CHAPITRE II
DES RBLATIONS DANS L'OBDRB TÉGÈTâTIF.
Les détails dans lesquels nous sommeç entré eu analysant tous les actes au livre précédent, ne doivent plus nous préoccuper autrement que comme des souvenirs ; nous n'avons pas à les redira C'est à un autre point de vue qu'ils doivent être examinés, au point de vue des relations qui les lient ; et à ce titre nous devons nécessairement nous tenir à des aperçus généraux, nous contentant d'invoquer ce qui est déjà connu. Ce serait oiseux d'entrer dans trop de détails, et il doit nous suffire d'indiquer et montrer la voie que chacun peut suivre dans une application plus approfondie.
Nous avons rangé les actes de Tordre végétatif sous deux grandes classes, comme] appartenant à la nutrition et à la génération ; nous aurons donc à examiner leurs relations sous trois points de vue : 1*^ relations des actes de nutrition entre eux ; 2^ relations des actes de génération entre eux; 3° relations entre la nutrition et la génération.
Dans ce chapitre comme dans les suivants, nous verrons sans cesse l'application des lois générales que nous avons examinées précédemment. Il doit nous suffire d'en faire la remarque, pour que chacun, se rappelant ce qui a été développé ci-dessus, en puisse faire l'application*
§ 1- — KelaUoiifi entre le» aeten de nntrlUoii.
Nous avons étudié successivement les absorptions, les excrétions, l'hématose, la nutrition des parties, la calorification et la réfrigération. Il nous faudrait donc rigoureusement étudier les relations dans chacun de ces actes et entre eux réciproquement. Mais d'une part, nous observons que parmi les absorptions, il y a l'absorption digestive se composant d'actes multiples qui doivent être «xamiDés
DBS RELATIONS DAMS L'ORDRK VÉGÉTATIF. 533
séparément dans leurs relations. D'un autre cdté, Thématose n'est pas en relations séparées avec les absorptions et les excrétions, mais s'équilibre concurremment avec ces deux actes. Enfin, la nutrition des parties est en rapport avec Vhématose, autant que celle-ci Test avec les absorptions et les excrétions. Tout cela dérange un^ peu ridée plus simple d'étudier les relations entre ces actes deux à deux. Le mieux nous a paru de suivre Tordre suivant : 1° relations entre les actes digestifs ; 'l"" relations entre les absorptions et les excrétions ; 3" relations dans la nutrition des parties ; U'* relations de l'hématose ; 5"" relations entre la calorification et le^ autres actes de nutrition ; 6*» de la nutrition pendant l'abstinence.
I. BeiatiiMMi entre les actes di«estiCi. — Ces actes se résument à trois : les sécrétions, les transmutations et les absorptions.
i* Les sécrétions présentent des rapports très remarquables. Nous avons déjà vu qu'elles se résument toutes à la formation d'un liquide transmutateur, formation qui se produit dans le passage du plasma sanguin à travers une membrane sécrétoire amorphe. Ce point est établi.
Nous pouvons aussi observer que les glandes sécrétoires sont placées deux à deux et par paires le long du canal digestif. Ainsi les glandes salivaires sont disposées par paires : deux parotides, deux sublinguales, deux sous-maxillaires, deux molaires, deux amygdales, etc.; puis le pancréas d'un côté et le foie de l'autre; dans l'estomac, les glandes à suc gastrique dans la grande courbure, les glandes à mucus dans la portion pylorique.
Observons aussi la disposition du conduit digestif, composé de trois parties, qui comprennent chacune une cavité suivie d'un tube vecteur : la bouche suivie de l'oesophage, l'estomac suivi de l'intestin grêle, le cœcum suivi du gros intestin.
Mais ce qu'il faut surtout remarquer, c'est la disposition des sécrétions de haut en bas, alternativement alcalines et acides, et didstinées ainsi à se compléter. Le suc des glandes buccales présente une réaction alcaline. Gomme il est destiné à la déglutition, il arrive dans l'estomac, où il contre-balance l'acidité du suc gastrique, et cela pour deux raisons : l"" pour que la sécrétion salivaire, si elle était considérable, paisse être combattue dans son action ; 2* pour que la sécrétion gastrique acide puisse être pondérée. Puis, comme la sécrétion acide de l'estomac peut être augmentée, le bol alimentaire acide vient se neutraliser dans l'intestin sous l'influence des sécrétiws alcalines du suc pancréatique et de la bile, qui sont ici en
5^U DIS iBLiTlOllS DANS L BOMMK.
quantité considérable. Enfin, vers la partie inférieure de rintestin, dans le caM^um, la réaction acide reparaît souvent, soit qu'elle dépende de la transformation alimentaire, comme le veut H. Colin, 9oit qu'elle dépende de la sécrétion même, comme on l'avait cm jusqu'à lui {Bulletin de l'Académie de médeeiney t. XXII, p. 1049, t. XXIII, p« 250).
Remarquons aussi que le suc pancréatique trouve sa suppléance dans le suc intestinal ; de sorte que le pancréas étant supprinoé, la digestion des matières grasses et féculentes s'opère entièrement par le suc intestinal, comme H. Colin l'a démontré.
2° La transmutation des féculents et des| matières grasses oom-> mence sous Tinfluence du suc salivaire, un peu avant d'arriver dans l'estomac Là elle s*arréterait sous l'influenoe du suc gastrique acide et de la pepsine qui accomplit la digestion des matières azo* tées, albumineuses. Il se fait un départ. Les matières azotées restent sous l'influence du suc gastrique jusqu'à ce qu'elles aient été suffi* samment digérées; les matières grasses et féculentes passent dans l'intestin pour une digestion ultérieure; mais avant de passer, elles restent dans l'estomac suffisamment de temps avec la salive dont elles sont imprégnées pour neutraliser un excès de sue gastrique.
Plus loin, dans l'intestin, la digestion des matières féculentes et grasses, qui demande un certain temps, s'accomplit en dehors du suc gastrique sous l'influence du suc pancréatiquci de la sécrétion biliaire et du suc intestinal.
Enfin, vers la partie inférieure de l'intestin^ une réaction acide vient aider de nouveau, comme un supplément de digestion des matières albumineuses, un complément de l'action gastrique. Aussi le caecum est une sorte de second estomac, et il a, avec le premier, de nombreuses relations dans l'état maladif.
Ainsi les actions se suivent et se complètent, s'opposent l'une à l'autre pour se modérer, et par cela même se parfaire, et, en mâme temps, pour favoriser l'absorption.
d"" Les absorptions se font dans tout le parcours du conduit digestif, agissant plus particulièrement sur telles ou telles matières, selon le lieu de la digestion.
Nous devons remarquer seulement que l'absorption est plus active dans l'estomac que dans tout autre lieu, puisque là tous les liquides et toutes les matières solubles ingérées sont absorbées, et que cette activité ccnncide avec l'acidité du suc gastrique.
Il semblerait que les sécrétions alcalines sont en rapport avec une absorption plus lente,. et, en effist, dans l'intestin, l'acte absor*
DBS R£LATIONS D4NS L*OKDRB VÉGATàTIF. 535
bant est bien moins rapide que dans restoroac. On remarque aussi que la sécrétion trop abpndante de la salive épuUe les individus, ainsi qu'on le dU dans le vulgaire, non parce qu'elle est rejetée, comme on le croit, mais parce qu'elle retarde et diminue l'absorption. Le bol alimentaire acidifié dans l'estomac a donc encore pour but d'accélérer l'absorption intestinale; et de fait, une nourriture saline abondante accélère la digestion en modérant l'absorption, et augmente la quantité d'excrétion, tandis que les acides, au contraire, augmentent l'absorption digestive des matières albumineuses; mais en trop grande quantité, ils arrêtent la digestion des matières féculentes.
II. ■dtaiito— «Mtre le» abaorptfions et les ezevéttowi. — Les
absorptions sont au nombre de trois, cutanée, pulmonaire, digestive. Les excrétions sont au nombre de quatre, cutanée, pulmonaire^ digestive et urinaire. Cette différence tient à la nécessité de pouvoir évacuer un excès de liquide sans troujoler les autres fonctions. Supposons, en effet, qu'un excès de liquide soit rendu par les intes» tins; il trouble immédiatement la digestion, entraîne forcément les matériaux qui pourraient être absorbés, supprime par cela même l'absorption digestive, c'est-à-dire l'alimentation, et met l'homme dans l'impossibilité de suivre ses actions naturelles par le besoin d'évacuation immédiate. Si, au contraire, l'excès de liquide est émis par la respiration, il y a accumulation forcée d'eau dans la muqueuse pulmonaire. Si enfin l'évacuation se bit par la peau, elle entraine un refroidissement considérable par la grande surfiiM» d'évaporation; l'excrétion urinaire, avec son emmagasinage dans* la vessie, supplée à tous ces inconvénients.
1° Mais novis. devons d'abord examiner les relations qui existent entre les absorptions.
La digestion absorbe des matières azotées et des matières grasses et féculentes. Les premières sont dites plastiques, parce qu'elles servent à la plasticité des parties fibrineuses; les secondes sont dites respiratoires, parce que le carbone qu'elles contiennent est destiné à être brûlé par l'oxygène de la respiration ; elle foumit, en outre, de l'eau.
Quand l'estomac est malade, Tinjeetioa de bouillon, sous forme de lavement, permet l'entretien de la vie. L'absorption qui se fait dans le gros intestin supplée à celle de l'estomac. Mais il n'est guère probable que si, au lieu de bouillon, on injectait un bachisde viandes, une yéritt^le digestion de matières albumineuses puisse avoir lieu.
536 DBS RELATIONS DANS L'HOVMB.
La respiration absorbe des gaz et, en particulier, l'oxygène destiné à se œmbiner avec diverses matières de Téconomie, et entre autres avec l'azote et le carbone que donne la digestion.
La peau est une sorte de suppléance de la respiration et de la digestion, absorbant de Toxygène^ comme la première, de Veau comme- la seconde.
Ces trois absorptions peuvent-elles se suppléer? Oui, dans une certaine limite. Comme nous le verrons plus loin, il y a des exemples d'abstinence très prolongée pendant laquelle la respiration a dû forcément prendre à Tair de l'azote et de Tacide carbonique pour suppléer à ce qui manquait du côté de la digestion, et alors la peau absorbait sans doute beaucoup. Celle-ci même peut jusqu'à un certain point suppléer l'absorption des liquides par la digestion; mats cette suppléance n'est jamais complète, et le défout de bolssons se fait vivement sentir encore que la vapeur d'eau entoure le corps. On observe môme que le bain froid augmente la soif; mais cela est dû à ce qu'un développement plus considérable de chaleur produit une évaporation pulmonaire plus grande ; enfin la respiration ne peut être suppléée, et dès qu'elle cesse, la mort par asphyxie commence. Edwards a fait de nombreuses expériences sur ce point, d'où il résulte que chez les animaux à sang froid, comme les grenouilles, la respiration cutanée peut suppréer la respiration pulmonaire, et cela est môme possible sur les petits des animaux à sang chaud, puisqu'une chienne, mettant bas ses petits dans un bain, ceux-ci peuvent y vivre quelques heures; mais pour les animaux adultes à sang chaud, la peau ne peut suppléer la respiration pulmonaire. (Edwards, Des phénomènes physiques de la vie.) Cette suppléance n'est donc possible que dans certaines limites, et la vie ne se maintient avec elle que lorsque le besoin d'air respirable est très limité. Chez le fœtus qui vient de nattre, la vie se maintient ainsi quelquefois pendant une heure et plus sans respiration, comme il y en a des temples.
2'' Les excrétions présentent entre elles des relations analogues.
La digestion excrète des matières azotées gélatineuses non solubles, de l'eau et des matières salines le plus souvent calcaires; du carbone par l'excrétion biliaire.
La respiration excrète l'acide carbonique, les matières volatiles et de la vapeur d'eau.
La peau excrète de l'eau, des matières azotées et quelques ma-* tières salines, solubles et insolubles, surtout les sels de soude.
L'excrétion nrinaire omet de l'eau, des matières azotées sous
DBS RBLATfOMS DANS' L'OHDKI VÉGÉTATIF. 537
forme d'urée; d*acide urique, d'urates; de l'acide carbonique combiné à des bases ; de l'acide phosphorique également combiné, et des sels le plus ordinairement solubles* En général les sels calcaires passent avec les sels magnésiens par Texcrétion intestinale et la sueur; les sels sodiques et surtout potassiques par les urines. Aussi les sels terreux agissent plutôt sur la digestion, et les sels alcalins agissent sur les reins.
Ces excréti<ms se complètent et se suppléent dans de certaines Hmitesw Si la sécrétion urinaire augmente, les selles sont moins liquides, la peau plus sècbe et l'expiration moins humide. Cette suppléance des sécrétions dépend quelquefois d'une exagération d'activité, et ainsi lorsque Tune d'elles s'accroît outre mesure, toutes les autres s'amoindrissent. Remarque curieuse qu'on utilise souvent en médecine, comme lorsqu'on guérit une diarrhée par les diuré* tiques. Hippocrate avait remarqué que l'excrétion spermatique dessèche la bouche (ce que tout le monde sait) et enrayé les autres excrétions, entre autres celle de l'intestin, et qu'ainsi quelquefois elle guérit un flux intestinal
Si les carbonates augmentent dans Turine, l'acide carbonique diminue dans la respiration, et vice vergâ. Si les sels terreux diminuent dans l'excrétion intestinale, ils augmentent dans l'urine et surtout dans la sueur. Si les sels de soude diminuent dans la sueur, ils augmentent dans l'excrétion intestinale, et de là des selles plus liquides. Si l'urée ou les urates augmentent dans l'urine, les matières azotées dimimient dans la sueur et réciproquement ; et s'il survient une excrétion bilieuse plus grande, l'urée diminue dans^ les urines et dans la sueur, parce que l'azote se perd par les aoides cbolique et cholâque.
A l'égard des principes élémentaires les plus importants, il faut* remarquer que : i'^Vazote s'échappe sous forme d'urée ou dHirate par les urines, à l'état d'acides gras par la bile, à l'état d'urée par la» sueur, à l'état gazeux par l'expiration ; 2* le carbone s'échappe à l'état d'acide carbonique par les poumons, à l'état de carbonates ou d'oxalates par les urines, à l'état de matières grasses par la bile» à l'état d'acide carbonique, d'acide lactique, de lactates et de matières grasses par la peau ; S"* V oxygène part avec les acides, l'eau et les oxydes de tous côtés ; &"* V hydrogène s'échappe avec l'oxygène sous forme d'eau par l'expiration, parla sueur, par les urines et par les selles liquides, ou bien s'en va combiné avec le carbone dans les matières grasses, par la sueur et l'excrétion biliaire; 5» le phêspfiore s'échappe surtout par les urines sous forme de phosphates, et
5S8 918 ttSUTIORS OAIfS L'HOMMS.
par les sueurs ; ^^ le soufre s'échappe par les sueurs et Texcrétion digestivci; 7° les sels de potasse et de soude sortent surtout par les urines et aussi par les sueurs ; S"" les sels terreux sortent a veo les déjections alyines et les sueurs.
On comprend Timportance de rechercher ces balancements dans rétat normal et dans Tétat pathologique ; aux points de vue de Té* tiologie, de Thygiène et de la thérapeutique, il y a là des sources nombreuses d'indications. Entre les fonctions de la peau, des reins, de la muqueuse respiratoire et de la muqueuse digestive, Il y a des rapports constants à Tétat de maladie comme à Tétat de santé.
3"* Les absorptions et les excrétions doivent naturellement se compléter et se balancer sous le risque d'amener un état anormal. La nutrition des parties gardant ce qui lui est néoessairci il est utile que les excrétions rendent le surplus de ce qu'ont pris les absorptions, et lorsque Télre vit quelque temps sanS' augmenter de poids» il faut bien que le produit des excrétions soit égal à celui des absorp* tiens.
M. Boussingault ayant expérimenté sur le cheval, a trouvé qu'en donnant 35 kilos d'avoine et regain, il y a I5^^\580 d'excrétions sensibles par les urines et les excréments, et 10^^M90 d'excrétion insensible, comprenant Teau, Tacide carbonique et l'azote de l'exhalation pulmonaire et cutanée. Les excréta insensibles tiennent ici une place considérable à cause de la grande quantité d'exoré* ments<[u'occasionne la nourriture végétale,
M. Valentinet M. Barraient expérimenté sur eux«*mèm6s« D'après M. Barrai, en représentant par 100 la quantité d'absorption, com-> prenant 75 de nourriture solide et liquide, et 25 d^oxygbne, il y a 35 d'urine et d'excréments, 30 d'acide carbonique exhalé, et 35 d'eau par l'exhalation pulmonaire et la- transpiration cutanée.
HM. Bidder et Schmidt ont foit des expériences sucoasaivas sur des chats auxquels ils donnaient de la viande dégraissée, contenant 75/100' d'eau, 20/100* de matières albuminoides, 4/iOO" de ma^ tiares grasses et 1/100' de matières salines. Ces aninlaux en oonsommaient 50 grammes par kilogr. de pends du corps, soit SftO grammef pour un chat pesant k kilogrammes.
Un chat pesant ft kilos consommait doue SOQi grammes de viande eoDienant 130,450 d'eau, 30,120 de matières albuminoides, 0,/iM de matières grasses, et 2,040 de sels. De plus il inspirait 84,500 d'oxygène. Total des ingesta : 284<%500.
Ce même chat rendait 157k',872 par l'exhalation, dont 65,780 d'eau et 03,002 d'acide carbonique; 123,0^ d'urine, coAten#Q$
DES RELATION^ DANS l'oUIBB TÉOSIiàTIF. 519
107,1(56 d'eau, 14,12 d*urée6t2,776 de matières salines; 3,3M de matières fécales, coutenaut 2,724 d'eau, 0,156 de sels, et 0^540 de bile. Total des excréta, 284<',500.
Il y a d'une manière générale égalité entre l'absorption et Texcrétion, sauf les cas d'accroissement et d'amaigrissement qui forment un état statique presque constamment instable et variable d'yne am:iée, d'un mois, d'un jour à l'autre, selon la nutrition des parties.
On peut facilement se rendre compte des procédés selon lesquela l'équilibre se maintient et se rétablit. Ainsi, quand le carbone pé* nètre en plus grande quantité par la digestion, il fout que la respiration s'accroiase, ou qu'il passe par les urines sous forme de carbonates alcalins, ou qu'il soit expulsé par les selles ou la peau sous forme de matières grasses. Si la respiration^est ralentie comme par un sommeil prolongé, ia circulation étant elle-même alors moins active, l'acide carbonique ne passe ni par le poumon, ni par les urines, mais par les sueurs et les selles au réveil, à moins qu'il ne soit fixé dans l'organisme sous forme dé matière grasse. De même si une alimentation trop animalisée fait pénétrer plus d'azote, il faut qu'il s'en exhaie par le poumon ou qu'on en rende sous forme d'urée par l'urine, par les sueurs ou sous forme d'acides biliaires par les excréments.
Celte statique animale est l'on des points de la sollicitude constante du médecin qui ne cesse d'y puiser des indications hygié* niques. C'est ainsi qu'il défend les aliments carbonates à Tbomme dont la tendance est vers l'obésité, et les aliments azotés à celui que menace la goutte. C'est ainsi que dans la goutte déclarée, dont la cause prochaine est un excès d'asote retenu, il favorise les selles, l'urination, les sueurs, que les alcalins sont donnés pour qu'ils entraînent l'urée sous forme d'aokle urique combiné dans des sels solubles. Ce ne sont que des exemples : les applications sont extrêmement multipliées
III. SeUrtloMi ûmauê te MtiMMi àtm ipartteii. — Ces relations sont multiples et il est fâcheux que la physiologie ne se soit occupée que de quelques-unes.
1* En premier Keu on signale les relations des parties similaires. Ainsi la nutrition marche généralement d'accord sur toutes les parties qui sont de structure et de composition semblables. Les tissus fibreux, les os, les muscles, le tissu conjonctif, les artères, les veines, les lymphatiques, les organes de sécrétion, se développent séparément quel que soit leur siège : d'un bout à l'autre de l'économie les
5A0 DBS ABLATIONS DANS L-HOIIIIB. <
mêmes tissus se répondent et ont sur les absorptions et les sécréticMis une action commune, puisqu'ils ont un commun objet d'activité. De là dans Uétat de maladie ces rapports d'une partie avec une autre par des analogies de tissus : ainsi les tissus fibreux pris dans le rhumatisme, les diverses muqueuses dans la scrofule, ou les glandes, les lymphatiques, de parties situées çà et là dans l'organisme. De là encore ces tendances générales à l'hypertrophie d'un tissu dans toutes les parties qui le recèlent
Toutefois il faut tenir compte des activités locales développées partiellement ou amoindries. Ainsi l'activité musculaire d'un seul membre développe là seulement l'hypertrophie musculaire, alors que tous les autres muscles restent à l'état normal. L'atrophie musculaire peut être également partielle ou généraliséot selon que l'activité musculaire est amoindrie localement ou dans tout le système du tissu. Cela se juge par l'indépendance possible d'une activité particulière.
2*^ D'un autre côté, il faut remarquer que la nutrition marche d'un pas égal dans des tissus bien que différents, lorsqu'ils appar* tiennent à un même groupe d'activité. Quand toute l'activité d'un membre est mise en jeu, tous les tissus de ce membre participent* à la même activité nutritive, chacun dans la limite de son concours. C'est ainsi que la nutrition est surtout activée ou ralentie, soit dans les membres supérieurs, soit dans les inférieurs, soit dans le côté droit, soit dans le côté gauche, soit à la tête, à la poitrine, à l'abdomen.
Ce qui veut dire que dans les rapports de la nutrition des parties entre elles, il fout tenir compte non-seulement des similitudes de composition, mais aussi des synergies ou groupements d'activité.
3<^ Dans ces rapports, il faut aussi remarquer les oppositions. D'une manière générale» quand l'activité s'accrott sur un point, elle diminue sur tous les autres qui ne sont pas en rapport avec lui; et elle diminue surtout dans les parties opposées. Ainsi, quand l'activité s'accroît du côté droit, elle diminue du côté gauche : si le bras droit, la jambe droite, l'œil droit, le sein droit, le poumon droit sont relativement plus forts, les mêmes parties du côté opposé sont relativement plus faibles même qu'elles ne devraient étre« à moins qu'elles n'entrent en synergie avec l'autre côté.
Si les muscles s'accroissent, le tissu cellulaire est relativement beaucoup moins développé; mais les os, les tissus fibreux, les artères qui entrent en synergie avec les musples, participent à leur développement.
DBS RBUTIOMS DANS L'ORDRB TÉOITATIF. SUi
Quelquefois il y a même une opposition entre des parties synergiques, parce qu'alors une faiblesse ou un accroissement d'activité porte sur des tissus' partiels. Ainsi dans le rachitisme, les muscles sont proportionnellement mieux nourris que les os; ces parties qui devraient être en synergie de nutrition sont en désaccord, et les contractions musculaires courbent les ôs qui ne sont pas assez terreux. C'est qu'alors le groupement synergique a été scindé, et que l'activité porte plus sur une partie du groupe, moins sur une autre. Pour bien comprendre ces désordres, il faut se rendre compte des dérangements que les lois pathologiques entraînent dans les relations normales.
6® Mais un point sur lequel nous devons insister, est celui des réactions des parties les unes sur les autres, présentant des phénomènes très curieux.
Examinons d'abord les relations indirectes, celles qui ont lieu par l'entremise des absorptions et des excrétions.
Les absorptions et les excrétions se font par le sang et pour le compte des parties, parce que c'est en résumé pour la formation des parties que tous les phénomènes de nutrition ont lieu. Do là, nécessairement, une inOuence indirecte, par Tintermédiaire du sang» sur chacune des excrétions et des absorptions. Les parties ont des besoins, des matières à assimiler et d'autres à rejeter; et chacune a les siens. Or, que l'activité nutritive augmente ou diminue sur un point, et les appels ou les rejets extérieurs s'en ressentent. De là quelquefois, pour l'activité développée sur un seul point, un afflux ou une privation de matériaux dont Taccumulation ou le défaut peu sur d'autres points, soit exciter la nutrition, soit la diminuer; de même qu'un afflux d'aliments excite la digestion et l'absorption, ou qu'une privation les amoindrit
On comprend ainsi comment la nutrition dérangée sur un point peut nuire sur un grand nombre d'autres. Ou bien il y a abondance de matériaux superflus et encombrants, par cela même nuisibles ; ou bien il y a privation et malaise ailleurs. .
Pour rétablir l'équilibre, il faut comme compensation que d'autret parties manifestent à leur tour sur les absorptions et les excrétions des tendances diamétralement opposées; et c'est pour cela que le sang placé comme intermédiaire entre les parties elles-mêmes et les actions extérieures est dans un équilibre incessamment instable, et se trouve comme le foyer de toutes les tendances diverses de la nutrition, qu'il constitue le véritable noyau de la cellule végétative.
5*" Outre ces relations indirectes, les parties en ont aussi de
5&2 DM RlLâTimiS BANS L'SOMMB.
directes et très puissantes, qu'on ne peut malheureusement encore qu*entrevoir.
Chaque pattie prend au sang ce qui hti est nécessaire pour la nutrition ; mais elle lui rend aussi les matériaux dont elle ne veut plus. Or, ces matériaux qui sortent de chaque élément cellulaire des parties n'eu sont pas rejetés à Télat de corps brut : ils sont dans un état tout à tait analogue à celui des excfeta de toute l'économie; c'est-à-dire qu'ils recèlent encore quelque chose de la vitalité à laquelle ils viennent d'appartenir. Et ces particules, charriées par le sang, vont agir sur les autres parties de la même manière qu'agissent sur l'ensemble de l'organisme les excréta des autres organismes qui nous entourent.
Ainsi une partie rejette de l'acide carbonique, de la glycose, de l'urée , de la gélatine , des matières salines , du phosphore , du soufre; et chacun de ces éléments va réagir avant d'être rejeté par l'économie sur les diverses parties de la même manière que Vils avaient été introduits dans le sang par absorption digestive.
Chaque partie rejette également des particules organiques plus ou moins actives selon leurs qualités, et tout à fait analogues aux particules organiques des excrétions de l'éeonomie, ayant comme elles plus ou moins d'odeur et d'activité : elles agissent sur les autres parties de la même manière que si des particules semblables étaient entrées par les voies d'absorption. Et c'est ainsi que des quantités minimes de matière rejetée vont susciter des. actions dans une partie très éloignée de Ja première.
C'est là une source d'une richesse infinie de relations des parties entre elles. Rien ne se peut passer dans la nutrition de la moindre cellule organique, sans que d'un bout à l'autre de l'économie, tous les phénomènes de formation puissent être influencés. C'est la voie ordinaire d'im grand nombre des sympatliies qu'on avait voulu jusqu'alors expliquer seulement par des relations nerveuses (i).
IV. Rciatioiis de rhémauwe. — Elles sont de trois sortes : i^ celles qui ont lieu dans le noyau sanguin mémo; 2^ entré le sang et les parties; 3» entre le sang et l'extérieur.
1** Relations entre les diverses fractions du sang. — Le sang n'est jamais identique avec lui-même dans toutes ses parties; il varie do
(1) Nous avons montré Tinanité de la plupart des sympathies expliquées par lés nerfs, dans nos articles sur le Hôte des nerfs ganglionnaires et sympathiques^ dans VArt médical, avril et mai 1862.
DBS fMUmùHS DAHS L'dlDBg VÈOÉTATIF. 5&3
composition selon les organes oà on le prend, en raison même de Tactivité organique qui lui emprunte ou lui rend des matériaux; mais comme il est sans cesse en mouvement et parcourt successivement tout l'organisme, il tend aussi sans cesse à s'unifier.
Cependant noua devons rappeler qu'il se compose principalement de trois fractions, qu'il y a trois sangs : le rouge dans les artères, le noir dans les veines, le blanc dans les lymphatiques, et nous devons ajouter qu'il y a sans cesse opposition entre ces trois fractions ; de sorte que Tune ne peut s'accroître sans que les deux autres diminuent. S'il y a plus de sang rouge, il y a moins de sang veineux et moins de lymphe ; s'il y a plus de sang veineux, il y a moins de sang artériel et moins de lymphe; s'il y a plus de lymphe, il y a moins de sang artériel et moins de sang veineux, et de là des relations extrêmement intéressantes avec les parties, comme nous allons le voir tout à l'heure.
Nous devons ajouter une particularité curieuse dans ces oppositions : c'est qu'elles ne sont pas toujours absolument radicales, qu'il n'y a pas égalité parfaite entre elles. Ainsi, entre le sang rouge et le blanc, il y a opposition parfaite ; l'un ne peut augmenter sans que l'autre s'amoindrisse d'autant. Mais le sang noir n'est pas avec les deux autres dans les mêmes conditions; de sorte qu'il peut y avoir beaucoup de sang rouge, pas mal de sang noir et très peu de sang blanc, ou bien beaucoup de sang blanc, pas mal de sang noir et très peu de sang rouge. Le noir semble s'associer dans son développement tantôt à l'un, tantôt à l'autre; lui-même peut être d'ailleurs très développé à l'exclusion du rouge et du blanc.
Il en résulte, pour la modification possible des tempéraments, quelque chose de très curieux : c'est que jamais le tempérament artériel ne peut se modifier directement en un tempérament lymphatique , ni jamais le lymphatique se changer directement en artériel. Si l'un de ces deux tempéraments se modifie, il devient d'abord veineux. Ainsi jamais un enfant lymphatique ne présentera plus tard les apparences du tempérament artériel ; chez lui, le sang rouge sera toujours peu abondant, les artères seront petites, le pouls faible; mais il peut passer au tempérament veineux, le sang noir se développer, les veines s'élargir et se multiplier, et c'est même de cette manière que se guérit la scrofule bénigne. Aussi n'est-il. pas rare de voir des enfants scrofuleux dans leur enfance présenter, dans l'âge adulte, soit des varices, soit des hémorrboïdes, soit de la goutte atonique; et, d'un autre côté, jamais un enfant dont le pouls est large et fort, les artères pleines de sang, ne de-^
544 Dtô HBLATIOMS DAIB L'HOUtt.
viendra scrofuleui ; il pourra,- mais sous une autre forme, devenir dyspeptique, hémorrhoîdaire ou goutteux.
Il y a dans toutes les roodifications de tempéraments et de dispositions morbides un grand nombre de particularités curieuses et du plus haut intérêt, dont Tétude des relations dans l'homme est seule apte à rendre compte.
2" Relations entre le sang et les parties, — Le sang, chair coulante^ comme le disaient les anciens, est pour ainsi dire le résumé et le foyer de toute la vie v^étative; il renferme en lui-môme les éléments de la nutrition de toutes les parties; il en possède tous les appétits, toutes les répulsions, toutes les affinités. Toutes les parties ont eu lui leur vie, et il résume celle de toutes les fractions de l'organisme ; il fournit à chacune ce dont elle a besoin ; il reçoit de chacune ce qu*elle a de trop, et allant de Tune à l'autre, il se modifie incessamment, selon Texislence de toutes; en un mot, ces relations se passent dans l'unité et pour l'unité.
Cependant, comme il est vrai d'ailleurs que chaque partie a son activité propre et dans une certaine indépendance des autres* le sang ne peut-il avoir la sienne? La question a été posée de nos jours en pathologie, quand on a émis l'avis que la plupart des maladies devaient trouver leur cause prochaine dans une altération du sang. Nous ne voulons; pas discuter la question pathologique, qui n'est pas de notre sujet, mais nous devons chercher quelle est sa base en physiologie.
La question peut se formuler dans ces mots : L'état du sang est-il toujours adéquat à l'état des parties?
Hunter, qui s'était déjà po^ le problème, l'avait résolu en faveur de Tunité [Leçons sur les principes de chirurgie, chap. m) ; il s'autorisait de l'harmonie nécessaire entre le sang et les parties, du consensvis qui les relie ensemble. Sur ce point, la vérité est irrécusable. Ne pas admettre cette unité, c'est nier des rapports inévitables et fondamentaux : le sang fournissante la nutrition des parties et en recevant les excréta.
Mais, d'un autre c6lé, n'y a-t-il pas ici comme partout, dans l'organisme, une certaine laxité dans l'unité, et le sang n'a*t-il pas une existence particulière ? On serait disposé à lej^concéder. Cepen* dant, si cela est, c'est certainement un des points de l'organisme où l'indépendance existe le moins. Chaque partie a son activité particulière et peut être indépendante d'une autre, indépendante môme du sang, dans lequel, eu définitive, elie peut ne puiser que ce qu'elle veut, ne lui rendant aussi que ce qu'elle veut rejeter:
DBS R9t^TipN$ DiNS L*ORORB VÉOBTATIF. 52lS
niais le sang n'a pas ^l'activité propre^ n'est rien par lui-même, iie> fait rien de lui-raéme^ ne possédant que toutes les aptitudes des diverses parties sans aucune puissance propre. On ne peut lui assigner même aucuiie composition définie; il est incessamment changeant, pour êlre, à chaque instant, ce que l'organisme veut qu'il soit En un mot, il résume toutes les vies particulières des organes sans en avoir une à lui, parce que, s'il en avait une, il pourrait n'être pas à d'autres.
11 faut donc dire que tout ce qui se passe dans le sang, tout ce qui a'y produit, n'est que le retentissement de ce qui se passe dans la disposition d'un ou de plusieurs, ou de tous les organes de l'économie. Ce n'est pas en lui qu'est la cause du plus petit changement dans ' l'organisme, et ce n'est pas même en lui qu'est la cause des modi-' fications qu'il peut éprouver, parce qu'il n'est rien par lui-même, qu'il ne possède aucune activité propre, mais reflète ce qui se passe dans toutes les activités particulières.
Un seul point pourrait laisser du doute, nous allons l'examiner.
3** Relations du sang avec l'extérieur. — Le sang, venant à toucherl'un des organes d'absorption ou d'excrétion, s'en trouve nécessai** rement modifié. Ce que nous avons ditde»ces actes est suffisant; nous n^y voulons pas revenir. Hématose pulmonaire, hématose digestivé^ hématose cutanée, hématose urinaire, tout cela est maintenant connu.
Mais il reste un point à examiner : le sang peut-il être indépen*' dant dans ces actes? peut-il ne pas absorber et ne pas rejeter?
Constatons d'abord un fait : la possibilité de modifications anormales du sang, excès ou diminution de l'eau, de la fibrine, de l'albumine, des sels, de l'oxygène, de l'acide carbonique, de l'urée, du sucre, des éléments de la bile. Sur ce point, l'expérience est indubitable, et il faut en conclure rigoureusement que tantôt le sang absorbe ou retient plus d'éléments qu'il n'en devrait avoir, que tantôt il absorbe moins ou en laisse échapper plus qu'il ne conviendrait.
De même, et le fait est tout aussi certain, tantôt le moindre médi« cament produit des évacuations excessives, et tantôt les évacuants les plus héroïques, les purgatifs les plus Violents, les diurétiques les plus actifs, les sudorifiques les plus sûrs, ne produisent nipurgation, ni diurèse, ni sudation.
11 semble donc, expérimentalement, que le sang peut être indé^ pendant des absorptions et des excrétions; et par cela même on est tenté de lui accorder une vie propre.
Mais nous remarquons d'un autre côté que le sang absorbe tout
FBÉDAIILT. 35
SM fttS IBLATtbtfS DAte t^HOttHB.
élément qui se présente, quel qu'il soit, aussi bien les matériaux les plus alibiles, les poisons, que les aliments les plus assimilable^ ; et cela d'une manière constante. Les matériaux le^ plu^ désastreux, les poisons quels qu'ils soient, ne sont rejetés qu'à la condition d'être préalablement absorbés, portés dans le torrent de la circulation, et alors, seulement qu'Us ont touché lés parties intimes de l'organisme. Si le aang possédait une vie propre, il n'en serait pas ainsi : tout aussi bien que les parties intimes, il récuserait ce qui neliil convient pas, ce qui surtout lui est nuisible et nuisible à toute l'économie. Il parait donc seulement l'intermédiaire entre l'extérieur et les parties, leur amenant tout ce qu'il trouve sans s*inquiéter de ce que c'est, et le rejetant seulement alors que lés parties lui ont donné mission de le rejeter. De sorte que lorsqu'il manque 6 absorber un élément nutritif qui serait nécessaire, ce h'est pas lui qui ne le peut pas absorber, ce sont les parties qui ne lui ont pas donné la mission de l'absorber. Ou, pour parler un langage moins figuré, il n'absorbe qu'autant qu'il a en lui une dispositioii à absorber qui n'est pas de lui, et qui vient de la disposition des diverses parties de l'organisme.
De même, si lés excrétions sont augmentées ou diminuées, ce n'est pas que le sang contienne plus ou moins dé matériaux à regeter, ni qu'il ait de lui-même un vice à excréter plus ou moins. C'est l'organisme tout entier dont il reflète la disposition tantôt à trop retenir, tantôt à trop rejeter.
Ce n'est pas le sang lui-même qui retient trop d'eau et détruit trop de globules dans la chlorose; qui retient un excès de fibrine dans les infiammations, rejette un excès d'albumine dans l'hydropisie; retient l'urée dans la goutte, excrète du sucre dans le diabète : c'est l'organisme tout entier, ce ^ont les dispositions de toutes les parties qui lui imposent ces modifications.
11 5 a donc bien en réalité indépendance du 6ang vis-à-vis des absorptions et des excrétions, mais cette indépendance n'est pas de lui : c'est l'organisme tout entier qui la lui donne, et par son intermédiaire absorbe ou excrète. Cette solution est d'une extrértie importance, et je ne saurais trop insister pour qu'on la médite et qu'on se convainque de sa vérité, en raison dès conséquences considérables qu'il faut en déduire pour la médecine. Si l'on s'en pénètre bien, on comprendra aisément que dans les maladies où le sang est altéré, ce n'est pas tant à lui retirer des éléments qu'il a de trop ou à lui donner ce qui manque que l'art du médecin doit tiser ; c'est à modifier tout l'organisme dans son ensemble, de sorte
DBS RBLATIORS IfAHâ L*6hDRE tÉGÉtATlF. 51^7
que de nouvelles (/tjjDostffon^ soient produites, disposition à ab^orbei^ ce qui manque, di^osition à rejeter ce qui excède. Ce n'est pas lè sang lui-même qui doit 6tr6 le sujet de raetion fnédicale; c'est l'organisme tout entier dont \éà disposition^ doivedt être modifiées par la thérapeutique.
Du jour où cette question sera bien comprise, la chimiatriè et rorganicisme auront fait leur temps ; la médecine vitalistë serd vraiment inaugurée.
V. Éeiadods de la caioriflcatloo. -^ Ce sujel ést encorè trop peu «onrni pour que nous însislionâ, et nous avons déjà dit au livre précédent, en parlant de la calorification, ce que nous ne pourrions que répéter.
Tl. De la aatrltlon peodaot rafo«tlaeaee* — NoU3 aurions
peut-être dû diviser ce sujet et même l'étendre en le dispersant dans divers points de ce livre. Ainsi, parler de l'abstinence des ali-, ments et des boissons à propos des relations de la digestion; de l'abstinence de la respiration, ou de l'asphyxie dans un autre lieu ; de l'afostinerice des fonctions cutanées et de relation de chacune d'elles sur les facultés animales. J'ai préféré conserver, au moins momentanément, la manière habituelle d'envisager cette question; je ne ferai, du reste, que résumer ce qu'on trouvera, avec beaucoup plus de détails, dans les traités ordinaires de physiologie, me contentant de présenter quelques remarques.
4^ Les faits. — Examinons d'abord les divers degrés d'abslinence possible, eh empruntant quelques faits collectés par les auteurs.
La frégate ia Méduse fit naufrage à douze lieues des côtes d'Afrique, en 1816. Cent cinquante malheureux furent abandonnés sur un radeau sans aliments; quinze seulement survécurent, délivrés après treize Jours d'angoisse. (Savigny, chirurgien de la frégate: Observations sur les effets de la faim et de la soif^ thèse de 1818, n* 84.)
En 1831, un nommé Granié^ condamné à mort pour avoir tué sa femme, se laissa mourir d'inanition dans les prisons de Toulouse; il succomba au bout de soixante-trois jours, pendant lesquels il n'avait pris que de l'eau asse^ abondamment. {Notice historique sur Graniè, par Desbarreaux. Toulouse, 1831.)
I3n amaurotique, âgé de vingt-neuf ans^ se mit dans les mains d'un médicastrè, qui lui promit de le guérir en le soumettant à une abstinence complète. Ce malheureux succomba au bout de qua^ rante-sept jourSy pendant lesquels il n'avait pris que de l'eau pure,
548 DBS RELATIONS DANS L*H0M|1B.
et, par exception cependaDt, quatre tasses de thé, au jour de Tan. {Journal der Chirurgie und Augenheilkunde^ vol. XXI.)
Huit mineurs, réfugiés dans une galerie houillère que Teau avait envahie, en ont été retirés vivants après 136 lieures, ou cinq jours et seize heures. [Joum. des conn. méd.-chir.^ septembre 1836.)
Mais ce ne sont là que des faits courants, comme il n'est pas rare d'en lire dans les jpurnaux. Il en est de bien plus curieux cités par Haller.
Une jeune fille indigente, et qui ne voulait pas avouer sa pauvreté, se priva d'aliments pendant soixante-dix-huit jours, se bornant à sucer du jus de citron. — Une autre femme, du pays de Haller, resta quatre mois sans prendre d'aliments. — Une autre, nommée Maria Jenhfels, jeûna un an. — Une autre, du même pays, jeûna trois ans. — Une autre, du duché de Brunswick, jeûna quatre ans. — Une autre, citée par Mackenzie dans les Transactions philosnphiques, avait les mâchoires tellement serrées pendant dix-huit ans, qu'elle ne put prendre aucun aliment solide pendant ce temps, et qu'elle n'avait rien pris depqîs quatre.
Dans les mêmes Transactions philosophiques (t. LXVII), il y a l'observation d'une Écossaise qui vécut huit ans sans rien prendre, sinon en deux ou trois occasions un peu d'eau. Elle rendait une fois par semaine tout au plus assez d'urine pour mouiller un schelling. Elle était restée trois ans sans aller à la garderobè. — Fabrice de Hilden rapporte que Éva Flegen n'avait ni bu ni mangé pendant seize ans. — Enfin, toutes ces histoires sont surpassées par celle d'une femme qui resta cinquante ans sans prendre d'aliments. On avoue cependant qu'elle buvait quelquefois du petit-lait i elle avait une selle par an, au m'ois de mars.
Dans la vie des saints, il y a des exemples à peu près semblables.
Nicolas de Fltie, sainte Lid^ine , sainte Catherine de Gênes,
sainte Catherine de Sienne, sainte Rose de Lima, sainte Colette,
sainte Colombe de Rieti, saint Joseph de Copertin, saint Siméon
stylile, lès Pères du désert, Jeanne Matles de Norfolk, la sœur
Louise de l'Ascension, Pierre d'Alcantara, sainte Angèle de Foligno.
et bien d'autres, ont offert des exemples étonnants d'abstinence
extrêmement prolongée, durant des mois, et jusqu'à quinze années,
comme sainte Catherine de Sienne.
On récuse quelquefois ces faits; mais, dit Bérard, « en admettant » qu'il y ait de la supercherie dans quelques-unes de ces observa* » tions, que Vamour du merveilleux ait présidé à la rédaction de » quelques autres, on ne peut se refuser à croire qu'il en existe
DES RBLATIDNS DANS l'ORDRB VÉGÉTATIF. 5ft9
» d'authentiques. Il ne se passe guère d'années que les journaux » n'enregistrent des faits analogues. En 1886 , H. le docteur » Lavigne m'tnvitait à aller voir à Lagny, une tenime de cinquante- » deux ans, qui, après s*étre réduite pendant dix-neuf moisi un » verre de lait par jour, n'avait pris ni aliments ni boissons. Elle » n'avait eu depuis cinq mois ni urines ni excrétions fécales. » En 1839, M. Parizot m'a communiqué l'observation d'une tille de » Marcilly (Haute-Marne), qui depuis six ans n'avait pris aucune » nourritui*e solide et aucune boisson depuis cinq ans ; elle eût pu » à peine, chaque mois, remplir une coquille de noix de son urine. M En 1836, M. Plongeau m'a écrit avoir vu à Ayrens, dans le Cantal, » une femme de quarante-huit ans, qui depuis huit ans n'avait pris » aucune nourriture. Elle n'avait pas uriné depuis cinq mois à D Tépôque où il l'examinait. » {Cours de physiologie, 1. 1.) ' Tous les faits que nous venons de citer, et ceux qui leur sont analogues, se rapportent manifestement à deux ordres : les uns montrent la mort arrivant après quelques jours seulement d'abstinence; lès autres montrent que la persistance de la vie est, jusqu'«\ un certain point, compatible avec la privation de nourriture. Les premiers peuvent s'intituler : mort par inanition; on peut ranger les seconds sous ce titre : vie prolongée dans l'abstinence. Nous les examinerons tour à tour.
2® Mort par inanition, — Ce sujet devrait régulièrement appartenir au chapitre consacré aux phénomènes de la mort; mais il peut aussi être examiné au point de vue des relations dans l'être. À ce point de vue, nous le retenons ici. Il a doimé lieu à beaucoup de travaux, et entre antres à celui de CoUard de Martigny (1), et à celui, très important, de M. Chossat (2).
En premier lieu, nous devons remarquer l'époque de la mort. Elle est, en général, du quatrième au septième jour. Quelques-uns ' succombent dès le deuxième jour, d'autres vont jusqu'au seizième. Ceux qui ont résisté jusque vers le vingt-deuxième jour succombent quelquefois aux suites, bu restent longtemps languissants. Il y a un danger, c'est de nourrir tro]) fortement et trop rapidement ceux qui ont souffert. Les enfants succombent plus vite que les grandes personnes. Chez les mammifères à sang froid, la vie se prolonge vingt fois plus longtemps que chez l'homme et les animaux à sang chaud ; suivant M. de Pommer, les carnassiers résistent plus que les herbivores.
(1) Journal de physiologie , par llagendie, t. VIII.
(2) Recherches expérimenlales sur VinanilUm. Paris, 1843»
Pepdan^ r^^çtinence, les décrétions et eiLcrétions diminuent et
finissent par se supprimer; la salive, les sécrétioi)s dige^tives,
l'urine, les excrétions fécales. En même temps, l'haleine devient
e^trémeipent fétide. L'estomac et le cai^al intestinal se resserrent
jusqu'à être réduits à la grosseur d'un tuyau ()e plume. La quantité
de $ang diminue; ses globules sont moins nombreux, et sa partie
aqueuse devient pluç considérable en proportion des parties solides.
Là lymphe augmente d'abord de quantité dans le canal thoracique,
puis elle diminue progressivement, selon Collard de Martigny. La
respiration jdin^inue dp fréqu^nc^ et d'ampleur ; qux approches de
1^ mprt, elle ^'accél^r^ 9U pojptde devenir haletante. La circulation
h^isçe é^alepipnt, ^t le pquls devient petit, misérable; il ne battait
plus que 37 fois par minute cbe^ Granié. {.a température baisse d^
plus en plus, e^ ^qjv^nt M* Cliossat, la mort arrive phez le^ ani-
q[]au^ quai^d plie n'est plus qp'à il^^'yi. Le corps perd beaucoup de
son poids; cl^ez l'aipauro^ique, [l é^ait réduit de ^30 livres h 97;
che^ Granié, il n'était plus que de 2Q kilogrammes. H. Chossat ^
d^mpptré expérimentalement que la n^ort arrive Iprsqpe le corps a
perdu les quatre dixièines de son poids, ^ussi bien chez les ani-
pauK h sang cha^^ que cl^ez les animaux k sang froid. Suivant
M. C]ipssat. le système perveiiy conserve son poids intégral. Lfi
perte porte principalement sur la graisse, et aussi sur le système
mqsculaire, pour subvenir à la consommation de carbqne par la
respiration. Sur la fin, surviennent des hallucinatiqns, du délire, de
la fureur, eï\ même f e^pps que se montrent les çeptiii^ents égoïstes
^\ brutaux, comnfe le naufrage de la Méduse en a donné de si ter-
pbles exemples.
Tous ces phénomènes s'enchaînent ass^z rigoureusefpent. Le
manque d*aUments oblige le corps à céder le carbone à Tpxyg^ne * qui pénètre incessamment et le brûle. L*évaporation par les pou-
mpns et la peau dessèche constamment le sang, qui reprend aux
éléments organiques l'eau nécessaire. Le manque de charbon finit
par amener la cessation de 1^ combustion, et de là le refroidissement. Quand l'abstinence n'a pas été complète, la vie se prolonge plus
qu moins. Les phénomènes sont les mêmes, mais se développent
plus lentement. On peut observer que dans les cas de port rapide,
d'autres circonstances se produisent sans dou^, car tout le carbone
n'est pas alors brûlé.
3*^ Vie prolongée dan» Cobstinence. — Ici les phénomènes doivent
être sans doute les mêipçp, du n^qini qn le croit ^; cependant il y a
des différences qii^ ja ^cj^ncd n*4 pas expliquées.
DBS UI.iTIOpi$ PAJf^ l.'QRPBS Vt$tXàTIF. SSI
II est difficile d^ croire qu'alors la rei^imlipn ooDtÎDqt m bté*^ lant les menées quantités de cl^arbpn. En effets qu'on fasae le calcuL La quaptité brûlée étant de 2ftÛ grammes par jour, c'est Sl'^^jôOO dans une année, c'est-à-dire beaucoup plus que le poids normal de l'homme. D'un autre côté, les pertes insensibles, eau et acide carbonique, étant de 39*%468 par kilogramme du poids du corps en vingtquatre heures, c'est une perte en nombre rpn4. de /iO/iO(M)** par jour, ou de 800/1000*' en ving( jours. Cqmme il y a par l'absUnen^^ diminution successive des excrétions et de la respiration, metlona que la perte est moitié moindre si Ton veut; il en résulterait que la perte de 800/1000*' s*est faite en quarante jours au lieu de vingt. C'est déj^ beaucoup plus qu'il ne t]aut.
Comment se fait-il donc que dans des cas très nombreui^ et très constatés, la vie a pu se prolonger pendant six mois, un an, et même quinze ans. Admettons, si Ton veut^ qu^ Tabstinence a été relative; elle n'en a pas moins été assez grande pour ne pouvoir suffire aux pertes qui ont dû avoir lieu. Et, il faut le remarquer, la chaleur ne s'est pas moins conservée. C'est donc forcément que la vie peut subsister sans la combustion pulmonaire, sans l'assimilation et la désas^milatioQ renouvelées : c'est que la chaleur peut s'entretenir sans la combustion du carbona II y a là des faits qui échappent à ce qu'on sait. '
Rappelons, d'ailleurs, que l'on a trouvé à plusieurs reprises des crapauds et des grenouilles enfermés dans des pierres et cailloux de silex, dont la forniation remontait inévitablement à plusieurs siècles de (listance, et qu'en brisant ces pierres, ces cailloux, on a vu ces animaux sortir vivants, pour mourir quelques instants après, ai^ contact de Tair. On a même trouvé un être de l'espèce galéopitbèque, qui a poussé un cri, fait un saut, et est mort en sortant de sa prison, peut-être quarante fois séculaire. Comment l'existence s'entretenait-elle dans ces conditions? Que ceux qui prétendent que la vie dépend des conditions extérieures répondent, s'ils l'osent. Quand on dirait que les cailloux étaient poreux, qu'une sorte de respiration se faisait à travers les pores; mais comment le carbone et l'azote ont-ils pu se renouveler en quantité suffisante? On ne peut admettre qu'une porosité très minime, et c'est donc avec une si minime nutrition que la vie a pu s'entretenir !
Pourquoi la vie ne pourrait-elle pas avoir une certaine possibilité de subsistance sans adjonction et sans déperdition. Nous avons vu. en parlant des causes finales, que les causes externes objectives suscitent l'acte en étant eux-mêmes l'objet de l'acte, et de là nous devions
558 DBS RELATIONS DANS L'flOIfllB'. ' '
conclure qu'il y a toujours consommation de l'objet. Ifais quand Tacte se protohge sans se renouveler, H n'est plus nécessaire d'un objet nouveau, et la cause formelle embrassant la matière du corps sans l'épuiser, l'union se prolongeant sans que la consommation arrive, c'est la vie se prolongeant sans renouvellement matériel nécessaire. L'imagination se perd à considérer de telles probabilités,. mais on arriveà concevoir deux existences possibles pour le corps. L'une, dans laquelle l'âme épuise le corps, le consomme dans son union, et doit sans cesse le renouveler pour que la vie demeure ; sans quoi, des deux composants, l'un disparaît, Vautre seul subsiste, et le composé est détruit : c'est la vie courante, la vie nutritive commune. Dans l'autre existence, l'âme embrasse son corps sans le détruire, assouvit son union avec lu matière, sans jamais l'épuiser, sorte de vie extraordinaire, surnaturelle, dont le secret perdu se retrouve parfois accidentellement et dans certaines limites. Qui peut dire même que ce ne sont pas là deux actes concurrents dans tout homme, ayant chacun leur moment et leui^ durée, mais que d'ordinaire l'un fait disparaître l'autre.
Nous examinerons ces relations en étudiant successivement les divers actes, les prenant comme actifs et comme passifs de ces relations ; formation du germe, émission, fécondation^ gestation, lactation»
L Formation du germe. — l** Les premiers rapports sont avec l'émission. Il est certain que Ta formation porte à l'émission. Vers le temps delà puberté, les premières tendances sexuelles paraissent bien en rapport avec la formation chez le jeune homme et chez la jeune fille. Plus tard, chez la femme, les élans les plus forts sont à l'époque de la menstruation, c'est-à-dire lorsque l'évolution de l'ovule se fait. Chez l'homme, les tendances sexuelles sont suivies de l'émission, soit par coït, soit par pollutions, et tous ceux qui se sont étudiés savent qu'à certaines époques de l'année, lorsque la végétation pousse de tous côtés, c'est le moment des tourments, des tentations; de même lorsqu'on sent l'aiguillon de la chair, c'est l'annonce d'une pollution prochaine.
D'un autre côté, l'émission fréquente active la formation. On sait que plus l'homme se livre au coït, plus la formation spermatique s'accroît, et au contraire, plus on se dompte, plus les pollutions s'éloignent. C'est ainsi que la continence fait perdre la puissance séminale, non les désirs et les tentations qui dépendent
DBS ABLATIONS DANS L'ORDRB vftGÉTATir. 55S
du sensible, mais la puissance de les satisfaire. Chez la femme, le coït répété amène le plus souvent la répétition de la menstruation, ou quelquefois une plus grande abondance du sang menstruel.
2"" On ne sait rien de bien certain sur les relations d'intensité entre la formation du germe et la fécondation. Ainsi, on ne sait pas si un homme plus prolifique qu'un autre est plus fécond. On voit des hommes qui, se mariant tard, après une longue époque de continence, ont des enfanls dès la première année du mariage. ï\ faut, du reste, distinguer la question de formation avec celle d'émission, dont nous parlerons plus loin. Les femmes assez fortement réglées sont généralement plus fécondes que celles qui le sont très peu.
D'un autre côté, il y a une relation très naturelle : c'est que pour la fécondation, il faut nécessairement une formation des germes préalables. Une altération dans leur formation devient immédiatement une cause de stérilité. Il est souvent difficile de s'en rendre compte chez la femme. Hais chez l'homme, si la semence est mal formée, que les zoospermes manquent ou soient trop petits ou ne soient pas assez vivaces, l'impuissance en est le résultat.
3** Les rapports avec la gestation sont connus : la femme qui est enceinte ne peut plus concevoir et être réglée qu'après sa délivrance. Cependant il faut remarquer qu'un certain nombre de femmes continuent d'être réglées pendant les premiers mois de la grossesse, et quelquefois même pendant tout le cours. Ya-t-il alors continuation de formation et d'émission d^ovules? Si l'on en croit quelques faits dont l'authenticité est du reste douteuse, la femme pourrait être quelquefois fécondée encore, quoique enceinte de quelque semaines: ce serait qu'alors il y aurait continuation de formation et d'émission d*ovules, et que la liqueur spermatique pourrait arriver jusqu'à eux. Mais pour que cela se puisse faire, il faut que la caduque ne tapisse pas fidèlement les parois utérines, et que les trompes ne soient pas exactement obturées, ce qui est plus que douteux. On est légitimement porté à nier ces faits de conception secondaire, et l'on pense que lorsque la menstruation continue pendant la grossesse, il n'y a pas émission 'd'ovules, que ce n'est qu'une transsudation sanguine des parois vaginales.
&o Le plus ordinairement la lactation n'est pas compatible avec la formation des ovules, parce qu'il y a opposition entre l'activité mammaire et l'activité utérine, comme nous allons le voir.
11. Émiftsiott dem gcrmeft. — 1* Nous avons dit plus haut les rapports entre la formation et rémission, nous n'y revenons pas.
$5A pBs BstiTipNs pm |L'ifpifiq(.
2'' Les rapports entre TémUsion et la fécondation sont de i\eu^. ordre§ : en premier lieu nécessaire^, en second lieu opposée.
La nécessité résulte de Tunion obligatoire du sperme ayec Tovule pour qu'il y ait fécopdation; et bf^n des c§s de stérilité n*opt leur cause que dans le défaut d^union. Ciiez la femme le col utérin peut être obturé, et alors la sentence pe peut arriver jusqu'à l'ovule; ou bien Tovule étant en retard dans sa marche, pa descend (|ue tardivement ^ la rencontre de la semence ; ou bien Tovule étant en retard, la vitalité du mouvement vibratile des tron^pes n>st pas assez grande pour faire monter jusqu'à lui la semence injectée dans l'utérus. Du côté de rhomme l'émission, doit être faite avec assez de vigueur pour que le sperme pénètre dans l'ulérifs et puisse y féconder l'ovule, ou être porté jusqu'à sa rencontre par le mouvement vit)ratile de§ (rompes. Ce manqua de vigueur Qst souvent cause d'iqipuissanpe.
En second lieu, il peut y avoir opposition entre la fécondation et l'émission ou l'union des sexes. Du côté de la femme, une menstruation trop fréquente ou trop tardive peut être cause de stérilité, et le rapprochement sexuej trop reno^velé s'oppose H la fécondation. Du côté de l'homme, une émission ti'op renouvelée épuise l'éconorpie et rend impuissant; le sperme devient trop liquide, les zoosperme^ fares ou trop petits, des pollutions se renouvellent, la puissance génésiaque s'épuise.
3*" Nous avoQs dit qup chez la femme la gestation s*oppose à la production des germes, et par cela même à leur émission, sauf les exceptions encore douteuses. Ajoutons que de§ rapprochements sexuels trop Fréquents chez la femrpe enceinte sont quelquefois cause d'avortement, par l'excitation portée sur l'utérus et les contractions qu'elles y déterminent. Je tiens d'un de mes maîtres, chirurgien distingué de l'Hôtel-Oieu de Paris, qu'examinant up jour au spécu lum une jeune ferpme dont les ardeurs, bien que contenues, étaient visibles, il aperçut manifestement les mouvements des deux lèvres du col utérin. Il y avait là, suivant son expression, comme une sorte de succion. Si le fait était confirmé, il attesterait que l'utérus peut être de quelque chose pour faire arriver le sperme jusqu'à To- Yule; il expliquerait l'a vortement possible et quelquefois facile par union sexuelle; il montrerait surtout l'un des points où la contractilité animale se mettrait en relation avec l'ordre végétatif.
HL iPéeopdatioM. -- Nous ayons vu les rapports ; l"" fivec la formation des germesy pt t" avec leur émission.
DBS KUhkjuxa^ p4N$ i^'aupi^iç ytejkTATir. j|f5{f
S" Ifous avons dit également que, sauf des pas doi^teu^, la gestar tion commence s'oppose à une fécoudatioii ultérieure.
1^*" La fécondation et la lactation sont généralement eq opposition ; une femme quj nourrit p'est pas réglée ({an$ un gfan4 poo^bre de cas, et devient plus difficilement enceinte qu'une autre. L'utérus et les piamelles qnt des r^lation^ et uppositioDS d'^ptivit^ fort curieuses. Quand un mouvement fluxioupaire se fait chez l'un, il s'en fait un chez les autres, mais Tun de$ deux éteint son congénè|:Q. Quand la gestation commence, les Sfsins prennent du développeT ment; mais c'est sprtout quand la grossesse est à son ^rme ou que l'accouchement est fait que la fluxipn mammaire se p^ontre ; et up grand nombre d'afTections des nouvelles accouchées tiennent ^ un manque de fluxion mammaire. Une titillation des rpamelQns peut devenir cause d avortement en suscitant des contractions de l'utérus; une excitation du fnamelon produit, chez la femme des désirs sexuels, et détermine une volgpté qui retentit dans les organes génitaux. Le développement des mamelles est, règle générale, un ^ign^ de fécondité) coipme Hippocrate l'avait rerparqué. Chez les l)y$tériques piendant la crise, les seins se gonflent M^is si l'actiyité se concentre d'une p^anière exagérée dans Tun de ces deux points, elle se détourne de l'autre. C'est ^insi que |a lactation, chez la noajqrité d^s fpmmes, ernpécbe la conception. Une fort^ yfinto»]^ appliquée sur lea reins peut arrêter une hémorrbagie utérine, comme Hippocrate l'avait signalé* D'un s^utre côté, des hémorrhagies utérines abondantes déterminent la flaccidité des mamelles. La lactation après l'accouchement est une dérivation puissante des phénomènes utérins; et l'on peut crqire que dans beapcQup des ca$, si la fefnme nourrissait son enfant, bien des accidents 4^ la sui^^ df9s ppifcbes seraient évités.
g 3. — Retati«wi entre la n««Hiien et ta §^mérmiUm.
Mous devons examiner d'abord dans quelles limites cas deux grands actes peuvent être indépendants l'un de l'autre, et ensuite quelles sont les influences qu'ils exercent réciproquement l'un sur l'autre.
L Indépendance et coneovre* — ^'indépendiàpce n'exjst^ pfs 4' une manière absolue; elle existe seulement dans certaines limites.
Il est bien certain d'abord que la nutrition parait indépendante de la génération, puisqu'elle la précède ; que leç actes de généKatipn n'apparaissent qn'a(ors que le développen^ent de» Xt^e f^\ iéii fort
556 BBS ABLATIONS DANS L'BOUMK.
avancé. Toutefois il faut remarquer que ce n'est qu'après réclosion de la puberté, que la nutrition prend toute son anapleur^ toute sa puissance ; qu'elle reste toujours molle, peu active, sans force, chez les eunuques; que chez les jeunes filles dont la menstruation s'établit difficilement, la nutrition languit. Les fonctions génératrices sont comme un excitant pour les fonctions nutritives, parles déperditions mêmes qu'elles occasionnent. Et d'un autre côté, l'excès d'activité génitale épuise la nutrition, produit l^amaigrissement, la langueur dans tous les actes de formation de l'économie. De là cette recommandation si juste, si légitime, de modérer lés penchants de la jeunesse, de ne pas permettre le mariage avant que le corps ait atteint son développement, et de veiller à obtenir une grande retenue quand le^ forces nutritives sont débiles. Ainsi donc, la nutrition est jusqu'à un certain point indépendante de la génération, mais elle y peut trouver une cause d'excitation ou d'épuisement.
La génération est aussi indépendante jusqu'à un certain point de la nutrition, car on fa voit très active chez des êtres languissants, dont la nutrition est naturellement insuffisante, qui sont maigres, chétifS; n'ayant, comme on le dit, que le souffle^ et dont toute l'alimentation semble être employée à subvenir aux déperditions génitales. Une femme fortement constituée, ayant une vie végétative d'apparence admirable, n'est pas toujours plus réglée ni mieux réglée qu'une autre, ni plus féconde, ni donnant de plus beaux enfants; et l'on voit de petites femmes chétives, d'une nutrition difficile, très abondamment réglées, très fécondes et donnant le jour à des enfants magnifiques. Toutefois il fuut aussi remarquer que l'homme qui se nourrit mal, et qui a des déperditions séminales fréquentes, finit par s'épuiser, languir et dépérir, perdant tout à la fois et ses fonctions nutritives et ses fonctions génératrices. De même la femme qui perd considérablement à chaque époque mei)3truelle, et qui donne le jour à plusieurs enfants successivement et presque sans interruption, finit par s'élioler, si une nutrition succulente et vigoureuse ne vient réparer ses pertes. De môme encore la femme dont la nutrition languit ordinairement ne peut métier à bien une grossesse, et fait des fausses couches répétées. Ainsi, la génération est jusqu'à un certain point indépendante de la nutrition, mais elle trouve en elle sa force et sa puissance.
Nous allons voir dans le détail les influences diverses que nous venons d'esquisser; il nous suffit en ce moment d'avoir montré l'ensemble des relations et de l'indépendance.
Cette indépendance doit être encore examinée sur un point où on
DBS RBLàTIOMS DiNS l'oRORB ViciTATIf. 557
la croit souveot plus qu'elle n'est, pomt dans lequel ou ne peut dire que la génération influence la nutrition, ni que la nutrition influence la génération, mais où elles semblent concourir toutes deux dans Tunité. Je veux parler de la conception ou fécondation.
On a pensé que dans l^ moment de la conception, il y avait simplement action locale du sperme sur l'ovule: le fait est-il vrai? Nous examinerons dans un autre chapitre le concours que les facultés animales apportent aux facultés végétatives, et par ceja même à la génération. Ici nous nous demandons simplement si la nutrition concourt à la génération, ou pour mieux dire, si la nutrition de la^ femme est, en même temps que son ovule, fécondée par la semence du fécondateur. La question est tellement importante à plusieurs points de vue, que nous devons nous y arrêter, quitte à entrer dans quelques détails qui seraient peut-être mieux placés dans un autre chapitre.
Dès longtemps on a été frappé de l'influence exercée sur les produits de la génération par un accouplement antérieur ; de sorte que l'en&nt ressemble quelquefois plus à l'homme qui a connu sa mère autrefois qu'à son père. Citons d'abord les faits, nous vien* drons ensuite k l'explication. Nous nous servirons de l'ouvrage da P. Lucas {Traité physiologique et philosophique de l'hérédtié^ t; II, p. 53 à 65).
« On a d'abord été si anciennement frappé, dit notre auteur, de » la ressemblance de l'enfant à son père putatif, dans des circon* » stances où cette paternité semblait avoir perdu le droit d*être » invoquée, qu'il courait sur ce point un adage vulgaire : Filium » ex adultéra excusare matrem a culpa : l'enfant adultérin est un voile )) vivant jeté suri* adultère. Ce qu'il faut, dit Fienus, entendre dans ce » sens que la plupart des enfants nés de l'adultère ont plus de res- » semblance avec le père légal qu'avec le père réel (Fienus, De viri- » bus imaginationis, qusest. 13, p. 233). Novi mulierem^ lit-on » d.ans Vanini, quœ extra legitimum thorum se alteri prostituit^ et » infantulum enixa est non adulteri cujus furtivo usa erat concubitu^ » sed absentis mariti prorsUs similem (Dialog. I, III, p. 236). Ulysse » Aldovrande rapporte un fait semblable : Mulierquœdam, cum extra » legitimum thorum se alteri viro prostituisset^ metuens improvisum » mariti adventum, enixa est fœtum non adulteri cujus furtivo usa » erat Connubio, sed absentis mariti prorsùs similem (Monstr. hist,^ » 16&2, p. 385). Les auteurs sont remplis de ces cas analogues. » {LucuSyL 11, p. 60-61.)
Il est quelques-uns de ces cas, peut-être un grand nombre, dont
558 bis BBLATIONS DÂNé l/HOniMB.
on ne peut rien conclure, p^fce que le tnari légitime vivant en mênie temps que l*aniant adultère, on ne peut â'assurer quel est lé père véritable, a Mais il n'en est pas ainsi des faits analogues qui » viennent à se t)roduire dans les conditions que hous avons précc- » sées, c'est-à-dire lorsque après la dissolution du mariage strrivée » par la mort du premier mari, la veuve devenue la femme d'iin » nouvel époux, met au monde des enfants dont Te type rappelle le » physique ou le moral du premier mari, au lieu de rappeler celai » du véritable père (Osiander et Burdach). » (P. Lucîts,t. IF, p. 62.)
Des faits analogues, assez nombreul^ ont été observés dans diverses espèces animales ; en voici quelqdes-uDs cités par M. P. Lucas; on les croira plutôt en cette matière que ceux appartenant à "notre espèce.
« Le métissage où ce phénomène $*est le plus anciennement pto- » duit, est celui de Tâne et de la jument. Van Hélmont et Haller w Sfffirftient TUn et l'autre que dans Taccouplement de ces dé^tix » espèces, Tactioti séminale qu'exerce la première ne s'arrête pas au » mulet qui en est le produit ; mais que si la même jument, fécon- » déë paf un ftne, vient à l'être plus tard par un étalon, le poulain » qu'elle met bas représente une partie des caractères de ï'àne. >» (Haller, Physiolog,, t. VIII, p. 101.)
a Home rapporte qu'un âne moucheté d'Afrique, autrement » couâggay fut en 1815 accouplé une seule fois avec une jument d'ori- » gine anglaise : de cet accouplement naquit un mulet marqué de » taches comme son père. Dans le œurs des années 1817, 1818 » et 1823, cette même jument fut fécondée par trois étalons arabes, » et quoiqu'elle n'ait jamais depuis 1815 revu le coungga, elle n'en » donna pas moins chaque fois un poulain brun tacheté comme lui, » et dont les taches même étaient plus fnarquées que celles <lu pre- » mier mulet. Les trois poulains offraient avec le couagga d'autres i> signes tout aussi frappants de ressemblance : un crinière noire^ » une raie longitudinale foncée sur le dos, et des bandes tfansver- » Sales sur le haut des jambes de devant, et sur les jambes de » derrière. «(E.Home, Lectures of comparative anatomy, t. III, p. 30.)
Les Arabes connaissent si bien ces faits et la doctrine générale qu'ils représentent, que pour eux une jument saillie par un ktte est entachée d'un vice indélébile ; ils la considèrent comme ne pouvant plus donner des produits purs de race. (Voy. Daumas, Iâs chevaux du désert,]
« Le croisement du cochon et du sanglier, dit H. Lucas, a oflbrt » dans Ùti cas des résultats semblables. Une truie fécondée par tio
DBS BBLiTiQlfà iUkS L*()EdU VÉGÉTATIF. ^&S
» sanglier avait, d'après Èleckel, mis bas plusieurs métis, dont » quelques-uns portaient ta pelage brun du père. Le sanglier mou- D rut : Iongtëint>s après sa mort, la même triiie s*accoupIa diffé- » rentes fois avec des verrats domestiques, et à chaque pof tôe, cti » eut la surprise de voir reparaître sur une partie dès petits des » lambeaux de la robe foncée du sanglier. » (Mëckel, Deutschefi Archiv., t. VIII, p. Û78.)
(( Le métissage de diverses races de chiens reproduit le mêtîie » fait. Nous avons déjà dit que des chiennes d'une autre race Qiië » leur père bu leur mère, accouplées à des chiens semblables à elleâ- » mêmes, mettaient quelquefois bas, dans une même portée, des » petits de leur race et deè petits de celles de leurs grands patents. » La fécondation antérieure, d'après Stark, donne lieu chet les » chiens à des retours analogues : oh a vu des chiennes saillies par » des chiens d'une race étrangère, toutes les fois qu'ensuite il leur » arrivait d'être saillies par d'autres chiens, mettre bas à chaque » portée, parmi les petits de la race du dernier père qui les avait » fécondées, un petit appartenante la race du premier qui les avait » couvertes. » (Siark, Beîtràge zur physhchen Anthropologie, p. Î289.)
Que dans ces faits il y ait aussi un concours des facultés animales au moment de la génération, nous sommes loin de le contester; nous aurons à le rappeler plus loin. Mais n'ya-t-ilpas là aussi un témoignage que l'ovule seul n'est pas fécondé, que tout l'être végétatif l'est également. M, Lucas dit très bien : «t Est-ce à » dire que jamais à nos yeux il n'existe d'action purement morale ou » psychologique de la mère sur le germe, et que nous prétendions » rejeter comme erronée toute théorie qui tende à fonder, en raison » et en expérience, cet ordre de phénomènes ? Rien n'est plus éloigné » du fond de nôtre idée. Ce serait ruiner nous -même le fondement » des faits que nous venons d'établir. Dans notre manière de voir, » les phénomènes A' imagination de la mère sur le fœtus, et ceux )i que nous nommons d*hérédité en retour et A* hérédité d'influence, » se touchent. Mais la vieille théorie du premier ordre de faits «embrasse confusément, sous un terme générique, plusieurs » espèces de causes très dtstmctes entre elles, quoique toutes au » fond régies par un même principe, et l'intérêt de la science et dé n là question est de procéder à leur classification par la voie d'aîia- * lyse, et de les rattacher chacune à la nature propre de l'impulsion % qui les détermine. » {Loc. cit., t. II, p. 65.)
Nous sommes tout à fait de l'avis de Burdacfa : « Si Von Vedt toiit » concevoir matériellement, on ne rencontre partout qmé mystères
560 DBS BBUTIORS DAIfS L^flOMIUL
» qui rendent toute connaissance impossible^ on ne voit partout que » miracles qui empêchent de trouver Ja nature nulle part. » Cependant il ne faut pas, sous prétexte de spiritualisme, tout loger dans les nuages.
Nous sommes donc tout à fait convaincu du rôle des facultés animales dans la génération, et plus loin, en Iç précisant, nous aurons quelques remarques curieuses à présenter. Hais, d'un autre côté, nous ne pouvons pas nier le rôle séminal purement végétatif; et nous sommes convaincu que Thérédité bien étudiée dans le règne végétal présenterait des cas semblables à ceux que nous venons de voir dans le règne animal.
Pour nous, comme pour notre maître J. P. Tessier, le sperme de rbomme ne féconde pas seulement Tovule seul de la femme ; il féconde la femme eile-méme, et porte son action sur toute la disposition formatrice. C'est ainsi que Tépouse tient de son mari beaucoup de dispositions qu*elle ne possédait pas avant le mariage, que son tempérament change, que des habitudes nutritives nouvelles se montrent, que paraissent des dispositions morbides qu'elle ne tenait pas de sa famille et qui appartenaient à son mari.
11 est vrai que dans ces vingt dernières années, on a nié la communication des maladies par simple cohabitation sexuelle. M. Ricord a précisé qu'un homme ne peut communiquer la syphilis à sa femme par simple fécondation séminale ; que la contagion n'est possible que par un accident vénérien, un chancre induré ou des plaques muqueuses; qu'un enfant tenant de son père une syphilis héréditaire ne contamine pas sa mère. La doctrine paraît solidement établie.
IMlais nous ne prétendons pas que la matière séminale agisse sur la femme comme sur son ovule; elle peut agir sans que l'action soit identique. Nous disons seulement qu'elle peut donner ces dispositions générales de la constitution végétative naturelle du père. Et si cela est , c'est que l'ovule seul n'est pas touché par cette action séminale; c'est que tout le végétatif de la femme en est impressionné.
IL Infliienee de la tt«itritl«a ««r la céaévattoa. — La nutrition
est, comme nous l'avons dit, le point de départ de la généralioii, parce qu'elle lui fournit les matériaux nécessaires de l'acte. En général, tous les phénomènes de la génération sont d'autant plus actifs ou plus faibles, que la nutrition est plus active ou plus faible; et ceux-là seuls supportent les excès vénériens qui ont une activité formatrice plus solide.
DBS RELATIONS DANS L'ORDnS VÉGÉTATIF. 561
Cependant il faut remarquer que cliez jilusieurs individus, Taclivité végétative oscille davantage vers l'un des deux actes formateurs, nutritif ou générateur; de sorte que chez les uns une nutrition substanlielle s'accorde avec une activité génératrice faible, ou bien une activité génératrice désordonnée accompagne une activité nutritive débile. Ce sont là des effets de la disposition générale à Tacte. Je crois môme que ceux qui sont obèses, sont en général moins générateurs, quoique souvent portés à la lubricité; et vice versa. Mais les exceptions sont nombreuses. C'est une question de savoir si une femme disposée à l'obésité est plus féconde, et une femme maigre plus stérile : cela est probable, mais le contraire se voit. Une femme dont la nutrition est bonne est meilleure nourrice et donne plus de lait que celle dont la nutrition est faible ou languissante.
La digestion étant en rapport avec la nutrition des parties, est par cela même dans des rapports semblables avec la génération. C'est un adage vulgaire que la bonne chère, la viande et le vin portent à la volupté, et Ton connaît le proverbe : Sine Baccho^ friget Venus. Les gourmands, et parmi eux les goutteux, ont mauvaise réputation. Toutefois, il faut restreindre l'interprétation. Beaucoup de gourmands, de gourmets, de goutteux font tourner leur penchant à leur profit personnel ; s'ils ont de la tendance à l'obésité, ils sont souvent plus lubriques d'imagination que voluptueux en acte. Ceux-là surtout sont adonnés à la volupté qui, mangeant et buvant bien, restent maigres, faisant tourner dans les déperditions génitales ce qu'ils digèrent. Les aliments azotés, le vin et les sels de potasse portent surtout au plaisir sexuel ; les aliments carbonés et les sels de soude et de chaux rendent plutôt les femmes fécondes et meilleures nourrices.
La respiration, la circulation et la calorification sont tout aussi bien liées à la génération. En général, une respiration puissante, une circulation artérielle, une calorification active excitent les fonctions génitales ; et le mot en parlant de la volupté, qu'une personne est chaude, n'est pas seulement allégorique, mais réel. La femme dont le pouls est large et fort^ est plus féconde que celle dont le pouls est petit et faible ; mais celle-ci est souvent meilleure nourrice que l'autre, sauf les exceptions, bien entendu. Chez les phthisiques, dont la respiration est dérangée , il y a en général beaucoup de tendance à la volupté : on peut se demander si chez eux la grande déperdition de carbone qu'annonce leur maigri ;ur n'en est pas la cause.
FBÉDAULT. 36
562 DBS RBLATIONS DANS L'HOUHK.
Les excrétions ont aussi une certaine inPuenoe. La dispobition aux transpirations profuses et aux selles liquides, excite moins à Taction génitale que son contraire. La diarrhéechronique et surtout la dysenterie affaiblissent considérablement la puissance séminale.
Les voluptueux ont en général plus de disposition à Texcrétion urinaire.
IIL Ittflaences de la géBératloM ftw la nvtvitkm. — Le déve«
loppement des fonctions génitales est un puissant excitant des fonctions nutritives qui restent toujours roolles, alanguies chez les eu* nuques. Mais Tacte générateur est toujours un épuisement pour la nutrition, et chez beaucoup de jeunes gens, la formation du corps n'acquiert toute sa puissance qu'après des relations sexuelles mo* dérées. Une fois que les fonctions sont développées, et que ractivité formatrice a pris son cours du côté de la nutrition , l'homme continent conserve toujours plus de vigueur que le voluptueux.
La menstruation chez la femme est un puissant diverticulum de la respiration, MM. Andral et Gavarret ont démontré que, tandis que chez l'homme, l'exhalation d'acide carbonique croit avec l'Age jusqu'à la maturité pour décroître ensuite, chez la femme, l'accroissement ne se fait que jusqu'au moment de la puberté : pendant tout le temps qu'elle est réglée, elle n'exhale pas plus d'acide carbonique que vers vingt-deux ans; c'est le sang perdu pendant les règles qui compense ce défaut d'exhalation.
La gestation et la lactation sont de puissants excitants de la nutrition, et plus d'une femme, dont la vie végétative était languissante, a pris de l'embonpoint et une belle activité nutritive à la suite d'une grossesse et de la lactation.
Les sécrétions, et plus particulièrement la transpiration, acquièrent une odeur particulière sous l'influence de l'excitation génitale, et nous avons déjà dit que l'émission séminale les amoindrit. Qu'on nous permette, pour mieux faire comprendre des relations que nous ne faisons qu'indiquer, de transcrire quelques-uns des aphorismes de Sanctorius, dont les travaux sont aujourd'hui ti'op oubliés.
« Nimia abstinentia a coitu, et nimius usus, impediunt perspira- » tionem, sed nimius usus magîs.
» Post coitum immoderatum , quarta pars solitœ perapirationis » in pluribus prohiber! solet.
» Mata a nimio coitu orta médiate a prohibita perspiratione, im- » médiate a laesis concoctricibus dépendent.
DES KBLATTONS DANS l'ORDRB YÉ6BTATIF. 563
» Cognoscltur coitam profectsse, si sequenti somno nulla aentitur » lassitudo, nec ulla corporis mutatio facta sit in gravitate, vel levî-^ » tate;
» Diuturuae venerorum cogitationes modo gravius, et modo leviua » effleitint corpus ; gravius si pleno , leyius si vacuo fiant sto- » macho.
» Propensi ad coitum si tempèrent libidinem, illico saccedit cor- » poris agilîtas, quia taies melios perspirant.
» Immoderatus coitus facit perspîrare cruda , quœ deinde rarius » frigidœ efficiunt.
» Prœsens vulnus immoderati coitus est stoma^fai refrigeratio : » futurum, prohibita perspiratio, unde facile flunt palpitationes in » superficiliis et artubus, et deinde in membris obtinentibus prin- » cipatum.
» Coitus in sestate magis nocet : non quia corpus magis perspirat, )) sed quia coctio, cum fit minora, deperditum difficilius refarcitur.
» In actu venereo multum crudt perspiratur, et si diu duret, » cruda transferuntur a centro ad corporis arobitum, fiant obstruc- B tiones, et inde alvus supprimitur.
n Coitus immoderati detrimentum prœcipue manifestatur post » somnum sequentem; tune enim ex staticis experimentis cogno- » scitur, perspirationem esse impeditum et cibum , ess^ maU )» digestum, nec non stomachura valde laesum.
» Coitus laederesoletprimamcoctionem, primo diminuendo per* » spirationispromptitudinem, deinde in crudam qualitatem couver- » tendocibum.
» Coitus immoderatus post stomachum laedit magis oculos.
» Coitus immoderatus lœdit visionem
» A ooitu immoderaLo diminuitur calor naturalis; a diminuto )> calore diminuta perspiratio; a diminuta perspiratione, fiatus et » palpitationes.
» Coitus cale&cit jecur et renés, quia excitatus calor minus ex-
• halat ; réfrigérât vero stomachum, cerebrum et cor, quia per » meatus patentiores excitatus omnino, et proprius aliqua ex parte » propterearesolvitur.
» Hinc coitus immoderatus in hepate bilem, in renibus nephre- » ticum afi'ecturo, in stomacho crudum, in cerebro catarrhum, et
• in corde palpitât ionem et syncopen générât.
9 Edulia post nimium coitum si flatus gignant. ut ostreacea et V mustum, perniciosa ; impediunt enim ne ad oonsuetum pondus » corpora reducantur.
56ft DIS RELATIONS DAMS l'HOMMB.
V Senes ex usu moderatî coilus fiunt pouderosiores el frigidiorcs; » juvenes vero leviores et calidiores.
A Cibus copiosior solito, post immoderatum coiluni, interimet, » nisi succederet aiiqua ciborum corruptela.
» Dum estcoeundum, parum vel nibil coroedendum ; dumestcop inedendum, parum vel nibil coeundum.
» Si post coitus excessum nulla persentitur tassitudo, rualom ici » perinde ac phrenetîcis fit ab incisis spiritibus, qui exsiccando, brevi n sps^o, roborant nervos et tendines, sed paulo post imminuitur » spirituumgeneralio, et vires de repente cadunt. ' » Post iDoturo, coitus insalubris ; post cibum nox ita ; post som- • num saluberrimus (!}.