‹ Physiologie généraleChapitre 60 sur 107 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DBS RBLATIONS BNTRE LES TROIS ORDRES.

Nous avons vu au chapitre l""' quelles sont les lois générales de ce» relations ; comment les trqis ordres se hiérarchisent oonceQ-

triquement, le supérieur se réalisant par l'inférieur, et l'inférieur excitant le supérieur. Nous ne voulons (>as y revenir. Ce qui doit nous inquiéter dans ce chapitre, ce sont les relations elles-mêmes. Il nous suffit de rappeler que l'ordre végétatif n'est pas en rapports directs avec l'ordre intellectuel, et qu'ainsi les relations que nous devons examiner sont de deux classes seulement : entrée le végétatif et l'animalité; entre Vanimalité et l'intelligence. Mais en dernier lieu, nous devons examiner les relations des trois puissances avec l'être lui-même.

S !• — !»•• rekiUoiitf entre r ordre Tégétetlf et l'ordre anlaMil*

Le mieux pour l'étude de^ces relations est, pensons-nous, d'examiner à propos de chacun de ces deux ordres et suooessivement, quelle est son indépendance vis-à-vis de l'autre, quel concours il peut lui prêter, quelle influence il peut exercer sur lui.

I. De Tordre ▼égétatif A l'égard de Tordre OBioiol. — Nous examinerons d'abord son indépendance, puis nous rechercherons son action locale sur les organes de l'ordre animal, et son action centrale sur le foyer eflectif.

1** Indépendance et ses /imïto.— L'acte formateur que nous avons vu se résumer dans un acte cellulaire peut s'accomplir en dehors de toute influence de l'ordre animal, comme nous le voyons se produire dans les végétaux. 11 absorbe la matière mise à sa portée, la transmute, puis la rejette , et ses actions peuvent s'accomplir en dehors de toute sensibilité et de contractillté. Aussi voit-orv sur le cadavre que la vie vient d'abandonner, ta formation de l'épideniie, des poils, des ongles, continuer pendant quelques heures après la mort. La vie ne discontinue pas dans une personne privée de sentiment et de mouvement. On l'a vue même persévérer insensible pendant plusieurs heures et jusqu'à plusieurs jours, chez des personnes sur lesquelles on ne surprenait aucun mouvement delà circulation et de la respiration. Enfin, nous avons cité des faits observés rigoureusement, d'animaux enfermés dans le sein profond de masses brutes, de pierres et de cailloux, sans sentiment, sans moovement, ou (x^urrait dire sans vie, et en sortir encore vivants après dos siècles : îles actes insensibles' de vie végétative avaient seuls pu entretenir IVxistence, Kn ivalilé, l'acte v**^étaiif a son indépendanœ Irè^ itcttiN ^a m«ivlie pnif^re en delK>rsdes actes de ranimalilà

DBS RELATIONS BNTRB LES TROIS ORDRES. 585

Nous verrons Timportance extrême de ce principe au chapitre suivant.

Cependant le végétal absorbe là où il est planté, parce qu'il trouve dans le sol qui le touche, à sa disposition, des matières uliinentaires qu'il peut absorber directement. Au contraire, le végétatif lié à Tordre animal, mouvant comme lui, se transportant avec lui d'un point à un autre, n'étant aucunement en communication directe avec des matières alimentaires, a besoin que ces matières lui soient fournies, et c'est Tordre animal qui doit les lui procurer. Le végétal peut rejeter là où il est, aussitôt qu'il est besoin. Au contraire, le végétatif lié à Tordre aiiiinal lui est soumis dans ses nécessités, jusqu'à une certaine limite, obligé de retenir ce qu'il aurait besoin de rejeter ; et dès lors il est utile que Tordre animal Taide dans Texcrétion pour l'activer, et compenser par l'activité de l'acte au temps différé. Dans le végétal, le mouvement du suc nutritif se fait par un simple mouvement moléculaire , parce que l'acte formateur est très lent. Mais dans le végétatif lié à Tordre anhnal, toutes les actions animales usent le végétatif, et nécessitent une action formatrice d'autant plus active qu'ils sont eux-mêmes plus actifs ; il est donc nécessaire que Tordre animal subvienne au mouvement du sang ou suc nutritif, en raison même de Tactivité dont il a besoin. De même la respiration du végétal se fait lentement, insensiblement, sans mouvement ; mais dans Tordre végétatif lié à Tordre animal, elle est activée par les dépenses de l'animalité, et il est dès lors nécessaire que l'animalité subvienne à cette activité qu'elle exige. Enfin, chez le végétal, où les deux sexes sont sur le même individu , où la semence mftle tombe naturellement sur l'ovaire femelle, et chez lequel encore, quand les sexes sont séparés, le vent se charge de l'union sexuelle, il n'y a pas besoin de mouvements. Mais dans le cas où le végétatif est lié à l'animalité, les deux sexes doivent être rapprochés, et ces deux sexes mobfles par le sentiment et le mouvement doivent être rapprochés par le sentiment et le mouvement : de là nécessité que Tordre animal subvienne à Tordre végétatif, eqoore bien que dans Tiniimité de l'acte générateur il y ait simplement formation végétative.

Ainsi, Tordre végétatif est indépendant dans Tintimité de ses actes ; son action intrinsèque est indépendante de Tordre animal. Mais cette action s'accomplit dans des conditions où il est nécessaire que Tordre animal lui subvienne. Indépendant en lui-même, il est dépendant dans ses conditions d'existence.

?* Action locale ^ur V animalité. — C'est Tinfluence la plus nette.

5S0 Olfi RKLATlOirS DAII6 L'HOMMS.

la plus simple, la plus saisissable qu» le végéialif exeree; par elle, le végétatif se prèle aux actions animales.

L'animalité étant localisée dansdes organes, — cH il était inévitable que cela fût, puisque l'objet de ses actes est matériel, — eal par cela méaie à la merci du végétatif chargé de former, de coostituer et d'entretenir toute la disposition <iu corps. C'est le végétatif qui donne à l'animalité ses moyens d'action, les entretient, lea répare. Si la nutrition languit ou s'altère dans un organe destiné à la «eiifiibilité ou aui mouventent^, ou aux impulsions, immédiateineut la sensibilité, les mouvemenla et l'impulsion animale languissaot ou deviennent impossibles. Si le végétatif ne forme pas la semenot du mâle et Fovule de la femelle, ou s'il ne les forme pas dans de bonnes conditions, Tordre animal aura beau réunir les sexes, la généraiîao n'aura jamais lieu.

En un mot, tous las ^ctes de l'organisme dépendent de l'acte formateur qui est comme l'acte fondamental de l'existmice ; et aaos lui l'animal i té n'est pas (>ossible. Nous verrons plus loin comment. malgré cela, l'ordre animal conserve une certaine indépeiuteni^e.

Il y aurait maintenant ici une remarquable question à agiter^ mais on ne peut encore, dans l'état actuel de la science, que la pcaer comme un problème. L'acte nutritif varie bien cerUinement dans ses qualités, dans ses modes : chez l'un, elle amène ou rejMle plus d'oxygène, ou plus de carbone, ou plus de soufre, ou plus de phosphore, ou plus de sels solubl&s, ou plus de sels lerreux. De là iné* yitablement des variétés dans la nutrition, selon lea parties où on l'observe et selon les individus : chex l'un plus de sang artériel, ebes l'autre plus de Sitng veineux, chez un troisième plus de lympbe ; ou bien plus de développement des muscles, des os, du tissu fibreux, du tissu cellulaire, des nerfs sensibles, du tissu adipeux, eto. Or, ces variations dépendent-elles du végétatif méme« ou ne sont-elles qqe des conséquences de ce qui se passe dans l'activité animale? Voilà le problème.

On est d'abord porté, à croire que le végétatif a de lui-même la possibilité de varier, et qu'ainsi, c'est de lui-même qu'il développe davantage ; ici les os, ailleurs la lympbe ou le tissu musc^lair^, ou une partie quelconque de l'économie. Touteibis il faut observer que, d'après ce que nous établissions tout à l'iieure, l'acte végétatif n'e^t indépendant qu'en lui-même, et que, du reste, il est dépendant des conditions d'existence où il se trouve. De sorte qu'il semble juste d'admettre que ses variations dépendent surtout de ses conditions d'existence. Ainsi, le végétal dont les coiidiiions d'exigence dé-

DES UBLATI0N6 hNTtlB LBS TROIS OftDRKS. 597

pendent dil terrain, du sol, des eaux, de l*air, de la culture, ne varie que selon ses conditions. Le végétatif, lié à l'ordre animal, trouve toutes ces conditions dans Tordre animal auquel \\ est attaché : c'est l'animal qui le transporte dans un lieu plutôt que dans un autr^ qui lui fournit une alimentation plutôt qu'une autre ; et il faut remarquer que dans l'alimentation fournie , l'animalité donne ses goûts, ses désirs, ses affeetious* ses caprices. De sorte que l'anima^ lité a une extrême influence sur l'acte formateur dans ces variétés, en gouvernant ses conditions d'existence ; tout étant lié lui-même, d'ailleurs, par les nécessités d'existence où il peut se trouver;

Cependant, bien qu'il^ faille tenir un ^rand compte de cette grande influence de l'animalité sur le végétatif, on ne doit pas perdre de vue que celui-ci a son indé[)end8nce dans ses actes intimes, el par cela même dans ses propres dispositions et tendances. Souyent l'alimentation que la sensualité animale lui apporte est par elle i^ jet«^e ou inacceptée. Elle a ses propres dispositions à l'acte, et ses causes prémotrices particulières ; de sorte qu'elle peut s'exagérer dans son activité sur un point, alors que l'animalité n'en a pas be* soin : et quelquefois elle s'amoindrit sur un autre où elle fait tàute à Tactivité animale. 11 est vrai que ee sont là des anomalies, des désor^^ drcs, puis enfin des désordres possibles qui attestent rindépendauce. D'une manière générale, Tordra animal gouverne le végétatif, mais l'activité He celui-ci peut marcher indépendante. Et c*est ainsi qu'oa observe quelquefois un développement organique sans équilibre avec Ttctivité animale qui s'y déploie; ou bien que quelques autre» orga* nés sont impuissants à rendre Tacte que l'animalité veut y exercer.

d« Action iur le foyer affectif. — Nous venons de voir le végétatif subvenant à la constitution de tout l'organisme, et par cela même donnant (i l'animalité la possibilité d'exister et d'agir. Il faut le volt maintenant suscitant l'activité animale.

L'ordre végétatif a besoin pour subsister de l'ordre animal* comme nous l'avons vu, et il lui demande pour cela faire, deux sortes d'actes i le moovement orgapique et le mouvement extérieur.

V Les ipouvements organiques qui subviennent principi^leroent à ta circulation, à la respiration, aux mouvements des liquides, dépendent d'une excitation purement locale. Ils n'offrent rien d'innr portant à remarquer, si ce n'est qu'ils dépendent dans leur énergie du liquide, on mieux de l'objet de l'acte. Plus cet objet qu'ils por** tent les excite, plus ils sont énergiques ; sut ce point Biclmt a tout dit, ou à peu près. Toutefois nous devons rappeler que les mouvements rbytlunic]ues, ceux du cœur et de la respiration, iMéme des

588 DES ABLATIONS DANS L'HOMMB.

elles vibratiles s'opèrent sans excitant objectif, et trouvent dans leur propre nature leur principale impulsion. C'est ainsi que le cœur continue de battre, alors qu'il est arraché de la poitrine, et que le sang, objet de ses mouvements, ne peut plus l'exciter.

2° Les mouvements extérieurs que suscite le végétatif, ceux qui dépendent de la volonté animale, et par cela même de ses affections ou de Tautomatisme réflexe^ sont bien autrement impor* tants.

Nous avons déjà montré dans. le chapitre deuxième comment tous les organes sont en relation par le sang, chacun prenant à ce liquide plus ou moins, et lui rendant des matériaux d'excrétion cellulaire qui en fiait varier constamment la composition. Or, le sang arrivant aux parties diverses du système animal, et surtout dans les centres nerveux qui sont le loyer des impulsions, y apporte de tous les points de l'organisme des matériaux divers qui en modifient l'action, y agissent comme pourraient agir les éléments matériels venus de l'extérieur. C'est ainsi qu'un sang plus nourri y détermine des impulsions plus énergiques; qu'un sang épuisé par des pertes y détermine des sensations de faim et de lassitude. Suivant sa composition et les éléments qui s'y trouvent* il suscite des appétits divers, et même des envies de plaisir, de volupté.

Gomme nous l'avons vu, les impulsions animales sont intimement liées aux sens internes oi aux sensations, leur foyer est commun, leurs actions s'enchaînent rigoureusement et nécessairement. Il semble donc que l'excitation des centres nerveux y donne lieu tout à la fois à des fantômes ou figures dans l'imagination, avec estima» tion, puis sensation interne et impulsion. Le besoin de la nourri*ture suscite des images de cette nourriture ; c'est le délire de l'inanition. Le besoin sexuel y excite des images voluptueuses; c'est la tentation Imaginative des continents. Les sensations tra» duisent ces besoins. Les actes d'impulsion yrépoudent. G'estdans ce sens et en développant ces inOuences que les matérialistes ont prétendu faire dériver toutes les impulsions morales de l'état physique du corps; mais il est évident que ce qu'ils ont dit ne s'applique qu'à l'influence du v^étatit sur l'animalité, et encore faut-il y apporter les correctifs que nous dirons.

Ce sont là en effet des phénomènes d'excitation purement physique, que l'être animal subit comme des conditions forcées deson existence. L'homme, par son intelligence, peut y résister, mais sans les pouvoir empêcher, et sa partie animale subit forcément les excitations de son végétatif. L'animal y est soumis et doit céder aux

Page 1