‹ Physiologie généraleChapitre 52 sur 107 · I. li'esprit pmtiqac est oa art 4e ^pwKwvÊmmm et · texte numérisé non relu

I. li'esprit pmtiqac est oa art 4e ^pwKwvÊmmm et

Les animaux n'accomplissent jamais que des actions diuN aussi ces actions varient-elles fort peu chez tous les individos même espèce ou d'une même race, n'étant diflérentes que^t nécessités de lieux et de possibilité. Au contraire, les act^ l'homme varient comme les idées intellectuelles qu'il s'en ^ sorte que ses actions sont suivant des idées qu'il crée dans « telligence; d'où cette opinion de Zenon, que Y art eêi une cri^ r intelligence.

On peut dire encore qu'il y a dans l'homme deux sortes d'« les unes, nécessaires à sa vie, qu'il accomplit suivant les lob ont été imposées et ne peut changer : le boire, le manger, mir en sont des exemples. Les autres^ dont Dieu a mis e principe, lui laissant ensuite la liberté de les perfectionne^' son intelligence : telles sont la parole, l'oeuvre manuelle, 1^' vements. Or, les premières actions sont en ddiors de riiiteliles autres, au contraire, en dépendent, et sont proprement lii'*

En résumé, quel que soit le poirït de vue, Vart est une i qui dépend de Tintelligence, et l'esprit pratique se résume t^œuvre d'art.

Hais cette œuvre que Tart accomplit se présente inévltabi' avec deux caractères; un but vers lequel elle tend, et des /o* ' lesquelles elle est dirigée; d'où ^cette conséquence que loi^"' tout à U fois un acte de gouverner et d'utiliser. D*où celte auti^ séquence que toute œuvre de l'esprit pratique doit présenter u et un gouvernement.

Envisager les buts divers que Tesprit pratique peut et doit i* suivre, et reclierclier les lois de gouvernement qui doivent 1^ ^ ' dans cette poursuite : tel est l'objet de la science pratiqQ^^ne faisons qu'indiquer les questions.

DBS FACULTfe INTSIXKCTOBLLBS. 479

I. i«a méltmmm pmtMliie mm 4Mmm en «a ••rtafai ttMMlbi» d'mrto*

,On a ciiercbé à classer les arts pour les mieux distinguer et les .^procher les uns des autres selon leurs affinités. Autrefois, sous le moyen âge, la philosophie était ar^ or^itim «/ jciplina dimplinarum; elle embrassait d'une manière au peu con- •e les sciences et les arts. Elle était divisée en Meortcam.prâc/icam, chanicam^ logicam : l"" la théorique comprenait la théologie, lea 'ihématiqueSy divisées en arithmétique, géométrie et astronomie, et physique; 2"" la pratique embrassant les arts, comprenait Véthique

morale^ Y économie domestique et politique ; 3" les arts mécaniques

? lanificiOj de armatura et fabrili, de navigatione, de agricultura^

venatione, de medicina, de theatrica scientia); b? la logique com**

triait la grammaire et la rhétorique, (Voy. Hugues de Saint-*

3tor, Eruditionis didascalicœ, lib. II.)

Plus tard on a divisé les arts en mécaniques et libéraux. Les arts ^coniques comprenaient tout ce qui vient au secours des besoins itériels de l'homme, comme Tagriculture et l'industrie; les arts éraux étaient au nombre de sept : la grammaire, la rhétorique, philosophie, l'aritho^iétique, la musique, la géométrie, Tastroniie.

Aujourd'hui on les divise assez volontiers en quatre sections : les UeS'lettres, les beaux-arts, les arts industriels, et Vayriculture, On peut trouver une autre classification en prenant pour bases ^ objets môme de l'œuvre.

l"* L'homme placé sur la terre comme le roi, c'est-à-dire comme >ininateur et gouverneur, a pour première mission de se gouver- 3r lui-môme selon les lois de Dieu, de faire vivre eu lui l'image Diit Dieu lui a donné le modèle, de se réparer même s'il tombe. A cette première catégorie se rattachent : Uart de vivre sagement, qui consiste à se diriger soi-même sui« ant le modèle qui nous est donné par les lois morales et divines; 3 diriger en faisant prévaloir la loi et la raison^ et en réprimant^ ti gouvernant ses passions, ses désirs. C'est Tart de faire dominer ju auimalitépar son intelligence éclairée de Dieu; de se modeler ur le type divin, ce à quoi l'on arrive par la religion, le culte t la morale.

Vart de bien vivre dans son corps, qui consiste à prendre soin de e corps (}ui est comme le piédestal de l'esprit; le nourrir selon ses lécessités et les choses qui lui conviennent, par la cuisine, l'enlreenir dans les commodités de la vie, par Véconomie domestique, le iiriger dans son développement par la gymnastique^ le conserver

HBQ DBS ACTES.

en état de santé par Vhyffiène, le soigner dans ses maladies par la médecine.

2"" Mais rhomme n'agit pas seulement sur lui-roéme personnellement, il agit aussi sur ses semblables^ et son devoir est de les conseiller, de les diriger, de les violenter même au besoin, de les charmer, de les soulager, selon les lois de Dieu. La parole et l'emture ou les belles^lettres comprennent Vart oratoire, Yart d'écrire^ Vart scénique. Le gouvernement comprend la politique j V économie politique, Yart delà guerre. Les arts qui charment, flattent, sédui-* sent, se. nomment les beaux-arts et comprennent la peinture et le dessin, la sculpture, la musique, la danse. Il y a dans la charité un art de soulager ses semblables. Enfin Vhygiène et la médecine sont également des arts sociaux.

3° La troisième classe comprend les moyens divers par lesquels rhomme dirige, gouverne, utilise, s'approprie le» êtres et les choses qui lui sont inférieurs et sont placés sous sa dépenfbtnce.

Il se soumet les animaux et les plantes, les classé, les cultive, les élève, les soigne. Il chasse les animaux pour les prendre et les élever dans la domesticité, s'ils sont susceptibles d'être réduits etde servir ; pour les détruire ou s'en nourrir. Il cultive et élève ceux qui sont susceptibles de culture; de là Vélève des chevaux, des bestiaux, etc. ; \^ pisciculture, Vart d'élever les abeilles, etc. Il recherche les plantes qui lui peuvent être utiles ou agréables; de là Yagriculture, Y arboriculture, Y horticulture, EnGn il soigne ces êtres dans leurs maladies par Yart vétérinaire.

Il se soumet enfin la matière elle-même, la travaille, l'arrange par son industrie, la transpi^rteet en fait le commerce selon ses besoins. De là tous les arts industriels : Y architecture, le commerce, la namgalion, les arts mécaniques et industriels, le travail des métaux, des pierres, des matières qui viennent des animaux, comme le cuir, la laine, la corne, de celles qui viennent des végétaux, comme le bois, le chanvre et le lin, le coton, le caoutchouc etc.

m. Toot art procède dé rintelligence et a'exéeate par les

Uteuiiém «niniaiee. — Cette vérité fait comprendre tout le mécanisme de l'esprit pratique dans ses conceptions et sa réalisation.

Que les arts procèdent de l'intelligence, c'est ce qui ne peut faire l'objet d'un douté; car, comme nous l'avons vu, Tart est une pratique de l'intelligence.

L'intelligence, au moyen des sens, juge son propre moi, ce qui nous est étranger, tout ce qui nous entoure ; elle juge, c'est-^-dire

DES FACULTÉS IKTELLECTUELLBS. &81

î reconnaît ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est juste, n ou bon et ce qui ne l'est pas; elle discerne ce qui est, et elle içoit ce qui devrait être. C'est dans la méditation de ce qui devrait e, de ce qui pourrait être, que se trouve Tinvention pratique : itelligence discerne d'abord un but, conçoit une idée abstraite, e raison d'être; puis elle enveloppe cette idée de formes sensibles, ngendre pour ainsi dire en lui donnant un corps, une forme, s apparences, des qualités ; elle réalise dans le sensible l'idée qui ; dans l'intelligence. Une fois cette première œuvre faite, elle use la voix, du geste, des mains, des objet^ou des êtres qui sont-à disposition, et elle leur imprime le cachet qu'elle a formulé dans ri phantasma : l'œuvre alors se traduit aux yeux de tous, se ma* este à la lumière de ce monde, apparaît comme une création, fnme une œuvre d'art. L'homme s'est transfiguré ou s'est avili en /étant une forme nouvelle; la parole s'est traduite dans le icours; l'écriture a formulé une création littéraire; le scénique a kêtu un persounage; un être, un animal, un arbre ont été soumis .ransformés dans un nouvel ordre ; la matière a été miseen œuvreet )ris une forme nouvelle, forme empruntée mais artistique et utile. Ainsi s'accomplissent les arts ; l'idée d'une possibilité ou d'un voir être a été conçue dans l'amour intelligent ; un but a été mvé, une pensée a été engendrée, une forme a été donnée, et suvre a été la traduction visible de toutes ces opérations intéîures. Nous pouvons donc le dire avec justesse : Tout art procède l'intelligence et s'exécute par les facultés animales, toute œuvre irt n'est que la forme sensible d'une idée conçue dans l'intel-^ ;ence.

IV. Bé 1* i^voto. — La parole a été dans notre siècle l'objet de ivaux trop considérables pour que nous n'en disions pas un mot. de Bonald dans ses Becherches philosophiques, et le comte J. de lislre dans les Soirées de Saint-Pétersbourg, ont écrit sur ce sujet s pages admirables que doit avoir lu tout homme qui se pique it soit peu de connaître quelque chose à la philosophie. l"" Ces deux grands hommes ont soutenu que la parole avait été namuniquée à l'homme, qui ne pouvait l'avoir inventée de lui- ^me. C'est une vérité que leur démonstration a mise hors de tout ute. Quelques esprits retardataires la contestent vainement. Pour e riiomme parle, il faut nécessairement à qui parler; on ne parle 'à qui répond, et la parole suppose nécessairement la société, ur que la parole existe, il faut nécessairement une e)i^en/« entre

FRÉDAULT. 31

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celui qui parle et celui qui écoute, et toute langue suppose b blement une convention entre ceux qui remploient Or, s langue nulle convention possible, car pour s'entendre, il fi communiquer. On se trouve donc conduit à ce cercle* que inventer la parole, il fallait s'entendre, et que, pour seoteo fallait la parole. On n'en peut sortir qu'en admettant que que ayant la parole Ta communiquée à un autre. A supposer qut qu'un Tait primitivement inventée, il faut nécessairement ao que ce quelqu'un l'a inventée d'un coup, et complète, av&: ses parties principales, le substantif, l'adjectif, le pronom, It l'adverbe. Une telle supposition est trop hyperbolique pour ri missible, et l'on se demande comment l'humanité aurait i<^ souvenir d'un tel génie.

Ceux qui soutiennent cette invention ou l'ont soutenue, a.

pie de Condillac, supposent qu'on a d'abord parlé par ^u

que les mots n'ont été inventés que peu à peu, au fur et 2

qu'on distinguait des articulations de sons dififérents. Ct-

idée est tout uniment ridicule. En eifet, le signe n'indiq^

qu'une chose particulière, un fait, un objet, une actiou

lièrti : le mot indique toujours une idée générale, une esp^^

d'objet, de qualité, d'action. Or, pour passer du signe a^

faut nécessairement s'élever du particulier au général, (Il

à rintellectuel. Pour que le mot naisse, il faut nécessairti:'

naisse l'idée. Prenons maintenant ce fait assuré et comt^

n'existe aucune idée nouvelle sans précédent; que Tbomme

cède jamais que du connu à l'inconnu; que toute couceptii^

procède inévitablement d'une conception antérieure. Qq

dès lors qu'une première idée suppose forcément un premic'

gneraent, et qu'un premier enseignement exige en loèm

l'enseignement de la parole ?

H. de Bonald soutenait résolument qu'on ne pouvait f^ la parole, et que dès lors la parole, comme la pensée, arâi! enseignement premier. On en voit la raison.

Le comte J. de Maistre rapporte que a déjà, malgré lestr> » vilégesdu siècle, un physicien,... oui, en vérité, unpby> » pris sur lui de convenir avec une timide intrépidité, g^^ » avait parlé d'abord^ parce quoti lui avait parlé. » (T. I, p ^ il ajoute plus loin, d'après Platon : « Pour mui, la peose:

» DISCOORS OOB l'esprit SB TIBNT À LOl-MÂlIB. » (P. ikt]

Hais ce n'est pas de notre sujet d'entrer dans tous lesii^^ cette question.

JOBS YâCULTiS |liTg|XBCTnBLLI& 488

2° Nous venras de seuUr la liauoQ étroite de riotelligenoe et d^ parole : il faut iusiater ; il y a tout un mécaoiaipe à bien com^ 'ondre.

Les scolastiques qui avaient admirablement ^isi cette question it tous répété que la parole y c'est le verbe; et que le verbe ^ c'est idée. Aussi le oonita de lîaistre qui intuitionnait, qu'on me passe ce lot, toutes les grandes vérités, répétait que l'origine du langoge est ! menu que celle des idées.

Tous les mots d'une langue, à quelque partie du discours qu'ils >partiennent, représentent obacun une idée intellectuelle. On nous itend toutde suite, si nous avons bien fait comprendre ce que sont les lées. Le substantif désigne un être et une chose, sans détermination idividuelle : Pierre, Paul, table, rose, chapeau, caillou; chacun de )s mots est applicable à un grand nombre d'individualités. L'adctif est de même, et aussi l'adjectif numéral ou nom de nombre : Liand je dis, blanc, noir, rouge, beau, grand, chaud, sec, un, 3UX, trois, et le reste, je ne désigne rien de particulier ou individuel, car ces qualités peuvent être dites d*un grand nombre êtres ou de choses. Si je dis aimer, parler, agir, sauter, souffrir, j^énonce un verbe quelconque, j'indique une action qui n'est tribuée à personne, qui n'a aucune réalité subsistante par ellelôme. Le pronom n'a pas plus de détermination individuelle, car (Ut le monde ne peut dire ; moi, je, nous, et Ton peut dire de tous ; $, elles, eux, tu, vous.

Tout mot est donc un son, un bruit, qui, dans la convention du Dgage, exprime non une idée sensible ou particulière, mais une léegénérale ou intellectuelle. D'où cette conclusion forcée, que la iro/e nest que la pensée parlée.

Sondons cette vérité, et nous trouvons que l'intelligent conçoit i parole comme 11 conçoit toute idée : il enfante une raison. Etcomlent renfanie^t-il si ce n'est par une forme sensible dont il extrait idée? Le mot qu'il a entendu, sonne dans son imagination comme ue forme sensible, il extrait l'idée qu'elle contient, et il représente ar la voix l'idée conçue. D'autres fois, il extrait l'idée de deux lées préalables, c'est-à-dire de deux sons entendus; et de noême u'il a conçu une idée de deux idées, il conçoit un son de deux )n6, et forme un mot nouveau en même temps qu'une id^ nouelle. J. de Haistre observe avec un génie très subtil, comment les •atins ont formé le mot cadaver qui est une idée unique, de trois )ots présentant trois idées distinctes : CAro-jDÀ/a-vsamiîi4à. Il y a eu gglutination de la première syllable de chacun de ces mots, comme

tlHU DES ACTBS.

il y a eu agglutination des trois idées en une seule : ca-da-ver. D'autres fois, Fesprit conçoit une idée existante, mais en la modi* fiant, et de là une modification dans le son, dans le mot Ainsi se forment et se modifient les langues.

Mais il y a encore dans le mécanisme du langage un fait curieux et intéressant , c'est comment la parole qui n'a que des mots de généralité, dérive d'une pensée qui n'a que des idées générales, et arrive cependant à exprimer des particularités. Un simple artifice suilBt à cette difficulté inouïe. L'esprit conçoit et rapproche deux idées générales dans une relation, et la parole l'exprime. Quand je dis cette, je ne parle que d'une généralité applicable à un grand nombre de choses; si je dis table, je n'exprime encore qu'une idée très générale; mais si je dis cette table, je désigne immédiatement une individualité, la table que je désigne. C'est de la relation de deux idées générales qu'est née l'individualité. Quelquefois, il est vrai, le particulier n'est exprimé que par un mot, un nom propre, comme lorsque je dis Ctcéron : mais alors il y a un sous-entendu d'habitude; car par ce nom de Cicéron, on sait bien que je désigne l'orateur de ce nom, quoiqu'il n'ait pas été le seul à le porter de son temps : avant qu'il fût distingué entre les autres Cicérons, on disait Marcus-Tullius Cicero; c'est-à-dire que pour exprimer Tindividu on émettait le prénom, le nom et le surnom. Si je veux indiquer moi'écrivant, c'est-à-dire un acte particulier accompli par un individu particulier, et que Vimaginadon saisit sous une seule image , j'agglutine les deux idées générales, je et écrire, qui séparément peuvent s'appliquer à beaucoup d'êtres, et je dis j'écris, mot agglutiné qui désigne le particulier en procédant de deux idées générales.

11 y a dans toutes les langues des mots agglutinés qui, sous une seule expression et sous une seule pensée, renferment plusieurs mots et plusieurs idées. Nous avons vu le mot cadaver, si bien designé par J. de Haistre. Prenons le mot aujourd'hui, combiné du celte et du latin, au-jour-d'hui , comprenant une préposition, un nom, et un adjectif pronominal. Les Latins disaient hodiè, de koc^ dies. Le mot demain est merveilleux ; il signifie le premier jour à venir partant du matin, de-mane. Il y a ainsi un grand nombre de mots qui semblent au premier abord désigner une réalité particulière, et qui ne sont en réalité que des agglutinations d'idées générales.

Cependant l'intelligence peut connaître et parler le particulier, comme le dit saint Thomas, lorsque ce particulier est par lui-même directetnenf intelligible. Je néglige cette question, parce qu'elle nous

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traînerait trop loin dans la métaphysique; ce qui m'a fait déjà Dettre de parler de VinielligibUité hiérarchique des êtres et des tbstances. On peut sur ce point consulter la Summa theologiœ de int Thomas, prima pars, qu8Bst. 79.

3" Que dirons-^nous maintenant de ceux qui se sont imaginés que s animaux parlent, et qu'ils possèdent l'inteUigence? Qui ne voit ur étrange erreur ! Si les animaux parlaient, ils auraient TintelUsnce; et s'ils avaient Tintelligence, ils parleraient ! M. P. Bérard liant un passage de M. Fiourens où celui-ci récuse rintelligence ux animaux, mais leur accorde, la réflexion^ trouve plaisant de écrier : « On peut objecter à ces propositbns que si nous voyons ce qui se passe dans notre intelligence, nous ne voyons nullement ce qui se passe dans rintelligence des brutes, et que nous ne sommes pasjuges compétents de leurs opérations mentales. » [PàysioL I, p. 37 A .) S'il avait su un seul mot de la question, il n'eût pas écrit 3tte naïveté, qu'on tolérerait tout au plus chez un enfant qui /l'aulit pas l'âge de raison. U est bien certain que « nous ne voyons ullement ce qui se passe dans l'intelligence des brutes », par la lison bien simple qu'on ne peut rien voir là où il n'y a rien, et pas n signe dénotant l'activité. Et par cela même, nous ne pouvons uère H juger de leurs opérations mentales » qui n'existent pas. Hais, omme il est très clairement démontré que la parole est le signe de intelligence, s'ils avaient rintelligence, ils auraient la parole; et ils uraient de l'intelligence s'ils avaient la parole. U y a là une relation )rcée, obligatoire, absolue. En physique^ comment juge- t-on d'une cti vite quelconque, de l'électricité, de la lumière, de la chaleur ? Par 3s signes ! Si un corps ne donne aucun signe d'électricité, de lumière, le chaleur, pas un physicien n'ira supposer qu'il est cependant élec rique, lumineux, chaud. Il en est de même dans l'ordre intelectuel dont la parole et les arts sont les signes d'activité : là où le âgne n'existe pas, il est impossible A un homme de bon sens, de lire que la chose existe sans signe.

S 3. — Be l^taip«l0l«B Uitelleetvelle.

Nous avons maintenant à examiner quelle est l'impulsion intellectuelle, quels sont ses caractères, ses affections, ses vertus et ses vices, ses dons particuliers.

I. Se te irmêmmÊé. — On donne ce nom de valcnté à l'impulsion intellectuelle. Nous avons vu dans le chapitre précédât une ispon-

tanéité qu'on appelle aussi wdùnié animale; il ne s*apt œst*.que de la vol(mté inteilectftelle, fort différente de la prMdec:£ Thomas et tous les scolastiques l'ont justement définie lery tellecCuei, appetitus inteUectivus,

Cette impulsion appétitive présente le caractère commoi: 1 1 ce qui dépend de l'intelligence ; die se ment dans ronîvefsf. dans le particulier, et dès lors se distingue par Vimpen^^ tandis que Timpulsion animale est perwtmelle. L'animal ne * n que pour ce qui lui est bon ou mauvais, personneikoieiit, y qui flatte sa sensualité ou la blesse. L'intelligence se meoi t^' qni est bien en principe, indépendamment de tout ce qui pes* ^ ter sa personne.

On a quelquefois employé ce mot impenonnel pour M^ ^ Fintelligence n'appartient pas à la personne, et ainsi la to l'homme serait impersonnelle, en ce sens que ce ne serait pasN sonne qui voudrait, ce serait une volonté n'appartenant à p*qui serait en lui. C'est là plus qu'une erreur, c'est un noiH-' dire qu'il y a une volonté, c'est dire qu'il y a quelqu'un f Il faut néanmoins conserver ce mot d'impersonnel, en ïn^^ sa signification, qui marque que la personne voolant fait c aspiration, abstraction de désirs propres.

Il est vrai qu'en accordant è chaque homme une votootlectudle impersonnelle, c'est dire que la volonté est la iDés tous, et qu'ainsi il n'y a plus de distinction entra les om* autres. Mais en parlant de l'individualité que noua dirons è*^ modalité (livre V), nous ferohs entendre que rintelligencep^ égale chet tous, avec les mêmes qualités cher tous, ayant pr séquent le même but, et cq>endant être distincte dans ch^^ ' ua mode personnel. Du reste, bien que les hommes aient t mdme intelligence, il ne faut jamais oublier qu'elle s'y im^ " des instraments animaux, dont la perfection varie dsns dv (Voyez le livre suivant )

Nous maintenons donc que la volonté est impersoDoei ce sens que l'inieUigeoee se meut vers oe qui est bien en f dpe, indépendamment de tout ce qui peut flatter It P^

voulant

C'est là un fiiit tellement important qu'il domine toate 1^^ naissance de l'impulsion intellectuelle, et que sans lui il ^ '^^' sible de comprendre cette impulsion. Aussi se fait-il sentir K en ce sujet, et noua allons le retroaver à chaque pas. D^ ^' nant, il noua indique que la vobmté tu un wtiamr Mtti œ

DBS FACULTÉS INTBLLECTUKLLES. &87

formuler en deux propositions plus simples : V la volonté est îour; 2» la volonté est liberté.

\^ La volonté est amour, — Cette première proposition se comend tout de suite, puisque la volonté est un appétit, appetitus, li conduit l'action à sa fin. Qui dit appétit d'une chose dit Tattrac* >n vers cette chose, Tamour de cette chose. Ce que je veux, c'est ! que j'aime; là oh est votre cœur^ là est votre trésor,

La volonté a, en effet, deux déterminations : l'une, d'unir, d'attî* îF, de conformer quelque chose à ce qu'elle veut ; l'autre de sépa- .T, de repousser, de dissoudre ce qu'elle ne veut pas, car la votnté a ses deux modes, de vouloir ou de ne vouloir pas, c'est-à-dire 13 vouloir une chose ou son contraire. De même, l'amour a égale-» icnt deux déterminations : l'une d'unir, d'attirer, de conformer ce Li* il aime; l'autre, de repousser, de détacher, de dissoudre ce qu'il aime pas. La volonté est une impulsion, Tamonr également; on it de la volonté qu'elle aime ou n'aime pas, pour dire qu'elle veut 1 lie veut pas ; et l'on dit de l'amour qu'il veut ou ne veut pas, 3ur dire qu'il aime ou n'aime pas. Tout acte de volonté est attracon ou répulsion, et tout acte d'amour attire ou repousse.

On comprend donc ces vérités si anciennes : une volonté faible 'est qu'un amour fstble; un amour fort est une volonté forte; une olonté patiente est un amour patient; un amour que rien ne rente est une volonté tenace. En un mot, c'est par la volonté qu'on ige de l'amour, comme c'est par l'amour qu'on juge de la volonté.

2° La volonté est liberté. — Nous venons de dire que la volonté 3t amour, et nous ajoutons que cet amour est libre; autrement, la olonté est liberté. C'est ce qui distingue cette volonté intellectuelle e la volonté animale.

Ce qui caractérise l'ordre animal, c'est le particulier et le person-* el ; la connaissance sensible ne connaît que le particulier, et l'amour ensible ne se détermine que d'après le bien ou le mal personnel ; animal ne juge, n'aime, ne veut que ce qui est bon ou mauvais >our lui. Au contraire, ce qui caractérise l'ordre intellectuel, c'est universel et V impersonnel ; la connaissance intellectuel le ne perçoit ue des idées universelles, et l'amour intellectuel ne se détermine uc d'après le bien ou le mal en principe; l'intelligence ne juge, l'aime, ne veut que ce qui est bon ou mauvais en principe, indépendamment de toute acception personnelle.

Dieu ayant créé l'homme pour être le roi de la création, a pourvu l'une manière sublime au rôle qu'il lui destinait. L'ayant terme lans un corps animal, il lui a donné des facultés qui peuvent sub*

&88 DKS ACTES.

venir à ce corps, qui, dans leur amour sensible, appâtent •> peut être utile à ce corps, et qui, par conséquent, comme cbczi les animaux, ont pour but le bien particulier et personnel ^ l'ayant aussi mis comme la règle de Tordre dans la création, i doué de l'inteUigence qui ne perçoit que runiversd en dek>: tout particulier, et qui appète le bien général en dehors de wx petit personnel ; il lui a donné l'amour et la volonté du bieu v i sonnel, c*est-à-dire une volorUé libre ^ un amour libre. Il loi â .i cet amour intellectuel pour qu'il réglât lui-même son arnoorao: \ selon l'ordonnance des lois absolues, et qu'il fût ainsi le mu'i sensible réglé par l'intellectuel, du bien particulier réglé par It i général ; pour qu'il pût aussi attribuer ce qui convient à cbaa vant le Créateur, en dehors de tout privilège particulier, d^ ' i sensualité individuelle; pour que, dans la grande hiérarcbi^ monde, il fût Tordonnateur parfait et impartial de ce quirtr chacun des degrés.

Aussi, tous les sentiments de l'amour intellectuel se caractr ils par ce mot d^impersannel, et doivent être ce que les Écritor appelé la justice devant Dieu. Ils ne se rapportent pas comme timents animaux au concupiscible et à l'irascible; on ne tnx chez eux tous ces modes dont nous avons parlé à la fin du diapi: cèdent, car, comme le dit saint Thomas, ils sont ordonnéssuiri raison commune, universelle du bien. Citons le texte : a Re$;* » dicendum quod irascibilis et concupiscibilis non sunt parité » lectivi appetitus,qui dicitur voluntas, quia, sicut supra dictir » potentia quœ ordinatur ad aliquod objectum secunrlom co^ » nem rationem, non diversificatur per differentias spéciales ^I^^ » ratione communicontentus ; sicut quia visusrespicit visible ^* n. dum rationem colorati, non mulliplicantur visivae potentise^ » dum diversas species colorum. Si autem esset aliqua poteoti^ » esset albi, in quantum est album, et non in quantum est < • ratum ; diversiCcaretur a potentia quœ esset nîgri, in qu^^ » est nigrum. Appetitus autem sensitivus non respicit commis » rationem boni, quia nec sensus apprehendit universsie, e( » secundum diversas rationes particularium bonorum diversii » tur partes appetitus sensitivi. Nam concupiscibilis resptà' ; » priam rationem boni, in quantum est ddectabilesecunduo-^ » sum, et conveniens natune. Irascibilis autem respicit ritio' » boni, secundum quod est repulsivum, etimpugnativameju^' » înfert nocumentum. Sed voluntas respicit bomtm subeomfi^' » tione àonij et ideo non diversificantur in ipsa, quse est app^

DBS FACDLTÎS INTBaBCTUSLLBS. &89

iiitellectivus, aliqu» potenliœ appetitivae, ut sit in appetitu Intel*

lectivo alia potentia irascibilis, et alla concupiscibilis ; sicutetiam

ex parte intellectus non multiplicantur vires apprehensivœ, licet

multipUcentur ex parte sensus. » (Quaest. 82, art. 5.)

Cependant l'amour intellectuel se manifeste dans deux actes

lalogues à l'irascible et au concupiscible; mais il faut remarquer

le ces deux actes se font alors selon une raison universelle, se-

>u le caractère impersonnel, ce qui est bien différent de l'ordre

ensible. «Ad secundum (dit encore saint Thomas) dicendum quod

îpsa voluntas potest dici irascibilis, prout vult impugnare malum,

non ex impetu passionis, sed ex judicio rationis; eodem modo

potest dici concupiscibilis propter desiderium boni. Et sic in ira-

scibili et concupiscibili sunt charitas et spes, id est in voluntate,

secundum quod habet ordinem ad hujus modi actus. Sic etiam

potest intelligi quod dicitur in libro de Spiritu et Anima, quod ira'

sci'bilis et concupiscibilis suni animœ antequam uniatur corpotn ; ut

tamen intelligatur ordo naturœ, et non temporis; licet non sit ne-

cessarium verbis illius libri fidem adhibere. »

Ainsi^ la volonté intellectuelle, bien que possible sous les deux

iodes d'amour et de répulsion^ est dégagée du concupiscible et de

irascible, et dès lors parfaitement libre. C'est son impersonnabilité

ui fait sa liberté.

Sans doute que, dans bien des cas, l'homme se laisse séduire, ntralner par le sensible, et condescend à des jugements iniques, à ivoriser le bien particulier aux dépens de la justice et du bien énéral. Trop souvent, hélas ! il vit comme un grossier animal qui 'écoute que sa sensualité et l'égoîsme de ses instincts particuliers; lais plusieurs protestent contre cet abaissement, et donnent au londe le spectacle presque divin d'une intelligence toujours mal* resse de sa sensualité. Il y a même, dans Tensemble des hommes, ine conduite générale qui prouve que la raison, quoique souvent aible, domine encore l'instinct animal.

11. Dm aflèetioiis intoUectaeiiM. — Ce que nous venoDs de lire des caractères de la volonté nous aide à comprendre quelles ont les affections qui la meuvent

Nous n'avons plus ici, comme dans les facultés animales, tous :es besoins, ces nécessités, ces penchants qui naissent du perlonnel; il n'y a pas plusieurs biens particuliers, plusieurs fins indiâduelles à accomplir, ni plusieurs objets à poursuivre. Nous ne rouvons plus qu'un seul objet, le bien parfait, le bien impersonnel,

MO ras ACTKS.

et par cela même une aeole afiection» un seul besoin, une nécessité, un seul penchant.

TontefoiSy ë côté du bien, il 7 a le mal, qui est son contnir comme Tamour intellectuel est libre, il peut se porter vers 1 1 vers Tautre, faire de l'un ou de l'autre l'objet de ses affecti>«» bien est l'objet parfait, la perfection absolue, et le mal est F imparfait, l'imperfection même.

Chacun de ces deux objets peut se présenter sous trois e$f>^ le bien comprend le jtutey le beau et le bon ; le mat comprend jtâste ou le méchant y le iaid et le mauvais.

Le juste est Vùrdre établi par Dieu, et selon lequel chaque est dans la place qui lui a été assignée, possède tout ce qui L destiné et rien que ce qui lui est destiné, agit selon ce qui la ^ donné de faire. On l'appelle encore le vrai, parce que c'est 1 yrai, celui qui a été vraiment ordonné par le Créateur, et Cy vraiment la perfection. — Winjuste est, au contraire, le déidr troduit dans l'œuvre de Dieu, et selon lequel chaque cbose es < de sa place, ne possède pas ce qui lui a été destiné, ou d^' qui ne lui appartient paa, et agit autrement qu'il ne lui a e; mandé. On l'appelle encore le faux^ l'erretir, parce que ( ordre faux vis«à*vis de Tordre de Dieu, qu'il y a erreur dansb bution de ce qui revient à chacun. L'homme seul connaît lsur la terre et en décide, c'est le grand justicier en ce moade -^ plus beau titre est à' être juste devant Dieu.

Le beau est la splendeur du juste ^ et il peut s'entendre de manières : le beau harmonique est l'ordre lui-môme, rordrf la hiérarchie ou place de chacun, l'ordre dans les relations de > l'autre, Tordre dans; la juste proportion de chaque chose, le ' particulier, c'est le particulier qui resplendit à sa place (iao^' qualités, dans ses actions ; c'est le particulier parfait, selon 0 lui a été justement destiné. — Au contraire, le laid^ ou désu^^ ^imperfection de Vordre^ la disproportion dans les relations semble, la confusion des relations et de la hiérarchie, la «i^^ portion dans les qualités et dans les actes de l'individu ; en uo '* la répulsion que soulèvent l'injustice et le désordre.

Le bon est la jouissance du juste; chaque créature jouit do ^ qui lui a été donné, de ce qui lui revient justement ; die jouit ^ son ordre, dans ses qualité, dans ses actions; elle jouit aussi relations qu'elle a avec les autres, de ce qu'elle leur bit et (i<^ qu'elles lui font Le bon est donc comme la perfection ou I «<^^ ment du bien« et Ton comprend que Dieu ayant achevé la crest'^

DIS FACULTÉd lltTIlLECTUBLLIS. 491

QTia ce dernier tétnmgnage, qae tout était bon^ omnia me bona, ^tait annoncer que chaque chose jouissait dans la perfection de » dons et selon son degré. — Le mauvais est, au contraire,! a /Tetne

l'injuste. La créature étant hors de sa place, dépourvue de ce qui lit lui revenir, ou surchargée de ce qui ne lui appartient pas, ulTre dans l'action qu'elle opère et dans celle qu'elle reçoit des lires ; c'est la peine mise à la place de la jouissance, en môme temps le l'injuste a pris la place du juste et que le laid a succédé au }au ; et comme le bon est le bonhenr de l'être, de même le mauvais ^t son malheur.

11 faut remarquer que le bien, objet de raffection intellectuelle, (t par cela même la cause objective de tous les actes de Tintelli- 3nce, c'est-à-dire qu'il est aussi la cause objective dç la connaissance . de l'action .

En effet, le bien^ sous les modes de juste ^ de beati et de bon, excite i connaissance à percevoir toutes les idées intellectuelles, et on eut lui rapporter toutes les idées classées dans les prédicaments, \s antéprédicaments, les postprédicaments et les universaux. Nous herchons et aimons le juste et le vrai dans h substance, la quantité, I qualité, la relation, la passion; le quando, Tubi, le situs, l'haitus; dans l'opposition, la priorité, la simultanéité, le mouvement; ans le genre, l'espèce, la différence, le propre et l'accident; dans univoque, l'équivoque, l'analogue, le dénominatif, le complexe et Incomplexe. C'est le bien qui est la cause objective aussi de tous Bs procédés de connaître; c'est pour le juste, le beau et le bon que eiiseignemenl et l'invention, le raisonnement et l'intuition, l'ana^ yse et la synthèse, le jugement et la comparaison, la conscience, a réflexion, la méditation et la contemplation, sont tour à tour employés : en un mot, toute idée intellectuelle n'est qu'une conception du bien sous une forme déterminée, et tout procédé de ^nnaissance n'est qu'une méthode pour arriver au bien.

De même, c'est encore le bien qui est l'objet de l'action intellectuelle. L'idée que l'action intellectuelle réalise, soit en nous, soit sur ce que nous dominons, n'est autre chose que le bien conçu sous urne certaine forme et réalisé par un acte ; aussi tout art doit avoir ces trois caractères du bien : le juste, le beau et le bon.

lll. »es w^ÊUm «« «M vl«M 4e riMtolllteMce. — Le bien étant l'objet réel, uniquement vrai, des affections intellectuelles, c'est à lui seul que doit s'appliquer l'amour, pendant que la haine est due au mal. C'est là l'ordre parfiiit.

402 PBS AGTBS. *

Mais la volonté libre ne se tient pas dans cet ordre; elle oscille sans cesse dans ses affections, tantôt vers le bien, tantôt vers le mal, ^ et de là, pour elle, des vertus et des vices.

Le foyer impulsif de l'intellect étant le centre et le résumé de i tout l'ordre intellectuel, nous y trouvons trois qualités principales r | V intelligence^ Yamour et la puissance^ auxquelles on peut opposer trois principaux défauts : Vignorance^ V indifférence et la faiblesse^ Ces qualités et défauts réagissent; l'un sur l'autre et se complètent ou se compliquent. L'intelligence pour connaître a besoin de l'amour qui l'y excite, et delà puissance qui se soumet l'objet; et de là l'ignorance ou l'erreur, qui n'est qu'une ignorance incomplète, vient de l'indifférence et de la faiblesse. L'amour est excité par l'intelligence et trouve son assouvissement dans la puissance, comme l'indifférence vient souvent d'ignorance et de faiblesse. La puissance vient de l'amour et se dirige par Tintelligence, comme souvent la faiblesse vient de l'indifférence et de l'ignorance.

Vis*à-vis de l'objet de l'acte, l'affection peut se trouver dans trois états différents qui ont des contraires, l"* L'objet se présente avec des qualités qui séduisent l'amour : il est accepté avec foi tel qu'il se présente ; ou bien il y a doute qu'il soit bien tel qu'il parait; ou bien il y a négation. Quelquefois il y a légitimité dans la négation^ le doute ou la foi ; dans d'autres cas il y a vice, d'où le pyrrhonisme^ le Sicepticisme et la crédulité. 2° L'objet qui se présente ne peut être atteint encore par l'amour qui le désire; il y a pour l'amour espérance de le posséder ou désespoir. 3° Vamour même que suscite l'objet est une union réalisée ou se réalisant du sujet dans l'objet, qui trouve son contraire dans la haine et la répulsion.

On comprend dès lors la distinction faite par les théologiens, de trois vertus principales, la foi, l'espérance et la charité. Us ont remarqué aussi que tous les défauts de Tintelligence viennent de ce que celle-ci tombe dans le personnel, le particulier, l'individualisme ; qu'au contraire l'intelligence se rapproche d'autant plus du bien parfait qu'elle néglige davantage sa propre personnalité ; et qu'ainsi c'est Yorgueil ou l'amour-propre qui est le défaut principal de l'intelligence, comme V humilité en est la première vertu.

On a distingué enfin dans l'intelligence, des dons ou qualités, que l'on attribue quelquefois à la présence d'une cause adjuvante, et que l'on distingue en dons naturels et dons surnaturels.

Les dons naturels^ qu'on nomme encore le génie^ portent à acquérir un bien relatif et secondaire; ils ont quelque chose de moins relevé que les autres, et se rapportent plutôt à des fins particulières de

It

DES FACULTÉS INTBLLBCTUBLLSS. 693

la science ou de l'esprit pratique. Ceux-ci ont une faculté de connaître plus puissante, un jugement plus sûr, une invention plus active; celui-ci la contemplation, un autre la parole, celui-là le génie des arts. De là dans chacun des vocations particulières vers lesquelles nous nou^ sentons poussés^ et où nous réussissons mieux ^ que dans d'autres.

f Les dans naturels sont d'un ordre plus élevé et s'appliquent à un

^ bien plus parfait ; ils ne sont plus destinés à des fins particulières, ?> parement transitoires et mondaines, mais à aider l'intelligence dans

i son accèse vers le souverain bien. C'est avec leur secours que Tintellect

.'•• conçoit les plus sublimes merveilles du Créateur, que l'amour monte p à la délectation du bien parfait, servi à la table des pures intelligences,

:: comme ledit saint Bonaventure (//tWr. t/e /'dm^ à />teu) et que l'action

i intellectuelle parvient à s'affranchir de toute servitude sensuelle pour

transformer son être et toute créature qui lui est soumise, selon la

justice, la beauté et la bonté dont Dieu donne le type parfait.

* Appendice Mir l'immaiérlallié deii actes iBiellecliieU».

' Si nous avons suffisamment expliqué les actes de l'intelligence,

) on a pu comprendre qu'ils n'ont et ne doivent avoir aiicun siège

i organique spécial dans Téconomie. Ils sont comme surajoutés à

i plusieurs des actes animaux et se servent de leurs organes, non

pour l'acte intelligent même, mais pour avoir un support. On a \ pendant trop longtemps méconnu cette vérité et confondu l'intel-

ligence dans l'animalité, pour que nous n'insistions pas, tout en le faisant brièvement.

I. Dans l'ordre animal, l'acte, dans sa puissance et sa qualité, n'est pas toujours en équation directe avec l'état organique. Tel animal dont le cerveau est proportionnellement plus développé que chez un autre, n'a pas pour cela une industrie plus avancée. A grosseur égale le muscle du carnassier est plus puissant que celui de l'herbivore, et celui du frugivore a une contractilité plus exquise que celui du carnassier et de l'herbivore. C'est le résultat d'une activité qui ne dépend pas de la matière.

Mais si, ayant la velléité de localiser les actes intellectuels dans l'organe cérébral, on pose à leur égard la même question, les diflférences que nous venons de signaler ^nt encore bien autrement accentuées. Il n'y a pas un physiologiste qui voulût juger de la puissance intellectuelle d'un homme sur les dimensions cérébrales, et les phrénologistes y ont renoncé. Un sot avec une ^osse tète, un

U^k DES ACTB8.

homme d'esprit à petite télé, sont des faits qui se rencontrent journellement.

II. Il n'y a pas d'organes spéciaux pour Tœuvre intellectuelle pratique; c'est là un fait acquis. Pour les œuvres qu'elle ordonne, rintelligence se sert des organes animaux, des membres, des mas* oies d'expression, de la voix.

Or, s'il n'y en a pas pour l'œuvre, il ne peut y en avoir pour la connaissance et l'impulsion: c'est là une nécessité de coordination.

Comme nous le verrons dans le livre suivant, diaque acte a ses compléments, et par cela même ses relations de même ordre. Comme dans l'ordre animal, l'organe sensible meut l'organe impulsif, qui à son tour meut l'organe moteur : cela devrait être dans l'ordre intellectuel. Et si nous nVtvons pas d'organe moteur, nous ne pouvons avoir d'organe impulsif, et sans ces deux précédents nous ne pouvons avoir d'organe connaisseur.

III. Du reste, la puissance d'acte doit être adéquate à la nature de son objet. La puissance végétative est adéquate à la matière même qu'elle transmute. La puissance animale est adéquate aux qualités matérielles sur lesquelles elle s'exerce. L'intelligence qui a pour objet Vidée ou raison logique^ de nature purement spirituelle, doit être elle-même purement spirituelle, et ne s'exercer qu'audessus de la matière.

IV. La nature même de la puissance est indiquée par son degré (saint Denys, Hiérarch^ célesi,). Or, comme l'intelligence est placée dans ce degré hiérarchique où elle doit s'exercer en dehors du particulier et sans tenir compte des motifs charnels du sujet agissant, elle doit être par cela même en dehors de la matière chamelle. Dans le cas contraire ce serait détruire toute morale, toute vertu^ toute vérité, toute beauté parfaite, ce serait tout soumettre aux motifs impulsifs de la chair.

Il faut donc que l'intelligence ne soit commandée par la matérialité que comme une cause est commandée par son instrument. En se servant de l'animalité pour développer ses actes, rintelligence peut ou ne peut pas, peut plus ou peut moins, peut mieux ou plus mal, mais rien autre ; elle n'opère vraiment qu'en ellemême et par elle-même, et ne peut arguer de l'animalité qu'elle emploie, que comme un ouvrier peut arguer de ses outils.

V. L'hérédité est une preuve nouvelle. Par sa nature l'intelligence devant être en dehors des impulsions de la chair, ne peut être héréditaire. Et en effet l'hérédité porte sur les instruments qu'elle emploie, non sur elle-même. Si cela n'était pas, sa libeirté

DBS FACULTÉS INTBLLECTITBLLBS. k95

arait compromise complètement. C'est déjà bien assez que Tintelgence soit liée à l'animalité par des relations étroites dans l'unité u moi, et en éprouve des tiraillements, des difficultés d'action. ;n la supposant enfouie dans une activité organique, on la suppose ée absolument aux conditions animales et sans liberté possible. VL Enfin les théologiens et les philosophes font valoir un motif ré de l'âme séparée. L'âme ne peut développer ses actes végétatifs t animaux que dans son union avec le corps ; de sorte qu'en ehors de cette union elle reste privée de son activité végétative et e son activité animale. Si elle ne pouvait développer son intelgence sans organe matériel, elle serait lors de sa séparation d'avec 3 corps sans activité intellectuelle comme sans activité animale et égétative, c'est-à-dire qu'elle serait alors sans aucune activité. iuDS cet état l'àme ne vivrait plus, ne serait plus rien et demeu* crait anéantie. On ne peut supposer qu'elle subsiste après sa sépaation d'avec le corps qu'en lui accordant encore un quelque chose 'activité en dehors de la matière; elle peut alors perdre ses icultés végétatives et animales, mais conserver l'intelligence. En n mot l'immatérialité des actes intellectuels se trouve commandée ar l'immortalité de l'âme.

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LIYRE QUATRIEME.

Le livre précédent nous a permis de voir le développement de Factivité humaine dans les trois ordres où elle se disperse, végétatif, animal, intellectuel ; mais nous n'avons saisi que l'analyse des actes, nous n'en avons point vu l'ensemble, l'unité, la coordination dans les relations qu'ils ont entre eux. Ce sont maintenant ces rapports que nous nous proposons d'examiner.

Jusqu'à nous, ce sujet n'a guère été vu que partiellement Les traités de physiologie parlent, à propos de plusieurs fonctions, de leurs relations avec d'autres; puis ils examinent d'autres rapports sous le nom de sympathies, puis d'autres encore, le plus souvent passés sous silence, sous le nom de rapports du physique au moral. Enfin on en examine encore quelques-uns sous les noms dephysio^ gnomonie et crânioscopie, ou phrénologie.

Nous nous proposons d'étudier ce sujet, qui doit occuper une grande place en physiologie, sous un point de vue plus large et plus convenable à la coordination générale. Nous voulons tout au moins réunir les idées éparses que possède la science, et jeter (es jalons de leur systématisation.

Cherchons d'abord, pour éclairer notre route, à nous rendre compte de ce qui a été fait jusqu'à nous.

Hippocrate avait admirablement entrevu que l'homme est un être un, à phénomènes multiples, dans lequel chaque partie est tout à la fois principe et fin. Il dit : « Nulla, mea quidem opinione^ j) corporis est principium, sed omnes partes ex œquo et principium et » finis esse videntur. Descripto namque circula, principium non inw- » nitur, }} {De locis in homine, § 1, trad. de Foês.) Ce qui s'exprime par cette formule générale : Consensus unus, consentia omnia, consfi-ratio una.

Tel est le point de départ de tout notre sujet, point de départ bien éloigné de nous et qui resta bien longtemps sans commentaire digne de remarque. Ce ne fut guère que vers lexvi' siècle, que

DES RELATIONS DANS L'flOMMB. AO?

istoire du consenms, sous le nom de sympathie (de ov/iiraOccot), nmença d'entrer dans la science; encore ce mot de sympathie^ ifusément mêlé aux théories alchimiques, n'était-il alors que le m d'une chose plutôt entrevue que connue. Il faut arriver jus* 'au commencement du xvin* siècle pour trouver le premier vrage sur la sympathie, celui de H.-J. Réga, professeur à TUnirsité de Louvatn. 11 semble que cette partie de la physiologie, ii résume toutes les autres, devait être la dernière à paraître. Le livre de Réga {De sympathia, 1721) fit sensation et eut un imense succès; il ouvrait des perspectives nouvelles en médecine, auteur y expliquait que toutes les sympathies sont le résultat de mmunications réciproques entre les oscillations des membranes rveuses, et il y distinguait les sympathies d*action, consemus tionum, et les sympathies de passivité, consensus passionum. Ce 're était un résultat des préoccupations auxquelles avaient donné (U les récents travaux suriesystème nerveux, et, entre autres, ceux Willis.

Monro suivit cette même voie, et ne vit dans les sympathies que •s connexions nerveuses.

Au contraire, R. Whytt, ardent défenseur de la doctrine psychotique, établit que les connexions des nerfs n'expliquent point les mpothies, et un grand nombre de physiologistes suivirent cette >ctrine, qui depuis a été démontrée incontestablement vraia 4iytt ne s^en tenait pas seulement à cette négation. Partisan décidé 1 stahlianisme, il subordonnait les sympathies à l'activité de tme, dont ii faisait la cause de tous les mouvements volontaires 1 involontaires.

Tissot reproduisit purement et simplement la doctrine de Réga. divisait les sympathies en actives ou passives; l'organe d'où elles irtcnt est actif, l'organe qui y répond est passif. Du reste, il fait >s nerfs les conducteurs des sympathies.

Jusque-là, la question n'a été agitée qu'entre les nervosistes et s animistes. Bordeu vint lui donner une tournure toute organienne. Son opinion, d'ailleurs erronée en partie, vaut la peine d'être tée textuellement; elle est encore acceptée par beaucoup de méde* ns de nos jours.

o I. Le corps vivant, dit-il, est un assemblage de plusieurs organes qui vivent chacun à leur manière, qui sentent plus ou moins et qui se meuvent, agissent ou se reposent dans des temps marqués, car, suivant Hippocrate, toutes les parties des animaux sont animées. — IL Les parties qui composent cet assemblage sont liées

FRÉDAULT. 32

698 D9S R$LÀT|0fii8 HAlfS L'BOIOII.

> entre elles par uoe substance spongieuse, muqueose, cril-^ 1 9u sein de laquelle les organes, qui sonl autant d'etpacâi ^^ » neri's, sont logés ^ implantés, comme les fleurs et le&trJ i> sont dans leurs boutons. -»- III. La vie générale^ qui etf /j *i D de toutes le$ tiiei particulières^ consiste dans un flux de ii> i D ment réglé et mesuré, qui se fait succefesivomtfit dans u » partie, détermine remerciée de sa fonction et forme la Vam c i D de sa vie. C'est ainsi que toutes les parties sont causes, pr. i»et fin. — VUI. Il est des fonctions générales ou des f*^^ » communes à tous les tempéraments, savoir : laction da cr ï> et des nerfs, l'action du cœur, la respiration et la digt>:i^' » fonctions, par leur concert mutuel, favorisent l'exercice >ic n e( la conservent, et elles sont la source des cbangemcnu i - 9 que le corps éprouve. — XII. Le cerveau, le cœur et le vti 0 (estomac) sont, dans le triumvirat, le trépied de la vie: y m union et leur concert merveilleux , ils .pourvoient à U » chaque fonction; ils sont enfin les trois principaux cenî-^ n partent le sentiment et le mouvement, et où ils revieHUc. » avoir circulé, car la santé se soutient par U circulation c^ A — XIII. Les fonctions pai-^iculières, comme les sécrétic » excrétions, le mouvement musculaire, le sommeil et ' 9 l'usage des sens internes et externes, sont subordonutb H » leur conservation aux trois causes générales précédeQtt^ chron.y V^ partie; dans ses Œuvres complètes, t. il, p. S'i^'*

On comprend vite, d'après ioMt ce que nous avons dit au combien il y a ici d'erreurs. Le corps vivant qui n'est qu'un blage de parties, les organes qui ne sont que des expam"*^ yeuses et ne sont reliés que par le tissu cellulaire, la vit^ qui n'est que la somme des vies particulières , l'action d organes cause de la vie de tous les autres, sont autant fausses qui sautent aux yeux. Mais il y a, à côté de cela, u générale de relations qui, bien qu'inexacte, ne laisse pas i^^^' grand travail dans la recherche des rapports organiques, el f- |a voie ^ d'autres études.

Barthez donna une impulsion considérable à l'histoire lit^ pathies, tant par les idées nouvelles qu'il mit au jour qu^ ï place considérable qu'il leur accorda di^ns les Éléments de .< * 4ie V homme et par les nombreux faits qu'il colligea. H '"^ ' d'abord les sytiergies et les $i/mpathie$. c Je distingue par ce >' M synergie^ dit-il, un concours d'actions simultanées ou suo" 9 des forces de divers organes, concours tel que ces aetioQ^'^

DBS RKUTIONS PANS t'OOMll^ tU99

» tuent, par leur ordre trharmonie ou de succession, la focme » propre d'une fonction de la santé pu d'un genre de n^aladif^,

> comme, par e;iemple, la géïiésiqne d'une excrétion ou d'une » inflammation. » (§ cix.) — a Les organes liés par des sympathies » proprement dites peuvent avoir ou n'avoir pas de rapports sen-

> sibles. Tous les rapports que peuvent avoir ces orgi^nes se classent ) sous deux chefs généraux, dont le premier embrasse leurs coq- ) nexions. et le second leurs ressemblances de structure et de fonc-

> tions. Cependant on ne voit pas quel est le nœud de ces rap-

> ports avec les correspondances sympathiques de ces oi^c^nes. }) § CLXUi.) Il étudie ensuite tous les faits particuliers. Ainsi, pour lonner des exemples, parmi les syn^pathies entre les organes qui l'ont pas de rapports sensibles, il eite le changement de la voix 0 3 développement séminal à la puberté, le gonHcmeqt du cou à la •uberté, et chez les ftUes qui ont perdu la virginité, le cloiii hystéique avec les affections utérines, etc. Les sym|}athies par analogie e structure et de fonctions se comprennent tout de suite, comnr\p litre les diverses portions du tissu fibreux, les glandes» et aussi ^s organes placés symétriquement ou parallèlement dans les deux loitiés latérales ou verticales du corps. Pour les connexions pei>culières : a J'appelle connexions particulières, dit-il, celles que forment entre des organes voisins un tissu intermédiaire, ainsi que des vaisseaux et des nerfs qui leur sont communs; celles de^ parties d'un organe membraneux pu musculaire qui se lient et se continuent de manière à faire un tout distinct et des organes qui l'avoisinenl; enfin celles des organes qui sont liés par un système continu, et entièrement différent des autres parties du corps, p

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