‹ Physiologie généraleChapitre 76 sur 107 · II. Bea phénomènes dn aoninieil. — Le Sommeil a trois (lé · texte numérisé non relu

II. Bea phénomènes dn aoninieil. — Le Sommeil a trois (lé

riodes : le passage de la veille au sommeil, c'est la somnolence; le sommeil profond et complet ; puis le passage du sommeil à la veille, ou le réveil.

Chez les enfants, le sommeil arrive tout à coup, et souvent se ter*» mine de même, et il n'y a pour ainsi dire qu'un moment dans le passage d*un état à Tautre. Chez l'homme, au contraire, le sommeil n'arrive que lentement, par la somnolence ; et quelquefois même il continue dans cet état sans devenir parfaitement complet

Dans l'homme, on sent les progrj^ du sommeil. D'abord, ce sont des pandiculations, des bâillement», puis le clignoltementdes paupières, une sorte de lassitude g(^nérale ; la tête chancelle, les muscles se relâchent, l'attention aux objets extérieurs cesse , la sensation de ce qui se passe au dehors s'efface; cependant, il y a encore

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IW DBS MODALITÉS.

comme des images et des idées ; le corps se refroidit, la circulation et la respiration se ralentissent Enfin» le sommeil complet arrive, et l'on est dans Toubli profond deee qui se passe autour de soi.

Le réveil se fait en sens inverse. D'abord, il semble que la sensation revient; on s'aperçoit qu'on n*est pas seul et qu'il y a des objets extérieurs; des idées vagues et confuses se forment; on sent un engourdissement des sens, et cependant on sent vaguement, on entend à demi, on se trouve comme porté à ouvrir les yeux pour voir ce qui se passe ; quelquefois on jouit de ce demi-sommeil, de cetétatà demi éveillé, on caresse des rêves comme si l'on dormait encore ; on mêle les idées imaginaires à quelques sensations que l'on perçoit; on fait quelques mouvements, on se remue ; les muscles se tendent comme pour s'exercer à la vie; enfin les yeux s'ouvrent, on se sent maître de soi, on s'étend, on bâille, les idées reviennent, u&e préoccupation vous attache, on revient à la vie, on vit. Qui n'a lu les délicieuses pages du Voyage autour de ma chambre?, . Le sommeil est un besoin de l'homme ; plus impérieux dans l'enfance que dans l'âg^ mûr, et surtout la vieillesse ; plus long et plus complet également : l'entant a un sommeil profond, et dort quelquefois douze à quatorze heures. Chez ie jeune hoiiiroe, il est encore profonde maïs moins long, durant de huit à dix heures. Dans l'âge mûr, il est souvent incomplet, somnolent, et ne dure guère que six heures. Dans la vieillesse, il est presque constamment somnolent et dure peu, trois à quatre heuies ; les vieillards se plaignent toujours de ne pas dormir.

Le sommeil est nocturne habituellement. Chez les enfants, il y s aussi un sommeil dans la journée. Dans l'âge mûr et dans la vieillesse, il y a souvent l'assoupissement du milieu du jour ou du soir après le dîner, la êieUe. L'excès de la fatigue, du manger^ de la chaleur ou du froid, produit le sommeil diurne à tous les Ages. La fatigue des sens et de l'action musculaire, le travail manuel ou corporel ramènent le sommeil, le rendent plus long et plus profond. 11 est comme un temps de repos. Au contraire, l'excitatioa intellectuelle, les études de cabinet, les préoccupations morales réloignent, le rendent somnolent et l'abrègent. Revenons sur quelques-uns des phénomènes. L'obtusion des sens est plus ou moins complète. 11 y a même des différences entre les sens : le goût et l'odorat sont dans une inaction absolue. La vue est le plus ordinairement tout à fait éteinte, mém^ chez ceux qui ont les yeux ouverts ; il en est cependant que la Itf' mière réveille. L'ouïe est quelquefois profondément endormie ; ni^

DB L*iTÀT dl VllUM fit DB SOMMBIL. 707

il est quelques personnes qui seréteillent au moindre bruit. Le tact est de tous les sens le moins obtus en cet état ; une gône dans la position où Ton est, une piqûre, une irritation légère, occasionnent des mouvements réfleies qu'on accomplit sans en avoir la conscience ou qui réveillent. Les sensations iYiternes, la faim et la soif, sont complètement abolies, mais reviennent plus actifs au réveil ; d*où ce proverbe : Qui dort dine^ qui se réveille a faim.

La i*espiration et la circulation se ralentissent Pulsrn in somno parvi languidi rari^ dit Gali^. Boerhaave prétend que le pouls est plus lent, mats plus fort : Motus arteriarum venammque et cordis {in somno)^ fit fortior, lentiot\ œquabiiior^ plentov, idque per gvadus divenoê augendo^proui augetur somnus. [Prùct. Acad., 17â5,AX)l. III, p. 277.) Hamberger a compté le pouls dans Tétat de veille et de sommeil, sur des individus ditîércnts; en voici les résultats : i"" cheiun enfant de huit ans, 100 pulsatiotis pendant la veille, 89 pendant le sommeil; 2* chez un enfant de treize ans, 90 pendant la veille, 80 pendant le sommeil ; a* chez un enfant de quatorze ans, même différence. Haller, Barthez, Dumas, Double, ont tous constaié le ra lentissement de la circulation.

Gela concorde avec l'abaissement de la température du eorps; abaissement de température indi^iué par Hippocrate, constaté par tous les auteurs, et estimé par Hunter à l^'fôO.

L'intelligence est-elle suspendue pendant le sommeil? Plusieurs auteurs Tout prétendu, et cela est vrai pour 1% sommeil complet. Mais dans Tétat de somnolence, l'intelligence, loin d*ètre suspendue^ parait au contraire plus active : elle n'est plus gênée et troul)lée par les sens eiternes, elle jouit des sens internes» et surtout du phantûsma^ qui restent éveiliéb, et elle peut ainsi se déployer plus faciteroent. Beaucoup de grands hommes ont indiqué combien ils étaient redevables à la somnolence ; c'est dans cet état qu'ils ont médité et résolu les plus difficiles problèmes, et qu'ils ont trouvé 09 qu'il avaient vainement cherché pendant longtemps dans l'état de veille.

Reste la question des facultés végétatives sur laquelle il y a désaccord complet Homnus labar visceribus, dit Hippocrate, indiquant que c'est pendant le sommeil surtout que les viscères travaillent. On lait , d'ailleurs, que pour l'enfant et pour beaucoup de per- 80Diies> la digestion entraîne au sommeil» et se tait mieux alors que pendant la veille. On a noté aussi que le sommai accroît Tembonpoint. Cependant on peut interpréter le mot d'Hippocrate en ce sens que, pemlant le sommeil, les viscères travaillent, c'est-à-dire

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continuent d*agir, mais avec beaucoup plus de fatigue ; leur action est laborieuse, a Pendant le sommeil, dit Magendie, la circulation » et la respiration restent ralenties, ainsi que les diverses sécrétions ; » par suite, la digestion se fait avec moins de promptitude. J'ignore « sur quel fondement plausible la plupart des auteurs disent que » l'absorption seule acquiert plus d'énergie. » {PhysioL^ t. II, p. 596. ) II est certain que le ralentissement de la circulation doit ralentir les sécrétions ; et l'expérience démontre que la sécrétion salivaire et la sécrétion urinaire sont moins abondantes pendant le sommeil que pendant la veille. Si l'abaissement de température doit tendre h faire augmenter la graisse qui est le préservatif du froid et l'expérience prouve, en effet, cette augmentation chez les per* sonnes qui dorment beaucoup, d'un autre c6té, le manque d'action dans les facultés animales exige une nutrition moins active. Enfin, le sommeil est un état des plantes aussi bien que des animaux; ainsi, l'acide carbonique est exhalé et l'oxygène absorbé, ce qui est le contraire de l'état de veille ; l'analogie indique que. les facultés végétatives doivent être modifiées. Ce n'est pas qu'il existe un affaiblissement général de la nutrition, quoique cela puisse être; mais il semble quMl doit y avoir une modification : diminution nutiitive dans les muscles, augmentation dans le tissu adipeux, peut-être modification dans le tissu cellulaire et les os.

m. Caaaea du seiimieU. — La plupart des causes indiquées par les auteurs ne rendent pas compte de ce qu'elles prétendent expliquer. Cela est manifeste.

Ainsi, faire de l'obtusion des sens la cause du sommeil, c'est prétendre que cette obtusion des sens entraîne tous les autres phénomènes : la diminution de la respiration et de la circulatioDf rabaissement de température, les modifications dans la nutrition. Cela n'est pas démontré, tant s'en faut 1 D'ailleurs, il est bien évident que si le sommeil est commun à l'homme, aux animaux et aux plantes, c'est dans des facultés communes qu'il doit trouver sa cause prochaine, c'est-à-dire dans les facultés végétatives.

On a beaucoup insisté sur l'action du cerveau. Ou peut faire à cette opinion les mêmes objections. Hais on se réfugie pour l'appuyer sur l'action des causes qui, en mettant cet organe en branle» empêchent le sommeil, ou qui, Thyposthénisant, font dormir. Lecafé qui excite le cerveau éloigne le sommeil , les facultés intelleotoelles très excitées également ; les fous qui ont le cerveau excité ne dor* ment pas. On dit que l'opium tait dormir parce qu'il est liypostbé*

DB l'état DB VEtLLB BT DE SOMMEIL. 709

nisant, et Ton connaît ce mot : Mihi hercle ! sedat. Mais d'autres prétendent qu'il est excitant; et pour expliquer sa vertu dormitive, on en est encore au mot de Molière : quia kabet virtuiem dormitivam. Au milieu des feux croisés de ta discussion, il faut remarquer que de ce qu'une borne empêche une voiture de rouler, il ne s'ensuit nullement que l'absence de la borne fasse router la voiture; et que de ce que le cerveau étant excité, le sommeil est éloigné, il ne s'ensuit nullement que le sommeil dépende de l'apaisement du cerveau. On ne doute pas que l'excitation du cerveau produise la veille, mais on a fort raison de douter que le sommeil dépende particulièrement du cerveau.

La fatigue amène le besoin de repos, et le sommeil est un repos. C'est vrai, mais la fatigue n*est pas la cause unique du sommeil, car l'excès de fatigue éloigne le sommeil, j'entends la fatigue animale. Il y a une fatigue qui me parait être une cause bien plus puissante, c'est celle des facultés végétatives. Le sommeil est manifestement cette, fatigue, se traduisant par un abaissement de température; et cet abaissement de température peut rendre compte des autres phénomènes, de l'engourdissement des sens, du ralentissement circulatoire et respiratoire, et le reste ; car le froid produit tous ces phénomènes. Cet abaissement de température ne parait autre chose que l'effet d'une fatigue de la faculté de résister, soit au froid, soit au chaud de l'extérieur: le grand froid le produit, et il semble épuiser la vitalité ; la grande chaleur le produit également avec les mêmes phénomènes d'épuisement.

Cet abaissement de température est, du reste, lié aux phénomènes nocturnes et diurnes de la terre. Pendant la nuit, le froid augmente ; et au contraire, pendant le jour, la chaleur. Si la nuit est douce, tempérée, elle invite à la veille; et si elle est courte, elle abrège le sommeil ; cela se voit en été. Si le jour est trop chaud, il amène le sommeil ; s'il est long et tempéré, il allonge la veille. On sait aussi que l'hiver produit l'hibernation de certains animaux, qui dorment pendant toute la durée du froid.

La chaleur est en rapport avec la lumière; et l'on sait que parmi les physiciens cela fait question si l'on ne doit pas les rapporter à une même activité, lumière-calorique. Or, M. de Candolle a montré dans ses expériences sur les plantes que la soustraction de la lumière amène le sommeil, et que l'on pouvait à volonté changer la périodicité, en faisant de la nuit le jour et du jour la nuit, au moyen d'une chambre bien close et d'une lumière artificielle. [Loc. cit.) Il faut bien tenir compte de toutes ces circonstances.

7tO' DBS MODALITÉS.

I 2, -* Ile* rêves.

On désigne sous ce nom une suite ou un assemblage d'idées et dUraages qui nous agitent confusément pendant le sommeil. Ces rêves sont gais ou pénibles; et dans ce dernier cas, ils prennent la nom (le cauchemar,

II ne faut pas confondre les rêves avec les stpnges, Le^ réoes sonl des idées ou des images purement personnelles, subjectives, qui dépendent de nous, de notre état ; et comme le sommeil est naturellement plein et complet, ilsne sont que des accidents dépendant de causes accidentelles. Au contraire^ on appelle songes, des pensées ou des images qui nous arrivent dans le sommeil comme des avertissements divins; tels furent ceux d*Abimelecli, de Jacob, de Laban, de Joseph et de Pliaraon, de Salomon, de Nabucbodonosor et de Daniel, de Judas Machabée, de saint Joseph, et beaucoup d*nutre& Bayle dans son Dictionnaire critique, n'a pas toujours assez tenu compte de cette distinction. Nous ne parlerons ici que des rêves; les songes sont du ressort de la mystique.

Les rêves, qui seuls doivent nous occuper, ont préoccupé plusieurs auteurs. Parmi les anciens, il faut citer Aristote (/)« tn«>mnm}, et parmi les modernes, Darwin, Formery, Dugald-Stewart. Moreau (de la Sarthe] a écrit un article utile à consulter, d(^ps le Dictionruiire des sciences médicales, en 60 volumes.

Les rêves sont toujours le fait d'un sommeil iigité, iacomplet,

et concordent avec ce que Ton appelle la somnalenee plus ou moins

profonde, Nous avons vu qu'alors le sommeil pèse sur les sens

externes, mais laisse libres les sens internes et par cela môme l'iiH

teiiigence. Toutefois, tous les sens internes ne sont pas parfaitement

libres : la conscience, qui, dans l'état naturel, compare les images

du phantasma avec celles des sens externes, et qui est ainsi le juge

de robjectivité« se trouve endormie, comme l'a parfaitement dit

Dugald-Stewart; la mémoire est plus ou moins active, ainsi que le

sensum commune; \ephan(asma surtout est éveillé. II y a cependant

les rêvasseries, dans lesquelles la conscience D*est pas encore tout

à fait endormie^ et dans lesquelles nous mêlons confusément les

fantômes de notre imagination et des images objectives que les sens

à demi engourdis nous apportent; nous entrevoyons la réalité

objective çans la distinguer parfaitement, et nous l'unissons aux

folles idées de notre imagination, démêlant à moitié le vrai, et nous

réveillant à une monstruosité qui révolte notre sens commun 6t

DE l'État dis viillk et m sommbil. 711

noira conscience. Les raves se passent donc tout entiers dans rima-* gination ; et de le les rapports qu'on a voulu établir entre eux et les fuklifÂcinationè qui sont des rdvesà Tétat de veille.

Les rêves sont variables dans leurs modes. Tantôt ce sont de sim« pies images, des idées ou 'des pensées, des conceptions qui agitent seulement l'esprit. D'autres fois ils détermiuent en nous des actes divers; ils nous poussent à parler, à nous remuer^ à agir; quel« quetbis à nous lever et à agir comme si nous étions éveillés. Ce der« nier cas est le somnanAul%9me^ qui avec les hailueinations fornte le passage entre Tétat naturel et Tétat surnaturel.

Quelquefois, on se rappelle parfaitement à son réveil de rêves que 1 on a faits pendant le sommai; d'autres fois, on n'en a qu'un sou« venir très confus, et sans qu'on puisse préciser quel en était le sujet ; d'autres fois enfin, on ne sait pas même si l'on a rêvé, et cela arrive surtout à ceux qui parlent pendant le sommeil, ainsi qus Darwin l'a remarqué.

C'est surtout par leurs causes qu'il faut distinguer les rêves; et à ce titre on en peut indiquer quatre espèces : 1"" des sensations confuses; 2"" un malaise intérieur; S° une préoccupation de l'état de veille ; k^ des influences inconnues.

1" Il y a des rêves qui procèdent de sensations confuses. Parlons

par des exemples , ils vaudront mieux que la meilleure description.

Stewart rapporte qu'une persoime ayant fait mettre une boule d'eau

chaude à ses pieds, pour une légère indisposition, rêva qu'elle faisait

un voyage au mont Etna. Une autre ayant un vésicatoire sur la

tête, rêva longuement qu'elle faisait un voyage en Amérique,

qu'elle était parmi les sauvages, et qu'elle courait le risque d'être

scalpée. « Un excellent observateur de lui-même, M. G. .•, dit Horeau

• (delà Sarthe) {article cité), ayant l'habitude de laisser du feu allumé

» pendant toute la nuit dans sa chambre à coucher, a fait souvent

» un rêve qui pouvait aisément se rapporter au pétillement, à la

» légèie détonation, d'une ou de plusieurs étincelles dont son oreille

1 avait été frappée pendant un sommeil plus léger ; ce qui ne lui est

» d'ailleurs jamais arrivé dans son premier somme. » Le même

auteur rapporte un rêve qui lui fut personnel : « Ce rêve, dit-il,

» également survenu dans un premier sommeil, avait pour cause

1» efficiente, pour premier nœud, le froid du matin qui m'avait

» subitement frappé sans me réveiller. Pendant toute sa durée,

n j'étais fortement convaincu qu'une croisée de ma chambre à cou-

» cher était restée ouverte pendant la nuit par la négligence d'un

» domestique, et je m'expliquais ainsi l'espèce de frisson que j'éprou-

712 DBS MODALITÉS.

» vais dans mon lit. Je fus même réveillé par cette sen$>ation ; mais » ma conviction était telle que je me levai pour aller fermer la » croisée, et que je fus tout surpris de voir qu'elle n'était paâ » ouverte. »

2' D'autres rôves procèdent d'une g^ne de l'organisme, d'uu ti*oubIe qui existe dans l'individu, quelquefois même il raccompagne ; et c'est ainsi qu^ les rôves présagent quelquefois , en les précédant, des maladies que nous sommes sur le point d'avoir. Une dame que j'ai connue avait, la nuit, des rôves pénibles qui la réveillaient en sursaut ; elle s'imaginait qu'elle avait été prise entre les deux mors d'un étau qui lui serrait la poitrine ; et dans la veille elle éprouvait une douleur qui du sternum correspondait à la colonne vertébrale. Dans les digestions pénibles qui s'accompagnent d'étoulfement, on rêve quelquefois qu'un être imaginaire est assis sur l'estomac et vous presse de tout son poids, vous regardant avec des grimaces ; c'est le cauchemar, « Une dame, dit Moreau (de » la Sarthe), à laquelle je donnais des soins pour une indisposition, » et que je trouvai tout émue au moment de ma visite, me raconta, D pour expliquer ce trouble, que, ayant rêvé qu'un homme s'était >« introduit dans son appartement, elle s'était réveillée en sursaut et 0 précipitée hors de son lit, en criant au vqleur. Ce rôve, dont je » cherchai à découvrir le développement, avait eu pour origine » l'application du bras même de la rôveuse, engourdi et froid contre » son sein, ce qu'elle avait pris pour un contact hostile et étran- » ger. — Une autre personne, dit le môme auteur^ à laquelle je » donne également et habituellement des soins, rêve constamment » qu'on lui fait des ligatures douloureuses aux jambes quand elle w s'endort après avoir été très fatiguée. » Les rêves voluptueux viennent ainsi souvent d'une plénitude ou d'une excitation des organes génitaux.

Plusieurs personnes ne se peuvent coucher sur le côté gauche sans avoir des rêves pénibles, ce qu'on attribue à la gêne du cœur. Aux époques de la menstruation, des femmes nerveuses et sanguines ont souvent des rêves qui leur retracent des scènes de meurtre ou de carnage. Moreau (de la Sarthe) raconte que H. le comte de N... eut des rêves pénibles et effrayants qui accompagnèrent le débat d'une péricardite chronique et latente. Pendant les accès de fièvre, les rêves retracent quelquefois des figures grimaçantes et horribles. Chez certains hémorrhoïdaires, des rôves de bataille, de carnage et de sang précèdent quelquefois une évacuation sanguine.

3" Les rêves viennent dans d'autres circonstances d'une préocco-

DB l'État db tbillb et db sommbil. 713

pation très vive, ou même d'une émotion morale qu'on a eues pendant l'état de veille, et qui reparaissent pendant le sommeil. C'est alors que quelquefois une solution qu'on a vainement cherchée pen* dant longtemps vous arrive, qu'une difficulté dont on n'a pu trouver la clef vous parait claire et toute débrouillée. D'autres fois, c'est un souvenir lointain qui revient, un souvenir des beaux jours de la jeunesse, ou une impression pénible des temps passés. Nous emprunterons encore quelques exemples à Moreau (de la Sarthe), qui eu a réuni un certain nombre. « Un des rêves lés plus remara quables sous ce rapport, dit-il, est celui auquel on est redevable » de la fameuse sonate de Tarlini, connue sous le nom de sonate du > diable. Ce célèbre compositeur s'étant endormi après avoir vai^ » nement essayé de terminer une sonate, cette préoccupation » le suivit dans le sommeil; au moment où il se croyait, dans un » rêve, livré de nouveau à son travail et désespéré de composer » avec si peu de verve et succès, il voit tout à coup le diable lui » apparaître et lui proposer d'achever sa sonale, s'il veut lui aban- » donner son âme. Entièrement subjugué par cette première hallu-^ » cination, il continue son rôve, accepte le marché proposé par le » diable, et l'entend alors très distinctement exécuter sur le violon » cette sonate tant désirée, avec un charme inexprimable d'exécu* » tion. Il se réveille alors dans la transport de son plaisir, court à » son bureau, et note de mémoire le morceau qu'il avait terminé » en croyant l'entendre. — Cet illustre fou , qui était si savant, » et qui eut quelquefois des éclairs de raison si extraordinaires, » Cardan, croyait avoir composé un de ses ouvrages en songe ; » d'autres ont résolu des problèmes, ou terminé les calculs les plus » difficiles de la même manière , ou composé des poèmes, des » sermons, des partitions très compliquées de musique. — Condillac, » qui fit plusieurs fois des observations de ce genre sur lui-même, » avait remarqué d'une manière plus particulière que, pendant » qu'il travaillait à son Cours d^itttdes, il avait souvent abandonné, » avant de s'endormir, un travail qu'il avait trouvé développé et » achevé le matin à la suite de ses rêves. — Voltaire eut souvent 9 occasion de faire la même remarque : il croyait un jour avoir rêvé » le premier chant de la Henrtade autrement qu'il l'avait composé. » — Un homme recommandable, dont j'ai mis à profit les observa*' » tions qu'il^ avait faites sur lui-mène, M. V..., après avoir été heu* » reux pendant tout le temps qu'il passa à l'école de peinture à » Rome, voyait souvent pendant ses rêves, et dans un âge assee » avancé, les scènes et les objets qui lui avaient été les plus agréa*

714 DBS MOOALITÉa*

» bles durant oeUe période A% sa vie. Je me rappelle aussi, ei » comme un fait analogue, que Gorona, aveo lequel je me suis aou* » vent entretenu de mes rechercbea onéiro-criiiques, avait remarqué » aussi sur Iui*méme que depuis qu'il se fiftiaait vieux et g^outteux )) loin de la terre natale, il vo^it presque toujours dans ses acuiges » les lieux enchanteurs, les beaux sites de l'Italie où il avait été le » plus heureux dans son enfance et dans sa jeunesse. -* On croit » également lire ou réciter en rêvant des morceaux de prose ou de » vers appris dans la jeunesse ou dans renfimee, et que Ton avait » en vain cherché àise rappeler pendant la veille. Un des hommes » les pluséolairéâ de notre âge, M. 0..., qui rêve souvent, mais sans » faire presque jamais de rêves pénibles, avait été vivement frappé » au collège de la description du malheureux Déiphobus dlins le « sixième livre de V Enéide, et cette impression s'était de nouveau et » plusieurs (bis présentée dans la suite à son esprit. Un trait de ses leo 9 tures rayant porté à s'en occuper, il voulut, mais en vain, se rap- » peler le passage de Virgile ; il se coucha alors et s'endormit dans » cette disposition d'esprit. Bientôt il rêva que, étant au collège où il 3» avait fait ses études, il avait sous les yeux le Virgile en parchemin 9 des éooHers, dans lequel il lisait distinctement le passage qu'il avait » si inutilement voulu retrouver pendant la veille, et dont il se a rappela encore en se réveillant les derniers vers. » {Loc, et/., p. 261, 265, 270.)

&" il y a d'antres rêves que l'on appelle bizarres ou monstrueux, non parce qu'ils procèdent d'une lecture bizarre elle-même qu*on aurait faite pendant la veille, telle que celle d'un livre de aoroel* lerie, de mystique ou de magnétisme , mais parce qu'ils repréaentent des images extraordinaires dans leur mode et dans leur origine. On ne se rappelle rien ni dans son entiEince, ni dans ses lectures, ni dans les actes de la veille, qui peut les expliquer ; on ne voit aucune sensation extraordinaire, on ne découvre aucun état de rorganisme qui puisse en rendre raison. Ils viennent on ne sait comment, et n'aboutissent à rien. On croit cependant que quelques-uns peuvent être les prodromes des liallucinations ou de la folie, ou d'un état surnaturel .

. Quelquefois un seul rêve occupe le sommeil ; d'autres fois, il y en a pliisieurs qui se suivent ; et, dans cette suite, il y a tantôt un enchaînement logique, l'un mène à un autre ; tantôton ne découvre pas le lien qui les rattacha. )ls sont quelquefois fort raisonnables dans, les idées qu'ils présentent, dans les raisons qu'ils font aperce* voir ; et d'autres fols ils sont incohérents ou ridicales. Dans certaines

DE L*ÉTAT DK VB||.|«K Kf I^B SOMMEIL. 712$

circonstances, une seule des causes que nous avons signalées se manifeste ; dans d'autres, diverses oausea s'unissent pour donnef , au rêve une fornie multiple ; une sensation pénible les suscite, una gène de l'organisme s'y mêle, un souvenir de la veille les embellit, quelque chose de bUarre les accompagne.

Les rêves prennent quelquefois le caractère pathologique et épi* démique ou périodique. Gœlius Aurelianus a décrit un cauchemar épidémique h Rome, et Sylvius a publié Vob&ervation faite sur lui« même d'un cauchemar périodique; mais c'est là une question qui rentre dans la pathologie.

Nous avons dit que les rêves étaient gais ou pénibles. De cette dernière sorte il y en a de formes diverses. Tantôt on voit sur son corps, sur sa poitrine ou sur l'estomac^ une figure hideuse et mena^ gante qui oppresse, qui fait peur[; on va crier, mais on ne le peut, et Ton se réveille plein d'angoisse. On appelle ce cauchemar l'iVu^i^A^. Tantôt on est menacé d'un danger imminent, on le voit, on le redoute, on veut fuir, mais les forces vous trahissent, la voix s'éteinV dans la gorge et l'on se réveille baigné de sueur et tout anxieux. C'est un monstre, un serpent, un animal terrible que l'on veut fuir; c'est un combat, un incendie, des assassins dont on voudrait &'é<* loigner^ ou pour lesquels on voudrait du secours; les jambes se dérobent sous vous, la voix s'étrangle. Souvent les impressions pénibles que laissent ces rêves, s'effacent quelques instants après le réveil ; mais dans d'autres cas elles persistent, tiennent éveillé, re« viennent le jour suivant et même pendant longtemps*

Quelques-uns de ces rêves pénibles donnent lieu à des mouvements violents dans l'organisme. Ainsi l'on rêve qu'on a voulu sauver quelqu'un qui se [noyait, ou qu'on a passé une rivière à la nage pour se dérober à un danger, ou qu'on est tombé à l'eau : on éprouve du froid à la suite de la natation, et un frisson très violent et fort réel vous réveille et dure plus ou moins de temps. Ou bien on est tombé de haut, on a fait un faux pas, on a reçu une comme* tion violente de la colonne vertébrale , et l'on se réveille avec un ébranlement douloureux qui dure quelquefois plusieurs heures.

Terminons ici ce sujet. On n'en finirait pas si l'on voulait rap* porter toutes les formes que les rêves peuvent prendre, et nous en avons assez dit en désignant les principales. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que les rêves ne sont que des accidents, qu'ils n'appar^; tiennent pas à une santé parfaite, et qu'ils sont surtout l'objet d'é^ tude des patbologistes.

Du M»miianiiNBii«me.— On désigne SOUS ce nom un ensemble

de phénomènes [qui se produisent pendant le sommeil. On pourrait appeler le somnambulisme un rêve actifs parce qu'ici Taction est jointe à l'imagination. Nous venons de voir que^^pendant le somme// on peut rôver qu'on lit, qu'on fait de la musique, que l'on compose, on invente, et que non-seulement on le rêve, mais en réalité on fait ce que l'on imagine, et que, une fois réveillé, on peut écrire ce que l'on a composé pendant le sommeil. Or^ des individus appelés somnambtiles yoni plus loin encore: pendantleur sommeil ils parlent^ ils chantent, ils se lèvent, s'habillent, marchent les yeux fermés comme s'ils les avaient ouverts, composent, écrivent sans y voir et dans la plus profonde obscurité, toujours les yeux fermés, conversent avec des individus présents comme s'ils étaient éveillés, eC cependant étant endormis, puis à leur réveil, ne se rappelant rien de ce qu'ils ont fait pendant le sommeil, fort étonnés si on le leur raconte, et tout surpris de voir ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ne peuvent récuser. H y a une foule d'histoires d'individus qui vainementont entrepris d'écrire une œuvre de musique, de littérature, de poésie, se sont couchés et endormis, las de leurs efforts superflus ; puis, le sommeil venu, se sont levés et ont composé pendant cet état de somnambulisme ce qu'ils avaient cherché pendant la veille, et se sont recouchée ; restés tout étonnés le lendemain matin de trouver fait et parfait ce qu'ils avaient laissé inachevé la veille. Il semblait qu'une puissance mystérieuse s'était interposée, et ce n'était que du somnambulisme. Des écoliers se sont levés pour faire leur devoir, composer des vers latins; des ouvriers ont terminé leur tâche.

Parmi tous ces faits nous en citerons l'un des plus intéressants que nous ayons lu, et cependant l'un peut*6tr6 des moins connus. Nous l'empruntons à la grande f'nryc/op^^f te de Diderot et d'Alembert, article somnambulisme. Il est assez remarquable par les autorités qui l'afBrment, et peut à lui seul donner une idée de tous les autres.

(c Laissant donc à part tous les contes imaginaires ou peu prouvés qu'on fait sur les somnambules, je vais rapporter quelques traits singuliers, qui pourront servir à faire connaître la nature de cette affection, dont la vérité ne peut être suspecte; je la (îéns d'un prélat illustre, Mgr l'archevêque de Bordeaux, aussi distingué par ses vertus que par la variété et la justesse de ses connaissances ; son seul nom fait une autorité respectable qu'on ne saurait récuser.

» Il m'a raconté que, étant au séminaire, il avait connu un jeune

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