DE L'HABITUOH KT DI LA SANTÉ
touché des mUères d'autrui finit par déserter l'avarice; charmé par rimaginatÎQn d'un bonheur possible dans le ménage, il abandonne la débauche ; tournant vers Dieu sa t^fidresse et ses élans, la dévo* tion amène la répulsion de Tinconduite; ou bien la tendre pitié qu'excite uue grande misère dans une grande faiblesse, amollit un caractère dur et violent; et ainsi de suite. Dans cette voie, de grandes choses sont possibles, mais il faut une extrême hnbileté pour conduire cette évolution, un grand art de séduction pour faire miroiter devant Taifection impulsive les charmes de l'objet et de l'acte avec lesquels on veut la ravir à son habitude.
£n médecine, en hygiène et en thérapeutique, pour la disparition des habitudes physiques, ce sont les mêmes lois et les mômes procédés que pour la disparition des habitudes morales, et de là tant de ditficullés à vaincre, tant d'habileté nécessaire pour atteindre l'art exquis de modifier les tendances de l'être vivant.
§ 2. — *e ta Mnrté«
Ce que nous venons de dire dans le paragraphe précédent doit servir à expliquer ce que c'est que la santé ; car elle n'est qu'une habitude, nne disposition Au corps vivant, Castelli, dans son Lexicon classique, le dit lui-môme : Nihil aliud, quam oisi*osiTio, facuttas et aptitudo agendi naturalis corporis ejusque tnembrorum^ consistens in bona temperie, légitima confirmatione et eonvenienti unitate.
Mais pour faire parfaitement comprendre ce sujet, il faut que nous empiétions un peu sur le terrain de la pathologie ; nous ne dirons que le nécessaire.
1. L'homme dans l'état actuel où il vit est un être dégradé. Toutes les traditions anciennes parlent d'un âge d'or dans lequel l'homme était heureux, et toutes rapportent une chute funeste, un péché originel à la suite duquel il a été condamné au travail, à la misère, à la mort.. Qu'est-ce que l'homme? Qui ne répond à cette question, comme le fit Job : Homo natus de muliere^ brevi vivens tem* pore, repleturmultis miseriis (chap. xiv). Sa nature est <x>rrompue, et il porte en lui quelque chose, une disposition h 1^ mort
Cette disposition à la mort est aussi une disposition à la maladie, comme l'a dit Stahl,. et comme l'a dit àl« J. P. Tessier, la mort n'est que la cause finale de la m^lailie. « Ainsi, dit-il, la mort est le » terme dernier, la cause finale des prédispositions morbides : » c'est là que l'étude analytique des causes nous a conduits. Mais la » physique générale nous apprend que, de toutes \es causes, la
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» cause finale est le plus imporlante, et que par conséquent elle » domine toutes les autres comme étant faites pour elle. C'est donc » à cause de la mort qu'il existe dans chacun de nous un défaut de » proportion entre les puissances de Tàme et les dispositions du » corps ; que ce corps contient tous ces germes de corruption, toutes » ces prédispositions morbides définies; que tout homme, en un » mot, natt malsain, La maladie est donc bien, comme le disait » Bossuet, une disposition à la mort, et les prédispositions morbides » ne sont que les lois organiques destinées à l'application de ce » décret porté contre l'homme : « Morte^moriemmiy vous mourrez de » mort. » {Art médical /janvier 1858, p. 11.)
L'homme est disposé à la maladie ; il contient en lui des dispositions à être malade ; et cela fait qu'il est tout entier malade dès sa naissance, corpme le disait Hippocrate dans la lettre à Damagète: Toius homo ab ipso ortu morbus est.
Ces dispositions morbides qu'il porte en lui, et qui lui ont été transmises par génération, comme il a reçu, par génération les habitudes contractées par ses parents, sont également des dispositions du corps, et en suivent les lois. Comme les habitudes, elles présentent ce caractère remarquable d'être tantôt en puissance et tantôt en acte. Tant qu'elles ne sont qu'en puissance, on ne les connaît pas, on ne s'imagine pas les posséder, on ne pense pas à la maladie, on est en santé; mais si tout à coup une occasion, une circonstance, des causes, viennent les réveiller, elles entrent en acte et la maladie commence. Comme les habitudes, elles se succèdent les unes les autres, et une maladie qui se termine cède la place à une autre qui commence. Comme elles aussi, elles restent quelquefois longtemps sans paraître, passent dans l'enfant où elles éclatent, ou même sautent une génération, peut-être plusieurs, et après avoir paru chez un père, ne se montrent plus que chez son petit-fils ou ses arrièrepetits-fils. L'étude de leur développement appartient à la pathologie ; celle de leur extinction, à la thérapeutique ; celle de leur préservation, à l'hygiène.
Ces dispositions peuvent être préexistantes dans le sujet ou engendrées par lui ; c'est une question dont nous toucherons un mot à propos des Générations putrides, au livre VI*.
IL L'homme qui porte en lui ces habitudes, ces dispositions mor* bides, n*est malade que lorsque ces dispositions sont en acte, que lorsque ces habitudes reviennent. Alors qu'il ne les porte qu'en puissance, il est à l'état de santé ; et la santé n'est proprement que l'état à^ns lequel les dispositions morbides restent en puissance.
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Mais lorsque ces dispositions morbides passent à Tétai d'acte, elle s troublent Tharmonie du corps vivant, elles modifient en mal les actes du corps, elles lèsent la disposition habituelle, et la maladie est proprement une disposition qui lèse Vétat du corps vivant. Le jeu des organes est troublé, les organes eux-mêmes peuvent ôlre altérés; ii y a désordre dans les lois normales.
Au contraire, lorsque la santé existe, c'est-à-dire lorsque les dispositions morbides ne sont qu'à Tétat de puissance, Tharmonie du corps vivant subsiste ; les facultés se déploient régulièrement, les fonctions procèdent dans Tofdre, les parties du corps sont dans un état normal ; en un mot, les lois normales s'exécutent Comme- on Ta dit, la santé est bien alons € Texercice libre, facile, régulier et » agréable de toutes les fonctions de Téconomie animale ». {Dict. en 60 vol.) Ou, comme le marque Castelli : « Est vero generaliter » sanitas nihil aliud, quam disposition facultas et aptîtudo agendi » naturalis corporis ejusque membrorum, consistens in bona tem- È perie, légitima conforroatione, et conveniente unitate, vel con» » nexione (quœ sunt très species et essentiales différent!») a débita » principii vitalis animati in bumoribus et spiritibus sedem suam » obtinentis prassentia et facta appropriatione potissimuni de- » pendens. »
III. Mais la santé n'est pas un état absolu et parfait en lui-même : il y a des hauts et des bas, il y a des degrés, et, à vrai dire, la santé parfaite est une chimère^ un songe agréable que Ton peut rêver, mais qui ne se réalise jamais.
Les dispositions morbides sont comme les habitudes, elles ne vous laissent pas de repos, et si ce n'est Tune, c'est l'autre qui vous tourmente. Entre l'état de puissance et Télat d'acte, il y a un état inter* roédiaire, que j'appellerai volontiers la velléité; dans les habitudes morales, on appelle cet état-là tentation ; dans la pathologie, on Tappelle V indisposition. L'habitude n'est pas la maîtresse, elle ne domine pas, mais elle n'est pas éteinte : elle se fait sentir, elle trouble, elle tourmente, elle tente; elle a la velléité de reparaître. De même la disposition morbide n'est pas maîtresse, et Ton ne peut dire qu'on est sous la domination de telle ou telle maladie; mais cette disposition se fait sentir, elle gêne, elle rend malaise, on est indisposé; il y a comme une velléité de maladie.
Et dans cet état intermédiaire, on ne peut préciser quelle habitude ou quelle maladie tourmente. On sent de l'inquiétude morale, une sorte de gène, de mécontentement, d'agacement, de mauvaise humeur; c'est quelque chose qui voudrait dominer en nous, sans
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qu'on puisse surpiree que c'est; oo sent bien que qndqoe cliose manque, od a des besoins ou des désirs vagues, oo bien une tenlalioo succède à une autre; inais û n'y a rien de fixe; Qudquefois* au contraire, on perçoit dairement que c'est telle habitude qui veut revenir, on en éprouve une légère atteinte. De même dans la disposition morbide, on seut des troubles, de la gftne, des malaises, des inquiétudes dans les membres, des douleurs; l'estomac ne va pas, les intestins sont embarrassés, Tappétit est mauvais, la tèie est lourde ou douloureuse; on se sent mal à l'aise^ on est indisposé; mais on ne peut préciser le mal qui taurmente, et le médecin ne découvre aucune maladie caractérisée. D'autres fois, au contraire, la disposition morbide $^ caractérise davantage, et l'on éprouve une légère atteindre de maladie.
Pour bien juger ces indispositions particulières, il faut bien juger d'abord l'état de santé de la personne , car ces indispositions ne sont le plus souvent que des phénomènes partiels d*une disposition générale.
11 n'est personne qui n'éprouve presque constamment ces légères atteintes des habitudes ou des dispositions morbides, et ainsi il n'en est pas dont la santé soit parfaite. Les uns sont plus tourmentés, d'autres moins ; tous sentent ainsi l'aiguillon de la maladie, qui n'est que l'aiguillon de la mort. 11 y en a qui ne sont jamais arrêtés par ces indispositioos, et qui. secouant sans cesse le trouble de ces petits dérangements, parcourent l'existence avec ce que l'on appelle une bonne santé. D'autres, moins heureux, sont toujours valétudinaires, tourmentés de douleurs et de malaises sans nombre : pour eux la vie n'est qu'une suite de misères qui, à chaque instant, les mettent à deux doigts de la maladie. Les uns ont plus, les autres moins^ et il y a un grand nombre de degrés entre le plus et le moins.
Et puis la santé change. Les uns ont des indispositions incessantes pendant leur jeunesse, qui se trouvent ensuite à l'âge mùr dans une santé presque parfaite ; d'autres, au contraire, se sont bien portés dans leur jeunesse, et mènent ensuite une vie de misère jus* qu'à l'extrême vieillesse. D'un âge à un autre, la santé change et se modi6e en bien ou en maL Les habitudes, les occasi<ms de la vie, les lieux, les temps, l'air, la nourriture, et toutes les causes qui agissent sur l'homme, modifient incessamment la santé, en excitant plus ou moins ses dispositions morbides. C'està Yhygièneque revient l'étude de tous ces détails , de même qu'il appartient à la thérapeutique de reconnaître comment la santé peut se rétablir.