‹ Physiologie généraleChapitre 79 sur 107 · DB LA VIE FOBTALB ET DE LA NAISSANCE · texte numérisé non relu

DB LA VIE FOBTALB ET DE LA NAISSANCE

Nous avons déjà vu comment un nouvel être peut être codçu et engendré de Thomme et de la femme ; nous avons examiné la production et la réunion des germes (liv. III); nous avons vu comment les actes de Fanimalité interviennent dans cet acte foncièrement végétatif (liv. IV); nous avons dit enfin comment l'enfant, constituant un être distinct de ses père et mère, est le continuateur de la famille (liv. V). Il ne nous reste plus qu'à assister à sa naissance, et à le suivre dans le cours de sa vie.

Et d'abord, avant *d'apparattre à la lumière de ce monde, il demeure pendant neuf mois lunaires dans l'habitacle où il a été engendré, pour y acquérir le développement nécessaire à son existence indépendante. Pendant ce temps, il reste comme implanté sur le sujet maternel ; il s'y développe comme le bourgeon pousse sur le tronc de l'arbre, vivant des sucs nutritifs maternels jusqu'à ce qu'il puisse en produire lui-même. C'est déjà un être nouveau, mais il n'a pas son indépendance absolue, et on ne lui donne encore que le nom de fœtus^ c'est-à-dire ordure; car s'il vient à être mis au monde en cet état, il n'est pas viable, il meurt sans avoir vraiment vécu de sa vie propre, ne parait qu'un débris, de la pourriturc animale, encore bien qu'il ait reçii le souffle de l'àme.

Cependant le fœtus est bien précieux, puisqu'il est déjà un être en puissance, un quelque chose qui n'est rien, mais peut être beaucoup, et qui prélude à des destinées dont Dieu seul a la clef, p^r son développement corporel. Au point de vue physiologique, H mérite toute notre attention, car nous allons voir se produire, ^ développer successivement en lui cette activité que nous avons appris à connaître dans l'analyse et les relations de ses actes.

DB LA VIB rOBTALB BT Dfe LA NAISSANCB. 725

Quatre questions doivent nous préoccuper : \** apparition du nouvel être; 2^ des causes à l'origine de l'être; 3"^ développement du fœtus; 4^ naissance.

S !• — Appftriiloii 4a iMiivel être.

Ce n'est pas de notre sujet d'entrer dans tous les détails organiques du développement de l'être nouveau ; cependant, pour fixer les idées, nous sommes tenu d'indiquer les points principaux.

Dans ce développement» nous devons marquer trois phases principales : V segmentation du vitellus ; 2® développement du blastoderme, son dédoublement et l'apparition de la tache embryonnaire ; 3*" apparition de l'embryon et de ses annexes.

I. ScgmentaiioB dn vitéiim. — Comme nous l'avons dit en parlant de la génération au livre III, chapitre i, l'ovule a perdu sa vésicule germinative avant la fécondation. Au moment où il est fécondé, ce n'est qu'une cellule sans noyau d'un dixième de millimètre environ, et qui n'atteint pas un millimètre quand il arrive dans l'utérus, où il doit se développer.

Que se passe-t-il à ce moment suprême où le spermatozoïde mâle touche l'ovule et probablement le {lénètre? Nul ne le sait. Mais peu après se produit la segmentation du vitellus, ou jaune de l'œuf.

Le vitellus se segmente d'abord en deux parties : c'est comme le signal de deux activités productrices de l'être manifestant leur action. Puis chacune de ces moitiés se segmente à son tour, puis chacune des parties produites, et encore chacune de celles-ci ; et ainsi de suite, jusqu'à ce que tout le vitellus, c'est-à-dire l'intérieur de l'ovule, ne forme plus qu'un amas de molécules ou cellules élémentaires, et que toute la matière du nouvel être ait été pour ainsi dire pulvérisée. Par cette segmentation, les deux activités génératrices ont comme envahi toute la matière du nouvel être jusque dans les plus extrêmes divisions.

Les end)ryogénistesont signalé un ou deux globules polaires que l'on trouve sur le côté de l'embryon, et qui ne paraissent pas prendre part à sa formation. M. Ch. Robin s'est récemment occupé de ce sujet {Académie des sciences^ séances des 13 et 20 janvier 1862}. II pense que ces globules polaires précéderaient la segmentation et la causeraient, seraient eux-mêmes une sorte de gemmation du liquide limpide du vitellus, et chef plusieurs espèces animales ae

substitueraient à la segmentation en se multipliant presque à Tin- QnL Us apparaîtraient done alors comme le résultat de l'actîTice causée par Tintroduction du germe mâle, et comme la trace de cette introduction. C'est là un point encore très obscur, et qui mériterait de iM. Ch. Robin une continuation attentive des recherches qu'il a si'bien commencées.

Il*" 9ével4>p|^aHMit dtt Mastodernc. — On appelle blcOtedemH

cette masse d'éléments cellulaires qui résultent de la segmentation du vitellusy parce qu'on admet que c'est à sc*8 dépens que le nouvef ôtre va se former, s'organiser. Suivons-en les développements.

A peine la segmentation s'est-elle produite, que cette masse de cellules élémentaires est comme refoulée à la périphérie, à In face interne de la membrane vitelline ; dans le centre s'accumule la partie liquide.

Ces éléments cellulaires se tassent à la périphérie, se soudent, B*unissent, se fondent en une membrane distincte de la membrane vitelline et qui la double à l'intérieur, légèrement séparée d'elle. C'est l'être lui-même dans sa forme la plus simple, dans sa forme cellulaire.

Bientôt cette membrane se dédouble ; oe n'est plus une cellule, ce sont deux cellules concentriques appliquées l'une dans l'autre, et qui vont bientôt se séparer, apparaître distinctes.

Sur un point de leur circonférence, elles sont plus épaisses : il v a là comme un amas de matière. Dans ce petit amas, au moment de la séparation des deux membranes, une lumière, aurea lucida, apparaît; et dans cette lumière, comme un petit globule seul. M. Gh. Robin pense que c'est le globule polaire qui a subsisté pendant toutes les métamorphoses précédentes, qui y a présidé, qui a successivement produit la segmentation du vitellus, puis la formation de la membrane blastodermique, puis son dédoublement, et Vaurea lucidaoxx germinativa. Du reste, en très peu de temps Vûurea s'allonge, s'épaissit et constitue .une tache solide, placée entre deux membranes concentriques, dont l'une est appelée feuillet interne ou feuillet muqueux, et l'autre feuillet externe ou feuillet animal, ou feuillet séreux , et que l'on appellerait avec bien plus de raison feuillet cutané. Nous allons voir, en effet, que le feuillet externe formera la peau, et que le feuillet interne formera la muqueuse intestinale et urinaire.

En tous cas, voici donc l'ôlfe nouveau : une lâche solide, allongée, elliptique, au milieu (de laquelle se dessine «ne corde qui sera

DE Là TIB foetal» R BE LA NAiSSANCK. 317

bientôt la moelle épintère ; et cette tache eonliryonnaire plaicée entre deux cellules conçeotriques.

m* ii*eMhvr«« ^ mmmttnmutm^ — Le nouvel être nous estapparu ( c'est déjà lui dans sa forme la plus simple, la plus élémentaire; mais il ne semble pas encore que ce soit quelque chose : il faut le voir se dessiner et a|^rèter ce qui est nécessaire à son développe* ment. Du reste, ce développement iparche vite maintenant ; nous sommes vers le onzième jour de la conception. L'ovule fécondé est dans Tutérus.

La tache embryonnaire s'allonge, s'effile par une extrémité, se masse par l'autre, et ressemble en cet état à un têtard de gi^enouille à peu près : une extrémité est la tête/ l'autre la partie coccygienne.

Puis cette tache s'étale et se recourbe en dedans par ses côtés et par ses extrémités ; elle ressemble à une nacelle dont le dos est tourné en dehors; le ventre du nouvel être fait face au centre de l'œuf. Dans la ligne médiane, du haut en bas, se dessine l'axe cérébro-spinal. De chaque côté se présentent sous forme de bourgeons les rudiments des mâchoires, des arcs pectoraux, des membres.

En même temps, la cellule externe se soulève tout autour de Tembryon, et forme comme un bourrelet qui gagne la partie dorsale où il se rejoint de tous côtés. Ces bourrelets forment comme des capuchons : l'un céphalique, l'autre caudal, composé de deux feuillets membraneux : l'un qui s'applique contre la membrane de Tœuf, l'autre qui en est séparé, et qui est également séparé du |)etit é^re par du liquide qui s'accumule entre elle et lui : c'est Vamnios.

La cellule interne présente bientôt des linéaments vasculaires. vaisseaux ampholo-mésentériques. Elle tend en même temps à être enfermée en partie dans la cavité que forme la nacelle embryonnaire, et constitue la vésicule ombilicale, qui petit à petit doit rentrer dans la cavité abdorninale et former l'intestin.

Mais sur un de ses points, et du côté de l'extrémité caudale du ventre, la vésicule ombilicale bourgeonne une cellule qui s'étend, la dépasse bientôt, gagne la partie externe de l'ovule et est surtout constiluée par des vaisseaux : c'est Vallantoide avec les vaisseaux allant toidienB. Elle s'amincit et constitue bientôt dans son milieu le cordon wéiiicaL A la partie externe de l'ovule, elle s'étale pour former le placenta. Enfin, à sa partie intérieure, dans la cavité abdominale, elle présente un bourgeonnement cellulaire qui formera h vessie.

Ainsi, la membrane externe, ou feuillet cutané, forme la tunique cutanée de l'être et la poche amniotique dans laquelle il est placé.

72ë DB LÀ VIE BT DB LA MORT.

La membrane interne, ou feuillet muqueux^ constitue d'abord fat muqueuse digestive avec le système de la veine porte; mais csomme la digestion n'est pas possible, Tallantoïde se développe à ses dépens pour former les vaisseaux placentaires destinés à puiser dans les parois utérines le sang maternel nécessaire an développement du nouvel être.

Quant à l'embryon lui-même, il dessine ses formes principales. On voit apparaître la tôte, les yeux, le cerveau, principalement représenté par les tubercules quadrijuraeaux^ la bouche avec les arcs maxillaires, la poitrine avec ses arcs pectoraux, le foie, les intestins, les bourgeons rudimentaires des membres. Chaque partie se développe à sa place sous forme d'une cellule particulière. Les nerfs et les vaisseaux se forment à leur place, indépendamment de leurs réunions. C'est un magma dans lequel chaque organe se montre à sa place, selon sa destination, et d'après un plan ordonné, suivant lequel chaque activité développe, produit, organise ses instruments. Comme le dit Burdach : a La vie ne peut point a{^- » rattre tout à coup dans sa plénitude entière ; elle n'y arrive que )) peu à peu , suivant qu'elle se manifeste dans le domaine du

» fini L'idée est le noyau de la vie L'idée delà fonction crée

» son organe pour se réaliser..... » {Loc. cit.)

§ 2. — Betf e«ii0os à l^orlsine de rètre.

Le nouvel être apparaît nécessairement ce qu'il est et ce qu'il doit être plus tard, et par cela même toutes les causes que nous avons examinées au livre II* sont en lui dès son apparition ; car ces causes constituent sa nature. Autrement il faudrait supposer qn*il n'a pas dès l'origine la nature qu'il aura plus tard, et qu'un moment viendra dans son évolution où il changera de nature pour revêtir décidément et réellement la nature humaine ; ce qui serait une nouvelle génération très gratuitement supposée, et bien plus difficile à comprendre que la première.

Il faut donc dire que l'être se montre avec toutes ses causes, et que, de ce moment, leur jeu est en nature ce qu'il sera jusqu'à la mort Tel acte ne pourra se développer que plus tard, par exemple la sensibilité, les mouvements, la conscience, l'intelligence ; mais leur faculté subsiste en puissance dès l'origine.

Cependant on a élevé sur ce sujet plusieurs difRcallés qu'il im* porte d'autant plus de connaître et de résoudre, qu'elles ont des conséquences pratiques pour lesquelles la [riiysiologîe peut être ooa<-

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sultée, et que leur résolution corrobore ce que nous avons déjà expliqué au livre II*. Nous les résumerons dans deux questions : 1"* époque de l'arrivée de l'ftaie ; 2* du principe informant et de la matière signée.

I. ]fep«4«ede rarviTée de r*Bie. — Cette question a été principalement soulevée par une préoccupation médico*Uiéologique à propos de Topération césarienne ; et il faut le dire, bien qu*on prétende souvent le contraire, elle est plutôt de notre temps que des temps antérieurs. On a émis l'opinion» f<^t légitime en elle-même, que l'enfant avait droit à la vie et au baptême dans le sein dé sa mère ; et c'est au nom de l'existence en lui d'une àme immortelle et capable de salut comme de la vie, qu'on s'est autorisé pour recommander l'opération césarienne. Des dissidents ont prétendu que l'âme n'arrive chez l'enfant qu'à la naissance, d'autres qu'elle n'existe qu'à quatre mois de la vie fœtale. De là cette question.

Parlons d'abord des autorités mises en avant dans des sens différents. On a surtout parlé d'Aristote, de saint Thomas, des théologiens. H. le docteur Kergaradec, membre de l'Académie de médecine, a soumis à cette compagnie, en décembre 4860, un mémoire intitulé : Du devoir pour le médecin de pratiquer l'opération césarienne après la mort de la mère, dans lequel il dit : < A quelle époque » de la gestation le fœtus est-il animé ? Platon a supposé que Tàme » ne s'unit au corps qu'au moment de la naissance. Aristote fixe le » terme de cette union à quarante jours pour les garçons, à quatre- » vingts ou quatre-vingt-dix jours pour les filles^ Zacchias pense » qu'elle s'effectue à l'instant môme de la conception. — Ce dernier » sentiment est le plus probable et le plus sûr Incontestablement. » Il a été adopté par les facultés de médecine de Vienne et de » Prague, par les universités de Reims et de Salamanque, par la » plupart des facultés de théologie. La Sorbonne l'a qualifié de » indubita doctrina. Plusieurs conciles et un grand nombre d'évô- » ques ont enjoint aux prêtres de s'y conformer dans la pratique» » et cela sous les peines les plus sévères. » (§ 111.)

11 parait, en effet, y avoir eu sur ce point des controverses grecques, mais il est difficile de s'en rendre un compte exact en raison du manque de textes précis. Je ne connais de certain, ^ur Aristote, que le passage du De generatione et interitu^ lib. 11^ cap. x, où il dit positivement que les quatre genres de causes subsistent dans la génération, et j'ai en vain lu, relu tout l'ouvrage sans y trouver un texte contraire. Du De generatione animalium^ lib. 11,

7S0 0K Là VI8 IT DB U MOBT.

cap. 141, on cite eeiXe phrase : « Non simul fit unimal et homo; $ed pnm fit animal kabenê animam viventem, » Ce qui peut sHnierprétar de bcE& des manières.

Saint Thomas parait malheureusement s'être inspiré de ce teilt pour donner une solution qui fait tache dans son œuvre et qu'oiî ne saurait trop regretter {Somma tkeol.^ prima pars» quesi. csyiil art. 8).

Il réfute d'abord très justement l'opinion que Tintellect puisée venir par génération. Dans ses opérations, rinteiligenoe agit dans rimmatérialîté , bien qu'elle se serve du corps; elle ne peut donc être transmise par lui. La supposer transmise avec lui, c'est la supposer subsistante avec lui, et par cela même corruptible avec lui. Elle ne vient pas de génération, mais de création.

U n'admet pas non plus que Tembryon soit le produit de Vàme matenielle ou d'une puissance formatrice séminale. Les deux optnions sont Causses. €< Opéra enim vitce non possuut esse a priocîpio » extrinseco, sicut sentire, nutriri et augeri; et ideo dicenduin e^t » quod anima prsBeïistit in embryone» a principio quidem nutritiva, » postmodum autem sensitiva^ et tandem inlellectiva. k

Jusqu'ici tout est bien, mais voici que nous arrivons à quelque chose de moins sûr.

Quelques-uns disent qu'il y a d'abord une àme végétative, qu'il en vient ensuite une sensitive, et entin une intellective. Saint Thomas ne peut l'admettre, parce qu'il y aurait multiplicité de principes. Il admet que cela est seulement possible en croyant que la végétative disparait quand la sensitive arrive, que la sensitive se corrompt quand l'intellective arrive, a Et ideo dicendum est quod cum gène-

> ratio unius semper ait genei^atio alterius, necesse est dicere quod » tam in homine quam in animalibus aliis, quando perfectior

> forma advenit fit corruptio prioris ; ita tamen quod sequens forma » habet quidquid habebat prima , et adbuc amplius ; et sic per » multas generationes et oorruptiones pervenitur ad ultimam for- » mam substantialem tam in homine quam in aliis animalibus. Et » hoc ad sensum epparet in animalibus ex patrefactione getieratis.

> Sic igitur dicendum est, quod anuna intellectiva creatur a Deo in h fine generationis humanœ quâ simul est et sensitive et nulritiva, » corruptis formis prœexistantibus. >

Enfin, il vient à dire quelques lignes plus bas, contrairement à tons ses principes et à ce qu'il a dit plus haut dans le même article, que la formation du corps peut dépendre d'une simple puissance corporelle : « Et ideo nihil probibet quin formatio oorporis sit ab

DE LA TUB rO&TAU BT Dft U NàlSSANCB. 731

» aliqua virUite corporali. » — Il semble, après y avoir bien réftécbi, <]ue ce passage a dû être interpolé ou altéré, surtout quand on vient de relire les questions 75 et 76.

Il faut remarquer» du reste, que Vincent de Beauvais, écrivain du

niôme siècle, moine du môme ordre, et qui paraît disciple thomistei

réfute cette doctrine sans l'attribuer à saint Thomas : a Quidam^

» dit^il, autem ponunt priores animas corrumpi, rationali adve«

u niente et tanquam ad tempus oommissas, organisatione compléta

» deficere. Sed hoc quoque non videtur probabile eu m, organisa-»

» tione compléta, fortius vigeant vegetativa et sensitiva, eo quod

t fini suo magis sunt oonjunctœ; denique uude esset illi deficiendi

» ratio et causa, cum anirnse hujus modi non habeant deficere, nisl

» ex aliqua dissolutione, sive corruptione fada, circa eorum sui>«

» jecta. •» (Spéculum naiurale, lib. XXIV, cap. zlix.)

Je crois d'autant plus à ce(te altération, que cette opinion ne pa^ raitpas avoir eu de suite; que le compendieax Suarez en dit h peine quelques mots dans le De anima (lib. II, cap. vni), omet de citer Vincent de Beauvais, et quoique se rapprochant de saint Thomas, l'interprète d'une manière si vague, qu'on ne peut faire fond sur son opinion

L'histoire de tout ce débat parait aussi confuse que possible et d'une difficulté extrême. Dans Suarez comme danssaint Thomas, au Hvu** comme au xui® siècle, les enfants in utero matris sont dér clarés susceptibles du baptême du moment qu'un de leurs membres peut être atteint par Teau sacramentelle, ou que l'opération césarienne peut être faite. Mais ni dans l'article sur le Baptême de saint Thomas, oi dans celui de Suares, il n*est question de l'époque à la-* quelle fàme arrive. Pour les modernes théologiens, du moment que l'enfant est animé, il peut élre baptisé, et c'est l'opinion corn* mune qu'il est animé dès l'instant de la conception (Liguori et M. Gousset, Iheohg. mural, ). Ce ne sont là que des décisions; la question historique demeure dans l'obscurité. .

S'il était permis d'interpréter le mouvement des idées, j'oserais rappelerque pour les Romains le /€P/t4« était un vil débris, une production informe et fétide avant la naissance, et que malgré les lois qui protégeaient la femme grosse en vue de son fruit, l'avortement était une pratique fréquente largement entrée dans les mœurs; A l'époque du Bas-Empire surtout, les coiffeuses, les baigneuses et les débitants de philtres n'avaient pesasses de drogues pour rcpon« drè à cet indigne usage.

£n vain le christianisme dut réagir : une {uratique rendue fiicile

732 DB LÀ VIK n Dl LA IKAT.

pour la multiplicité de ceux qui s-y emplayaient, et qui d'aillecr" répond à tant de mauvais instincts et de positions coupables, dev^t avoir jeté de profondes racines ; Topinion courante résistait à V&prit chrétien et voulait que l'enfant avant sa naissance ne fût qu'ui débris putride. La seule chose possible contre un courant d'Idées ^^i puissant était de faire valoir que les mouvements de Tenfant n utero matris indiquent son animation ; et c'est» en effet, i'c^înîuL qui surgit et tendit à prévaloir; de nos jours encore elle est vivace. Les théologiens purent s'en autoriser d'abord, mais ce ne fut qik plus tard qu'il leur fut permis de se prévaloir de l'animation dc< la conception. Peut-être même furent-ils dès l'abord entraînés par l'opinion courante, et ne purent-ils au moyen &ge soutenir l'arrivée de l'âme dès le moment de la conception.

Quoi qu'il en soit, la solution peut être trouvée aujourd'hui en dehors de tout e^rit de parti.

Dès le moment que le nouvel être apparaît^ sa forme substantielle doit être présente. Ce ne peut être un autre principe qui le forme, car c'est bien l'être qui se produit, non un autre. S'il était simplement le produit du père et de la mère, ou de tous deux, il ne serait pas lui : c'est son activité propre qui se déploie, et par conséquent son principe actif est présent.

Admettre un principe formateur particulier qui ne serait pas le principe animateur ou ne viendrait pas de lui, ce serait supposer que deux êtres se succéderaient en lui : l'un qui créerait l'organisme pour l'action, l'autre qui ne viendrait que pour agir. Ce dernier ne serait plus alors le maître de lui-même, et serait lié parce qu'aurait fait le premier ; il pourrait y avoir opposition entre Forgane fait pour l'action, et l'activité attribuée à un organisme qui ne répondrait pas à ses impulsions. Gomme l'a bien dit Burdach» ridée de la vie crée la fonction.

D'ailleurs, supposer qu'un premier principe forme l'organisme, et qu'il vient ensuite un autre principe qui en use, c'est se trouver conduit à deux alternatives. 1» Ou bien le premier principe se meut pour continuer la formation pendant toute la vie, et alors le second principe est seulement moteur, et il y a dualité d'activité dans l'être, erreur démontrée (liv. II, chap. i, § 3). 2« Ou bi^i leprmiier principe est détruit à l'arrivée du second, et le second à l'arrivée du troisième, comme le voulait saint Thomas ; mais alors on ne peut expliquer que le premier disparaisse sans corruption et génération nouvelle, et il n'y a ni dissolution, ni production de plusieurs êtres successifs ; on ne peut comprendre que le second ou

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