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mier lieu nous rechercherons quelle est son indépendance; en second lieu, quelle excitation il détermine ; en troisième lieu, comment il se prête à l'intelligence.
!• Indépendance. — L'ordre animal parait, à l'égard derintelleotuel, encore plus indépendant que le végétatif Test à son égard ; et il semblerait au premier abord que l'intelligence chez l'homme est un superflu, ou tout au moins un simple accessoire de luxe et de prééminence. On croit qu'il existe des hommes dénués de toute intelligence, comme les idiots, et l'on voit que les animaux peuvent exister sans cet apanage. Mais d'une autre part, on voit des végétaux vivre sans animalité, et cependant cette animalité est nécessaire au végétatif animal, comme l'intelligence est nécessaire à l'animalité humaine ; la vérité est qu'il n'y a pas plus d'hommes privés abso-
(1) Traité des dégénérescences physiques, intellecluelUs ei morales de l*€!^e humaine, Paris, 1857.
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lument d'intelligenoe qu'il n'y a d'animaux privée d'animalilé. Ghex l^s idiots, ies moins favorisés de l'espèce humaine, il y a encore des traces de l'intelligence : on trouve des rudiments de l'amour du bien et du beau, des éléments d'industrie et d'art, preuves irréfragables du principe qui vit en eux.
C'est qu'eu effet, de môme que le végétatif des animaux a besoin de leur animalité, de mémo l'animalité humaine a besoin de son intelligence. Et cela, parce que, de mâme que le végétatif est plus parfait chez l'animal que dans le végétal, de môme l'animalité esl plus parfaite chez l'homme que chez l'animal. Noos avons des seni plus parfaits et des mouvements plus précis, qui appellent une întal<* ligence à les conduire. Nous avons des affections sensibles plus riches, plus multiplias, qui ont besoin d'une intelligence pour se développer ; une sensualité plus recherchée et plus active, qui, sans le^cours de l'intelligence, ferait courir à notre existence de graves dfmgers. Chez les animaux, l'animalité trouve en elle-môaiQ son appoint, son correctif, son complément : elle ne seni que pour se mouvoir, ne désire que ce qu'elle peut avoir, ne jouil que d'ellemême, ne se meut que pour ce qu'elle sent. Chez l'homme, la sensibilité sept plus que pour se mouvoir, les mouvemeuta font des choses qui échappent à la sensibilité, la sensualité n'a pas de jouissance parfaite sans l'intelligenoe; et sans notre intelligence, nous serions pour subvenir aux besoins animaux, aunlessous de la bes^ tialité^ parce que notre sensibilité est trop délicate, que nos mouvements ne sont forts que p»r notre intelligence» que nptra mensualité est imprudente sans la raison.
Oui, et cela n'a pas besoin de démonstration, il est vrai que la sensibilité, la motilité et l'affection sensible peuvent se développer sans Tintelligence ; leur acte intime est en dehors de rinteUectuel. Mais leur ordonnancement dans les conditions de leur existence el leur développement parfait dépendent de l'intellect. Ils excitent Tin* telligence à agir pour eux, et l'intelligepce résout ses actes par leur intermédiaire, suivant la loi des hiérarchies : ce sont les deux sortes de relations qu'il nous faut examiner.
2° Action d'excUement sur rintelligenœ.-^VexciUiiyon peut porter sur la connaissance, sur l'œuvre pratique ou sur l'alTection.
1^ Les sens en apportant des images dans le phantasma, en pré* sentent de semblables et de différentes; et de là des catégories qu'ils donnent lieu à l'Intelligence d'abstraire. Puis, les mômes apparences extérieures donnent lieu à des effets différents : de là une insinua^
tion à pénétrer la pâture ou raison d*Otre de choses semblables ^
DKS aiLATlOMS INTBB LES TROIS OftDRBS. 9M
apparence, différentes en réalité ; premier cheinin pour saisir la raison d'être des choses dissemblables en tout. Cette connaissance entraine avec elle Tinsinuation de lu cause et de i'effei» de oe qui a eu lieu avec le possible futur.
Une fois la connaissance intellectuelle mise en acte, les affections et les œuvres suivent naturellement.
2"* Les affections du sensible, le plaisir et la douleur, excitent len idées de bien et de mal, d'abord purement personnels; puis lea conditions dans lesquelles on les ressent insinuent les idées de châtiment et de récompense, c'est-à-dire du bien et du mal absolus. Joignons-y les sentiments de pitié ou de brutalité| de douceur ou da violence, et surtout les oppositions qu'ils entrahient d'un individu à un autre : la bonté rencontrant cfae^ autrui la méchanceté, la pitié s*opposant à la brutalité, la douceur rencontrant la violence : l'idée d'équilibre entre le moi et le non-moi prend naissance, et par cela môme l'idée de justice. Le beau sensible qui affecte le sentimeul animal, varie comme chaque individu sentant ; mais ces variations mêmes donnent à Tintelligence l'idée du beau abstrait, qui est au** dessus de toutes les différences individuelles, et l'affection de IHin amàne l'amour de l'autre.
3"* Les actes à accomplir suscitent tout ee que l'individu peut faire pour le succès désiré ; et l'intelligenoe vient prêter son concours à l'animalité, par,ce que l'individu qui possède l'une et l'autre est lui-même touché dans ses besoins, et dans la nécessité de dévdopper toutes ses puissances. L'homme voulant saisir un objet avance une main, et celle-ci étant insuffisante, il avance la seconde au secours de la prenùère ; c'est le même développement d'action. L'insuffisance de l'animalité à atteindre un but suscite l'intelligence à lui porter secours.
3*" L'cdCtion animale 9e prêtant à L'intelligence. — Suivant que l'ordre animal offre des instruments plus ou moins parfaits, rintelli"< gence se perfectionne elle-même plus ou moins. Tous les hommes sor^ tent égaux de la main du Créateur, avec les mêmes puissances ; tous doivent avoir une aptitude intellectuelle égale. Et cependant que de différences entre eux sur ce seul point, par ce seul fait qu'ils reçois* vent de leui*s générateurs un ordre animal plus ou.moins développé ! Les plus intelligents ne doivent souvent leur génie qu'au secours plus parfait que Tordre sensible apporte à leur intellect ; et les idiots ne sont ce qu'ils sont qu'en raison de l'insuffisance de leur ordre sensible à réaliser leurs aptitudes intellectuelles.
Ci'st l'ordre sensible qui apporte les idées sensibles et qui l«s
apporte plus ou moins bien jugées et estimées par les sens. Or, sans ridée sensible pas d'idée intellectuelle, et avec des idées sensibles perverties , des erreurs dans Tintelligence. C'est le sensible qui éveille dans l'intellect les idées de similîtmle, de différence, de cause et d'effet; et qui les éveille avec des images plus ou moins exactes. Si l'intelligence procède d'elle-même et veut concevoir, il faut que le sensible lui prête son secours, car elle ne peut enfanter une idée sans le secours de la forme sensible.
Le mouvement animal se prête à l'œuvre intellectuelle, car cette œuvre ne se réalise que par des mouvements extérieurs, la voîx, l'action des mains, des membres, des mouvements d'expression. L'artiste ne doit pas seulement concevoir une idée; l'industriel n'enfante pas seulement une raison d'œuvre : tous deux doivent réaliser ce qu'ils ont conçu, et c'est à la souplesse de leur ordre animal, se prêtant avec précision à la réalisation de l'idée, qu'ils doivent leur plus ou moins d'habileté. Combien d'hommes dont l'intelligence enfante des conceptions merveilleuses'qui n'arrivent jamais an jour, faute d'une perfection de leur ordre sensible !
Enfin, l'affection sensible elle-même est nécessaire à l'affection intellectuelle. Le bien et le mal, le juste et l'injuste, le beau et le laid, ne sont conçus dans leur perfection la plus idéale, qu'à la condition première d'être perçus par le sensible individuel. Le sensible éprouve d'abord le bien et 4e mal ; il l'éprouve d'tine manière individuelle; il réprouve plusieurs fois dans des occasions différentes, tantôt subjectivement, tantôt objectivement , et c'est là le point de départ du jugement intellectuel. Même l'intelligence ne jouît du beau, du juste et du bien, qu'en faisant ressentir dans le sensible une jouissance pareille. Car il faut toujours se le rappeler, ce n'est pas le sensible qui jouit, ni l'intelligence, mais l'individu même qoi éprouve la jouissance par ses deux puissances, et l'individu sent bien qu'il jouit par l'un de ses deux ordres et qu'il souffre par l'autre; il peut même s'assurer que la jouissance intellectuelle est prétérable à la sensible; il peut se contenter de l'une des deux , et préférer l'une à l'autre ; mais son assouvissement n'est complet, n'est parfait que lorsqu'il éprouve une parfaite harmonie dans son être, et que la jouissance sensible et la jouissance intellectuelle se complètent et se témoignent mutuellement leur perfection.