CHAPITRE IL
MS PIRSONNIS DE LA FAMILLK. — L'HOMMB, U FKMlfB, L'KNTAKr.
Troi? modes individuels sont principaux et dominent tous les autres; ce sont les trois pei'sonnes de la familles : le père, la mère et le fils, ou l'homme, la femme et l'enfent. L'homme et la femme représentent les deux générateurs de l'espace» lea sexes ; l'enfant est le produit qui continue l'espèce.
Ces troi^ personnes qui constituent la f?tmiUe, repi^aea|ent soos
DBS PERSONNES DB LA FAMILLB. -— L'aOMMB, LA FEMME, L'ENFANT. 631
i'exprdssion la plus simple et en métne temps la plus achevée» le type de Tespèoe vivante ; la puissance qui engendre, l'amour qui conçoit, là vie qui est produite pour être la voie de continuité. Des auteurs qui se sont inspirés de TÉcriture sainte, où il est dit que Dieu fit rbomme à son imapie, ont reti*ouvé dans la famille humaine un reflet de la Trinité divine : l'homme père et générateur premier, la femme formée de l'homme {ex una de coùis Adœ\ l'enfant pro* cédant de l'homme et de la femme, du père et de la mère.
Dans certaines espèces végétales, les deux sexes sont réunis sur un même individu, c'est ce qu'on appelle V hermaphrodisme. Il n'en eat pas de môme dans l'espèce humaine, et la question de l'hermaphrodisme appartient tout entière à la physiologie comparée. Il y a eu chez certains individus des anomalies simulant l'hermaphrodisme, o'étaiept des monstruosités dont l'histoire appartient à la ténaologie (voy, le livre VI).
Des trois personnes de la famille humaine, deux seulement préoccupent habituellement Içs physiologistes; l'homme et la femme. De ces deux êtres, on ne considère même que le jsexe. La femme surtout a le privilège d'exciter la curiosité, mais on ne veut guère voir en ellfl que Vutérus. Ou cite ces vieilles expressions : Mulier prapteruterum amdita tit^propteruterum mulier est idquod est; et la femme n'est pour le physiologiste qu'un utérus. Des auteurs se sont justement élevés . contre cette manière de voir, a Si d'un côté, dit » Roussel, les philosophes ont bien observé le moral, d'un autre » les médecins ont bien développé le physique, du moins autant » qu'il est possible. Il eOt été seulement à désirer que ces derniers » se fussent un peu arrêtés sur la constitution générale de la femme, i> et n'eussent point paru la regarder comme un être semblable en » tout à l'homme, excepté dans les fonctions particulières qui carao- » térisent le sexe. Cas fonctions paraissent avoh: absorbé toute leur » attention. » (Système physique et moral de la femme, préface, p. 2.) L*auteur fait quelques efforts pour sortir de ce courant, mais avec trop peu d'énergie. Richerand est dans les mêmes idées, et aussi dans la même faiblesse ; a Quoique, dit-il, ce viscère (l'utérus) réa- Dgisse sur tout le système féminin d'une manière évidente, et » aamble soumettre i son eippire, la somme presque entière des » actions et des affections 4e la femmei nous pensons qu'il n'est pas » à beaucoup près la cause unique des caractères qui la spécifient, » puisque ces caractères sont déjà reconnaissables dès les premiers » temps de la vie^ lorsque le système utérin est loin encore d'être » w activité. » (Phjfsioiagi^, cbap. xn)
Il est utile de sortir de ces idées qui nuisent à la science eh donnant de fausses connaissances, outre qu'elles révoltent la morale. Sans doute ceux qui ne voient dans la Femme qu'un utérus, ont Tarrière-pensée de considérer la femme comme une mère ; et à ce titre ce sexe est sérieusement respectable. Maïs cette arrière-pensée s'échappe en plusieurs pour faire place à d'autres idées iDoins élevées. Virey s'écrie : • Source féconde et sacrée de la vie, la mère • est la créature la plus respectable de la nature; c'est d'elle que » découlent les générations sur la terre; c'est Eve ou l'être vivant » qui nous réchauffe dans son sein, qui nous allaite de ses mamelles, » nous recueille entre ses bras et protège notre enfance dans la » giron de son inépuisable tendresse. Femme ! mère! honneur de la a création! quels hommages étemels ne vous sont pas dus dans » l'univers! » {Art. femme, dû Dictionn. des sciences médicales^ U XIV, p. 50/i.) Ce qui n'empêche pas l'auteur de consacrer tout son article à étudier la femme comme une femelle, et à parcourir l'univers pour examiner chez les femmes de tous peuples, l'organe génital et la lascivité. A ce compte, la femme n'est plus même un utérus! Ne dégradons pas ainsi la sœur compagne de nos jours en notre enfance, la mère qui nous a mis au monde et nous a élevés, l'épouse qui embellit notre foyer, la compagne qui nous charme encore dans nos vieux jours, l'enfant qui, par ses grâces, attendrit notre paternité !
Le véritable sujet, c'est la famille, et ses trois personnalités. Nous voudrions, tout en restant sur le terrain physiologique, le traiter avec la dignité qui lui convient.
Il nous semble que ces trois personnes se complètent Tune l'autre, et qu'on les peut considérer comme les trois compléments d'un même tout, d'une même nature. Dans leur isolement, aucun des trois ne peut, véritablement subsister comme une nature complète. L'homme sans la femme est une puissance sans réalisation, un moteur sans mobile, une activité sans objet. La femme sans l'homme est un effet sans sa cause, un mobile sans moteur, objet d'activité sans acte. L'un et l'autre sans l'enfant sont une union sans réalité, des pnn ducteurs sans fruit. Opposons l'homme à la femme, et à chacun des caractères du premier, nous trouvons chez le second un caractère complémentaire qui parachève une unité. Unissez l'un à l'autre ces deux activités, faites^Ies se conjoindre dans leurs caractères, dans leurs effets, s'unifier dans leurs oppositions : cette union ne vous apparaît complète qu'autant qu'elle tourne à fruit ; et sans l'enfant, vous ne pouvez comprendre l'homme et la femme.
C'est là l'idée principc|lç qu'il faut prendre de ce sujet : rhunia->
DES PSRSONNKS DB U rmiLLI. — L'HOMMK, LA FBMIIK, L'INFAIIT. 633
nité est une nature sous trois modalités personnelles qui se complètent réciproquement, l'homme, la femme, l'enfant.
Chef de la famille, l'homme représente Vautorité qui gouverne, la force qui travaille et qui détend, la paternité qui engendre.
L'homme est l'autorité dans la famille : il conduit, dirige, conseille la femme et les enfants. Dans l'état social, il est encore Tautorité, et seul il gouverne et administre la justice; à part des exceptions dont nous parlerons plus tard, dans lesquelles la femme a usurpé le commandement
Cette qualité de l'autorité dans l'homme nécessite en lui la force, car toute autorité faible n'a pas de durée. Cette force se traduit dans l'expression, dans la vigueur intellectuelle, dans la puissance physique. Par sa démarche, Tamplitude de ses mouvements, la grandeur de son aspect, la fermeté de ses traits, sa barbe, la fixité de son regard et sa voix grave, l'homme décèle son autorité, il révèle qu'il a la puissance et qu'il est fait pour commander. Il est terme moyen de trois pouces plus grand que la femme; et Ton a remaVqué que selon l'instinct des sexes, les grands hommes recherchent les petites femmes et les petites femmes recherchent les hommes grands; comme si l'un cherchait qui protéger, et l'autre voulait à qui obéir.
L'autorité n'est pas seulement dans les dehors extérieurs qui imposent, elle est aussi dans la force intellectuelle qui subjugue. L'homme ne commande pas seulement parce qu'il impose : il commande surtout parce qu'il a l'intelligence, la puissance qui connaît, qui invente, qui juge, qui médite. C'est par là qu'il peut seulement occuper sa place à la tête de l'État et dans la tamille, dans la justice, dans les arts, dans la littérature. On s'est évertué à vouloir que les femmes aient autant d'intelligence que l'homme, comme ai c'était rabaisser la femme que de la laisser à son rang. L'histoire est là, qui prouve à chacune de ses pages, qu'à part un très petit nombre d'exceptions, l'homme est l'intelligence politique, l'auteur des inventions et des sciences, le maître de la littérature. Ce qui caractérise son intelligence, c'est la solidité et la vigueur : ses conceptions sont plus profondes, son jugement plus indépendant, ses méditations moins mobiles.
Mais l'autorité est aussi dans la force phvsique : Thomme commande, et il est aussi capable d'imposer son commandement quand on ne le veut pas accepter. Sa force physique, attribut de sa puissance, lui est nécessaire pour l'autorité, pour le travail, pour la
034 W% MDDALITgS.
détose. La raison veut que celui qui commande soit aussi celui qui nourrît et qui défend ; et Dieu qui est la puissance et la paCenoité par excellence, n*est pas seulement une autorité qui commande, c'est une providence qui prend soin de ses créatures, L'homme doit être de môme la providence de sa famille : sa force lui doit servir au travail nécessaire à son entretien^ à la défense contre rennemi Aussi chez lui, un certain attrait pour la lutte, Uardeur dans l'attaque et l'aventure^le dédain des obstacles et du danger» Virritation devant la résistance, et la résis^nce devant la contradiction, la difficulté doublant ses forces, Tamour du succès animant son courage et son audace.
Cette force physique de l'homme se traduit dans son organisme par un ensemble de conditions particulières. Les os, le tissus tibreux et musculaire sont plus développés, plus volumineux et plus solides que chez la femme. Les os, plus volumineux, sont plus denses et plus serrés ; et il est constant que les os des femmes sont plus mous et plus sujets aux maladies qui les déforment. Le tissu fibreux est plus dur, plus serré, plus résistant, soit dans les ligaments articulaires, soit dans les tendons, soit dans les membranes de contention. Le tissu musculaire est également plus développé et plus solide, plus rouge, ei d'une contractilité plus énergique. Ce développement de l'appareil musculaire nécessite une plus grande action du système nerveux moteur ; et des deux parties de ce système, le sensible et le moteur, le moteur prédomine chez Thoninie, le sensible prédomine chez la femme.
Ce développement des forces physiques exige un développement des actes de formation. La circulation est plus active chez l'homme : le cœur plus vohimineux et battant plus fortement ; les pulsations artérielles plus fortes et plus larges ; U respiration plus grande, plus ample, se tait dans des poumons plus volumineux \ et la poitrine est plus développée que ohea la femme. La nutrition est égale^ ment plus solide. L'alimentation e^t plus considérable et plus substantielle : l'homme mange plus et mange des aliments plus aaotés que la femme; il a aussi un besoin plus grand de boissona fermentes, et en use davantage. Les excrétions sont dès lors plus actives et plus abondantes, plus animales. L'excrétion urinaire est plus anmalisée, et Thomme la relient moins facilement que la femme ; les sueurs, la per^>iration cutanée, sont plus profuses ; l'exhalation pulmonaire plus considérable; toutes deux ont une o<leur plus forte. Enfin, rboaame est père, c*est*à-dire générateur. Pour ce but, il possède des orgitfiea génitaux, don^ la description n'est pas de no|re
DBS PKKSOlfNBS PB LA FAMIIXB. ^ L'HOMIJE, Lk FBMIIB, L'EHriMT. 6S5
sujet. C*68t à Tâge de puberté, à quinze ans, que ces organes ooni* inencentà entrer en fonction; mais la puissance génératrice n'esl véritablement développée que vers vingt-deux ans, et quelquefois vingt-cinq ans. Elle dure jusqu'à 4>inquante-cînq ou soiiante ana; même elle peut se prolonger plus loin ; mais la période de vigueuT n'a guère que vingt-cinq ans de durée, de vingt-cinq à cinquante ans. Nous reviendrons sur ce point au livre suivant.
Le développement des organes génitaux a'acoompagna chez l'homme de la croissance de la barbe et des poils aux aisselles, an pubis, et plus ou moins abondamment sur le corps ; d'un change* ment de tonalité dans la voix qui devient plus basse* plus grave, plus forte, plus mÀle. Getta relation dans le développement esl incontestable, et elle est assurée par ce qui se passe chea les eunuques : les enfants dont on a de bonne heure retranché les taa» ticules» n'éprouvent pas les phénomènes de transformation qui constituent le développen^ent de la puberté : leur voix reste ce qu'elle était dans la période enfantine, et se rapproche de celle de la femme; la barbe et les poils ne croissent paa, ou du moins ils soni rares. Il ne faudrait cependant pas oonolui^ de là que la puissance génératrice est en rap(>ort direct avec la gravité die la voix et le développement du système pileux : on n'a jamais démontré, et noua ne croyons pas que l'homme à la voix grave, et à la barbe épaisse^ ait une puissance génitale plus forta.que l'homme à la voix aiguës et à la barbe rare«
La sécrétion spermatique en se développant, est un puissant diverticulum des forces physiques, et nous avons déjà dit que cette sécrétion nécessitait suivant son abondance, une nutrition plus ou. moins solide. Nous devons ajouter que la production ^minale ae ressent dans toute l'économie : trop abondante et provoquée, elle épuise les forces physiques et rintelligenoe< Si elle est retenue, non émise^ il semble qu'une portion de ses éléments soit rejetée par lea sueurs; d'où une odeur particulière, iui g€neri$, qui s'échappe du corps de l'homme, et q^\ est d'une grande influence dans l'exoi-* tation qu'il provoque chez la femma
Résumons tous ces caractères physiologiques, suivant les facultés ; V dans les facultés végétatives: développement de la nutrition, alimentation plus forte, respiration plus ample, circulation pi^s puissante, excrétions plus actives et avec l'odeur particulière au mâle, organes génitaux du màle; 2° dans les facultés animales; sensibilité moins vive, imagination moins exaltée, mouvements et oontrf^ctilité plus énergiquesi passions plus violantes sans être plus
636 i>SS MODALITÉS.
développées, voix plus grave; 3*" dans les facultés intellectuel les : conception plus profonde , invention plus développée, jugement plus ferme et plus indépendant, action plus grande dans rindustrie, les sciences et la littérature. Tels sont les principaux caractères de rhomme.
Examinons maintenant la seconde personne de la famille que nous avons nommée le complément de la première, opposant sa faiblesse à sa force. Il est plus noble et plus grand, mais elle a plus de grâce et de délicatesse ; l'amour de l'un est plus puissant, l'amour de l'autre est plus sensible; il a plus de justice, elle a plus de sen* timent ; il a plus de sévérité, elle a plus de miséricorde ; il a la distinction de l'élégance, elle en a le prestige.
La femme est de sa nature égale à l'homme, ayant mén>e âme, même corps, mêmes causes efBcientes et finales. Le temps n*est plus de soutenir, comme le fit Acidalius, que les femmes ne sont pas de la nature humaine : mtUieres homines non esse. Cela n*a plus cours que sous la loi de Mahomet ; là où la compagne de l'homme est méconnue dans sa dignité, avilie jusqu'à n'être qu'un instrument de plaisir, encore bien que la tyrannie ne puisse prévaloir contre le droit, et que la faiblesse opprimée soit moins vile que la brutalité oppressive. La religion chrétienne, qui n'a jamais que touché juste et n*a fait que consacrer les œuvres de Dieu, n'a pas en vain reconnu l'égalité de nature entre les deux sexes, et réhabilité depuis dixhuit siècles des droits que quatre mille ans avaient méconnus. Il est bien vrai que sous le moyen âge, la philosophie scolastique et saint Thomas lui-même admettaient dans la femme une nature inférieure à celle de l'homme, mais ce n'était là qu'une formule usitée pour consacrer une prééminence chez l'un, une sujétion chez l'autre, et qui ne touchait en rien à l'essence des sujets.
Faits pour se compléter l'un par l'autre, ces deux êtres ont même nature, mais non pas même rang. C'est à l'homme que Dieu a délégué directement l'autorité, la force, et le gouvernement de ce monde. C'est de l'homme que la femme a été tirée, faible et douce comme pour lui faire comprendre qu'elle ne participe au commandement que par lui. Force et domination d'un côté, faiblesse et sujétion de l'autre ; telle est la loi qui enchaîne ces deux êtres ; non pas une loi de tyrannie et d'esclavage, mais une loi d'intimité selon laquelle la domination doit être protectrice, et la sujétion doit être aimante.
Aussi ces deux êtres ont diacun un rôle et des instincts ditfêrents :
DIS PIBSONMBS DB LÀ PAMILLV. — L*HOIIIIK, LA FBMHB, l'BNFANT. 637
Tun celui de protection, Vautre celui de protégé; et de là ces alliances si fréquentes d'un homme grand avec une femme petite. L'homme vraiment fort, et par cela même vraiment dans son rôle, aime les femmes délicates et modestes; Thumble violette qui dérobe ses parfums sous ses feuilles timides ; il s'attache aux causes justes et dédaignées, aux partis opprimés ; il recherche en vrai chevalier la faiblesse à protéger et à venger. Au contraire, les femmes aiment les hommes grands et forts : elles recherchent la puissance qui peut les soutenir, l'éclat d'un mari ou d'un ami pour les relever ; elles adulent le succès parce qu'il est succès, qu'il triomphe, qu*il est glorieux. Elles ont bien de la pitié, beaucoup même, mais pour exerce à leur tour le rôle de protecteur qu'elles envient à l'honmne; de sorte que, si elles doivent faire un choix entre leur protecteur et leur protégé, c'est ordinairement ce dernier qui sera sacrifié, à moins qu'elles ne lui soient attachées par une affection réelle, car en fin de compte c'est toujours le sentiment qui l'emporte chez la femme. Beaucoup d'hommes, il est vrai, sont femmes sur ce point, mais par couardise ou intérêt vil , non par faiblesse, et sans le sentiment qui, chez la femme, rachète tout. Elles s attachent à la puissance et au succès^ mais non sans pitié pour le faible et le malheureux qu'elles aiment quelquefois, et que môme elles favorisent en secret : le lâche adule la puissance et méprise le malheur dont il rit ou qu'il écrase, en suivant ou répétant avec cynisme la devise des cœurs mauvais : Vœ viciis. L'homme, vraiment homme, suit et maintient la sentence romaine :
Parcere sulijeciis et debellare superbos ;
il veut, pardessus tout et malgré tous les obstacles, que les paroles du Psalmiste lui soient applicables, et que la postérité, comme la sagesse divine, puisse dire de lui : Justitia ejus maneL
Jamais, si ce n'est dans des cas d'infirmité sociale, il n'a été donné à la femme d'administrer la justice ou de commander dans l'état : ce D'anciennes histoires, dit Virey, présentent des exemples » de peuples chez lesquels le sexe féminin obtenait la domination sur 1 l'homme : chez les Égyptiens, suivant Diodore de Sicile (lib. I, » cap. xxvii); chez les Agiléens, suivant Mich. Glycas(i4nn.,p. 2); au-
> jourd'hui, au Thibet et au Boutan, la femme peut même prendre » plusieurs m»ris, suivant Samuel Turner (Ambasn, au Thibet, t. H,
> p. \Ulj trad. franc.); sur la côte nord-ouest d'Amérique, vers le
> 5 5' degré de latitude, Vancouver y a vu les femmes presque su-
688 DtS MOftALTTiS.
» périeures en force et en hardiesse aux hommes. ( Voyag. , t. D, » p. 417.) D'autres peuplades du nord de TAmérique laissent beau-
> coup de supériorité à leurs femmes. On en trouve plusieurs f exemples en Afrique, en Ethiopie (Alvarez, Descnpt. JEthîop. , » cap. cxxxni) ; au Congo (Edward Lopez, De regno Cong. lih. Il, 1 cap. ix) ; au Honomotapa elles forment des armées (Isaac Vossius, » DeNiio, cap. xix); à Malimba, les femmes régnent (Labrosse, dans
> Bu8bn,.t. XX, p. S70, édit. Sounini), ainsi qu'à la côte d'AngoIe. » On peut citer encore les Amazones, qui paraissent avoir existé » vers le Don ou Tanaïs, et les femmes des Tartares, Gircassiens ou » TscberKesses d'aujourd'hui, qui conservent un esprit belliqueux. » {Dict. den sciences médicales^ t. XIV, p. 5005.) Tous ces faits ne sont que des exceptions, ainsi que le règne d'Elisabeth en Angleterre« et comme on l'a remarqué, les hommes gouvernent quand les femmes régnent* Ainsi que le dit très bien Virey, < plus la barbarie » est extrême, plus la femme semble obtenir d'ascendant > , quand elle n'est pas opprimée, ajouterons-nous. C*est un signe Infaillible de l'abaissement moral d'une nation, que son gouvernement par une femme. Ce sexe lui-môme méprise l'homme soumis à ses caprices et ne s'attache qu'à celui qui sait lui commander tout en lui accordant d'aflectueux hommages.
Par tous ses traits, ses caractères réels comme par ses apparences extérieures, la femme est-elle autre chose que faiblesse et amour t Moins grande que l'homme de trois pouces environ, elle n'en a ni la vigueur physique, ni la puissance intellectuelle. Ses formes, plus arrondies et plus molles, ses membres délicats et comme fragiles^ sa douce figure, ses traits fins et à peine indiqués, son regard si touchant, les grâces qu'apportent à sa tôte pleine d'amour ses cheveox long et soyeux, le manque de barbe qui lui donne une sorte de juvénilité charmante, sa voix pleine d'harmonie et d'enchantement, sa démarche cadencée, ses mouvements alanguiset pleins de grâce ; tout en elle est fait pour séduire, pour réjouir, pour consoler, non pour commander.
Hais descendons à des détails plus précis, et voyons ce qu'est la Temme dans ses diverses facultés. Nous saisirons mieux les caractères qui la distinguent de l'homme et qui en font son complément.
La nutrition est moins active chez la femme que chez l'homme et nécessite une alimentation moins abondante et moins substantielle; Tusage des boissons fermentées est moins nécessaire et d'ailleurs plus modéré ; les excrétions sont moins chargées ; l'urine contient moins d'urée et moins de sels, mais l'urate d'ammoniaque s'y forme
DES PERSONNES DE LA FAMILLE. — L*HOMIlE, LA FEMME, l'BNFANT. ftS9
plus rapidement comme décomposition, et donne à ce liquide cet aspect particulier (^u'on désigne sous le nom àejumenteux; Texcrétion urinaire est moins animalisée, et moins chargée de sels, et par cela même moins excitante pour les parois yésicales, et peut être retenue plus longtemps que chez Thomme ; on sait, h cet égard, quelle merveilleuse aptitude possèdent les femmes de pouvoir rester denom^ breuses heures sans satisfaire à ce besoin. La sueur est beaucoup moins abondante et moins dense, de sorte quHl y a moins d'évapo» ration, el par cela même moins de réfrigération ; ce qui explique comment la femme, quoique brûlant moins de carbone quel'liomme, résiste au froid mieux que lui. La respiration est moins active et s'opère dans des poumons plus petits, une poitrine plus étroite ; il s'y brûle moins de carbone ; 6,9 gram^, au lieu de 10,8. Le cœur est plus petit, la circulation moins énergique, le pouls plus petit et plus vif, comme l'ont remarqué Galien et Bordeu. Toutes les excrétions ont dans ce sexe une odeur particulière, fade dans l'urine, mais douce et excitante pour l'homme dans la perspiration cutanée; odeur qui se déclare avec la puberté, se développe à certaines époques d'ardeur sexuelle, disparaît, ou du moins se modifie dans le temps de la ménopause ou âge critique, et produit chez lliomme une excitation sexuelle très efficace, bien qu'il ne se rende pas toujours compte de la cause.
Nous n*avons pas à nous arrêter sur les caractères essentiels de la sexualité, puisqu'ils sont connus par l'étude de la génération : formation et émission des ovules avec menstruation, conception, grossesse, accouchement, lactation. Rappelons seulement que la nécessité de détenir l'enfant dans l'utérus pendant neuf mois, et de permettre sa sortie par les voies génitales, alors qu'il est déjà fort développé, exige dans ces organes une très grande laxité^ l'ampleur du ventre, signe de nfiaternité, et une certaine dimension du bassin. On remarque dès lors ces différences très saisissantes : cbecThomme, poitrine large, bassin étroit; chez la femme, poitrine étroite, bassin ample; de sorte que le tronc de l'homme a été comparéàun œufqui tiendrait sur sa petite extrémité, el le tronc de la femme à un œuf dont la grosse extrémité serait en bas. La largeur du bassin occasionne un écartement plus considérable de la partie supérieure des cuisses, et par cela même les genoux paraissent plus en dedans. Dans les statues bien réussies, comme chez les femmes bien faites, cette disposition ne manque pas d'une certaine grâce ; mais il suffit qu'elle soit un peu exagérée pour revêtir la forme cagneuse.
Des caractères plus accentués peutrêtre encore que ee que nous
6ft6 DBS MODALITÉS. .
venons de voir dans les facultés végétatives, distinguent la Teinroe dans ses facultés animales. C'est ici surtout qu'apparaissent la faiblesse et le sentiment, opposés à la puissance.
L'activité se porte sur la sensibilité, est amoindrie dans la motilité. Les os sont plus grêles et moins forts, les muscles moins développés et plus mous, .la contractilité moins énergique, les tendons plus faibles, le tissu cellulaire d'une plus grande laxité. Aussi les mouvements sont moins puissants, etd'ailleursmoinsbrusques, plus délicats et réservés, par cela même plus perfectibles pour accomplir les œuvres légères et délicates, merveilles de l'habileté féminine. La voix est moins grave et plus aiguë, en même temps plus veloutée et harmonieuse, suave et séduisante, ce qui contraste avec la voix forte, grave et même dure chez l'homme. Hais pendant que toute la motilité offre cette faiblesse qui attire, la sensibilité présente un développement qui séduit Les sens e.\ternes, la vue, l'odorat, l'ouïe, le goût, le toucher, sont d'une exquise sensibilité, apprécient avec finesse, off'rentuneimpressioimabilité, une susceptibilité d'émotion extrême. Dans les seus internes, l'imagination est d'une vivacité et d'une mobilité qui éblouissent. Les sensations internes sont très exaltées, et cela se comprend chez un être dont la puissance est limitée, obligé à s'observer souvent, et à rentrer en soi une activité qui ne peut s'échapper au dehors.
Mais c'est dans les affections impulsives de Tordre sensible, que cette nature apparaît dans toute sa richesse de faiblesse et de séduction. Les tendances sont plutôt du côté des sentiments doux et aimants que du côté des actes de violence. Elle n*est pas comme l'homme portée aux actes extérieurs et à la lutte, bien qu'elle sache résister par faiblesse et persister avec ténacité. Moins confiante dans sa force, elle fait plus fond sur l'habileté, s'irrite peu de l'obstacle et se décourage moins vite, sachant beaucoup mieux que l'homme tourner ce qu'elle ne peut franchir, et compensant par la ruse oe qui lui manque en puissance. Du reste, son ambition, moins grande, ne tend pas à étendre au loin et sur tout le monde sa domination : il lui suffit de charmer, séduire et gouverner ce qui Tentoure. Son intérieur, son ménage, sa famille, ses relations, le temps où elle vit, suffisent a son activité et à ses désirs : c'est rare qu'elle veuille fiûre rentrer dans ce cercle, son pays, le monde et l'avenir. L'homme pense toujours à dominer le monde, à le gouverner sur un point ou sur un autre, à lui imprimer une marque profonde de sa pensée puissante, à laisser sur cette poussière que ses pas soulèvent une tnoe durable de son passage. La femme vise moins haut
DES PERSONNES DE LA FAMILLE. — L*HOXIIE, LA FEMME, L*ENFANT. 6&i
et moins loin, qu'elle rende l'homme heureux et qu'elle le lui fasse sentir pendant sa courte existence, cela lui suffit. C'est comme fille, épouse, mère et amie qu'elle désire vivre et qu'elle vit en effet; fée enchanteresse, qui, par ses soins, ses caresses, ses encouragements, ses conseils, sa sollicitude, sa patience et sa douceur, émeut et ravit le cœur de l'homme. Mère, elle n'abandonne pas celui qu'elle a mis au monde, comme la femelle des animaux, mais veille sur lui, l'élève, guide ses pas, forme ses sens et son intelligence, le suit dans la carrière du monde avec une sollicitude incessante jusqu'à ce qu'elle ne soit plus rien. Épouse ou amie, elle nous prodigue tout ce qu'elle est et tout ce qu'elle peut dans un attachement qui vit de notre vie, et dans le dévouement le plus parfait: Fille, enfin, elle nous réjouit et nous ranime par ses grâces légères, ses douces caresses, et ses sentiments d'enfant si purs, si tendres et si délicats.
Que de différences entre la femme et l'homme, et que par tous ses traits elle est bien une nature complémentaire de la sienne I
La suivrons-nous dans le plaisir, les différences nous paraîtront non moins marquées. L'homme aime la jouissance, mais la jouissance rapide, profonde, grossière môme, si ce mot n'est pas trop fort. La femme, nu contraire, veut des plaisirs légers, changeants, délicats. L'homme s'adonnera à Tivrognerie , à la table , à la grosse lubricité : toutes choses dont la femme s'éloigne habituellement. Elle aime l'éclat, la lumière, le brillant, les choses qui réjouissent la vue, les harmonies qui enivrent, les parfums suaves, les frémissements légers et délicieux d'un attouchement qui l'émotionnent ; et aussi la coquetterie l'emporte ordinairement chez elle sur la volupté ; elle aime avec plus de sentiment que d'ardeur sexuelle. Chez l'homme, l'amour tourne tout de suite au but, et sa sensibilité ne s'éveille pas sans le porter immédiatement à une consommation qui enflamme ses désirs. Au contraire, chez la femme, l'amour se borne souvent à la recherche des hommages flatteurs, des doux propos, et dans la sensualité des caresses tendres et réservées, recule devant la conclusion, ou même s'en irrite. Beaucoup de femmes sont froides et redoutent les approches de l'homme, ne se prêtent à ce qui leur est demandé que par devoir ou pour la jouissance même de celui qu'elles aiment, et dans le but de se l'attacher par des liens plus efficaces. Du reste, à l'opposé de l'homme qui éprouve toujours du plaisir à cette union, la femme n'en éprouve guère qu'avec celui qu'elle aime ; et c'est peut-être une des causes |X)ur lesquelles plusieurs accèdent par nécessité, ou par coquetterie, ou par intérêt, à un acte qui leur étant, sans amour, plutôt à charge
FRÊDACLT. 4i
642 DBS MODALITÉS.
qu'agréable, leur semble alors, sauf le devoir et sauf les conséquences, indifférent en soi. Toujours est-il qu'elles ne se reodeot pas assez souvent compte des différences qui les séparent de Thomme sur ce point, et s'étonnent de désirs qu'elles ne partagent pas, bien qu'elles les aient suscités. Combien de dames, d'ailleurs vertueuses, sont ainsi la cause si blâmable des débauches d'un jeune homme ! Elles l'excitent, l'enflamment, le montent par une coquetterie souvent ratHnée, en apparence innocente, par une tendresse enivrante dont elles seules possèdent la limite; et lui, fou de désirs inassouvis, ivre de séduction, ne les quitte que pour aller conclure ailleurs, près d'une femme plus facile, une action commencée ^vec la première. Je n'ose insister, mais je crois avec les sages qu'il y a beaucoup à faire sur ce point dans l'éducation fénïinine.
Cependant beaucoup aussi sont lascives, ardentes à la jouissance, et montrent, comme dans toutes leurs passions, moins d'énergie, mais plus de violence, de rage et de persévérance que l'homme. Alors il est vrai de dire qu'elles excèdent toujours le sexe le plus fort. La colère de riiomme est terrible, mais celle de la femme est plus redoutable. Sa haine n'a pas d'adoucissement, sa cruauté est féroce, sa lubricité fait horreur. On ne sait rien de plus repoussant qu'une femme livrée à toute la rage et toutes les turpitudes de la débauche, de la haine et de la cruauté! Les harpies de la guillotine, ou tricoteuses, étaient pires que les septembriseurs; il y a des anthropophages, mais des femmes font boire le sang à leurs enfants à la mamelle, et leur font sucer le sang des prisonniers. [Recueil des voyages au Nord, t. 111, p. 307.) A côté de cela, leur cœur a des accès de tendresse et d'abnégation qui dépassent de beaucoup la générosité de l'homme ; et dans le dévouement à ce qu'elles aimeiU, leur passion touche au sublimé. On peut avoir un ami sûr, mais la femme seule est capable de ne vous abandonner jamais ; et par cela môme aussi, seule elle possède le secret des grandes consolations et des dernières ressources.
Dans les facultés intellectuelles, nous trouvons d'autres traits d'autres différences. Les femmes ont des conceptions moins profondes,' mais l'invention plus subite, plus vive; elles passent plus rapidement d'un sujet à un autre, saisissent mieux les hnesses dans la ressemblance, ou les différences, ou la causalité, subtilisent avec délicatesse, lèvent à profusion tous les ûlous d'un sujet, mais sans savoir creuser et sans trouver la décision précise et sûre. Aussi leur esprit est-il pour l'intelligence de l'homme un flambeau qui illumine les questions. En un mot, elles ont plus d esprit, il a plus
BBS PERSONNES DB LA FAMILLE. — l'HOMAB, LA FBMMB, L*BNFANT. MS
d'intelligence. Phis d'qn s'est bien trouvé de demander conseil à nne femme dans on cas dtfficile, tout en se réserrant le jugeftierTt définitif; il a trouvé les éclaircissements chez elle, la décision chez lui. Les anciens Germains, comme nos ancêtres Gantois, appelaient souvent des femmes au conseil de la nation, non pour décider^ mats ponr ouvrir des avis ; et plus d'un homme d'État de nos jours a fait de même avec succès. Cependant, dans les cas où l'instinct doh parlefT, elles ont le jugement sûr, et il est sage de s'y lier ; c'est alors qu'on voit en elles ce mens ditrmior, tant et si justement célébré par l'antiquité. Cette finesse d'esprit dans une surabondance d'idées, Ùie à l'inleUigence féminine la sûreté de la pesante logique, mais aussi lui donne des ailes ponr voler dans les comparaisons léS plus éloignées ; et de là une tendance plus marquée vers la dialectique , de \k aussi plus d'intuition que de réflexion, plus de contemplation que de méditation, et une inhabileté réelle dans les sciences où elles ont toujours échoué. On cite une Hypathia à Alexandrie, fameuse dans l'astronomie, mais qu'était-ce encore? Dans la Hitérature, plusieurs ont en quelque renommée, non par la puissance, mais par la grâce , et dans les œuvres légères ; Sapho dans l'antiquité, madame de Sévigné au xvir siècle, en sont des exemples. Elles n'ont jamais réussi dans les ouvrages sérieux et de longue haleine, qui demandent la vigueur des conceptions, la grandeur de la composition, l'ampleur et la fermeté du style. Leur parole est viré, prompte, facile, souvent même élégante, mais plus séduisante que puissante, pleine de charme dans la conversation, tout à fait inhabile à une tribune. Dans les arts et surtout les arts légers, les femmes ont plus de succès ; le dessin et la peinture des fleurs^ des scènes domestiques ou des spectacles gracieux de la nature leur réussissent; dans la danse et le chant elles triomphent ; elles s'entendent surtout aux arts domestiques. L'homme est puissant dans l'industrie sociale, les femmes ont une adresse inimitable dans l'exécution des petites choses.
Leur volonté est moins énergique que celle de l'homme, mais plus persévérante, et en fin de compte réussit sûrement beaucoup mieux ; plus que lui, eHes dominent leur sensible et savent commander à leurs passions quand la nécessité l'exige. Elles supportent avec plus de résignation les revers, les insuccès et la douleur, et résistent mieux à l'adversité; elles se relèvent vite là où l'homme serait abattu pour toujours , ou tout au moins pour longtemps. Aussi, comptant peu sur la puissance, elles demandent tout à la séduction et à l'habileté. Le bien absolu les touche peu en généra),
6Ui DES MODALITÉS.
et la vérilé abstraite encore moins; de sorte qu*il y a toujours chez elles une tendance prononcée à la personnalité, non pour ellesmêmes souvent, mais pour celui qu'elles aiment, pour leur (amille, leur mari, leurs enfants, leurs amis. C'est dans le succès et le bonheur de ce qui les entoure, de ce qui leur rend des hommages, de ce qu'elles protègent, qu'elles trouvent le bien parfait; elles ne vont pas au delà. Ce sont les femmes qui constituent les petites sociétés, les petits cercles d'action, souvent même ce que l'on nomme les coteries, où elles régnent, parlent, inspirent, ouvrent des avis, jouissant du bonheur de chacun et recevant les hommages de tous. Aussi, ont-elles moins que l'homme le sentiment de la justice. et de l'ordre, si ce n'est dans le petit cercle où elles triomphent, et de là leur inhabileté dans l'état et leur tendance constante à demander des privilèges. On peut dire, sans crainte d'errer, qu'elles aiment mieux ce qui est brillant et bon, que ce qui est juste et bien ordonné. Cependant elles ont de la religion, ordinairement même plus que l'homme, mais sous une forme particulière. Pour l'homme, Dieu est avant tout un être juste, et la religion est surtout une adoration rendue à une souveraine justice. Au besoin il fait bon marché de la puissance souveraine ; dans sa propre puissance, il regimbe, et la révolte est une de ses plus grandes tendances. Pour la femme, au contraire. Dieu est surtout un être puissant et beau qu'il faut craindre et aimer, séduire même, si ce mot est ici de convenance, pour en obtenir plus de protection et de privilèges. De là, chez l'homme religieux plus de rectitude et même de sécheresse dans l'observance des préceptes, et, chez la femme, au contraire, plus d'amour, plus de recherches dans le culle, plus de tendresse, en un mot plus de dévotion ; ou, autrement, le premier est un justicier, défenseur et porte-glaive du droit et de la vérité, comme fut notre grand roi saint Louis ; l'autre est une affection, un attachement, une épouse éprise de la beauté et de la noble puissance de son époux. Mais aussi chez elle, plus d abandon à l'attrait divin, plus d'aspiration à cet amour céleste qui l'emporte et l'enivre; plus de ravissement et de penchant à Textase. Ici comme en toutes choses, mieux qu'en toute autre peut-êire, apparaissent les deux traits caractéristiques de sa nature, que nous avons retrouvés à chaque pas, sa faiblesse et son affection , son abandon à la puissance qu'elle enlace de toutes les ardeurs de son attachement, et dans laquelle tout son être se fond d'amour et s'évanouit ravi.
Tel est le tableau, bien imparfait sans doute, des traits principaux de ce dernier chef-d'œuvre delà création, de cet être créé
DES PERSONNES DB LA FAMILLE. — l'HOMMB, LA FEMME, L'BNFANT. 6&5
tout entier pour rhomme, et qui peut tant pour lui et près de lui, de cette nature faite de boue et d'ange, si débile et si riche, et comme pétrie tout à la fois de réalisme et de magie (1).
S 3. — l»e l'enfant) de« l«l« de l'hérédité et de la «i^ntaaéité.
Par ce mot, enfant, nous ne voulons pas désigner cet être faible qui vient de naître dans la souffrance, ne peut encore se suffire à lui-même, n'est qu'un germe de Thomme^ germe non développé complètement Nous ne voulons pas nous occuper ici de l'enfance; c*est une période de la vie, comme l'âge adulte en est une autre, comme la vieillesse en est la période ultime. Ce sujet appartient au livre suivant
Ici, et selon la vue générale d'une personnalité, l'enfant est le fils, petit ou grand, produit de deux autres personnes de la famille. Ce que nous voulons voir, ce sont simplement les relations qui existent entre ce produit de la génération et ses deux générateurs. Notre sujet n'est pas l'enfance, mais l'enfant, le fils.
Dieu avait d'abord créé l'homme, et il en avait fait un dominateur, un roi; il créa ensuite la femme dont il fit une compagne; mais il leur donna une faculté génératrice, à l'un la qualité de père, à l'autre la qualité de mère, pour former un être nouveau qui serait leur continuation. Ainsi la famille fut constituée par trois personnalités distinctes : l'homme, mattre et père de la famille; la iemme, compagne et mère; l'enfant, fils et continuateur de la famille.
(1) Agrippa, De nobilUalo et prœea^lUntia aexu$ fœnUneit in-12, 1567. H y a une traduction française sous ce titre : Grandeur et excellence de la femme^ in-12, Paris, 1713. — Letus, Ergo mulieri, quam viro Venus apitior. Paris, 160â, in-folio. — Acidalius, Disputatio perjucunda qud anonymus probare nilitur, mulieres homines non esse ; accedit Simpl. Geddici defensio sexus muliebris, In-12, 46A&. Parts, 1698. — Maillard, An mulieribus eademque viris conveniant exercitaliones corporis animi ? Conclwio afflrmam. In-A», Paris, 1713. — De Farcy, Est-ne fenHna viri salcior? Conclusio affirmant. In-folio, Paris, 1669, et in-4°, 1783. — Fénelon, De V éducation des filles. — Thomas, Essai sur le caractère^ lesmmurset Vespritdes femmes. In- 12, 1773.— P. Roussel, Système physique et moral de la femme, plusieurs éditions. M. Cerise en a donné une édiUon avec une intéressante introduction et des notes utiles. Paris, 18^5, in-12. -^ Saint-Lambert, Analyse de la femme. — Moreau de la Sarthe, Histoire naturelle de la femme^ Paris» 1803, 3 vol. in-8. — Jouard, Nouvel essai sur la femme^ Paris, 1804. — P. Clément, Considérations physiologiques sur les diverses époques de la vie de* femmes, Paris, 1808, in-4 — Virey, De la femme sous les rapports physiologique, moral et littéraire. Paris, 1823. — Menville, Histoire philosophique et médicale de la femme, 2* édition. Paris, 1858.
Et comme l'enfaBt est lui-même destiaé à être à son tofu* un chei et créateur d'une autre filiation, il possède en même temps quelque chose qui est lui et ne vient que de lui; c*està ces deux titres qui le résument, de continuateur et créateur, que nous allons l'examiner.
L'enfont, égal au père et à la mère en nature, possède un principe formel identique avec le leur : Tâme de j^eufant est semblable à l'âme du père et de la mère. Pour cela faire, ce n'est pas de ses générateurs qu'il reçoit ce principe; car, s'il le recevait d'eux, il pourraijt no l'avoir que souillé ou corrompu, avec des eotraioements ncquis, .et l'égalité n'ei^isterait plus. Il doit le tenir d'un autre que ses générateurs, parce qu'il doit être libre, qu'il a besoin d'une personnalité. D'ailleurs, l'âme est une substance simple, indivisible, et par conséquent ii^transmissibie.
J'emprunte au R. P. I^cordaire une explication, en son magnifique langage, de cet 9pte mystérieux : a Is pèrç, dit-ii, n'est père » que parce qu'il engendre une personne humaine, composée de » corps et d'âme, et qui le continue p^r une ressemblance pritf 0 de deux côtés de cette double nature. C'est pourquoi , dan» 9 l'œuvre de la perpétuité, l'homme ne transmet pas seulement sâ » substance matérielle; il a reçu de Dieu un pouvoir plus haut: » être créé et incapable de créer à son tour, il pénètre par son vou- » loir jusqu'à la toute-puissance créatrice, et en vertu de la loi qui xf a fait de la paternité une partie de son essence, il aomoie Dieu » plutôt qu'il ne le sollicite de produire une âme et de l'unir au » corps qui doit perpétuer son sang, sa forme, sa vie, et lui donner, » avec le concours de l'âme, le glorieux et doux nom de père. » Dieu obéit; un souffle descend sur le limon obscur qui est déjà » l'homme et qiii ne l'est pas encore ; qui l'est par la disposition de » ses éléments, qui ne l'est pas encore parce qu'il y manque un » esprit capnble de connaître et d'aimer. Ce soutfje est celui-lÀ » même qui anima le premier honime; il reconnaît cette vieille » terre préparée autrefois de la main de Dieu ; il y verse avee )) amour et respect une âme qui n'était pas tout à l'heure, une âme » née de la volonté de Dieu, pure, sans tache, vierge, ne portaol » en elle qu'une image, qui est celle de Dieu. i> (65* eonférencf, t. m. p. 612-613. Paris, 1851.)
Le principe formel identique dans tous les individus de l'espèce humaine, est donc indépendant et personnel pour chacun d'eux, et donne à l'activité une spontanéité, ou comme le dit M. P. Lucas, une innéité propre. Et, comme c'est de ce principe formel actifi uni substantiellement au corps, que découlent toutes les facultés^ i^
DBS PEBSONNBS DB U PAMILLK. — L'HOMHB, Lk PBMME, l'BNFÀNT. 6ft7
suit que la personne possède une spontanéité individuelle dans cba- ' cune des trois facultés végétative , animale et intellectuelle. ' H. P. Lucas s*est attaché à bien démontrer cette loi de Yinnéité dans ' les êtres [De l'hérédité , etc. P* partie, liv. I"; 2« partie, liv. l'T /impartie, liv. I", chap. i).
Ce principe formel ne s'unit pas à une niatiëre brute, mais à une matière vivante, à un œuf fécondé qui porte deux impulsions séminales, Tune paternelle, l'autre maternelle. Aussi^ par son âme, ' le fils est une unité personnelle indépendante : par son corps, il est i une dualité séminale, et comme on Ta dit (livre IV«), l'homme pa*
rait être la jonction parfaite de deux organismes différents. \ Dans cette union de l'àme avec la matière, au moment de la fécon-
dation, l'influence séminale, c'est-à-dire la conjonction des deux \ semences dans une même impression fécondante, joue le rôle de
I cause fmale de la vie. C'est sous l'appel de cette union que l'âme
I descend et s'infuse dans l'être nouveau. De là, l'action de toute
cause finale sur une cause formelle ^ je veux dire la forme finale de l'acte. J'ai déjà expliqué ce sujet au chapitre iv* du livre llV I L'homme possède donc en venant au monde : i* une forme active,
principe de sa nature, puissance qui lui est individuelle dans res()èce et qui lui acquiert la spontanéité ; t2^ une influence séminale qui modifie la forme active dans ses actes, et leur communique une forme accidentelle dans laquelle se retrouve l'action du père et de la mère; puissance qui le rend dépendant de ses générateurs et lui communique y hérédité, mais qui possède également une individualité qui se caractérise par Vinnéité. Bientôt, d'autres ciiuses externes, occasiofinelles, viendront modifier encore ses actes en les excitant, et leur communiquer d'autres modifications dans la forme.
Ce que nous devons considérer ici, c'est cette influence séminale, cette raison séminale^ comme dit saint Thomas, selon laquelle l'enfant hérite du père et de la mère, et se trouve le continuateur de la famille, tout en étant lui-même distinct de ses générateurs. Nous examinerons donc successivement : 1* la non-hérédité des facultés intellectuelles ; 2"* Thérédité dans les facultés végétatives et animales ; 3*^ l'évolution ou marche de l'hérédité ; 6* l'inuéité dans les facultés végétaliveset animales.
1° Ui ■—■hérédité de* Ikcvlté* lirtclleetacllcs. — Cette influence séminale qui n'arrive que par la matière du germe, est par cela même une influence de la matière vivante, dans laquelle l'intelligence du générateur n'entre pour rien. Aussi l'hérédité ne se
6&8 DES MODALIIÉS.
rapporte*t-elle qu'aux facultés végétatives et aux facultés animales. Les facultés intellectuelles ne se transmettent pas par génératioD ; nous l'avons déjà dit, et nous en avons donné les raisons au livre IIP.
Cependant M. P. Lucas, dont le livre sur l'hérédité est remarquable à tant de titres, et que nous avons loué parce qu'il mérite de l'être, a cru devoir se faire le défenseur de l'hérédité intellectuelle. Nous ne nous serions pas arrêté à cette opinion étrange, qui dépare un beau livre, si l'autorité que l'auteur s'est acquise ne nous faisait un devoir de la combaltre.
L'auteur expose d'abord les trois systèmes entre lesquels il veut choisir : < Trois systèmes, dit-il, ont partagé les esprits, de toute » antiquité, sur son origine (de l'àme) : le premier est celui de la » préexistence, le deuxième de la création, et le troisième de la gé« » nération ou de la transmission de l'âme. — Dans l'hypothèse de » la préexistence des âmes, le corps n^est qu'une prison où les âmes » éternelles, incréées ou créées, à l'origine des temps, viennent subir » l'épreuve ou l'exil de la vie. — Dans le seconde hypothèse. Dieu, » source immédiate et unique des âmes, crée, à chaque conception, » une âme personnelle au corps qui se produit. — Enfin, dans la » dernière des trois hypothèses, toutes les âmes humaines sortent » de celle d'Adam, origine commune de laquelle elles émanent, en » se propageant, à la manière des corps, par génération. » (t. 1*S p. 5/t8.) Après avoir nommé beaucoup d'auteurs qui ont pris parti dans cette célèbre dispute commencée par Origène, il se déclare pour la troisième hypothèse.
Il avoue cependant quedepuis l'interprétation scolastique, on considéra l'âme végétative, ou le principe formel des végétaux, et l'âme sensitive,ou le principe formel des animaux, comme transmissibles par génération, et au contraire, l'âme raisonnable, ou principe formel de l'homme, non transmissible par génération ; de sorte que a l'intelligence se trouvait donc ainsi complètement soustraite à » l'hérédité. » — «Ce fut, en effet, dit-il, à cette caricature (le mot » est malséant!) de la théorie aristotélique que la théologie, dans » le catholicisme, parut s'arrêter, et pendant le long règne de péri- » patétisme, cette conclusion devint presque un article de foi. » Et il ajoute avec malice, en se trompant sur la citation : « 11 y eut » alors péril pour le physiologiste, comme pour le philosophe, i » s'en écarter : aussi voit-on ceux mêmes qui font à cette époque 9 le moins de difficulté d'accueillir l'hérédité de la forme sensitive » de l'âme, adhérer presque tous à l'opinion d'Occam : « que l'àme
ti
DES PKRSONNBS DB U PAMILLB. — L'HOMMB, LA PEMMK, L*ENPANT. 669
» raisonnable ne saurait être du fait de la génération. »(t. I, p. 55S.) Enfin dans une note de la même page : a De célèbres théologiens > conviennent que, bien que ce soit le sentiment aujourd'hui le plus » général de l'Eglise, ce n'est cependant pas un article de foi. »
Avant d'aller plus loin, examinons ces premières allégations.
Je ne m'arrêterai pas à une injure lancée à la scolasiique : c'est une de ces mauvaises habitudes contractées sous feu Bacon, et que l'on conserve sans habileté. Ceux qui ont vraiment lu les scolastiques n'en parlent pas ainsi, et notre auteur ne les a pas lu, comme on va le >oir. Je ne dirai rien non plus de ces périls qu'auraient courus les physiologistes et les philosophes, s'ils s'étaient avisés de contredire une opinion presque de foi ; il me semble qu'ils en ont fait bien d'autres sans grand danger, et les panthéistes du xiV siècle, entre autres le célèbre Occam , que l'on cite à l'aventure, ont été beaucoup plus loin sans grand dommage pour leur délicate personne. Hais je dois relever une étrange erreur. L'auteur paraît attribuer à Occam, < que l'âme raisonnable ne saurait être du fait de » la génération », et il le lui attribue sur la foi de C. Agrippa,. qu'il appelle en témoignage dans une note. Nous lui répondrons qu'Occa m n'a pas d'autorité céans. Ce fameux hérésiarque est né vers 1270, deux ans avant la mort de saint Thomas d'Aquin, et il n'a guère écrit qu'au commencement du xiv« siècle, ayant été excommunié en 1330. Or, saint Thomas, qui le précède d'un bon demi-siècle, a formulé et développé fort au long, dans la Somme théologique, ce principe, que l'âme raisonnable n'est pas transmissible par génération. Il importe bien de noter que cette doctrine eét de saint Thomas, le docteur angélique, dont l'autorité est si importante dans l'Eglise, et non pasd'Occam, docteur panthéiste.
Quant au fait de savoir s'il y a ici un article de foi, c'est une autre question. Sans doute l'Église n'a rien décidé sur ce point, au moins d'après ce que nous savons^ et les opinions sont libres. Mais c'est là un point qui se lie étroitement au dogme de la liberté liumaine, comme nous l'avons montré, et il nous semble qu'il fallait prendre plus de souci des liens étroits qui rattachent une question à l'autre. Puis l'auteur avoue que, selon de célèbres théologiensy c'est aujourd'hui le sentiment le plus général de l'Église : il aurait pu ajouter que ce sentiment a été général et constant depuis saint Thomas, et cette imposante autorité voulait plus de respect.
Après cela, nous pouvons négliger le détail de tous les auteurs qui se sont prononcés en faveur de l'opinion constamment générale dans l'Église depuis six siècles. Venons aux arguments.
650 DES MODALITES.
L'auteur fait appel aui: faits : il critique ia subtilité de ses adversaires, il leur oppose des faits, et enfin il dogmati^ sur les tàits. Il parle des différences intellectuelles selon les races humaines, de l'hérédité de l'idiotie et de Tinibécillité, de l'hérédité de l'aliénation mentale, et de la transmission des parents aux enfants de l'art oratoire, du génie poétique, tragique, de la sculpture, de la peinture* de l'art musical. (Tome I", p. 575 et suiv.)
Nous ne nions pas les faits, nous les admettons ; au besoin naéme, nous y ajouterions. Hais les faits doivent être expliqués ; ce n'est pas tout de les citer, il faut les comprendra L'intelligence est une faculté fort dégagée de la matière par elle*-mème, mais ne peut rien cependant sans les facultés animales qui sont toutes matérielles: sans les sens internes, sans le pbantasma, il n'y a pas d'intelligence possible; et la première chose pour abstraire une idée d'une image, c'est d'avoir l'image. De là cette conséquence que nous avons fait sentir au livre précédent, que l'intelligence est pour ainsi dire tyrannisée par les facultés animales; que c'est de l'intégrité de ces facultés que dépend l'intégrité de l'intelligence, et que de leur développement plus ou moins parfait dans un sens ou dans un autre, dépendent des variations dans le développement intellectuel. On ne peut rien l'aire sans outil, dit un vieux proverbe ; et, dit un nouveau, une mauvaise machine fait toujours de mauvaise besogne. L'àme arrive du Créateur dans le corps que l'enfant tient de ses parents; mais si ce corps ne se prête pas à son action, si les facultés animales transmises par génération la servait mal ou ne la servent pas, il est bien clair qu'elle ne sera guère brillante, et l'enfant qui en réalité n'hérite de son père que d'un cerveau vicieux, sera toui aussi inintelligent.
Les faits que cite M. Lucas prouvent donc ceci : qu'un père inintelligent peut donner le jour à un iils inintelligent, et le contraire ; ils ne prouvent pas plus. Hais ils peuvent être expliqués de deux manières: suivant l'une, celle de M. Lucas, c'est l'intelligence même qui est transmise par génération ; suivant la nôtre, les facultés animales seules sont transmises, et emportent avec elles de servir plus eu moins bien l'intelligence.
De ces deux explications, Tune^ la nôtre, est conforme au sentiment général de l'Église, est en rapport avec le dogme de la liberté humaine, et se concilie avec cette solution philosophique qu'un principe spirituel, l'âme raisonnable, n'est pas divisible ou multiplicable et transmissible par génération ; l'autre explication, celle de M. Lucas, vient sans nécessité faire opposition à un senti-
DES PERSONNES DE Lk FAMILLE. — L'HOMMB, LA FEMME, L'ENFAMT. 651
ment général, blesse par voie de conséquence le dogme de la liberté humaine, et se heurte sans pouvoir s'en tirer contre cette solution, que Tftme n'est ni divisible, ni multiplicable, ni transmissible par génération. Entre les deux, il est difficile d'hésiter.
Les faits réunis par M. P. Lucas restent tous debout et assurés; Texpiication seule change. Et cette explication n'est pas de minc6 valeur, car nous n'avons plus à examiner l'influence séminale que dans les facultés végétatives et les facultés animales.
2^ Be rhérédlté d«a« le* IkcBlté* végétatives et «iilmale*. —
Reprenons notre question. L'enfant possède donc en lui une per«* sonnalité spontanée, indépendante, et une hérédité végétative et animale dans laquelle il représente ses parents.
Cette influence séminale du père et de la mère se retrouve dans toutes ses dispositions organiques, dans tous ses actes végétatifs et animaux, dans ses passions et son caractère moral qui dépendent, comme nous l'avons vu, d'une impulsion animale plus ou moins réglée par l'intelligence.
Mais dans cette influence, quel est le rôle du père et de la mère? y ii't*i( plus spécialement une disposition organique, des actes, dans lesquels le père se retrouve, et d'autres qui rappellent la mère ? Ici, nous reprenons H P. Lucas qui traite longuement ce sujet dans le livre second de la troisième partie, et nous Tanalysons rapidement.
En parlant de la génération au chapitre des facultés végétatives, nous avons vu les deux grandes opinions des ovistes et des spermatistes: l'une prétendant que l'enfant n'est que le fruit de la mère ; l'autre disant qu'il est seulemeut le fils du père. De là comme conséquence deux doctrines morales : l'une fait de l'enfant le représentant exclusif du père, l'autre le représentant exclusif de la mère. Des études plus approfondies ont démontré qu'il est le fruit du père et de la mère tout ensemble.
On a prétendu ensuite que l'enfant tenait son caractère moral de l'un des générateurs, et son caractère organique de l'autre. Du principe femelle vient la matière séminale; du principe roàle vient l'esprit vital. Double opinion erronée : l'enfant tient de ses deux générateurs, par le physique et le moral.
Enfin on a émis l'idée que le père fournit les organes extérieurs, la mère les organes intérieurs. Valmont-Boraare a rapporté le sys«« tème cutané à la mère, et la taille comme la force du corps -au père, buivant Vicq d'Azyr, l'un fournit Textérieur et les extrémités,
et Tautre les entrailles. Gleichen rapporte la charpente osseuse à Tun, les yeux à l'autre. Erreur encore sur ce point.
M. P. Lucas soutient que l'action du père et celle de la mère sont communes et générales. « Le système, dit-il, de Taclion commune » et générale du père et de la mère sur les divers principes de l'or- » ganisation, système soutenu par Empédocle et Hippocrate, plus )) tard chez les Arabes, adopté par Rbazès, et chez les modernes, par û Descartes, Buffon, Haupertuis, et la plupart des partisans de Vépi* » genèse, ce système , disons-nous, oppose aux partisans de la » théorie que nous venons d'exposer, leurs propres contradictions, 0 et les résultats d'un ordre tout contraire. » (Tome II, p. 75, 76.)
Mais cette action commune et générale présente-t-elle une concordance absolue ; Tinfluence du père ne peut-elle être plus grande tantôt sur un point, tantôt sur un autre; et de même l'influence de la mère ne peut-elle dominer ça ou là? Grave et difficile question. Les uns répondent que le fils ressemble au père et la fille à la mère, suivant Tadage: tel père, tel fils; d'autres disent que le fils ressemble à la mère, et la fille au père.
Que le sexe lui-même tienne de l'un des générateurs ; que l'oi^anisation génitale d'une fille tienne de la mère, et que l'organisation génitale du fils tienne du père, c'est ce que l'on admet généralement, et ce qu'il est difficile de discuter, quoiqu'il y ait d'ailleurs des influences d'un sexe sur l'autre, et que, par exemple, la lascivité d'un fils puisse venir de la mère, et la chasteté d'une fille puisse tenir du père.
Hais en dehors du sexe, l'action du père peut-elle dominer, ou bien celle de la mère, dans l'organisation ? H. Lucas récuse toute règle générale de prépondérance de l'un des sexes sur l'autre. Il y a, il est vrai, variété et inconstance : tantôt l'influence du père se fait sentir sur un point, tantôt l'influence de la mère domine sur un autre, mais sans rien de fixe et de réglé, f En dernier résultat, » il n'existe donc point, en dehors de la sphère de la sextiaiitéj de » système fixe et réglé de prépondérance du père ou de la mère, » ni sur l'ensemble de l'être, ni sur aucune fraction de la nature » physique ou morale du produit^ et les théories fondées sur l'hy- » pothèse de l'inégalité de leur influence^ croulent toutes par la >» base, quel que soit le sexe qu'elles fassent prévaloir, quel que soit » l'élément ou l'attribut de la vie auquel elles rattachent sa préémi- » nence .
» Hors de là il ne reste qu'un seul fait général et qu'un seul per- » raanent, celui de l'inconstance et de la variation de toute prépon-
DBS PEItSONNBS DB LA FAMILLE. — L'HOMMB, LA FEMME, L'ENFANT. 653
» dérance du père ou de la roère. Hais une si infinie, mais une si » perpétuelle instabilité n'est-elle pas à elle seule une révélation ? 1» Ne renfenne-t-elle pas sa raison d'elle-même, raison qui s'obscur- » cit ou se perd dans les détails, mais qui se reconstruit et qui se » manifeste tout entière dans l'ensemble ? N'a-t-elle pas enfin sa » conclusion logique?
» Elle Ta positivement De Tinstant, en efiet, où l'observation
» se généralise, toutes les contradictions se résolvent en un prinx> cîpe, toutes les variations se changent en accidents d'une seule et » même loi. Celte loi, qui se combine à la précédente, d'universa-- » lité d'action des deux facteurs sur tous les éléments et les attributs » de l'organisation, est celle d* égalité d'influence des deux sexes sur » la nature physique et morale du produit, » (Tome II, p. 175, 176.)
Mais cette loi, formule exacte dans sa généralité, n'en est pas moins en désaccord complet avec les faits particuliers. Prenez tous ]es faits dans un ensemble général, elle est vraie; prenez les faits chacun en particulier, elle est le plus généralement fausse. Il y a donc ici un malentendu, ou plutôt un sous -entendu, et la loi demande à être expliquée.
A prendre les faits eux-mêmes, selon les catégories dans lesquelles on peut les classer, on voit qu'ils se rapportent empirique^ ment à trois ordres: 1^ prédominance du père ou de la mère; 2^ juxtaposition parfaite des deux influences qui agissent égale* ment ; 3® combinaison parfaite de ses deux influences qui disparaissent l'une et l'autre, pour se retrouver dans un produit tout nouveau, et qui parait ne tenir ni de Tune ni de l'autre. L'enfant ressemble davantage à son père ou à sa roère; ou bien il représente les deux actions égales de l'un ou de Tautre; ou bien il est un composé nouveau, formé de l'un et de l'autre, et différent des deux .
Ces trois ordres de faits se peuvent rapporter à trois formules expérimentales, dont ensuite la raison se rend compte : formule d'élection^ formule de mélange, formule de combinaison (P. Lucas).
Selon la formule d'ÉLECTiON l'enfant ressemble plus à un de ses générateurs qu'à l'autre, soit dans l'ensemble, soit dans des détails d'organisation; quelquefois Taclion de l'un domine sur un point, l'action de l'autre domine sur un autre point. Cependant, dans ces cas, Tenfant porte encore deux influences séminales égales : l'une est plus puissante sur un point, mais Tautre la contre-balance sur un autre; Tune domine aujourd'hui, mais l'autre est latente et se réveillera à un moment donné ; l'enfant, dans sa jeunesse, ressem-
656 DBS IIODALlTftg.
blera à son père, et, plus tard, il ressemblera à sa mère; ou bien, raction de sa mère diminuera pendant sa vie, mais Taction du père, qui est restée latente en lui, se réveillera pour se manifester dans ses propres enfants, et Vinfiuence séminale passera au petit-fils ou à Tarrière- petit-fils. Doctrine d'une importance extrême, non-seulement en physiologie, mais aussi eu palhologie.
Selon la formule de nélangr, les deux actions séminales se développent concurremment égales : Tenrant est comme le composé de deux parties égales, de deux organismes juxtaposés^ dan» son ensemble, et dans chacune de ses parties, dans chacm) de ses actes, il représente la dualité qui lui a donné naissance. Ici, 1* loi d'égalité des facteurs est franche et nette.
Selon la formule de combinaison que M. Lucas s'est complu fort justement à bien préciser et à bieta distinguer de la formule du mélange, l'enfant est un type nouveau. 11 se fait une combinaison analogue à une combinaison chimique dans laquelle deux corps différents en engendrent un troisième tout différent des deux autres; comme l'oxygène et l'hydrogène se combinent pour faire de l'eao. Mais c'est là un point particulier sur lequel nous allons revenir à propos de l'innéité. Il y a ici une question qui échappe précisément à l'hérédité.
En réalité, il n'y a vraiment que deux formules radicales de l'hérédité^ car on ne peut appeler héréditaire ce qui est nouveau. Il n'y a que X élection et le mélange.
Sur un point quelconque de l'organisme, dans un des actes végétatifs ou animaux (et tous sans exception rentrent dans la loi), il peut y avoir : 1*" influence absolue du père ou de la mère, et ainsi l'enfant est de l'un ou de l'autre sexe; 2° influence dominante du père ou de la mère ; influence à peine sensible du second ; S"" mélange des deux influences à peu près égales, et de là, dans quelques cas, des monstruosités, comme dans les organes génitaux.
Mais ce qu'il faut encore remarquer, c'est que ces lois sont vala^ blés tout à la fois et pour l'ensemble de Tétre et pour chacune de ses parties et chacun de ses actes. Dans tout son ensemble, l'être peut tenir tout à fait de son père ou tout à fait de sa mère, ou tenir plutôt de l'un que de l'autre, avec influence sensible quoique amoindrie de celui qui ne domine pas. Puis, l'une de ses parties o« l'un de ses actes peut tenir tout à fait du père, un autre de la mère; ou bien l'un des générateurs prédominer avec influence sensible de l'autre, soit sur un point, soit sur un autre.
Le livre de M* Lucas, si riche en faits curieux assemblés de foules
DBS PBRSONNBS DB LA FAMILtt. — t'tfOMfk, LA FBMBIB, L'BNPANT. 655
parts, pourra être consulté pour tous les détails qu'il est absolu-* ment impossible de faire entrer dans cette étude. Il est la confirmation absolue des lois que nous venons d'indiquer sur Thérédité des actes végétatiTs, de sécrétion, d'absorption, denutrilion, de géné^ ration ; et des actes animaux, de sensibilité externe ou interne^ de l'ouie, de la mémoire, du senscommon, dé Testimativité, des ûttec-^ lions diverses de Timpulsion animale.
Nous ne perlons pas de riiérédité des maladies, parce que ce sujet revient à l'étiologie pathologique et à l'hygiène, maïs nous pouvons dire qu'elle rentre absolument et de tout point dans les formules générales que nous venons d'indiquer. Ce sont des dispositiom physiques dans lesquelles on retrouve les mêmes influences paternelles et la même înnéité, agissant selon les mêmes règles, et suivant la même évolution, la même marche que celles dont nous allons parler.
3"^ ÉvoiBtion o« natrciie de l'hérédité. — Ce point delà question n*a pas assez préoccupé M. Lucas, et nous le regrettons; il est d'une importance capitale et vraiment curieuse.
Chaque disposition héréditaire n'est pas éternelle, puisque par les alliances elle peut être diminuée ou amoindrie dans l'enfant par les autres dispositions du second générateur. De plus, elle a elle-même son origine, son développement, sa durée, son déclin. Et encore elle peut être dérangée, soit par une disposition innée, soit par une dis()o^tron acquise Expliquons-nous.
Quand ou est appelé comme médecin à étudier les dispositions pbysi((nes ou morales d'un malade, et à en rechercher les traces dsnssa famille, dans ses ascendants; et de même quand on étudie les effets du croisement dans les races animales, on trouve deux ordres de faits extrêmement curieux. En premier lieu , ce qu'on appelle les sauts de l'hérédité et les affinités de parentés étonnées; en seconri lieu, les intensités héréditaires suivant les générations.
En premier lieu, nous parlons des sauts de l'hérédité et des alH-* frites de parentés éloignées. Ainsi , telle disposition physique ou morale, ou morbide, se retrouve chez un être, qui ne la tient pas de ses père et mère, mais de l'un de ses aïeux ou d'un bisaïeul. Cette hérédité a sauté une ou deux générations; elle était chez l'un des ascendants, mais les alliances avec d'autres familles ont amené des dispositions dominatrices^ qui ont opprimé celle-ci pendant une ou deux géilératiotta; et, par suite d'une alliance avee un géoénr-
t>5ft DBS MODALlTiS.
t0ur plus faible, la disposition qui n'était que dominée^ non éteinte, ivparait dans un nouvel engendré. Ces croisements d'inflaenee sont lels« qu'une même disposition peut se retrouyer dans deux individus seulement, cousins ou arrière-cousins, tous les autres membres de la famille étant indemnes. Pour des dispositions physiques ou morales, ou morbides, pour des ressemblances, cela est quelque» fois saisissant. C'est ainsi qu'on pourrait croire parfois que deux cousins sont frères de même père, alors cependant qu'il n'en est rien absolument, et qu'on soupçonnerait bien à tort la vertu d'une femme.
M. P. Lucas a cité un certain nombre de faits très curieux de ces i sauts de l'hérédité, qui ne s'expliquent que par des influences qui viennent dominer une disposition héréditaire pendant une ou plu* sieurs générations, ou qui , à un moment donné, la font reparaître. Les dispositions nouvelles, amenées par des alliances ou par une innéité puissante, ou par des acquisitions de la vie, expliquent seules ces phénomènes.
En second lieu, nous devçns parler de l'intensité de l'hérédité suivant les générations; c'est un ordre de faits encore mal connu, et que nous avons eu l'occasion d'examiner, surtout à propos des maladies. Quand on observe une maladie constitutionnelle, comme la goutte ou la scrofule, on rencontre souvent ces cas différents d'hérédité : ou bien un individu qui ne peut rien rapporter à ses ascendants, et chez lequel la maladie^ bien que nettement accentuée, n'atteint pas tout le développement qu'elle peut avoir; ou bien un individu dont une ou deux des générations ascendantes ont été déjà frappées, et qui présente la maladie dans un dévelop* pcment complet, et pour ainsi dire à son summum d'intensité; oa bien enOn, un individu dont plusieurs générations ascendantes ont été frappées, mais plus gravement que lui. Il semble que la ma* ladie se montrant dans une génération, se développe chez les fils et les petits-fils, et, après avoir acquis son summum d'intensité, diminue et disparait dans les arrière-petits-enfants. Il y a là une curieuse évolution de l'hérédité qu'il importerait d'étudier, et qui doit avoir une durée variable selon les maladies ou les dispositkMis héréditaires. Dans plusieurs cas, il m'a semblé que la goutte faisait son évolution dans le cours de trois à quatre générations ; la scrofule durerait davantage, les afleclions vermineuses encore plus longtemps.
Pour bien juger do cet onire de faits, il fiiudrait tenir compte des alliances et des conditions de vie qui peavait accroître ou relar-
DES PERSONNES DE LA FAMILLE. — L'HOUMB, LA FEMME, l'eNFANT. 657
der l'évolution héréditaire. C'est là le sujet d'une magnifique étude qui est encore à Taire.
J'ai cru remarquer que cette même évolution se remarque pour les caractères moraux, intellectuels et organiques. De là une évolution héréditaire pour les Tamilles et les races. Tout le monde sait que les races animales s'épuisent à la longue, dépérissent, et ne se régénèrent que par le croisement, c'est-à-dire par la formation de races nouvelles. Il en est de même dans l'humanité. Des peuples se développent, croissent, durent un temps, puis dépérissent et s'affaissent. Chaque jour des familles nouvelles remplacent des familles déchues ou éteintes : on voit un homme se distinguer, sortir de son rang, puis son fils le surpasser, et ainsi les générations progresser jusqu'à un point où ensuite elles décroissent, s'affaiblissent et disparaissent dans la foule. A peine, aujourd'hui, peut-on citer quelques noms des anciennes familles de l'Europe; il n'en reste plus des premières familles conquérantes; sous Louis XIV, toute la noblesse tendait à se renouveler, et celle de nos jours est proportionnellement nouvelle. Quelquefois il semble qu'une aptitude intellectuelle très développée chez le père se soit épuisée avec lui, et que le fils en présente une tout opposée.
C'est par les fusions, par les croisements que les races animales et les familles humaines se conservent plus ou moins longtemps; mais il y a encore ici à distinguer. Le croisement entre races également développées n'a pas l'effet qu'on en attend, et c'est ainsi que pour la race chevaline, le croisement du pur sang anglais avec nos meilleurs chevaux n'a pas donné les résultats qu'on en attendait. De même pour les familles humaines, on a remarqué depuis longtemps qtie ce n'est pas par les alliances de noble à noble qu'un nom se conserve le mieux, mais bien plutôt par ce qu'on nomme les mésalliances de la noblesse avec la roture, surtout avec une famille roturière dont la période héréditaire est ce que l'on peut appeler ascendante.
/i° De la •pontanélté. — L'enfant naît comme le continuateur de la famille, par les dispositions multiples dont il hérite de ses générateurs. Mais à un autre point de vue, il est véritablement lui-même. Il n'est pas simplement dépositaire de choses acquises, il est aussi dépositaire de la qualité d'acquéreur ; et à ce dernier titre, tout en continuant la famille, il doit y avoir sa place originale, et y remplir son rôle de régénérateur; ce qu'il accomplit par la spontanéité que M. Lucas nomme Tinnéité.
FRÉDAULT. 42
La spontanéité peut être de deux sortes : créée pendant la géa tion, ou acquise pendant le cours de la vie. Nous avons parlé de dernière à propos des causes finales (liv. II, chap. iv), et montr comment une seconde nature peut s'engendrer au contact ci«:causes extérieures et de l'intention formelle delà disposition à l'ao te Ce que nous en avons dit est suffisant. Nous n'avons à parler î< que de Tinnéité créée pendant la génération, et de laquelle dép^ii ^ rindividualité séminale du nouvel élre.
Cette spontanéité ne peut être aujourd'hui niée par trop de faits Tattesten^; et H. P. Lucas s'est justement plu dans remarquable ouvrage à l'assurer sur un grand nombre d'exempl C'est à elle que sont dues ces individualités puissantes, qui constituent des familles, des races, des variétés dans l'espèce. Mais peut-être lui accorde-t-on une portée trop restreinte, en ne l'envisageant que dans ces cas remarquables où elle est irrécusable. E» réalité, elle est constante dans tous les individus, plus ou moins puissante chez les uns, plus ou moins éclipsée chez les autres, mais toujours présente et vivace..
Nous faisons ici une remarque que nous faisions plus haut à propos des formules de l'hérédité, que Ton avait ramenées à trois, mélange^ fusion et combinaison, cette dernière représentant rinnéîté: c'est que ces formules ne doivent pas être considérées comme dispersées selon les individus, mais bien comme constamment réunies chez tout individu, avec prédominance de l'une ou de l'autre. Ainsi on ne peut dire qu'un individu est seulement le mélange de ses générateurs, un autre leur fusion, un autre leur combinaison : tout individu représente à la fois le mélange, la fusion et la combinaison ; seulement l'une des formules peut dominer.
J'insiste surtout sur la présence de la formule de combinaison chez tout individu, parce que c'est elle qui produit l'individualité séminale dont la présence est obligatoire. C'est là surtout le point important de cette question.
Nous avons dit, en parlant de V individualité (liv. V, chap. i), que le principe formel est sous un mode personnel dans chaque individu ; mais comme ce principe n'est pas transmissible par génération, ce ne peut être lui seul qui individualise le produit de la génération, au moment de la fécondation ; il faut que les générateurs soient vraiment générateurs et qu'ils forment un être nouveaa qui ne soit pas eux. Si Tunion des germes n'était qu'un mélange ou une fusion, l'être nouveau ne serait pas véritablement nouveau. Il y aurait bien en lui un ensemble différent des deux ensembles pro-
DES PERSONNES DE LA FAMtLLB. -^ L^HOIIIiB, LA PEMUE, L'bNPANT. 659
ducteurs, mais tout ce qui serait en lui étant de ses générateurs, il n'y aurait rien de lui. Pour qu'il soit vraiment un être, qu'il ait ïunité, comme nous l'avons établi au livre il, chap. i, il faut nécessairement qu'on ne puisse pas dire de tout ce qui est en lui : Ceci est du père, ceci est de la mère; il f:iul absolument qu'on puisse dire : Ceci n'est ni du père, ni de la mère ; c'est de lui.
Et cela est nécessaire, non-seulement sur un point, mais surtout point; sans quoi, il y aurait une partie, un ix>int qui serait du i)ère ou de la mère qui ne serait pas de lui, qui ne serait pas lui. De sorte que, sous toute formule de mélange ou de fusion héréditaire, et dans tout point de l'éire nouveau, il y a quelque chose qui est de lui, qui est lui, qui n'est ni du pèie ni de la mère. En un mot, l'hérédité n'est pas absolue, ne peut jamais être absolue : elle est toujours plus ou moins modifiée par une spontanéité qui la supporte.
Cette spontanéité est lejproduit vrai de la génération, et atteste que l'acte producteur a vraiment doni\é un engendré, un être nouveau. Hais comment est-elle donnée ; comment nait-elie? C'est là un véritable mystère, comme on en trouve dans tout phénomène de la nature, quand on va au fond des choses ; c'est là le point où s'arrête l'esprit humain en toutes choses, et où il se trouve obligé de répéter : On ne connaît le tout de rien. 11 faut ici constater un fait, montrer ses analogies avec d'autres faits semblables, puis s'arrêter devant le quelque chose qui reste à savoir et qui échappe.
Les deux puissances séminales s'unissent, comme pourraient s'unir dans une combinaison chimique deux substances élémentaires, et il naît un être nouveau différent de ses générateurs, comme il naît un corps nouveau différent de ses éléments formateurs. Dans le produit nouveau, on voit bien qu'il reste quelque uitluence des générateurs, comme en chimit^, il reste dans le composé quelque chose des composants, et ainsi le composé d'oxygène et de plomb n'a pas la même pesanteur que le composé d'oxygène et d'hydrogène, parce que l'un des composants est plus lourd dans un des cuinposés que dans l'autre. Mais il y a chimiquement uu compose nouveau manifestant des propriétés toutes nouvelles et toutes différentes des éléments composants. De même, dans l'être engendré, il y a des dispositions toutes nouvelles différentes de celles des éléments géaérateurs. Voilà le fait et son analogie : la science ne Ya pas {rie» loin.
6S0 DBS MODALITtS.