DB L*6TAT DB VBILLS ET DE SOMMEIL
ecclésiastique somnambule : curieux de connaître la nature de cette maladie (1), il allait tous les soirs dans sa chambre, dès qu'il était endormi ; il vit entre autres choses que cet ecclésiastique se levait, prenait du {>apier, composait et écrivait des sermons. Lorsqu'il avait fini une page, il la relisait d'un bout à Tautre» si Ton peut appeler relire cette action faite sans le secours des yeux; si quelque , chose alors lui déplaisait, il le retranchait et écrivait par-dessus les corrections avec beaucoup de justesse. J'ai vu le commencement d'un de ces sermons qu'il avait écrit en dormant, il m'a paru assez bien fait et correctement écrit; mais il y avait une correction qui élait surprenante : ayant mis dans un endroit ce divin enfant^ il crut en le relisant y devoir substituer le mot adorable à divin ; pour cela il effaça ce dernier mot et plaça exactement le premier par-dessus ; après cela il vit que le ce, bien placé devant divin ne pouvait aller, avec adorable^ il ajouta donc fort adroitement un / à côté des lettres précédentes, de façon qu'on lisait cet adorable enfant. La même personne» témoin oculaire de ces faits, pour s'assurer si le somnam* bule ne faisait alors aucun usage ^de ses yeux, mit un carton sous son menton, de façon à lui dérober la vue du papier qui était sur la table; mais il continua à écrire .sans s'en apercevoir; voulant ensuite connaître à quoi il jugeait de la présence des objets qui étaient sous. ses yeux, il lui 6ta le papier. sur lequel il écrivait et en substitua plusieurs autres à différentes reprises, mais il s'en aperçut toujours, parce qu'ils étaient d'inégale grandeur ; car quand on trouva un papier parfaitement semblable, il le prit pour le sien, et écrivit les corrections aux endroits correspondant à celui qu*on lui avait ôté. C'est par ce stratagème ingénieux qu'on est venu à bout de ramasser quelques-uns de ses écrits nocturnes. Hgr l'archevêque de Bordeaux a eu la bonté de me les communiquer. Ce que j'ai vu de plus étonnant, c'est de la musique faite exactement; une canne lui servait de règl^; il traçait avec elle, h distance égale, les cinq lignes nécessaires, mettait à leur place la clef, les bémols, les di^s, ensuite marquait les notes qu'il faisait d'abord toutes blanches, et quand il avait fini, il rendait noires celles qui devaient l'être. Les paroles étaient écrites au-dessous. Il lui arriva une fois de les écrire en trop gros caractère, de façon qu'elles n'étaient pas placées directement sous leur note correspondante. 11 ne tarda pas à s'a-*
(1) U y a ici une erreur, le tomnambfilisme n'est pas une maladie, mais un état très compatible avec une parfaite santé. U est permanent ou passager chez les indi* vidus qui le présentent.
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percevoir de soU efreur, et pour la réparer, il effaça ce qu'il vena de faire, en passant la main par-dessus, et refit plus bas cette ligm de musique avec toute la précision possible.
» Autre singularité dans un autre genre, qui n'est pas moms remarquable. Il s'imagina une nuit, au milieu de l'hiver, se promener au bord d'une rivière et d*y voir tomber un enfant qu/st noyait; la rigueur dujroid ne l'empêcha point de l'aller secourir. il se jeta tout de suite sur son lit, dans la posture d'un homme qw nage, il en imita tous les mouvements, et après s'être fatigué quelque temps à cet exercice, il sent au coin de son lit un paquel defs couverture, croit que c'est l'enfant, le prend avec une main et se sert de l'autre pour revenir en nageant au bord de la pvéienàoe rivière; il y pose son paquet et sort en claquant des dents, comme s'il sortait d'une rivière glacée : il dit aux assitants qu'il gèle et ru mourir de froid, que tout son sang est glacé; il demande un veri'e d'eau-de-vie pour se réchauffer; n'en ayant pas, on lui dono^^^ l'eau qui se trouvait dans sa chambre, il en goûte, reconnaît It , tromperie et demande encore plus vivement de Teau-de-vie, espo- , sant la grandeur du péril qu'il courait. On lui apporte un verre de liqueur, il le prend avec plaisir et dit en ressentir beaucoup de soalagement; cependant il ne s'éveille point, se couche et conCinoe de dormir plus tranquillement. Ce même somnambule a fournir
un très grand nombre de traits fort singuliers. Ceux que je viens de rapporter peuvent suffire au but que nous nous sommes proposé. J'ajouterai seulement que, lorsqu'on voulait lut faire changer de matière, lui faire quitter des sujets tristes et désagréables, on n'avait qu'à lui passer une plume sur les lèvres, dans l'instant il tombait sur des questions tout à fait différentes. » ' Nous pourrions à ce fait si curieux en joindre beaucoup d'autres : celui-ci suffit. Ajoutons seulement qu'outre ce somnambulisme naturel, il en est un autre que l'on nomme somnambulisme artificiel : le premier se produit naturellement chez les individus qui y sont disposés, sous des causes encore inconnues ; le second est prodoit par l'action magnétique d'une personne sur une autre, qui doit y être également prédisposée.
II est difficile de se rendre compte de ces faits, ou pour mieax dire, on ne s'en rend pas compte. Ils ont échappé jusqu'à ce jour aux explications scientifiques, et il faut avouer, du reste, que la science k» néglige. Leur analogie avec les faits que l'on appelle d'ordre surnaturel les tait mettre de côté, à lort suivant nous. Ao lieu de les étudier comme ils le méritent, de les bien préciser, eitn
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moins de les classer , on les abandonne au courant de Vopinion du monde, le plus souvent ignorante, presque toujours enthousiaste, qui les fausse et les exagère ; on les abandonne aussi à quelques intelligences d'un ordre inférieur qui les exploitent et en abusent.
rhypnotisme. — On nomme ainsi un sommeil artificiel qui s'accompagne d'insensibilité, et dans lequd le patient peut supporter les opérations chirurgicales sans en avoir conscience. Il est produit en faisant regarder au patient un objet brilknt que Ton place audessus de rhorizon visuel, au milieu des deux yeux, et à six pouces de distance environ. Ce phénomène, quia beaucoup préoccupé le monde médical en 1860, etqu'on a négligé, comme toujours, parce qu'on lui a trouvé des analogies avec les phénomènes du surnaturel, avait été d'abord signalé par les Anglais dans la Cydopadia de Todd ; il a été examiné dans quelques traités de physiologie, et presque tous les journaux de médecine en ont parlé quand il a été produit en France.
En réahté, l'hypnotisme et le somnambulisme appartiennent aux phénomènes de l'ordre surnaturel , ou si Ton veut ils sont une tran« sition entre ce qui se passe dans les rêves et ce qui a lieu dans l'état surnaturel. Nous avons dit en commençant ce livre, que c'était le sujet d'un travail particulier, et que l'état sumaiurei réclamait sa constitution scientifique distincte, comme Vétat naturel la possède en physiologie^ et Vétat morbide en pathologie. Nous nous étions d'abord proposé de nous en occuper, et nous avions, dans te but, amassé un grand nombre de matériaux, mais la rabon que nous venons de dire a fini par prendre le dessus dans notre esprit, et, l'ayant reconnu juste, nous nous y sommes conformé.