‹ Physiologie généraleChapitre 49 sur 107 · DES ACTES DR L'ORDQE ANIMAL · texte numérisé non relu

DES ACTES DR L'ORDQE ANIMAL

question devrait être examinée pliysiologiqueixient d'une manière particulière. ^ ,

Disons d'abord ce qui a été fait. ,

Platon divisait les passions en concupiscibles et irascibles. Les stoïciens en admettaient quatre : ledésii\ lu joie, la crainte et. la tnistesse. — Au moyen âge on suivait à peu près la classification do P laton, on admettait des passions concupiscihles, mises en jeu par V objet présent : V amour, la haine, la joie, la tristesse, le désir, la fuite; les irascibles se rapportaient à l'objet absent : V espérance, le désespoir, Vavdace^ la crainte, lu colère. Celte division a été conservée par les théologiens et les philosophes jusqu'à nos jours. — Ch. Fourrier a proposé de diviser les passions en trois classes : positives, se rapportant à notre bien-être et divisées comme les cinq sens; affectives, comprenant l'ambition, l'amitié, les affections de famille, l'amour; distributives, esprit d'émulation, amour de changement (papillonne), etc. — Des médecins modernes ont proposé de les diviser simplement en exaltantes: l'amour, la haine, la joie^ ledésir, l'espérance, l'audace, la colère, et déprimantes : la tristesse, la fuite, la crainte, le désespoir.

On peut consulter sur les passions, en outre des livres classiques (ie philosophie et de théologie morale, les suivants : les Passions de rame, par Descartes; V Usage des passions, par le P. Senault, 16^3; le Caractère des passions, par Lachanbre, 1758; le Dictionnaire des passions, par Sabatier de Castres, 1769 ; la Physiologie des passions^ par Alibert, 1836; la Médecine des passions, par Descuret, 18A3. V Hygiène de l'âme, par le baron Feuchtersleben, 2'' édition, 1860. Dans les ouvrages classiques de philosophie du xvii'^ siècle, on adnieitait généralement quatre vertus principales opposées à quatre vices principaux : la prudence et Vimprudence^ la justice et Vinjvs^ tice, la tempérance et V intempérance^ le courage et la lâcheté.

1° A la prudence, on rapportait l'activité, l'attention, l'intelUgence, la sagesse» la patience; à Yimprudence, la négligence, la paresse, l'inattention, la sottise, l'impatience, l'incurie. — 2° A la justice, la piété, la prière, la dévotion, le culte, l'observance de la loi ou des devoirs, la gratitude, le pardon, la vérité, la foi au serment, la bienveillance, la chasteté et la justice stricte qui rond à chacun ce qui lui est dû ; à Y injustice, l'athéisme, l'impiété, l'idolâtrie, la sj^perstition, le parjure et le sacrilège, l'inobservance de la loi pu^ des devoirs, l'ingratitude, la vengeance, l'injure, la détractation, la jalousie, la malédiction, la dérision et l'ironie, le mensonge, l'hypocrisie et la ruse, la fraude, l'usure, la discorde, le

Hhî DBS ACTBS.

manque de charité et de bienveillance. — 3® A la tempérance, rho> néteté, Tabstinence, le jeûne, la sobriété, la pudeur, la chasteté, j continence, la clémence, la mansuétude, la modestie, l'humilité; d Y intempérance^ le lucre et Tavarice, la prodigalité, la gourmand- [gula]^ rivresse, Tiropudeur, Tincontinence, la luxure, la \digeance, la colère, Timmodestie, la superbe et l'insolence, Tenvi la cruauté, la curiosité. — 4° Au courage, force de caractère, y-tience, persévérance, grandeur d'âme, ambition légitime; k •. lâcheté, la crainte, la pusillanimité, l'impudence, la présompti. la vaine gloire. (Goudin, Philosophia Thomœ, pars, quart.)

En se plaçant sur le terrain où se sont mis les auteurs, il r^ difficile de contester la classification précédente, et, au puini >: vue moral, le précédent dénombrement des vertus et des visemble laisser peu de chose à désirer ; mais ce sont là des poiiiLs * vue particuliers qui ont deux désavantages : le premier, de ne jc donner, sous les titres de passions, de vices ou vertus, tout ce qu: peuvent renfermer, car, en réalité, la passion elle-môme peut r vice ou vertu, et Ton ne peut rapporter tous les caractères de ". fection au vice ou à la vertu, à moins d'aller bien loin. En so^ lieu, chose plus grave, le point de vue moral où l'on se place fait trer dans l'ordre sensible bien des choses qui sont de Tordre po ment intellectuel. Nous croyons donc qu'en laissant au moia.N toute sa liberté d'action pour le but qu'il poursuit très justeme. on peut envisager la question d'une autre manière.

Que devons-nous examiner et quelle est véritablement noir question? Pas autre chose que ceci : Dans quels états l'affection îkse trouver à regard de l'objet? Étudions donc d'abord ces e: * dans leurs variétés, puis nous verrons ensuite ce que l'on app^ en eux passion, vice ou vertu.

1*^ Le sujet tend à l'acte par sa pente naturelle; il est disf-^ pour cela, pour sentir ou pour agir. Il porte en lui cet appetitut >• actum dont nous avons parlé: curiosité pour les sens, mob'' pour l'action. Il n'a pas encore l'objet qu'il tend à avoir, et à^ que l'objet se présente, la tendance naturelle doit se dévelop[>^' C'est surtout chez l'enfant, dans la jeunesse, que cette tendance i l'acte se montre dans toute sa puissance, avec une sorte d'inquif tude et d'ardeur qui témoignent que l'affection sensible possèi> encore toute la sève naturelle de l'aspiration au plaisir, oar tendre ' agir, c'est naturellement tendre au plaisir. Plus tard, quand Ve^^ rience a enseigné combien souvent la douleur et la peine ontttr les plus naturelles aspirations, la lenteur et la circonspectiî^

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alanguissent et modèrent la tendance à l'acte. En tous cas, voilà bien le premier mode subjectif de Taffection : la tendance à Vacte. Mais le sujet a plus ou moins de tendance à Tacte, et même l'objet étant présent, il est ou n'est pas susceptible à son action ; de là ces variétés : impatience, pétulance, curiosité, ardeur d'aspiration, susceptibilité^ et, au contraire, patience, longanimité, indolence, apaithie, lourdeur.

2'' L'objet se présente, et l'acte va commencer, mais il n'a pas encore directement touché le sujet; il a seulement manifesté sa présence médiatement, lui-même est encore loin. Cependant il a produit un effet dans le sujet qui, à son approche, a ressenti du plaisir ou de la douleur, les deux mobiles de son affection. Immédiatement naissent, dans le foyer affectif, deux tendances différentes : Vamour^ qui le désire et Vappelle ; la répulsion, qui le craint ou le veut combattre; de là de nouveaux modes subjectifs de l'affection : le désir amour ^ la crainte et la révolte^ ou désir de la lutte.

Ainsi se produisent trois penchants variables sans doute, mais rdont un est ordinairement dominant dans chaque personne. On voit des individus tout désir, tout amour, qui se portent à aimer tout objet qui se présente; d'autres, craintifs et timides, redoutent pour ainsi dire toutes choses, même ce qui leur serait le meilleur; d'autres enfin sont toujours en état prêt^à la révolte et à la lutte contre toute chose, prêts à combattre, à détruire ce qui leur serait le meilleur et le plus profitable.

Il en résulte trois modalités de l'acte intenté par le sujet: attache à l'objet dans l'amour, fuite dans la crainte, combat dans la révolte et à la lutte.

Vaitachement^ la fuite et le combat sont les trois principaux entraînements du sujet, les trois impulsions subjectives principales de l'affection sensibla

3* L'affection trouve, dans la poursuite ou l'achèvement de l'acte, Vespoir ou le désespoir , la gaieté ou la tristesse, isijoie ou la douleur. Elle espère s'attacher l'objet qu'elle aime, ou réussir à fuir celui qu'elle redoute, ou parvenir à le vaincre; ou bien elle désespère de s'attacher l'objet de son amour, de pouvoir éviter l'objet qu'elle craint, de pouvoir le vaincre. Elle est gaie dans son espérance, ou triste dans son désespoir ; joyeuse ou jouissante dans le succès, ou pleine de douleur dans l'insuccès.

Esjtoir^ gaieté et joie, ou bien désespoir, tristesse et douleur, sont concurremment comme les marques de l'affection sensible dans deux voies différentes. Dans une de ces voies, il y a plutôt exaltation

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de Tacte qui suit, et, au, contraire, dép^emon de rôiiergie K\ist Tautrc, et de là, comme on Ta dit, des passions exaltantes et de passions déprimantes,

, Il y a des bommes qui semblent Taits pour l'espoir, la g<iiet/ ri k joie; ils n'entreprennent et ne font rien sans espérance \A s.ii gaieté. Quelquefois, il est vrai, le succès semble ne pas cour:..?': leur attente; mais ils. trouvent encore dans leur insuccès ou U^ leur défaite, matière à jouissance, à moins que ce ne soit pour rw roccasion de recommencer un autre acte encore dans Tespoir tta joie. Au contraire, il y en a pour qui le désespoir, la tristesse c: . douleur sont comme des états où ils aiment à se trouver; ils d spèrent jusqu'au dernier moment; ils sont tristes presque jun|> dans le succès; ils souffrent dans la jouissance de Tainour, (!;..- ' bonbeur d'une fuite heureuse ou d'un beau triomphe, cphI^ sans cesse ou que l'objet aimé s'échappe, ou que le danger re> i> : ou qu'un nouveau combat les abatte.

k"" Dans ta manière dont l'affection tend à l'acte, le pour><r Taché ve, on distingue un grand nombre de caractères difTi: qui manifestent l'état dans lequel l'affection se trouve, et i tantôt exaltation, tantôt dépression de l'impulsion. . Ardeui\ activité y vivacité^ ou bien paresse, lenteur, indoienc à entreprendre, soit à continuer, soit à achever l'acte.

IVo/fnce, agitation ei ptUalance, impatience, colère^ ou bien • ccio\ calme, patience, tranquillité : on peut les opposer deux à ccomme dans tout le reste;

Audace, présomption, impudence, ou bien timidité, pusilioKr rit Cime ;

Force, puissance, maturité, ou bien faiblesse, langueur^ /<'^'V '

Courage^ persévérance, continuité, ou bien lâcheté, légèreté, «.: de suite ;

Prudence, attention, sagesse^ ruse^ ou bien imprudence, néyh'y.incw'ie, simplicité;

Modération; tempérance; zèle, intempérance.

.V EnGn l'acte présente des qualités différentes dans scmi eir tion, selon que 1 affection sensible se porte avec plus ou moitié soin à parfîùre l'acte qu elle ordonne, Ciir on ne fait bien une i. que parce qu*on a en soi Tamour de la bien faire.

Par ses sens internes et externes on est plus ou moins bon a^<; : ciateur , le sens aci]uéranl do la fin^ssse, de la subtilité; de F^ '• . de Vactivité, de la justesse, du ycùt. C'est sur Tun des sens, r.; meut sur plusieui-s, que l'activité se pi^^rte et se déploie, comme i)

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ravons vudans les penchants. Ce sont les ' rfons de raffection sensible. • ' * ' • ' *

De même Fun des acles de motilité qui peut être un penchant spécial, est capable d'acquérir plus ou moins de perfection, de talent, selon que l'affection s'y appliiquè; il se remarque alors par la force, Y habilité^ Y adresse^ la pré^cision, Y élégance.

6° La passion est l'exaltation d'une des variétés de l'affeclion sensible, et présente plusieurs caractères.'

En premier lieu, c'est une tendance ' exagérée aux dépens des autres; et à ce litre tous les modes objectifs ou subjectifs de l'affection peuvent être le terrain d'une passion : le plaisir ou la douleur ; les besoins et les penchants; la tendance à l'acte; l'amour, la crainte ou la lutte; l'espoir, la gaîté ou la joie, comme le désespoir, la tristesse ou la plainte; l'ardeur' ou l'adresse; la violence ou la douceur; ^audace ou la timidité; le courage ou la lâcheté; et il en est de même des dons et des talents.

En second lieu, la passion est une affection impulsive automatique, non volontaire, qui se détermine brusquement à l'acte au contact de son objet, et sans prendre une connaissance réfléchie des qualités objectives. Aussi dit-on que c'est un mouvement sans raison ; et pour bien dire il a lieu sans le jugement de tout l'appareil sensible.

En troisième lieu, la passion est une exaltation habituelle qui se représente chaque fois que l'occasion se renouvelle. Ce caractère est d'une importance capitale, car il afPrme que pour bien juger la passion, il faut lui appliquer les lois de l'habitude que nous examinerons plus loin (livre V, cliap. v).

7° Les vices ei les i;er/tt5 sont les qualités que l'intelligence raison-^ nable trouve dans les actes de l'ordre animal, selon qu'ils sont mauvais oubons. L'ordre animal n'a en lui-môme ni vice ni vertu, bien qu'en réalité ce qu'il fait puisse être l'un ou l'autre; il ne connaît pas ces qualités qu'il peut avoir , c'est l'ordre intellectuel qui, au nom du bien ou du mal, juge que ce qu'il fait est l'un ou l'autre. Comme nous l'avons déjà remarqué plus haut, le bien et le mal pour l'ordre animal, c'est ce qui lui est bon ou mauvais, indépendamment des lois morales; et de là l'irresponsabilité des animaux. Ce n'est que lorsque l'animalité est liée à l'intelligenoe, comme chez l'homme, que l'être possède en lui par son intelligence de juger ce que fait son animalité et peut la guider dans la voie du bie)i absolu et dans les exigences de la responsabilité nîorale. Nous

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allons mieux comprendre ces lois dans le chapitre suivant et dans le livre IV.

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