:»
DES ACTES DE L'oRDBE ANIMAL. &29
G. Leroy„dout M. Plourens vante fort l'ouvrage, confond Tins-
linct et l'intelligence, et trouve de Tîntelligence chez les animaux,
quoiqu'à un degré inférieur; il est, pour ainsi dire, le type des
opinions modernes les plus répandues, non les plus sûres. « Les
» animaux, dit-il, réunissent, quoiqu'à un degré inférieur à nous,
» tous les caractères de l'intelligence; ils sentent, puisqu'ils ont les
y> signes évidents de la douleur et du plaisir; ils se souviennent,
» puisqu'ils évitent ce qui leur a nui et recherchent ce qui leur a
» plu; ils comparent et jugent, puisqu'ils hésitent et choisissent; ils
» réfléchissent sur leurs actes, puisque l'expérience les instruit, et
» que des expériences répétées rectifient leurs premiers jugements. »
{Lettres philosophiques sur l'intelligence et la perfectibilité des ant-
mauXy Paris, 1802, publiées d'abord sous ce titre : Lettres sur les
animaux par un physicien de NuremberÇy Paris, 1781.)
G. Cuvier (le génie a ses faiblesses) accorde à l'orang-outang la faculté de généraliser : « De quelque manière, dit-il, que l'on envix> sage l'action qui vient d'être rapportée, il ne sera guère possible » de n'y pas voir le résultat d'une combinaison d'idées, et de ne D pas reconnaître, dans l'animal qui en est capable, la faculté de » généraliser. »
H. Flourens [loc. cit.) distingue deux sortes d'actions animales : l"" les unes, que les animaux n'apprennent pas, qui sont innées en eux, comme de creuser un terrier d'une telle forme, de se faire un nid avec telle matière, de tisser une toile et de la réparer, si on la déchire, autant de fois qu'on la déchire: les autres, qui naissent de circonstances où l'animal se trouve, et qui varient comme les sen-salions et les affections qu'ils éprouvent, selon les réflexions qu'ils font. Les premières sont dirigées par l'instinct, et les secondes par Tintelligence qui réfléchit, et ainsi t les animaux sont doués de réflexion, »
En dehors des philosophes et naturalistes que nous venons de citer, les médecins dévoués au cartésianisme depuis le xvn" siècle avaient accepté l'automatisme mécanique. Willis, le premier, et plusieurs autres après lui, découvrirent, en expliquant les sympathies morbides, que des sensations peuvent arriver par des filets nerveux au centre cérébro-spinal, s'y réfléchir immédiatement et produire des mouvements en dehors de tout acte volontaire ou instinctif. JMûller rapporte ainsi ce point historique : « La plupart » des physiologistes, dit-il, les faisaient dépendre, avec Willis, » des anastomoses du nerf ganglionnaire, qui reçut même de là » le nom de grand sympathique. Comparetti a écrit tout un livre
UO DBS ACTBS.
» pour expliquer les sympathies morbides par les anastomoses des » nerfs.' (Occursus mediciy Venise, 1780.) Cette théorie fut presque » généralement adoptée, et même, dans ces derniers temps, on y a fait » servir les observations dont S'était agrandi le champ de la névro- » logie (Tiedemann) . Cependant quelques anciens physiologistes, » tels que Haller, Cullen, de Whytt, A. Monroet d'autres, s'étaient )) élevés contre elle. Whytt et Cullen disaient les phénomènes pro* » duits par le concours du sensorium et par les sensations. Pro- » cbaska (Opéra minera, II) s'est exprimé d'une manière très précise » à l'égard des mouvements réflexes. Suivant lui, il consiste en ce » que des sensations propagées au cerveau, tout le long du nerf, » sont réfléchies par l'encéphale et la moelle épinière sur certains » nerfs moteurs correspondants. Il allègue en preuve ce qui a lieu » chez une grenouille décapitée, explique par là l'étonnement, et » fait remarquer avec beaucoup de justesse que l'effet réflexe peut » avoir lieu avec ou sans conscience. » (Mûller, Physiologiey t. I"", p. 608.)
Cependant c'est à Marshall-Hall que l'on doit le véritable examen scientifique de t>ette question. En 1832, il fit connaître son travail sur les mouvements réflexes à la Société zoologique de Londres, et, en 1833, il le publia dans les Transactions philosophiques. Depuis, il fit paraître deux autres mémoires : Memoirs on the ner^ vous syitem, London, 1837 ; I>/ew memoir on the neroous System^ London, 18/i3. Mûller avait appelé l'attention sur cette question, dès 1839, dans sa Physiologie, MarshalMiall distingue, comme conséquence de ses expériences, quatre espèces de contractions musculaires, quatre modes d'impulsion : 1® volontaire, qui part du cerveau; 2° involontaire, dépendant d'une irritation immédiate portée sur les organes contractiles; 3*^ respiratoire, qui dépend de la moelle épinière et qui est continue ; W réflexe, qui se rattache à la moelle épinière.
L'étude des mouvements réflexes a été vivement poursuivie par tous les physiologistes modernes; on trouvera, dans les traités de physiologie organique, les détails qui n'auraient ici aucune valeur. Nous n'avons qu'à les constater comme un témoignage en faveur de certains mouvements qui paraissent vraiment mécaniques.
Ce qui doit ressortir de ce court exposé historique, c'est qutl n*existe pas un seul mode d'impulsion animale, mais bien plusieure qu'il importe de distinguer nettement.
IL Ce 4«*est l'impaiaioM aainato. — Nous appelons impulsion
DBS ACTBS n l'ordre ANIMAL. 431
animale le mouvem^it qui met en jeu la sensibilité et la motilité. Coninie nous Tavons expliqué au chapitre iv du livre II, il n'y a pas d'activité possible dans Téire sans une disposition à l'acte, et toute activité, toute disposition à l'acte ayant en soi une aspiration qui la porte à agir, c'est cette aspiration à l'acte, appetitus adactum^ qui est son premier mobile. Les causes extérieures qui agissent sur rétre le poussent à l'acte ; mais il n'y arrive, il ne s'y détermine que par sa propre inclination, son appetitus ad actum.
Comme l'activité animale est ainsi ordonnée^ qu'elle se compose de trois mouvements successifs, la sensibilité, la détermination et la motilité, il semble que la détermination, ou impulsion, est forcément la suite de la sensibilité, et, en eflTet, il paraît naturel que l'animalité ne peut se déterminer à l'acte qu'au préalable elle ait connu l'objet de l'acte, sens lequel il n*y a pas de mouvement possible; mais, en réalité, la sensibilité elle-même peut être dirigée par l'impulsion : il suffit que l'objet l'ait prévenue de sa présence, qu'elle ait été éveillée par lui pour que l'impulsion lui demande une connaissance plus exacte, plus étendue, plus attentive, et dans ce dernier cas, l'impulsion la dirige, la maintient sur l'objet. C'est (l'une observation usuelle que nous ne dirigeons pas seulement nos mouvements^ que nous dirigeons et appliquons aussi l'usage de nos sens. Chaque jour, on voit l'animal dont un bruit a frappé l'oreille tendre, pour ainsi dire, tous ses sens vers la connaissance de l'objet qui a effleuré la sensibilité.
Ainsi l'impulsion meut la sensibilité aussi bien que les mouvements. Hais elle la meut d'une manière différente. Dans la détermination d'un mouvement, il y a comme effusion de l'impulsion dans l'organe du mouvement. Dans l'application de la sensibilité, il y a deux choses : le mouvement qui tourne l'organe sensible vers l'objet, ou l'applique à l'objet, et l'attention sensible, qui, au lieu d'être une effusion de l'impulsion, est une aspiration de l'activité sensible. De sorte que l'impulsion animale est une activité à deux courants : as/>tra/ton quand elle meut la sensibilité; effusion quand elle meut la motilité.
Cette impulsion, mise ainsi comme le centre animal où aboutissent la sensibilité et la motilité, n'agit bien évidemment que selon la manière dont elle est affectée^ éprouvée par l'objet de l'acte ; et comme cette afiection ne lui vient que par la sensibilité, ne connaît l'objet que par la sensibilité, elle n'est dans sa nature ({M* xm appétit sensible, et ne peut donner lieu qu'à des actes animaux. Elle nous
||32 DfiS ACTES.
présente donc à étudier ses divers modes dans les actes et les afEections qui la déterminant.
III. Bem varlé«é« de l'ioipolsiiNi da** les aetee. — Cette étude
est en partie faite, d'après ce que nous avons déjà dit, de la sensi* bilité et des mouvements aux paragraphes précédents ; nous n'avons guère qu*à la compléter et à la résumer.
Les mouvements sont, nous Tavons vu, de deux ordres : orga* niqties, ou de relations extérieures. L'impulsion peut donc ordonner ces deux ordres de mouvement, et pour eux, elle est organique ou de relations extérieures.
Dans cbacun de ces ordres, nous avons trouvé des mouvements locaux, rhythmiques, automatiques ou réflexes et volontaires. L'impulsion peut donc être locale, rhythmique, automatique ou volontaire.
l*' UimpuUion locale opère l'acte local, par suite de la sensibilité locale ou irritabilité; elle est purement organique, et elle échappe au moi animal dans l'état normal. Si, par suite d'une excitation <d>jective, l'irritabilité fait appel aux centres sensibles, le mouvement local reçoit lui-même une impulsion centrale ; c'est la sensation interne qui est mise en jeu^ et qui retentit sur les actes qu'elle peut influencer. Alors, l'impulsion centrale peut être automatique ou volontaire.
2"^ L impulsion rhythmique peut être locale ou centrale : locale dans les mouvements vibratiles et dans le cœur; venant des centres pour les mouvements respiratoires. Le rhythmedu cœur et des cils vibratiles, bien que purement local, parait être quelquefois influencé par les aflectious des centres. Le rhythme respiratoire peut être accéléré ou ralenti, ou modifié par les affections des centres et par la volonté; les émotions peuvent même le suspendre et l'arrêter ; la volonté ne peut l'enrayer complètement.
3<* L'impulsion automatique ou réflexe dépend des aflections seur sibles, rieu que d'elles. Le centre est affecté par le plaisir ou la douleur, le bien-être ou le malaise, le désir ou la répulsion ; il répond immédiatement par une impulsion destinée à l'aire exécuta des mouvements qui le satisfassent. Ici, il n'y a pour aiusi dire pas d'intermédiaire entre l'acte sensible et l'acte moteur; il y a passage subit de l'un à l'autre : c'est un mouvement réflexe. Mais aussi, le centre ne juge pas quel est l'objet dans ses qualités; il ne tient pas à le connaître; il ne le connaît pas; il en est aflecté, et cela est suffi-
DES ACTES DE L OHDIlE ANIMAL. 433
Sînit/ il opère. 11 s'agit ici d'actes pressés, d'une, nécessité,, pour ainsi dire, imrnédiale ; il faut que le mécanisme soit prompt; jl y aurait danger si l'acte était retardé : l'impulsion de l'action' suit Immédiatefhent la sensation.
Cette impulsion automatique ou réflexe offre ces trois caractères remarquables : 1° elle est rapide, et subvient immédiatement à la nécessité; 2* elle se fait tandis que l'impulsion volontaire peut agir de son côté sur un autre point, et qu'elle permet ainsi à la volonté d'être ^cupée ailleurs pendant que les actes nécessaires qui dépendenj^^pentre, s'exécutent normalement; 3°, elle peut être, dans cas, soumise à la volonté, si celle-ci juge à propos d'inir, et le peut faire en retardant plus ou moins l'acte, sans
iger.
Ce dernier caractère se remarque dans toutes les actions de besoin et d'excrétion ; il dénote l'empire que l'impulsion volontaire peut prendre sur l'impulsion automatique, empire qui s'accroît avec l'âge. Chez les enfants, comme chez les petits des animaux, l'excrétion fécale ou urinaire, le vomissement, tous les actes automatiques naturellement, s'exécutent automatiquement en dehors de la volonté. L'homme peut retenir ces actes par sa volonté, les suspendre, les retarder jusqu'à un certain moment où la sensation interne est tellement forte, que le mouvement automatique s'opji'.î nialgré lui. Il peut ainsi suspendre les mouvements qu'occasionne la douleur, retarder la déglutition, le vomissement, arrêter un mouvement qui va répondre à une lésion extérieure, à une blessure de l'affection sensible; mais il y a un moment où la sensation est tellement vive, que l'involontaire prend le dessus au nom de la nécessité.
L La volonté ne peut rien sur le cœur et les vaisseaux, sur l'estonc, les intestins et les conduits vecteurs des excrétions, p<irce ■'ils dépendent d'une impulsion locale.
^Chez les petits des animaux, les mouvements automatiques sont ^ous affranchis de la volonté; en les élevant, et par la domestication, on les rend maîtres plus ou moins de l'automatisme, et, règle générale, l'animal domestique acquiert au contact de l'homme une puissance sur les mouvements automatiques que n'ont pas les animaux ;auva£res. Chez ceux-ci,' la volonté ne s'affranchit de l'automatisme rjue par les nécessités et l'expérience de la vie.
û* IJimpuhion volontaire suit un tout autre mécanisme que l'im- [>u1sion automatique. Elle ne dépend pas de la sensation seule, ;n;iis de l'affection du moi sensible, jugeant de l'objet par les sens
FRÉDAl'LT. 28
&3& DBS ACTBS.
externes et internes. Il importe de bien comprendre ce point, parce qu'il rend compte de ce qu'est le volontaire animal, et de ce qu\iD a appelé Tintelligence animale.
Dans l'impulsion automatique, le centre animal ne jage pas Vobjet de Tacte ; il se sent affecté et il agit. 11 ne s'occupe pas dtr c^ qu'est l'objet en lui-même et des qualités qu'il pourraii oonnaîire. il sent que cet objet l'affecte en bien ou en mal, et il répand immrdiatement par une impulsion destinée à retenir ou écarts cet ob -i C'est ce qu'on pourrait appeler Tacte premier du centre animxi regard de tout objet qui l'affecte.
Dans l'impulsion volontaire, il n'en est plus de même. Le vol notaire domine tout Tordre sensilif dans le centre du moi animal. C: objet a impressionné Tordre sensible; un mouvement émane > Taffection éprouvée pourrait y répondre immédiatement par i-^ impulsion automatique; le volontaire s'interpose et arrête le n-icment jusqu'à plus ample informé et décision de sa part. Il braqiv attache tous ses sens sur Tobjet; par ses sens externes, il en p: toutes les qualités sensibles; par ses sens internes, il le juge c^ : est en lui-même, recueillant dans l'imagination la syntht^ toutes ses qualités sensibles, vérifiant ce qu'il est par le sen> mun, et faisant appel à sa mémoire, l'estimant par son estima: ■ en écoutant ce que lui en témoigne son affection du centre i;: sif. Alors, il fait appel à ses sensations internes pour contrôler . ses actes, voir s'il n'est pas trompé à l'égard de cet objet ; si se> x externes ont bien recueilli les formes sensibles externes ; si st'^ internes ont bien apprécié et jugé T image objective dans Tima. tion, non une forme imaginaire; si son estima tivtté lui téii)< > bien ce que doit être Tobjet à son égard d'après Taffection senv: Enfin, son affection sensible étant nettement établie vis-à-yis de l jet, le volontaire se décide à Tacte et le détermine, suivant -.r affection ressentie, éprouvée.
C'est ainsi que l'animai, et l'animalité chez l'homme, pren' ^ une opinion réfléchie à Tégard de Tobjet de Tacte, et qu'il le»: ^ permis de modifier l'action suivant toutes les circonstances où i ^ ^ trouvent.
Tout Tenchaîntraent de ces actes peut être plus ou moins r».^ et même plus ou moins bien suivi, car le volontaire est ince>v ment pre^sê par l'automatisme, et il en est plus ou moins pr "- Mais dans le> cas où il ai;iL dans la peiftclion de la nature, il *•. ainsi tous les actes que nous venons d'enumérer, et c'est alors manifeste ce que Ton noumie Tmleliigence animale. Ce u*est ^ ■
Dss ACTES m l'ordre animal. &35
vraiment de rîntelligence, comme on le comprendra bien mieux dans le chapitre suivant; mais c*est une sorte d'intelligence, quand on compare cette suite d'actes à l'impulsion réflexe ou automatique.
Ce volontaire animal peut être défini une opinion ou détermination de Voffeciion sensible à l'égard d'un objet dont les qualités sensibles sont connues par rapport au bien nu au mal de t individu.
Comme nous venons de le démontrer, le volontaire ne se détermine pas d'après une première impression de l'objet sur le moi affectif; il instruit la cause par ses sens externes et internes, et par ses sensations internes. C'est donc non plus une simple impulsion, mais une opinion^ une détermination à l'égard de cet objet; il y a jugement. Hais ce jugement est purement sensible et particulier ; il ne porte que sur les qualités sensibles de l'objet à l'égard de l'affection sensible du sujet, et c'est l'individu qui juge relativement à lui-même ce qui lui est bon ou mauvais. Au contraire, dans les facultés intellectuelles, comme nous le verrons plus loin, le volontaire se détermine d'après un jugement de l'essence de l'objet, et eu égard au bien ou au mal, sans égard à la personne qui juge et se détermine. En un mot, le volontaire animal est sensible et personnel ; c'est d'après les qualités sensibles de l'objet et d'après ce« qu'il éprouve de ces qualités sensibles qu'il se détermine.
IV. lies afliectioBs d« raniowr aeBsibto. — Les différentes impulsions de Tanimalité se déterminent, comme nous l'avons vu, selon l'affection sensible qui est elle-même une manière d'être de l'amour sensible ou appetilus sensibilis. C'est donc là que se résume, comme dans son foyer, tout l'ordre animal : ex illo omnia vertimt.
L'affection est proprement l'état du sujet à l'égard de l'objet qui le touche, d'où naît la disposition à l'acte. Cette définition suffit si l'on veut bien se reporter à ce que nous avons dit de la disposition à Tacte, en parlant des causes finales, livre 11^ chap. iv.
Chaque animal, chaque homme dans sod animalité, détient, selon son espèce^ son sexe, sa race, son individualité, des dispositions multiples : il porte en lui-même comme les destinées de son existence, selon les objets qui le doivent mouvoir et sur lesquels il doit agir; et par cela même dans sa nature, dispositions à être affecté diversement pour répondre aux divers objets et selon des actes divers. On peut même, on doit dire que sa nature est caractérisée par les différentes affections possibles en lui, car c'est de ces affections que dépendent ses aspirations, ses répulsions, ses actes multiples.
43 G DBS ACTES.
Il y a dos aiïeclions locales comme des mouvements locaui, des afTections automatiques comme des mouvements automatiques, des affections volontaires comme des mouvements volontaires, i^ics affections locales caractérisent seulement la susceptibilité et Ténerçie ou la langueur et la mollesse des mouvements locaux, et répondent comme ces mouvements à la vitalité organique. 11 serait sans douic intéressant de s'en occuper, et le médecin a constamment l'occasion de s'en préoccuper, mais la physiologie a jusqu'ici dédaigné ce sujet. et nous y voyons trop de difficultés pour l'entreprendre dès malatenant.
Les affections automatiques et volontaires qui doivent seules iiou< occuper, sont en réalité les mêmes. La seule chose qui les distingue, c'est que les unes sont brusques et suivent une simple apercept *r. de l'objet, tandis que les autres procèdent d'une connais&ince pl:> approfondie des qualités objectives par les sensexterncs. Elles varin:: comme on le peut comprendre sans qu'il soit besoin cVinsistc: selon l'espèce, les races, le sexe, les dispositions héréditaires i. acquises^ selon l'habitude ou l'accident et les âges.
Pour exposer aussi clairement que possible les diverses quesii qui se rapportent aux affections de l'amour sensible, nous les rt' 'formerons dans les trois points suivants :
l*' Du plaisir et de la douleur, mobiles de raffection.
2® Des modes objectifs de rafTection.
3*^ Des modes subjectifs de l*affection ; ses passions.
1° Du plaisir et de la douleur^ mobilea de l'affectirm. — LV^îr^ étant créé normalement pour le bien et pour son bien, tout acte >. sa part est ordonné pour sa satisfaction, son bien-être. C'est «. bien, fui de l'acte, qui est le mobile de l'acte. Et comii>e, da * l'ordre animal, le bien-être est le sensible qu'on appelle plai>;r. jouissance, c'est le plaisir qui est le mobile de tout acte.
Mais, comme nous l'avons montré en parlant des causes fina^*^ l'objet de l'acte peut tromper l'être; et de là un désordre dans l\ti' dont l'intention finale est déviée. (Voy. livre H, chap. iv.) Ce dé5or<! constitue un acte anormal mauvais ou de mal-être, dans lonlrt animal, c'est le malaise ou la douleur. Et comme cette douit:!: avertit l'àtre de son erreur à l'égard de l'objet de l'acte, cet t» ■ conçoit immédiatement un autre acte différent du premier à Tt^pi: 1 de cet objet; de sorte que la douleur devient à son tour un aui' mobile de l'acte.
Ces deux mobiles sont comme les in)pulsions qu'ils détermine -^
DKS ACTES DE L'ORimB ANI.VIAL. 43?
locaux, automatiques ou volontaires; c'est-à-dire qu'ils affectent simplement une partie sans que le centre en ait' connaissance, et consliluent alors un bien-être ou un mal-ôtre inconscients; ou bien le foyer réflexe et le foyer volontaire en sont affectés, et le moi sensible en a connaissance par les sensations internes. C'est dans ce dernier cas qu'il y a sensation de plaisir ou de douleur.
Oi) ne saurait trop remarquer sur ce point le jeu des sensations internes. L'ordre animal est ainsi ordonné par elles, que, par leu^ entremise, non-seulement il peut prendre connaissance de tous ses actes sensibles et moteurs , mais encore qu'il connaît ses propres affections dans ses actes, et peut ainsi se témoigner à lui-même de ce qui est bien ou mal, bon ou mauvais pour lui. H jouit ou souffre doublement , d'abord de son affection, et secondement de son action.
2^ Des modes objectifs de l'affection. — Nous venons de rappeler que tout être est ordonné pour sa tin, et qu'il a naturellement l'appétit de sa fin, appetitus adactum; que cet acte lui procure \e plaisir ou la douleur, qui deviennent des mobiles de l'acte. II suit de là qu'il se porte vers les objets qui lui peuvent donner du plaisir, qu'il s'éloigne de ceux qui peuvent lui causer de la douleur, ou les combat. Ce sont là des tendances distinguées par des mots différents : nécessités^ besoins, penchants^ propensions, inclinations, sen^ timents.
C'est aux phrénologistes, dont nous devrons examiner la doctrine dans le livre suivant, que revient surtout l'honneur, après les moralistes, d'avoir étudié les diverses variétés de l'affection sensible. Malheureusement ils ont souvent confondu ce qui appartient à Tordre purement sensible et ce qui est de l'ordre intellectuel; dé mémo qu'ils n'ont pas assez distingué les variétés selon l'objet de raffection et les variétés selon le sujet. Tout en mettant leurs classifications à contribution, nous ne pouvons les suivre. Nous devons d'abord ne nous occuper que des objets de l'affection.
Nous remarquons d'abord que* lés divers objets qui peuvent affecter l'affection, ou amour sensible, se rangent dans deux classes: l"* ceux qui tombent sous^la puissance d'un acte purement organique, et ne répondent qu'au bien-être ou au mal-être du corps ; l'affection qtii porte l'acte à les retenir ou à les écarter, est pro-^ prernent le £e«oin; besoin d'alimentation, de boisson, d'excrétion, de respiration ; T ceux qui meuvent vraiment le sensible, et donnent lieu à la puissance ou à la peine, au plaisir ou à la douleur ; ce sont
es penchants de l'amour sensible, penchants à jouir par les sens ot par les actes.
De sorte que d'une manière générale, il n'y a que tes besoins di végétatif et les pe^ichants de l'animalité. Il y a nécessité dans un cii comme dans l'autre, lorsque l'acte est commandé absolument et d'uni manière plus ou moins pressée, par un danger que l'objet peut fâin courir à l'existence de l'être ; nécessité d'agir sur l'objet, soit piv. je retenir, soit pour le repousser. Il y a propension^ inclinait lorsque l'alfection se porte sur un objet plus que sur un autre, é plus qu'on ne le remarque dans les autres individus. Les sentiw sont les penchants les plus relevés de l'ordre animal, et semble croître dans l'animalité sous l'influence de l'ordre intellectuel; î^ existent n peine chez les animaux sauvages, se montrent d'auu: plus chez l'animal domestique, qu'il est plus domestique , et r s'épanouissent dans toute leur richesse que chez l'homme cul'i^ Entrons dans quelques détails pour rendre ces distinctions: ^ claires.
I. Le besoin est né de l'alliance du végétatif avec ranîmalitr végétal trouve là où il croit les matériaux' nécessaires à sa nutr et il émet dans le milieu qui l'entoure les matériaux aUbiie produit naturellement le pollen qui tombe ou que le vent [>' sur le stigmate. Hais le corps de Tanimal est intimement liéà.-î^ malité, et est porté décotes et d'autres au gré du sensible et è motilité. Sans l'artifice du besoin, l'animal pourrait ne penser la jouissance de ses sens, qu'au plaisir de ses actes : il délaissem' partie végétative qui lui sert de support. Le besoin est prédsémîe trait d'union ; la partie végétative retentit dans le foyer ani^ qui lui-même est averti par le plaisir ou la peine du bien-être o: mal-être végétatif; de sorte que l'animal est doublement conda servir son végétatif, par la douleur que le besoin lui cause, eî'r le plaisir qu'il éprouve à le satisfaire.
C'est ainsi que nous avons besoin d'alimentation et de bois>'^ pour subvenir aux absorptions digestives ; besoin d'air et de rt^ ration, besoin d'éteruuer et de moucher, de saliver, de tousser. « vomir, d'excrétion fécale, d'urination; besoins d'émission ovai* chez la femme et spçrmatique chez l'homme, qui peuvent se î-' naturellement par la menstruation chez l'une, par les pollot^' chez l'autre, mais qui sollicitent les rapports sexuek; besctin chaleur et de froid selon la température du corps et celle de i'tV^" rieur; besoin de défpn^ç extérieure, soit pour coiobat(rey soitp'-
DBS ACTES DE L'ORDRB ANIMAL. 439
fuir une cause extérieure blessante; besoin même des sens externes et internes pour connaître et apprécier ce qui peut être utile ou nuisible au végétatif; besoin de mouvements, car les mouvements de relations extérieures sont aussi utiles à la bonne nutrition ; besoin de repos, car Tabus de l'action animale épuise le végétatif.
Nous devons voir dans le livre suivant le jeu de ces rapports en tre le végétatif et Tanimalité, nous ne faisons ici que constater les besoins qui en résultent.
il. Les penchants sont (dans le sens strict et non comme simple synonyme à'incliruition) d'un ordre tout différent de celui des besoins, ils se rapportent entièrenient à Tanimalité : c'est Tanimai qui veut jouir de tous les objets qui peuvent afifecter ses sens ou tomber sous la puissance de ses actes. Or, si Ton se rappelle ce que nous avons établi au commencement de ce livre (préambule), que les facultés et les actes sont ordonnés objectivement, il s'ensuit que les penchants sont naturellement divisés selon les divers actes de ^.'animalité, à sentir et à agir.
Penchants à sentir, à voir, à entendre, à toucher, à goûter, à xlorer, à savourer, à imaginer, à juger des diverses qualités sensibles en les rapprochant, à se souvenir, à estimer.
Penchants à agir, à mâcher, à mimer, à parler^ à agir des mains, 1 se tenir debout ou assis, ou couché, à marcher, à remuer, à îourir, à sauter, à nager.
\ Mais en second lieu, le penchant peut se subtiliser, en se portant ion plus sur Tobjet d'un sens ou d'un acte, mais sur chacune des liverses qualités sensibles que le sens peut percevoir, ou sur chaque notilité particulière. Ainsi, penchant à la couleur et même à telle DU telle couleur, ou à la forme ; penchant à la mélodie ou à Thar- Tionité, aux sons graves ou aigus; penchant aux choses amères ou Dcides, ou sucrées, ou salées ; penchant à telle ou telle odeur, aux [jhoses dures ou molles, grosses ou fines. Imagination de la forme 3U de la couleur, de l'odorat ou de la saveur, de la tonalité ou du Louclier, sens commun qui s'applique à tel ordre sensible plutôt [ju'à tel autre; mémoire de localité ou de successivité, et de telle 3U telle chose en particulier; estime des qualités sensibles ou de leurs relations, de l'ordre, du temps, du nombre, du lieu, de la [causalité. De là l'amour du beau sensible dans les arts.
De même pour la motilité : penchant à mouvoir telle ou telle par* tie, même un muscle en particulier, à parler bas ou haut, à parler le telle ou telle manière, en se servant de tel ou tel mot, etc. De là zos inclinations d'artistes qui arrivent à produire des merveilles.
[\llO DES ACTES.
Enfin les conditions au milieu desquelles ranimalitô peut eiis'. motivent des sensibilités ou des actes complexes capables dedo* ner lieu à de la jouissance, et vers lesquels l'affection se porte p j ou moins : Tamoûr'des richesses et de la possession, ce que ■: phrénologistes appellent Tacqùisivité ; Tamour de la sociéit ^ sociabilité; l'amour de la famille, conjugabililé, maternité, pair' nité, piété filiale; Tambur de son semblable, amitié, charité, hur nîté, ou régoïsme,' la personnalité; l'amour de la dotninatlun i de la sujétion, l'amour delà destruction ou de rulilisaiion; ■ mour de Tindùstrie ou des arts, de la construction, de Torgiu >i tion, etc!; l'amour de Thabitatibn ou de la vie errante; Tamour i rHabilleniént, dé l'ornement et de la co(^uetterie.
Pour presque tous ces penchants, les relations de r^nimalité j/ l'intelligence sont nécessaires. Dans tous c'est bien ranimalitr jouit; il y a plaisir sensible^ mais dans un grand nombre c'est telligence qui' découvre à l'animalité des objets de jouissance, cest par là,* comme nous le verrons plus tard que rintellige:i ' sert de l'animalité et lui paye ses services. C'est à cette relatior sont dus les sentiments, ou affections sensibles supérieures causent le beau sensible, le beau dans les arts, la famille, la s la maternité, la piété filiale. Chez les animaux ces penchant • bien réduits de nombre et en étendue, on ne leur trouve guèr le plaisir qui suit la satisfaction des besoins, la jouissance c lumière et du toucher, l'amour delà mère pour ses |>elits, et <; quefois le plaisir de son domaine, de sa tannière ou même i industrie instinctive chez les abeilles, les castors, les araisiu-e: n'y a chez eux que les rudiments de la jouissance sensible, >i samment cependant' pour nous faire juger combien de cHom^ l'homnrie, auxquelles nous attachons tant d'importance, Si^imême ordre que ces plaisirs inférieurs, et nesontelles-Tnème'^ ,i que chose que par l'ordre intellectuel 'si souvent dédaigné.
3° Des modes subjectifs He ^l'a/fection ; des passions. — Noi^ nous de voir commeiit les objets créent des besoins 'èi des P^'' mais il nous reste à examiner dans quel état peut se trouver !-' tion à l'égard de l'objectif,' et' comment, selon les niodes <^u trouve, il manifeste des passions, des vices ou des vertus', iie> ' et des talents, des caractèi^es, ' • Vi *
Les théologiens, les philosophes, les moralistes, les' àrli-^t' ■ sont, chacun de leur côté, occupés de ces questions, et y oritai: leur direction de vue particulière. On a surtout étudié lés jw>^ les vertus et les vices. Si je ne me tiompe,' il nie^seriiblt'i