‹ Physiologie généraleChapitre 68 sur 107 · DS8 RACES BUMA1NIS · texte numérisé non relu

DS8 RACES BUMA1NIS

Les traditions les plus anciennes rapportent que notre espèce est dérivée d'une première famille vinique, laquelle en se 'multipliant, en a créé un grand nombre d'autres, et est l'origine de tous les peuples. Ces traditions, déposées dans un livre sacré, dans le plus ancien témoignage écrit que nous possédions, et qui est au moins respectable pour ceux qui n'y ajoutent pas foi, ces traditions, dîs-je, ont été violemment attaquées dans le siècle dernier et au commencement du nôtre, mais elles sont sorties triomphantes dans le débat scientifique sérieux qu'elles ont soulevé. Nous l'avons montré, et on pourra le constater dans les Discours du cardinal Wiseman, dans le 1'' vol. de V Histoire universelle de Césaf Cantu, et dans les Etudes sur le christianisme de M. A. Nicolas. Les pn^ugés, les passions, l'esprit d'erreur se peuvent môme révolter, mais la science leur impose silence, de tout le poids de son autorité. 11 demeure acquis au débat que les espèces ont été créées et se perpétuent dans la fixité et l'unité ; que les hommes procèdent tous d^une môme famille et sont d'une même espèce.

Il nous reste à montrer comment l'espèce humaine se partage en races ou variétés différentes, et dans cette exposition, nous assurerons encore davantage ces principes que nous avons démontrés, de Vunité et la fixité de l'espèce.

Nous partagerons ce sujet en trois paragraphes : dans l'un, nous étudierons la formation des races; dans l'autre, leur division ou classification; dans le troisième, Y ethnographie.

g 1. — Be lu formation de« rm/teë hamainetf.

Chaque homme, en se développant et en vivant, se manifeste soumis à quatre influences : celle de V espèce, qui l'enferme dans les limites de sa nature; celle de Vtndividu, qui lui laisse la latitude de son individualité ; celle des circonstances, qui le modifient selon les conditions où il se trouve ; celle de Vkérédité, qui le rattache à ses ascendants et à ses descendants. C'est sous l'action de ces quatre influences que se forment les races humaines ; examinons la portée de chacune d'elles. Nous reprendrons ici des idées et des faits qui ont été déjà examinés au I" livre, mais nous croyons utile de les résumer à un autre point de vue.

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I. iniiaewce de l'espèce. — L'homme est ua animal raisonnable et moral, politique et religieux, parleur, bipède et bimane, monadelphe, nu et industriel, artiste, ayant Les caractères organiques que nous lui avons assignés, et se manifestant par les trois facultés végétative, animale et intellectuelle. A ces caractères, il se distingue de tout autre être de la création, et nul ne le peut confondre avec un autre.

Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que ces caractères l'enferment dans un cercle dont il ne peut sortir, dans des limites au delà et en deçà desquelles il ne peut exister. Certes, chacun de ces caractères peut varier, mais les variations ne peuvent sortir des limites de l'espèce. On trouve des anomalies et des monstruosités, mais avec elles encore, l'homme est toujours l'homme avec l'ensemble de toutes ses facultés.

La raison se rencontre à des degrés divers, et il y a loin de l'homme de génie à l'idiot ; mais, chez celui-ci môme, il y a encore comme l'ombre de la raison, et nul ne le peut assimiler complètement à l'animaL

Cet être moral et libre a des hauts .et des bas : il est admirable dans la sainteté, superbe dans son indépendance. U est bien avili dans ses passions et dans la folie, esclave dans ses vices et dans ses aliénations; mais, jusque dans ses abaissements et sa captivité mentale, il a le reflet de sa nature, et le moraliste comme l'aliéniste savent faire jaillir en lui quelque lumière de sa grandeur.

On voit des misanthropes et des sortes de monstres qui fuient toute société de leurs semblables ; mais il y a en eux un reste d'impulsion qui les oblige à la société, et s'ils fuient leurs semblables, ils recherchent la compagnie des animaux et des objets de la nature.

Il y a des monstres d'impiété, mais ces malheureux qui chas* sent Dieu de leur cœur, ne le peuvent expulser de leur nature, et se prosternent devant leurs idoles. A^ bien voir les choses, a dit un auteur célèbre, il n'y a pas d'homme qu'on puisse dire véritablement athée, et on ne peut comprendre cet être sans une lueur au moins de tendance religieuse.

Il y a des muets; mais l'abbé de l'Épée a prouvé qu'il n'y a que de la mutité vocale, et que si la pensée ne se peut faire jour par des suns, elle peut se traduire par des signes.

Des femmes mettent au monde plusieurs enfants, jusqu'à trois et quatre dans des cas rares ; mais, dans ces cas même, la nature montre que la femme est roonadelphe : Yun de ces enfants es( tp^-^

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jours plus développé que les autres, ce qui n'arrive pas dans les espèces animales qui ont plusieurs petits.

L'homme nu est quelquefois plus abondamment couvert de poils, mais sa nudité se trahit invinciblement par le besoin delà couvrir; et à quelque latitude qu*on l'observe, à quelque peuple qu'il appartienne, il se signale par son industrie variable comme sa condition et sa civilisation.

Enfin, les caractères organiques ont leurs limites au delà desquelles il n'y a que des monstres et une impossibilité vitale; et usque dans ces aberrations du développement, l'homme est toujours récônnaissable pour appartenir à son espèce.

Concluons donc que l'homme a beau varier, que c'est en vain que des influences diverses le modifiant et U diversifient: son développement est toujours renfermé dans les limites de sa nature et de son espèce.

II. infloen^es indMdiieiieM. — Mais cette espèce se compose de personnes, dont chacune a son individualité propre.

Cette individualité se manifeste dans le développement des facultés et dans le développement organique, et nous avons vu que l'enfant pouvait naître tout à fait diflTérent de ses générateurs. On ne connaît pas souvent les causes par lesquelles cette individualité se manifeste si différente des autres et si prononcée en quelques cas; on les peut rapporter, comme on l'a fait, à des vices de développement, à des exagérations sur un point, à des amoindrissements ou des arrêts de développement sur un autre ; mais, quoi qu'il en puisse être des explications, l'enfant naît et se développe quelquefois sons une forme toute différente de ses ascendants. Ainsi, comme M. Lucas le conclut des faits, « les individus ne participent point » tous nécessairement, ni à un même degré, à Torganisation phy- » sîque de la famille, à l'organisation physique de la race, à l'orga- » nisation physique dç Tespèce elle-même. La loi D'mvBfiTiON ou de » diversité de la force primordiale, transpire entièrement dans leur D raocRÈATiON, et sous toutes les formes plastiques de l'existence, » ré^it profondément les caractères des types auxquels ils appar- » tiennent. » {De VhMdité, t. I, p. i39.) ^

En un mot, l'individualité peut créer des types individuels tout particuliers, comme nous Pavons vu dans le chapitre précédent; et ces individualités peux'ent être la souche de races nouvelles, slls transmettent ces particularités à leurs descendants. Pas n'est besoin pour expliquer l'origine de ces races, d'imaginer des hommes cieri'

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gèneSj produits un jour dans un pays, comme des champignons dans un bois. On ne pouvait jusqu'ici opposer à cette prétention que son ridicule et les traditions , et c'était déjà beaucoup sans doute que de lui demander qu'elle démontr&t la création d'un seul homme aborigène, que de la presser à reconnaître qu'elle ne pouvait fournir aucune preuve de cette formation s(tontanée, que de la convaincre qu'elle n'était qu'une absurde hypothèse. Aujourd'hui, la science lui oppose la loi de Vindividualité et de la spontanéité.

III. iBiiiienees des «irtsonstaBecs. — Bufion, dans son Histoire

naturelle de l'homme, à l'article Variétés de Vespèce humaine, s'est beaucoup attaché à ces circonstances. « J'admettrais donc, dit-il, » trois causes qui toutes trois concourent à produire les variétés » que nous remarquons dans les différents peuples de la terre. La » première est l'influence du climat; la seconde, qui lient beaucoup » à la première, est la nourriture; et la troisième, qui tient encore » plus à la première et à la seconde, ce sont les mœurs. »

On a vivement critiqué Buifon d'avoir trop accordé à ces causes ; mais ne faut-il pas craindre aussi de les trop récuser? Sans affirmer que le climat, la nourriture et les mœurs ont une action unique sur la formation des variétés humaines, on peut légitimement soutenir que ces causes ne sont pas sans influence. Quel médecin ne sait combien les tempéraments changent sous les divers climats, et qui ne voit que ces changements des tempéraments ne peuvent être sans influence dans la disposition organique? Sans sortir même de notre pays, les médecins ne savent-ils pas combien les tempéraments, les dispositions organiques, la taille, les traits, les formes extérieures, sont différents entre les habitants des villes et ceux des campagnes; combien ils se modifient et combien les organisations s'altèrent par l'habitation dans les villes? Ne voyons-nous pas chaque jour ces difTérences se manifester même selon les conditions sociales, les tempéraments et les formes se changer selon les mœurs et l'état dévie des diverses positions? Il faut, pour comprendre BufTon en ce sujet, lire son article sur la Dégénération des animaux.

Qu'on veuille bien se reporter à ce que nous avons dit de ce sujet au livre I", chap. ni. Nous ne citerons ici que quelques faits réunis par le cardinal Wiseman, dans ses Discours, p. 154 et suivantes :

< De la même manière, dit-il. Long, dans son Histoire de la Ja- » manque, et Edwards, dans son Histoire des Antilles, ont tons deux » remarqué que les crânes des colons blancs établis dans ces Hes

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» diffèrent sensiblement pour la forme de ceux d'Europe, et se rap- » prochent de la configuration américaine. »

« Le docteur Prichard assure également, d'après de graves au- » torités, qu'à la troisième génération les esclaves qui, aux Etats- D Unis, sont attachés au service de la maison, ont le nez moins » déprimé, la bouche et les lèvres moins saillantes, et, en môme » temps leur chevelure devient plus longue à chaque génération » successive. Les esclaves qui travaillent aux champs, au contraire, » conservent beaucoup plus longtemps leur forme originaire. » (Vol. II, p. 565.)

c Caldani rapporte l'exemple d'un cordonnier nègre qui, ayant » été amené très jeune à Venise, avait subi une telle modification » dans sa couleur, qu'il n'était pas plus foncé qu'un Européen affecté )) d'une légère jaunisse, et, dans ce cas, il parle d'après une oiiserv> vation personnelle. » [Institut, physiolog. auctore, L. M. Yen. , 1 789, p. 151.)

a Cuvier a fait observer que la servitude ou la domesticité était le » plus puissant agent qu'on ait encore découvert pour produire des » modifications d'animaux, et la plus grande variété obtenue jus- » qu'à présent l'a été parce moyen. » {Discours préliminaire. Voyei aussi Blumenbach , dans son chapitre intitulé Ausarling des Wollkommesten aller Hausthièrey des Meschenu, dans l'ouvrage Beitragt zur Naturgeschichte, part. 1 ; Goettingue, 1700, p. Ul.)

« Pour chacune de nos espèces domestiques, dit M. Flourens, » toutes les races viennent si bien d'une race, que, dans certaines » conditions données, toutes reviennent à une. Nos chiens, noscbe- » vaux, redevenus libres en Amérique, sont revenus aune couleur » uniforme, à un type unique. Le chien y a perdu son aboiement; » il y a repris ses oreilles droites. Le cochon y est revenu sanglier. » [Histoire des travaux et des idées de Buffbn, 1850, p. 170.)

c< La civilisation, reprend le C. Wismann, est ce qui approche le » plus de cet agent dans l'homme, et doit môme être plus forte, à )) cause de son influence morale. 11 n'y a point de doute que le 0 genre de vie, les aliments, les Aises, et le degré d'intelligence et )) d'éducation dont on Jouit ne produisent un effet puissant et per- » manent sur des natures de même origine.

» Un voyageur moderne en Syrie a remarqué la difiërence qui « existe entre les Bédouins et les fellahs du Hauran. Les premiers, » ou Arabes nomades, toujours exposés aux accidents et aux fati- » gués d'une vie errante et active, ont des formes svehes, la face » petite et la bouche peu garnie. Les autres, ou Arabes sédentaires,

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> sont gros et robustes, ont une barbe touffue, mais manquent de » ce regard perçant de leurs] frères du désert. Et cependant on ne

> peut pas mettre en question que ces deux classes ne soient en réa-* » îité une seule nation , parlant la même langue et habitant le )) même climat. Qui cause donc la différence entre eux? Sans aucun » doute leur genre de vie ; car cet exact observateur ajoute que, D jusqu'à l'âge de seize ans, rien ne les distingue. » (Burkhardt, Traveh in Syria^ version allemande de Weimar, 1823, part. 1, p. ^56.) Dans un autre ouvrage, il dit qu'une égale disparité peut se remarquer dans leurs dispositions. {Notes on the Bédouins and

Wahabees, Lond., 1830, p. 10^.)

tt Jaksou fait la même observation sur les Arabes qui habitent les » villes dans le royanme de Maroc et les Bédouins qui vivent sous » les tentes. Les fellouks de Haha, dit-il , se distinguent par la » physionomie des Arabes des plaines , et même des fellahs de » Susa, bien que, par le langage, les coutumes et la manière de » vivre, ils ressemblent aux derniers. » [An Account ofthe empire of Marocco. Lond., 1811, p. 18.)

» Et même parmi les Bédouins, Volney a remarqué qu'on pouvait » apercevoir une différence entre le peuple et les chefs, les scheiks » ou princes, qui, se nourrissant mieux, sont plus grands, plus » robustes, et ont meilleure mine que leurs plus pauvres sujets, » lesquels vivent avec six onces de pain par jour. » [Voyage en Egypte et en Syrie, Paris, 1787. t. I, p. 357.)

Enfin, car il faut se borner ; « Peut*être que la démonstration la » plus extraordinaire de l'influence permanente des habitudes ou » des manières d'être sur les différences races, peut se tirer de la » forme des dents. Blumenbach a remarqué que les dents de l'homme » indiquent manifestement qu'il est un animal omnivore. Mais chez » quelques nations, probablement par l'usage d'un aliment qui » exigeait une grande mastication , les incisives sont devenues » émousiiées et arrondies, et les dents canines ne se distinguent plus 1 des molaires. C'est le cas pour beaucoup et peut-être pour la plu- » part des momies égyptiennes ; de même que pour les Groenlandais » et les Esquimaux qui mangent leur viande sans la faire cuire, et » avec des contorsions de mâchoire extraordumires.» (Blumenbach, De generis humani varietate^ p. 27, 22ti.)

Concluons donc que le climat, la nourriture et les mœurs ne sont pas sans influence sur la formation des variétés de l'espèce humaine.

IV. Influence héréditaire. — Nous n'avons pas besoin d'insister sur celte influence ; nous en avons dit suffîsamnient déjà au chapitre précédent et au livre IV.

Nous savons que ces modifications resserrées dans les limites de Vespèce, el produites sous Tinfluence de Y individualité ou des circonstances, peuvent se transmettre par génération au lils qui à son tour le transmet à ses descendants, et former ainsi des races.

Tantôt, c'est une modification tout entière de l'individu qui se transmet; et la race diffère alors des autres par des caractères multiples.

D'aulresfois, il yadansla génération <?/ecftVm d'un ou de deux caractères. On sait comment les Capétiens ont été caractérisés par le volume de la tète, et les Bourbons par la forme du nez.

Mais les races se mêlent, se croisent, et les individus qui résultent de ces croisements, et qui peuvent à leur tour être la souche d'une race^ portent des caractères mélangés. Ainsi, l'Américain tiendra de l'Asiatique et de l'Européen : le Malais de la race sémitique et de la race nègre par un mélange combiné; le fellah aura le type sémitique et la couleur de nègre. Il y a comme le remarque M. Lucas, tantôt mélange, et tantôt combinaison.

Nous connaissons ces lois, allons aux faits.

§ 2. — DIvlAlon et elassllleallen des raeeii hamainea.

(Ethnoloc^e.)

Il s'agit de savoir à combien de variétés ou de races principales on peut rattacher tous les individus humains. Telle est la question scientifique.

Jusqu'au siècle dernier, la question n'avait pas été posée. Les traditions hébraïques enseignaient que l'espèce humaine avait été presque anéantie par le déluge, qu'il n'en était resté qu'une seule famille, le père, la mère et trois couples, desquels étaient issus tous les hommes nés depuis; qu'en un mot, l'espèce humaine s'était renouvelée après le déluge des trois races de Sem, Cham et Japket^ les sémitiques en Asie» les ehamites en Asie et en Afrique, \e&japkétiens dans l'Inde et l'Europe. Chez les Grecs, la question ne fut pas agitée; seulement Aristote reconnut trois races, les Égyptiens, les Thraces et les Scythes, On croyait vaguement encore sons la civili» sation antique, que les peuples qui habitaient le monde connu venaient de mi^rariom, ou étaient a^ori^én^s. Le christianisme vint

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alors répandre les traditions hébraïques; et pendant plusieurs siècles, il fut généralement admis, aussi bien chez les chrétiens que chez les mahométans, que l'espèce humaine se rattachait aux trois races sémitiques, chamites et japhé tiennes. Au xv* et au xvi* siècle, lors de la découverte de VAmérique, on n*eut pas un doute que les peuples habitant ce pays, ne Fussent de la ginmde famille humaine, et on les rattachait à des migrations antérieures.

Enfin au xvni* siècle, Buffon ayant pris la question de la variété des races humaines, et ayant conclu à l'unité de Tespèce, souleva la réprobation et le rire de Voltaire, nous l'avons rapporté. Dès lors le débat fut engagé. Blumenbach et Cuvier entrèrent- les premiers dans Tarène scientifique, et conclurent à la sanction du récit hébraïque. Demaillet , Robinet, Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire, nièrent les espèces. Puis on imagina que les hommes étaient aborigènes, nés comme des champignons en des lieux diflërents, et ce fut à qui donnerait le nombre des espèces ou types primitifs. Bory- Saint-Vincent, Desmoulins et Ph. Bérard se sont illustrés en cette matière.

La question est donc bien simple, elle se réduit à ceci : tous les hommes se rat tachent -ils bien à trois races primitives? Il ne s'agit pas, quVm le remarque, de chercher combion il peut y avoir aujourd'hui de types parfaitement distincts, et combien il a pu y en avoir dans les siècles écoulés depuis que le monde existe : ce serait là une question purement historique, et qui sortirait du cercle des sciences naturelles. On ne lui pourrait répondre que l'histoire à la main, partant de la famille primitive, montrant la formation des familles secondaires, suivant la constitution des peuples, puis, les migrations, les invasions, les croisements de races et de peuples, assistant à la chute des uns et à la formation des autres, jusqu'à nos jours ; en un mot, c'est l'histoire, et l'histoire dans tous ses détails, esquissant non-seulement la g«^néalogie des peuples, mais aussi la généalogie des familles individuelles. Encore une fois, ce n'est pas de cela qu'il s'agit ; la question est de savoir si l'humanité se rattache à trois grandes races ou non. si elle en porte les caractères.

Pour cette solution, trois méthodes sont proposées : !• la méthode historique, qui n'est pas de notre sujet et pour laquelle nous ren* voyons h V Histoire universelle; 7? la méthode linguistique, dont nous devons dire un mot; 8* la méthode naturaliste, qui doit surtout nous occuper.

I. Miéth<»de lin^visti^iic. — Un mot seulement sur ce sujet dans

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lequel il serait trop long d'entrer. On trouvera les éléments de son étude dans les deux premiers discours du cardinal Wiseman, et dans les Traités et dictionnaires de linguistique.

Les langues parlées sur la surface du globe sont au nombre d'environ 2000. On espérait au xvn* siècle leur trouver une souche commune, et Ton commença de rechercher quelle avait pu être la langue primitive de Thumanité. Leibnitz indiquait que l'élude des langues pouvait servir à suivre les migrations des peuples, ettrouvaitainsi que les anciens cophtes devaient être d'origine sémitique. Mais vers la fin du siècle dernier, la science prit une autre direction : on s'occupa de l'affinité des langues, et l'on trouva bientôt qu'elles peuvent être réunies en groupes. Le jésuite D. LorenzoHervasy Pandura, l'Académie de Saint-Pétersbourg sous l'influence de Catherine, John Werdin mieux connu sous le nom de P. Paulin de Saint-Barthélémy, la société de Calcutta, les deux Adelung père et fils, J. Severinus Vater, le colonel Vans Kennedy, Franz Bopp, Humboldt, Balbi, Abel Rémusat, Frédéric Schlegel et beaucoup d'autres, s'efforcèrent de trouver les affinités que présentent les langues, et d'établir des groupes, des sortes de races.

On trouve trois formes principales dans les langues : la monosyllabique, que l'on pourrait attribuer aux descendants de Cham ; la bisyllabique, ou indo-européenne, que l'on rapporte à la race de Japhet; et la trisyllabique ou sémitique. Leurs caractères sont ainsi résumés par un historien célèbre et récent :

a Nous ne rechercherons pas quel fut le langage primitif; c*est une question de vanité chez d'anciens peuples, pour la solution de laquelle les données nous manquent. Peut-être a-t-il péri, peut-être s'altéra-t-il quand Dieu se prit à regarder la tour de Babel, édifiée par les descendants de Noé, formant un seul peuple, parlant le même langage [ecce unus est populus et unum labium omnibus [Gen. xi]j, confondit tellement ce langage qu'ils ne s'entendirent plus les uns les autres. A cette époque commence l'histoire des langues, dont les variétés peuvent être considérées comme unepyramideà trois étages.

» En premier, viennent celles de racines monosyllabiques, et de paroles primitives : elles n'ont point de grammaire, ou seulement quelques éléments grossiers d'une méthode très simple et imparfaite; elles sont, sans comparaison, les plus répandues sur la surface du globe. Dans le nombre domine le chinois, qui s'est développé autant que sa nature parait le permettre, et toutefois il ressemble aux cris d'un enfant, énergique, mais sans liaison, bien que l'art du style et l'accroissement de la science l'aient élevé de cette

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espèce d'enfance à un état de forme conventionnelle. — Note, On peut avoir une idée de ce langage par celui des sourds-muets, qui exprime les simples signes des idées sans qu'elles soient liées dans leur ordre naturel. Par exemple le Pater noster s'exprime par les signes 1, notre; 2, père; 3, ciel; û, dans (signe d'insertion) ; 5» désir (signe d'attirer à soi) ; 6, votre (vous); 7, nom; 8, respect; 9, désir; 10, votre; 11, arrive; 12, règne; 13, providence; Mx, arrive; 15, désir; 16, votre; 17, volonté; 18, faire; 19, ciel; 20, terre; 21, égalité, etc. (DeGerando, De l'éducation des sovrds-muets. Paris, 1827, t. I, p. 589.) (A cette forme se rattachent le malais, les langues polynésiennes.)

» La seconde tige porte trois rameaux différents, indo-persan, gréco-latin, gotlio-germain, déracines bisyllabiques (1), aussi senton dans ses langues une grande puissance de vie, beaucoup de fécondité et de luxe dans la grammaire, et d'autant plus de richesse et derégularité qu'elles se rapprochent davantage de celles de l'Inde. Peu à peu elles se développent en se transformant; on y trouve tout d'abord une grande abondance de poésie, et par suite une merveilleuse variété d'exposition et de forme ; enfin la plus exacte précision du langage scientifique. (A cette forme se rattachent les anciennes langues de l'Inde, le pehlvi, le zend, le sanscrit et les langues modernes de l'Indo-Perse, l'ancien et le nouveau grec, le latin et ses dérivés modernes qui se parlent dans l'Europe; on y rattache aussi le slave et le celtique.)

» Au sommet de la pyramide sont les langues sémitiques, qui se répandirent dans la Palestine, la Syrie, la Mésopotamie (l'Assyrie), la Phénicie, l'Arabie, l'Ethiopie, et dont les principales sont Fhébraîque avec le phénicien et le chananéon, Tarabienne, subdivisée en syriaque et en chaldéen, l'arabique et l'éthiopienne, d'où sont dérivés les idiomes de l'Abyssinie, le pehlvi de l'antique Hédie lui appartenait aussi (2).

(1) Ces langues, que Tauteur appelle ici bisyllabiques, ont une racine niono*> syllabique ; mais celte racine n'est jamais isolée, elle est toujours chargée d*un atfixej le plus souvent d'un suffixe, quelquefois d*un préfixe. La racine unie a TafTixe, forme le radical (ne pas confondre avec la racine) qui peut varier sui* vant les inflexions que prend la racine pour des désignations diflTérentes, soit dans les mots, soit dans les temps des verbes ; la désinence s'infléchit pour former les cas, les nombres, les personnes, les temps, les modes. (Consultez entrer autres les iVofiotis élémentaires de grammaire comparée^ par Egger. Paris, 1854.) F, F.

(2) Il faut ici faire une remarque : le pehlvi se rattache, il est vrai, aux langues sémitiques, p.ir le pln< grand nombre des mots qui s'y trouvent; mais

)> Dans ces dernières, la racine est constamment de trois syllabes, puisque chacune des ieltres dont elle est régulièrement composée, compte et se prononce comme une syllabe, trinité et unité qui ne soni pas sansmystère, et qui se reproduisent si souvent danslesœuvres de la nature. Selon les lois de la dérivation des mots hébraïques, le verbe est le principe duquel tout découle. Il n'est pas besoin de dire tout ce que ce mode donne à Texpression de vitalité el de chaleur^ bien que d'autre part la généralité de cette loi impose des bornes au développement des contractions grammaticales. Lesaugments et le changement des voyelles soumettent le radical à des transformations infinies, et tandis que les formes pour les divecs temps manquent à la conjugaison, on y trouve une grande variété d'inflexions aptes à modifier la signification et à étendre la valeur des verbes, à la fin desquels s'unissent les suffixes des noms personnels {non -seulement les noms de personnes, mais aussi les noms de choses sont attachés aux verbes, de sorte que toute la nature parle dans ces langues). Dans le rapport du génitif, c'est le substantif qui « modifie au lieu de Tadjectit; les lettres aspirées et les sons gutturaux y sont en grand nombre. Les langues sémitiques s'écrivent avec les seules consonnes, en suppléant les voyelles par des points, et de droite à gauche, à l'exception de Téthiopique. Etant donc privées de particules et de conjonctions propres à préciser le rapport des paroles entre elles, roides de construction et limitées aux images d'action extérieure, elles ne sont pas de nature à élever l'cs^ prit à des idées abstraites et spéculatives ; elles sont, en revanche, très favorables aux récits historiques, et à cette brillante poésie où les impressions et les sensations se succèdent avec rapidité; aussi n'ont-elles fourni aucune école de philosophie rationnelle, et dans leurs plus sublimes compositions on ne rencontre pas un seul élément de pensée métaphysique. Les plus hautes révélations de la foi, les prophéties les plusefi'rayantes, la plus sage morale sont, dans la Bible, revêtus d'images corporelles; il faut en dire autant du Coran, ce qui fait considérer les peuples qui parlent ces langues comme spécialement destinés à conserver les traditions.

ses formes grammaticales, qui sont le principal élément de la comparaison des langues, le rattachent aux langues indo-germaniques. Il y a de même dans chaque langue des mots étrangers, en plus ou moins grand nombre, empruntés aux nations voisines, et qui ont été introduits par des rapports entre les peuples; aussi, dans les débuts de la philologie comparée, alors qu'on ne faisait alteotiofl qu'aux mots analogues, on s'est souvent trompé ; depuis qu'on a porté Tétude sur les formefl grammaticales, on a saisi la clef des langues. F. F.

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» Dans les idiomes européens» nous admirons une grande flexibilité propre à exprimer -les relations internes ou externes entre les objets, et cela au moyen de Tinflexion des noms» des propositions, des particules, des temps conditionnels, des intinitifs, de la composition des mots» de la difficulté d'intervertir la construction et de transporter les expressions d*un sens matériel à un autre purement intellectuel, ce qui les rend plus propres à formuler les hautes conceptions de Tesprit et les subtilités de la philosophie. Voilà pourquoi dans Tlnde, en Grèce, en Allemagne, les formes des idées ont été analysées jusque dans leurs éléments primitifs, et si nous avons trouvé les autres langages favorables à la conservation des traditions, nous devons reconnaître que ceux-ci sont aptes à les répandre et à les appuyer de preuves.» (G. Cantu, Hist. univ.^ t. I", p. 136 et suiv. Paris, 1853.)

Gette citation résume parfaitement ce que Ton pourrait appeler rétat solide de la science. Je sais bien (|ue M. Bergmann (de Strasbourg) a prétendu que beaucoup de mots du chinois étaient ou devaient avoir été primitivement polysyllabiques, et Klaproth disait que Ton pouvait réduire toutes les langues de Tunivcrs à des radicaux monosyllabiques. D'une autre part, on a remarqué duis les langues sémitiques, dans Thébreux, par exemple, que presque-tous les radicaux quatrisyllabiques ne sont que des redoublements d'un disyllabisine. Mais il reste dans les langues sémitiques tous les radicîiux trisyllabiques, et beaucoup de quatii et quiniisyllabiques non réductibles, dénotant une formation linguistique parfaitement distincte. D'un autre côté, le monosyllabisme de toutes les langues transgangétiques, du cophte, du thibétian, de quelques langues ouraliennes et africaines, a été parfaitement assuré par G. de Humboit, et il n'est pas un orientaliste qui ne concède ce que ce savant a si justement établi, à savoir que le monosyllabisme est moins basé sur le nombre des syllabes du radical, toujours contestable, que sur l'absence des afiixes grammaticaux.

En résumé, il y a bien dans la formation des langues trois caractères principaux, on pourrait dire trois génies particuliers, qui dénotent dans toute la famille humaine trois races principales. Sur ce point il n'y a pas un mot sérieux de controverse dans lu linguistique. M. Renan lui-même n'a si bien isolé les langues sémitiques que pour en accuser le génie tout particulier.

Maintenant, croire que toutes les langues du globe se rattachent carrément à l'une de ces trois formes, c'est croire une erreur. Il faut dire, au contraire, que les langues sont confondues, et commeil

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n'y a pas une race restée pure, il n'y a pas une langue qui n*ait été pi us ou moins altérée dans des fusions diverses. Les races se sont prêté quelque chose de leurs caractères physiques et de leurs langues, des mots ont pénétré de Tune dans Tautre, et quelquefois môme la grammaire a été altérée au contact. Ainsi, dans les langues monosyllabiques les plus caractérisées dans le chinois, le thibétain, l'égyptien ancien, il y a des mots sémitiques et parfois des inflexions qui rappellent un autre génie. Danslecophte, qui n*est que Tégyptien moderne, l'introduction du grec se sent à chaque pas, surtout par les mots nouveaux, et aussi par quelques redoublements dans le verbe. Quelquefois une langue s'est produite avec ce singulier phénomène que tous les mots du dictionnaire sont d'une race, et les formes grammaticales d'une autre, et c'est ainsi que le pehlvi dont presque tous les mots sont sémitiques, possède une grammaire indo-européenne ; de même le kawi dont presque tous les mots sont dérivés du sanscrit, possède une grammaire javanaise.

II faut aussi remarquer que les peuples ne peuvent être distingués sûrement par leur langage. Et en effet, un peuple parle quelquefois une langue qui appartient à une autre race. C'est ainsi que les Phéniciens et presque tous les peuples de Chanaan parlaient une langue sémitique, bien qu'ils fussent des Chusites. En Âsie^ le parsis était devenu une langue universelle, bien que la majorité de la population fût sémitique. Aussi n'esl-il pas question de se baser seulement sur la linguistique pour asseoir l'ethnographie, c'est simplement un secours.

A ce titre il demeure établi que toutes les langues de la grande amille humaine se rapportent d'une manière générale à trois procédés de formation très distincts, et qui dénotent trois races principales.

II. Méthode nataraiiste. — Cette méthode consiste à tenir compte des caractères naturels de l'organisation, ou, comme on l'a dit, de Vorganographie. Le meilleur ouvrage à consulter sur ce point est celui du docteur Prichard. {Histoire naturelle de r homme, traduit de l'anglais, par Roulin, 2 vol. in-8'. Paris, 1843.)

On distinguait autrefois les raœs suivant la couleur de la peau. Aristote avait signalé la correspondance de la couleur de la peau avec celle de l'iris, ce que Hunter a démontré dans les animaux, et ce que Blumenbach a confirmé pour les races humaines.

Powoal, le premier, indiqua qu'il serait utile, pour la distinction des races humaines, de tenir compte de la conformation du crâne; mais il s'en tint h cet aperçu (New Collection of voyage. Lon-

DSS HACBS HUMAINES. 673

don, 1767» vol. II, p. 273.) Mais Camper mit le premier celle idée en pralique, en mesurant Tangle facial qui fait deux lignes, donl l'une verticale, longeant le front et Tarcade dentaire supérieure, vient se rencontrer à l'épine nasale supérieure avec la seconde qui part du conduit auditif. Il constata que cet angle, qui est très aigu dans les espèces animales, est de 58 degrés au plus dans l'espèce Orang, qui approche le plus de l'homme, et qu'il est au moins de 70 degrés dans i'Ëthiopien et le Kalmouk, qu'il va jusqu'à 80 degrés chez l'Européen, et que dans les statues grecques antiques, données comme modèles de la forme humaine, il mesure jusqu'à 95 degrés et même 110 degrés. {Dissertation physique sur les différences réelles que présentent les traita du visoge chez les hommes de différents pays, Ulrecht, 1791.)

Blumeubach reprocha à celte méthode d'être beaucoup trop vague, et surtout de ne pas tenir compte de la largeur du crâne et de la conformation de la tbce, qui sont les caractères les plus saillants des races. L'objection est sérieuse, cl Blumenbach n'eut pas seulement le mérite de la produire, il eut celui, beaucoup plus grand, d'y suppléer; après lui, la classification des races humaines est restée définitive, sans qu'on puisse y déroger de beaucoup. {De generis humani varietate^ Gœttingue, 1795.)

Il réunit un nombre considérable de crânes, la plus complète collection qui existe de presque toutes, les nations du globe, et montra que l'on y distinguait cinq types, dont deux secondaires et TROIS principaux. En posant les crânes à plat sur une table, et en les regardant de haut en bas, on aperçoit d'abord les différences tranchées des trois types principaux : i° le type caucasien a une forme crânienne un peu oblongue, les apophyses zygomatiques détachées, la face à peine visible et n'étant tout au plus saisissable que par la saillie des os propres du nez ; 2'' le type mongolien a une forme crânienne plus ronde, les apophyses zygomatiques plus saillantes, quoique plus rapprochées des parois du crâne, la face plus saillante, surtout par ses os malaires; 3<* le type éthiopien ou nègre a le crâne plus allongé que le type caucasien, les apophyses zygomatiques moins saillantes que dans le type mongolien, mais plus détachées du crâne que dans le type caucasien, la face proéminente surtout par l'épine nasale et les arcades dentaires. Outre ces trois types principaux, on découvre le type malais qui tient le milieu entre le type mongolien et le type éthiopien, et le type américain, des races américaines, qui tient le milieu entre le type caucasien et le type mongole.

FRÉDAULT. 43

Il reconnut aussi le rapport entre la couleur des cheveux, la couleur de la peau et celle de l'iris, et constata encore par ces trois caractères trois races principales : l"* la race blanche ou blonde, ayant les cheveux onduleux et flottants, médiocrement épais, doux au toucher, de couleur blonde ou rousse, avec le teint blond oa très vif, les yeux de couleur claire ; T la race notre, avec les cheveux courts et laineux, très épais, crépus, la peau noire, les yeux noirs ; 3° la race olive ou mongolique, avec les cheveux longs, rares, droits et roides, la peau couleur olive et les yeux foncés. Il y a encore deux races intermédiaires, la brune ou malaise, la cuivrée ou américaine.

C'est ainsi qu'il conclut à trois races principales et deux types secondaires principaux. Voici comme Muller résume cette classification qu*ii adopte fort justement [Man, depkysiol., t. II, p. 767 et suiv.) :

« 1° Race caucasienne. — Peau blanche, avec un teint couleur de chair, plus rarement brunfttre clair; cheveux plus ou moins ondulés, de teinte claire ou foncée ; visage ovale ; angle facial de 80 à 85 degrés ; nez mince, plus ou moins arqué ou saillant ; dents perpendiculaires ; lèvres médiocres; menton proéminent; barbe et chevelure abondantes.

» Blumenbach rapporte à cette race les Européens [à rexceptioo des Lapons et des Finnois), les habitants du nord de TÂfriqueet ceux des contrées orientales de l'Asie jusqu'à TObi et à la mer Caspienne.

» 2" Race mongole. — Peau jaune; cheveux plats, noirs, rares i face large et aplatie, dont la région malatreest la plus large ; glabelle large et plate ; nez court, large, peu saillant ; paupières fendues obliquement ; yeux très écartés.

» A cette race appartiennent tous les autres Asiatiques (à l'exception des Malais), en Europe, les Lapons et les Finnois, dans le Nord de l'Amérique, tes Esquimaux et les Gro^nlandais.

9 3° Race éthiopienne, — Peau noire ou d'un brun tirant sur le noir ; cheveux courts, la plupart du temps épais, noirs, crépus; crâne étroit et long, front fuyant en arrière; roftchoire supérieure saillante ; menton rentré ; dents obli<|ue$; nez petit et écrasé; angle facial de 70 à 75 degrés ; lèvres épaisses.

» Cette race se compose de nègres d'Afrique et de ceux de la Nouvelle*Hol lande et de l'archipel Indien, appelés aussi Papons. »

Quant aux deux races dérivées, Vaméricoine et la malaise, voici comme le même auteur en résume les caractères. Américains : pe>Q

DES BACB8 HUMAIHBS. 675

cuivrée, brunâtre ; cheveux noirs, plats et rares; barbe peu abondante ; nez plus ou moins saillant; tous les autres caractères qu'on assigne à cette race sont inconstants. Malais, habitant la presqu'île deMalaca, les Holuques, les Philippines, lesMarianes, la Polynésie: peau brune; cl^eveux abondants, noirs, bouclés; crâne médiocrement étroit; front bombé; nez large et camard ; lèvres épaisses; bouche grande.

Après Blumenbach, on a recherché d'autres différences organiques. Cuvier a mesuré les aires du crâne et de la face, et il est arrivé à la môme classification à peu près {Règne animal). Tièdemnnn a prétendu que, malgré les différentes formes du crài»e de l'espèce humaine, on trouvait constamment la même capacité. [Dos Himdes Negers nieden des Europœers and Orang-Utangs verligli" chen, Ileidelberg, 1837.) Van der Hoeven a combattu cette assertion, donnant, terme moyen, la capacité des. crânes caucasiques^ de 39 onces 5 gros et 36 grains, et celle des nègres de 37 onces, 6 gros et 4 grains {Tijdschrift voor naturalijke Geschiedenis^ t. IV, 18â0).

La conformation du frontal et du maxillaire supérieur a été étudiée par M. Serres, dont U. Pucheran a reproduit les idées dans sa thèse. (Considérations sur les formes de la tête osseuse dans les races humaines. Thèse de Paris, 1841.) M. Maslieurat-Lagémart s'est occupé du même sujet [De l'influence du maxillaire supérieur dans les conformations de la face ; dans les Bulletins de la Société anatom. de Paris, 1840, p. 19.)

G. Vrolik a examiné la conformation du bassin. [Considérations sur la diversité du bassin des différentes races humaines ; in-8°, avec planches in-fol. Amsterdam, 1826.)

Péron a comparé au dynamomètre les forces des sauvages de l'Australie et celles des Européens ; les sauvages marquaient 50 à 58 degrés; les Français 69 et les Anglais 71. (Voyages de découvertes aux terres australes ^ in-4°, Paris, 1807.) M. Quetelet a repris les mêmes expériences. (Note sur les proportions et la force de quel" ques Indiens, dans les Bulletins de la Hoc. ethnol. de Paris, 18/189 p. 86).

M. A. d'Orbigny et H. Troyer ont étudié les variations de la couleuv (le la peau chez les races brunes. (Bullet. de la Soc. ethnol.^ 1840, p. 54). BorySaint-Vincenta examiné les différences des cheveux. (L Homme : Essai zoologique sur le genre humain, 2 vol. in-8*. Paris, 1827,)

De tout cela, il n'est résulté rien de réellement contraire à la classification de Blumenbach, qui reste profondément vraie, et Ton

676 DES MODALITES.

peut prédire, sans élre prophète, que, plus la science progressera, plus elle la confirmera.

Après cela, nous pouvons enregistrer pour mémoire les principales autres classifications qui ont été proposées.

Cuvier admet trois races principales, qu'il subdivise en rameaux secondaires : 1° race blanche ou caucasique, comprenant un rameau gertnain'indoU'péiafjique, un rameau ai^amcen et un rameau &cythe ou tartare; 2° race mongoiique, comprenant les Chinois^ les i\falais elles Hyperboréens des deux continents; :\^ race éthiopienne on nègre, comprenant les nègres sénégaliens, les Papous, les Alfourom et les ffottentots. Il distingue ensuite les Américains du Nord et les Américains du Sud comme non-classés.

Desmoulins nieTunité humaine et admet seize espèces : 1" espèce scythique, comprenant les races indo-germaine, finnoise , turque; 2° espèce caucasienne ; 3" espèce sémitique , comprenant les races arabe, étrusco-pélasgienne, celtique ; [\? espèce atlantique ; 5* espke indienne ; Ci"" espèce mongoiique , comprenant les races iudo-chinoise, mongole, hyperborienne; V espèce kourilienne; 8* espèce éthiopienne: 9° espèce euro-afncaine ; nègres de Mozambique, Cafres ; 10" espect austro-africaine^ comprenant les Hottenlols et les Bocliismans; 11*? espèce malaise ou océanique : les Caroliniens; les Dajakisel Beadjous de Bornéo, et les Alfourous des Moluques; les Javaniens, Sumatriens, Timoriens et Malais ; les Polynésiens, les Ovis de Madagascar ; 12** espèce papouanc, les Papous ; \ 3" espèce négro-océanigve : MoïsdelaCochinchine, Samangs, Dajacks des montagnes de Malacca; peuples de la Terre de Diémen, de la Nouvelle-Calédonie et de l'archipel du Saint-Esprit ; Vinzirabaris des montagnes de Madagascar; W espèce australienne; 15° espèce colombienne; 1(5" es^wre am^'icame : Omagnas, Guaranis, Coroados, Puris, Altouris, Otomackis^etc; Bolucadis et Guaiacées, Ubagas, Sciarrouas; Araucanieiis, Pouelsques, Teulettes ou Patagons; Petschères, indigènes de la Terre de Feu. {Hist. nat. des races humaines, 1826.)

M, Lesson admet trois races, comprenant chacune plusieurs branches : I. Race blanche ou caucasienne, l''' branche^ oraméenne- Assyriens, Chaldéens, Arabes, Phéniciens, Hébreux, Abyssiniens, etc.; 2' branche^ indienne^péiasgienne- germaine : Celtes, Cantabres, Persans, Germains, etc.; 3® branche ^scythique on tartare: Scythes, Parthes, Turcs, Finlandais, Hongrois; elle comprend deux variétés , la branche malaise et la branche océanienne. " II. Kace jaune ou mongoliqdb. 1" branche, mandchoux ; 2* branche, sijuque, Chinois; y branche, hyperboréennp : une partie des Lapons.

DK6 RàCBS BUMAINKS. 677

Samoïèdes, Esquimaux du Labrador, habitants des Kuriles et des îles Aléoiites ; W branche , américaine : Péruviens ou Mexicains, Araucaniens, Patagons ; 3' branche^ mongolO'pelasgienne ou caroli' ntenne. — lll. Race nègre ou hélanibnne. 1'« branche, éthiopienne; 2' branche, cafre; 3' branche, hotientote; ^« branche, papouane; 5* branche, transmanienne ; t^ branche, al f aurons -eudomène ^ V bran" che, al fourous -australe. [Manuel de mammalogie, 1827.)

Bory-Salnt Vincent tient pour la multiplicité des espèces, et il eu admet quinze : 1*^ espèce japhétique, comprenant les races caucasienne, pélasgienue, celtique et germanique, teutone et esclavone ; 2** esj)èce arafti^ue, comprenant la race atlantique (occidentale), et la race adamique (orientale); 3° espèce indienne; 6° espèce scythique ; 5** espèce chinoise; 6° espèce hyperboréenne ; V espèce neptunienne, comprenant les races malaise (orientale), océanique (occidentale) et japonaise (intermédiaire); 8° espèce australienne; 9* espèce colom" biennc ; 10° espèce américaine ; 11® espèce patagone ; 12* espèce éthiopienne ; 4 3° espèce cafre; l/i* espèce mélanienne ; 4 5" espèce hottentote. [Dict, çlass. d'hist. nat,^ t. VIII. Paris. 1835.)

Le docteur Prichard^ dont l'ouvrage est si estimé, revient à Tunité d'espèce» et admet trois races : i*" scyro- arabe ou sémitique; 2° égyptienne ou chamite ; dont le nègre constitue une variété ; 3° ariane ou japétique. (Lac, cit.)

En résumé, Topinion la plus sûre, et on la peut dire certaine, comme à peu près universelle, rapporte toutes les familles à trois races principales originaires. Hais il faut remarquer que bien des croisements ont été faits entre ces trois types, et qu'il en est résulté un nombre considérable de familles croisées, dont la classification devient extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, en raison de la confusion et du mélange des caractères.

Aussi pensons-nous que dans Tétat actuel de la science, et plus elle se pi^rfectionnera, plus cela sera nécessaire, il convient derap-porter la classification des familles humaines à deux études distinctes, Tune historique, l'autre géographique. La ciassifiôation historique parlant de l'origine de l'humanité, montre comment les trois races primitives se sont divisées, multipliées, dispersées et croisées : c'est proprement l'histoire de la multiplication et de la dispersion des enfants de Noé sur la surface du globe. La classification géographique prend l'état actuel, parcourt successivement les cinq parties du monde, et indique pour chacune les familles qui l'habitent et le^ affinités que ces familles ont entre elles. Du reste,

676 DBS MODALITÉS.

cette double itude n'est utile que pour l'ethnographie dont il nous reste à dire quelques mots.

§ 3. — li'ettmosraphle.

L'ethnographie est la description des races humaines ; elle constitue une science distincte et qui tend à s'isoler en raison de son extrême importance, et du but net et défini qu'elle poursuit ; elle a jusqu'ici t'ait partie tout à la fois de l'histoire naturelle et de la géographie ; nous pensons que la fondation récente d'une Société d'anthropologie hâtera le nioment de sa constitution distincte.

Pour la médecine, elle serait d'une importance capitale par les renseignements nombreux et extrêmement utiles qu'elle donnerait sur un nombre considérable de questions, comme on le peut entrevoir par ceux qui se trouvent dans la Géographie médicale de M. Boudin (2 vol. in-8° ; Paris, 1857). Nous appelons de tous nos vœux un bon traité d'ethnographie médicale.

Cette science comprend deux sections, comme nous le disions plus haut : Tune historique, l'autre géographique.

L'ethnographie historique comprend la filiation de tous les peuples suivis d'âge en âge ; les caractères naturels qu'ils ont successivement présentés, leurs mœurs et usages, leur langue, l'influence du pays qu'ils ont habité (air, eaux et lieux), leurs dispositions physiologiques, leurs maladies. C'est là une première étude d'une extrême importance qui, en indiquant les traditions de toutes sortes, ferait mieux connaître l'influence de l'hérédité et des croisements, et donnerait sur l'état actuel une grande lumière.

L'ethnographie géographique parcourt successivement les cinq parties du monde, décrit le pays et le climat pour en constater Tinfluence, la race avec ses caractères naturels, ses mœurs, son industrie, sa langue, sa religion, ses dispositions physiologiques particulières, l'action des causes morbides sur elle, ses maladies, les modes de traitement qui lui réussissent le mieux ; elle examine en dernier lieu sa filiation avec, les peuples dont elle descend et avec ceux dont elle est parente ou dont elle diffère.

La physiologie, l'étiologie, la pathologie, la thérapeutique et l'hygiène trouveraient dans celle science des renseignements nombreux et utiles, et de précieux conseils. En attendant, Y Histoire, la Géographie de Malte-Brun, le Traité de géographie et statistique médicoles de

DBS TBMPÉRAMBirrS. 619

M. Boudin. Y Histoire naturelle de rkomme de Pricbard, et Is Collection des voyages^ Bont les docaments dans lesquels on peut en puiser les éléments.

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