DES FACULTÉS INTELLECTUELLES
La puissance intellectuelle, la plus éminente des Facultés que l'homme possède, élève cet être à un degré qui surpasse de beaucoup celui où sont les animaux, comme Tordre animal est lui-même de beaucoup supérieur à Tordre végétatif. Il y a aussii une gradation progressive de Tordre matériel jusqu'à Tordre intellectuel; et les degrés vont s'espaçant de plus en plus, progressant en dignité.
L'intelligence se caractérise par la connaissance d'une vérité abstraite, par Tamour d'un bien impersonnel, par l'action artistique du beau abstrait. Ici, le sensible est pour ainsi dire transfiguré : l'idée sensible particulière est transformée en idée générale, Tamour du bien personnel en Tamour du bien impersonnel, l'action matérielle en action spirituelle.
Voilà ce que nous allons exposer dans ce chapitre. Aucune étude n'est plus élevée ni plus attrayante pour l'esprit humain; mais aucune aussi n'est peut-être plus difficile et n'a été le terrain de plus de théories et de discussions. Aussi n'est-ce qu'avec une certaine crainte que nous l'abordons, d'autant que nous ne devons qu'effleurer le sujet et le résumer, tâche plus difficile encore que de l'exposer amplement.
Les facultés intellectuelles se divisent en trois secondaires, cornaissance, action , impulsion; les anciens disaient : Y intelligence, Y esprit pratique^ et la volonté.
Nous diviserons donc ce chapitre en trois paragraphes, et nous ajouterons un appendice sur l'immatérialité des actes mtellectuels.
L'intelligence connaît par des idées intelligibles ou abstraites : ridée est Tobjet même de l'intelligence. Nous avons vu dans le chapitre précédent que la connaissance sensible se fait au moyen dlmages ou idées sensibles, représentations phantasmatiques des qualités sensibles des choses dans leur particulier. Ici, nous allons trouver des idées d'une autre sorte qui ne sont que la raison logique
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ies choses dans une abstraction généralisée; difiérence radicale :|ue nous nous eflorcerons de rendre aussi claire que possible.
Disons tout d'abord que cinq questions sont à exaniiner : l"" En quoi consistent les idées intelligibles? question de définition ; 2''ce9 idées sont-elles réelles ou nominales? question d'existence ; 3° comment les classer? question de leurs différences; /!i° comment se produisent-elles dans Tintelligence? question de formation ; 5"* comment sont-elles conduites dans l'acte connaissant? question de méthode.
I. Pm idées ine?UigiMes » comprenant la définition, la classificaion, la question de réalisme. ,
1* Définition, — D'une manière générale, on peut les définir : une représentation logique de V essence des choses. Cela demande- des expli- [^ations.
L'expérience nous enseigne que nous pouvons avoir des choses Jeux sortes d'idées: l'une purement imagée, sensible, particulière; l'autre purement logique, intellecluelle, générale. Ainsi, un triangle 3st une figure limitée par trois côtés et trois angles : si je m'imagine un triangle particulier, je le vois avec sa grandeur, l'inclinaison de >es côtés, l'ouverture de ses angles; j'ai ainsi dans l'imagination une image sensible de ce triangle particulier. Voilà l'idée sensible, 2eile qui réside dans le phantasma, celle dont nous nous sommes 3ccupé au chapitre précédent. Mais je puis aussi concevoir l'idée d'un triangle quelconque, disant d'une manière générale que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits ; et cette nouvelle idée que j'ai du triangle, embrasse toutes les formespossiblesde triangles, et les triangles de toutes les grandeurs; ce n'est plus l'image d'un triangle particulier que j'ai dans l'esprit, mais l'idée du triangle en général, en un mot, l'idée de la triangulité, idée logique qui comprend la raison d'être de tous les triangles possibles. C'est là une idée toute différente de la précédente; l'autre était une image, celle-ci est une raison. Il en est de même si, au lieu d'un triangle, je prends une figure géométrique quelconque, un carré, un trapèze, une losange ou toute autre ; je puis toujours avoir deux sortes d'idées de cette fi^'ure, l'une particulière et sensible^ l'autre générale et logique. Il y a même des figures géométriques qui ont seulement une idée logique, mais dont je ne puis avoir une idée particulière; ainsi, je conçois très bien un polygone de cent mille côtés, ma raison en prend très bien l'idée logique; mais mon imagination ne peut parvenir à constituer une figure dont je puisse apercevoir les cent mille côtés.
llhS DES ACTES.
' Si. au lieu de prcMu'po des figures géométriques, je prends des objets ou desiôties, je trouve encore que je puis avoir à propos de chacun ces deux sortes d'idées. Je puis avoir dans mon imagination'rimage'd-un homme, d'un lion, d'un chien; cliacuhe d'elles répf^ésehte un de ces ôlres avec tout ce qui lui est partictiîier. Mais je'pWis aussi avoir Tidée de Thomme, du lion, du chien, et alors chacune de ces idées représente une généralité, un concept logique de tous les étfes possibles de chacune de ces espèces. Je puis avoMr l'image d'un diamant et aussi l'idée du diamant en général. J'imagine mon encrier tel qu'il est dans sa forme et dans sa grandeur, et je conçois aussi l'idée générale d'un encrier quelconque. Il en est de môme pour toutes choses.
On voit que Vidée intelligible est toute autre que Vimage^ et que leur distinction est un fait des plus réels.
En règle générale, toute chose, tout être de ce monde peut être connu de nous de ces deux manières, par une idée sensible particulière qui en est l'image, et par une idée intellectuelle qui en est la raison logique. Par l'idée sensible nous percevons la grandeur, la figure, la couleur, la dureté, la sonorité et toutes les qualités sensibles que nos sens nous font percevoir ; par l'idée intellectuelle nous coiniaissons Vessence de l'être dans sa généralité, sa raison, comme disait Platon, sa quiddité, comme disait la scolastique avec Aristole.
2° Classification des idées, — Les psychologues se sont appliqués à classer les idées intellectuelles pour les étudier. Ces psychologues sont de deux sortes : les uns, les logiciens, s'en sont occupés au point de vue de la valeur logique, selon les formes que l'esprit en conçoit; les autres, les grammairiens, n'ont eu en vue que le mécanisme du langage qui les émet. Nous ne nous occuperons que des logiciens. • • .
Aristote le premier divisa d'abord les idées en dix catégories ou prédicats : la substance^ la quantité, la relation, Y action, la passion, le tempSf le lieu, la situation, Vétat ou habitude.
Il y ajouta les antépédicats et les postprédicats. Les antéprédicats comprennent les termes imivoques, équivoques, analogues, dénominatifs, complexes, incomplexes ; \es postprédicats sont Vopposition, la priorité, la' simultanéité, le mouvement.
Porphyre adjoignit aux prédicats d'Aristote les cinq universaux : le genre, Ves/yèce, la différence, le propre et Yaccident,
Cette classification a iraversé tous les âges jusqu'à nous. Complètement adoptée dans tout le moyen âge, elle est restée dans la logique de Port-Roval . ... .»
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Cependant elle est loin d'avoir satisfait tout le monde. Kant, entre autres, voulait réduire les catégories à quatre : quantité^ qua^ litéy relation, modalité. {Analytique transcendantale.)
Nous ne pouvons entrer dans toutes les questions de ce sujet qui appartient tout entier à la logique, nous les lui renvoyons.
S"" De r existence des idées. — Ces idées existent-elles réellement dans les choses qui les portent, ou bien ne sont-ellçs que des manières d'être de notre intelligence à Tégard du sujet dont il prend connaissance? Grave difficulté qui a soulevé des discussions sans fin.
Platon qui, le premier, donna la théorie des idées, les considérait 2omme des formes actives, conçues dans Tintelligence divine, vivant lans les êtres et les objets créés, où notre intelligence allait les ^rendre pour s'en pénétrer. Il leur donnait donc une existence *éelie, indépendante des êtres et des objets dans lesquels elles rési- Jent, immortelles par nature et pouvant voyager de la divinité à 'éire, de l'être à notre intelligence, sans cesser de résider à la fois ît en Dieu et dans l'être. Aristote niait l'existence réelle des idées ;ons cette forme. {Métaphys., liv. 1*'.)
Les philosophes d'Alexandrie qui reprirent cette question se denandèrent si les cinq universaux existaient réellement, mais ne ')urent donner une solution. Porphyre, dans Yhagoge, pose la quesion sans la résoudre. Boèce transmit à l'occident cette grave conroverse, et dès le xn* siècle, la scolastique se divisa en deux camps lont l'un tenait pour le réalisme, l'autre pour le nominalisme. Les *éaux soutenaient que l'idée existe réellement, les nominaux préendaient que c'était un être subsistant dans notre intelligence seu* ement, un être de raison. Comme leurs querelles roulèrent surtout >ur l'existence de l'espèce et de l'individualité, nous n*éclaircirons 2C point qu'au livre V, en parlant de l'individualité.
Au xvn"" siècle. Descartes nia l'existence réelle des idées, comme distinctes de la faculté de penser. < Quand j'ai dit, écrit-il, que » l'idée de Dieu est naturellement en nous, je n'ai jamais entendu » autre chose, sinon que la nature a mis en nous une faculté par tï laquelle nous pouvons connaître Dieu, mais je nai jamais écrit 0 ni pensé que de telles idées fussent actuelles ou même qu'elles o fussent des espèces distinctes de la faculté même que nous avons de 0 penser, et même je dirai plus, qu[il n'y a personne qui soit si o éloigné que moi de tout ce fatras cVcntités scolastiques. » [Lettre XCIX.)
Le P. Buflicr fut encore plus net dans ce sens. «Les idées, dii'-i],
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» ne sont que de pures modifitafions de noire dme, en ttmt f ' j> pense: elle» sont idées par rapport à Tobjet représenté pai t » intérieurement à notre âme, et perception par rapport à 1- 19 qui en reçoit l'impression et qui distingue clairement une i » ception d'ayeo une autre. Il est manifeste que nos idées pri^e< to ce sens-là, ne sont pas plus distinguées de notre entendemen: » le mouvement l'est du corps remué. » (Traité des vérités / fnières, 3* partie, chap. VIII.)
Berkeley et Hume, résolvant la question dans le tnéine <<i: tirant les dernières conséquences de cette solution, soutinreoi les idées sont de purs concepts ou modificatioiiS de llnl.llii que par cela même le monde Idéal est un momie purement !■ que nous ne connaissons rien que par nos idées, quenosidn^ sont que de5 modifications de notre propre nature, et qu'ainsi ' ne connaissons que nous-mêmes, le monde extérieur restant! cessible pour nous. «
Leibnitz admettait deux sortes d'idées, les unes dans l'objt' nous avons à connattre, les autres en nous, s'éveillant par * d'une harmonie préétablie au contact de Tobjet.
Kant traça également une ligne dé démarcation tranchée Yobjectif et le subjectifs mais sans aller aux extrémités où aisent Berkeley et Hume. Pour lui les idées sont des formf^ ' tives vides qui ne se remplissent que par Yintuition sensih'.tive, et c'est de leur conjonction que naît le concept intell' {Critique de la raison pure et Logique (ranscendantale.)
Enfin Fichte ramena la question au pur idéologisme de Berk il critiqua avec vivacité les formes vides admises par Kant ^ que s'il y a des idées subjectives, ce qu'on ne peut nier, pui^i réel n'est pas toujours d'accord avec l'idéal, Tobjectit nt^ démontré. Faisant dériver ensuite toutes les idées comme fit' dalités d'un concept unique, il aboutit au panthéisme idàt j
Aujourd'hui, il n'y a plus d'école dominante, et chacun aJi' qu'il veut ; toutes les théories luttent à la fois ; mais nou^ ^ bien que c'est la même question qui s'est déjà présentée, a j'! des formes sensibles, dans le chapitre précédent.
Sans avoir la prétention de voir plus clair que tant de : ' hommes dans un sujet si obscur, nous devons ne pas rester i exposition historique, mais analyser les traits les plus saillant^ question.
1° Que chaque objet ait son idée logique en soi, c'esl-^iraison^ cela ne me i^araît pas réfutable.
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Posons la question dans les objets les mieux connue, dans ceux ]ue nous faisons nous-mérties de nos mains. Serait-on bien venu près d'un inventeur qui a conçu et réalisé une machine, si on lui liait son idée? Cette idée, il Ta d'abord conçue dans soti esprit, il m a vu le but qu'il poursuivait et qu'il voulait réaliser, c'esl-à-dirë ['idée mère de sa machine; il lui a d'abord donné une forme générale, l'ensemble des qualités qu'il a conçues devoir être groupées sous un certain type; puis il a vu les moyens dans lesquels il devait généraliser son idée, les rouages divers ; enfin il a pris de la matière, l'a moulée, triturée, forgée, assouplie à la forme qu'il a donçue, à l'idée qu'il a proposée. Quanrl sa machine a été achevée, il a tnûrenent examiné si elle réalisait Tidée qu'il eU avait eue, et s'il a été satisfait, il a dit, comme Dieu de sa création, que cela était bien. 5t nous, qui maintenant examinons cette machine, nous TittialysoUs, lous nous faisons des idées de la fonction de chacun des rouages, )uis nous nous élevons à l'ensemble de ses actes, nous rapportons es actes qu'elle accomplit au but qu'elle poursuit, nous concevons a raison d'être, l'idée mère qui l'anime. Cette idée que nous décourrons dans cette machine, c'est l'idée que son auteur a conçue, et l en est ainsi pour toutes les causes humaines.
Or, comment dire que ce qui est dans les œuvres des hommes l'est pas à un degré plus éminent et plus parfait dans les œuvres le Dieu? Et puisque nous connaissons ainsi l'œuvre de l'homme, pourquoi ne Connattrions-nous pas ainsi Tœuvre de Dieu?
L'idée paraît manifestement pouvoir être transportée de Vobjet . connaître dans le sujet connaissant, comme elle a été transportée lu créateur dans le créé. Cela suffît dès l'abord.
2° Dans cette connaissatice, l'idée est-elle transportée de l'objet lans le sujet sans cesser d'être dans l'objet? Oui, sans doute, puisque /est dans l'objet que se trouve l'idée, et que c'est dans le sujet [u'elle se retrouve. Le nier serait une absurdité, puisque c'est là m fait d'expérience que -l'idée passe de l'objet dans le sujet comme il le a passé du créateur dans le créé, comme un mouvement se ommunique d'une bille à une autre.
Que cette opération se tasse d'une manière ou d'une autre, peu mporte; le fait lui-même est indépendant de l'interprétation qu'on n peut donner, et quelle que soit son explication, il n'en est pas noins ce qu'il est.
3° Mais cette idée se Iransporte-t-ello de l'objet en nous comme m esprit sans corps qui traverserait l'espace? L'idée peut- elle
exister a parle rei, comme le soutenaient les platoniciens? Non, puisque Tobjet nous est connu eu même temps par ses qualités sensibles, par sa grandeur, sa figure, sa couleur, sa dureté et le reste. C'est donc avec l'image sensible que nous arrive l'idée intellectuelle ; l'idée n'existe pas a parte rei, en dehors de l'objet et de ses formes sensibles.
Nous avons montré dans le chapitre précédent comment l'espèce sensible arrive de l'objet à connaître dans le sujet connaissant; nous n'avons pas à y revenir : nous constatons seulement que l'espèce sensible apporte avec elle l'idée intelligible, parce que l'une est, en efiet, inséparable de l'autre, de la même manière qu'une bille connmunique son mouvement à une autre en la touchant immédiatement ou médiatement. Pour que le mouvement se communique d'un corps à un autre, il faut une communication matérielle de l'un à Tautre ; pour que notre intelligence le connaisse, il faut qu'il soit d'abord matériellement communiqué à nos sens.
Quand une machine a été conçue dans l'esprit de Tinventeur, elle l'a été avec ses qualités sensibles, avec ses rouages, avec sa matière, sa figure et le reste; il ne pouvait concevoir le but à atteindre sans concevoir en même temps les moyens; il ne pouvait concevoir la forme du but sans concevoir en même temps la forme des moyens. Il est vrai que, dans les piremiers moments, tout cela pouvait être vague; mais au fur et à mesure que l'idée prenait de la netteté, les moyens devenaient eux-mêmes plus précis; et quand la conception a été parfaite, elle comprenait l'idée intellectuelle en même temps que l'image sensible de l'œuvre.
Dans la machine réalisée, la forme est tout aussi intimement liée à la matière; on ne peut changer la matière de la machine, chaîner les rouages, sans modifier sa forme, sa raison d'être, son idée. Sans l'idée, il n'y a plus de machine, il n'y a plus que de la matière sous une antre forme, sous une autre idée; sans la matière, il n'y a plus rien, car on ne peut concevoir l'idée sans tout ce qu'elle comporte.
De même enfin, dans le sujet qui connaît cet objet, l'espèce sensible est intimement liée à l'idée intelligible. Si je n'ai, dans ma connaissance, la figure, la matière, la couleur, les rouages, toutes les qualités sensibles de l'œuvre, en un mot^ je ne puis connaître l'idée. Pour que l'œuvre me soit connue, il faut qu'elle m'apparaisse ce qu'elle est dans l'union du sensible et de l'intellectuel.
Ce n'est donc pas par une idée transportée en l'air que je connais l'objet : je le connais dans son espèce sensible portant son idée
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intelligible. Encore une fois, c'est comme le mouvement qui, se communiquant d'une chose à une autre, ne peut subsister sans un support et ne peut aller de Tune à l'autre, a parte rei.
C'est donc bien l'objet lui-même que je connais dans ses deux idées qui sont lui, dans ses qualités sensibles et dans son idée, et cela est un fait, un fait expérimental assuré, indéniable.
W Quelle que soit la manière dont se forment les idées, point que nous allons examiner tout à l'heure; que ce soit notre faculté modifiée au contact de l'idée que porte l'objet, ou que ce soit l'idée portée par l'objet que nous possédions^ il n'en est pas moins vrai que, dans les deux cas, c'est l'objet même que nous connaissons; car, dans le premier cas, notre modification a toute la forme de l'objet qui la modifie, et notre conscience atteste le subjectif et l'objectif; et dans le second cas, on ne peut nier l'objet. Dans les deux suppositions, la réalité objective n'en est pas moins assurée, et cela détruit tout lidcologisme de Berkeley, de Hume et de Fichte.
On argumente que nous pouvons nous tromper, que nous pouvons avoir des idées fausses, des idées qui ne sont pas celles de l'objectif. Hais comment pouvons-nous reconnaître que nous avons des idées fausses, si ce n'est parce que nous pouvons les rectifier et avoir des idées vraies? Or, du moment que nous pouvons avoir des idées vraies, cela suffit à assurer la réalité objective; toute la ques* tion se réduit à chercher les moyens d'assurer la vérité, et de ne 1a pas confondre avec l'erreur.
On dit, il est vrai, que les idées fausses sont incontestables, puisque nous pouvons avoir plusieurs idées d'un même objet, et qu'il est impossible que toutes soient vraies, mais que nous ne pouvons assurer que l'une soit plutôt vraie que l'autre, parce que toutes peuvent être fausses. Mais il y a ici erreur. Il est incontestable que nous pouvons avoir des idées vraies; nous en avons la preuve, la démonstration complète dans Tintelligence des choses humaines. Quand nous analysons la machine inventée par le mécanicien, et que nous en cherchons l'idée, l'inventeur lui-même est là pour nous assurer si nous nous trompons ou non; l'expérience est ainsi à notre portée pour. nous assurer de l'existence des idées vraies, et pour nous donner les moyens de trouver les idées vraies. Il est incontestable que, par elle, nous trouvons souvent, sans qu'il nous l'ait dite, l'idée mère incarnée par l'inventeur dans sa machine. Or, si nous avons une preuve assurée qui nous atteste l'existence d'idées vraies, si nous avons un moyen expérimental assuré de rectifier
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notre esprit pour acquérir des idées vraies , s'il est constant que nous pouvons acquérir de nous-mêmes des idées vraies, comment, d'une part, nier TeKlstence des idées, et comm^nt, de l'autre, dire que nous ne pouvons avoir l'idée vraie de la réalité objective des objets créés par Dieu? L'idéologisme a fait manifestement fausse route.
5° il ne nous rest^ donc qu'à examiner comment l'idée de l'objet se forme dans notre intellect, car son ei^istance réelle ne peut être mise en doute; existence inre, et non pas a parte rei^ selon les termes de l'école.