CHAPITRE II
LBS AGES OD LBS ftPOQUBS.
La vie de l'homme, comme de tout être engendré, est une succession de changements commençant à la naissance et dont la mort est le terme. L'être reste le même dans sa nature essentielle et propre : c'est toujours un individu de la même espèce et le même individu ; mais c'est un individu qui change, dont le corps et les facultés se développent, puis diminuent et dépérissent. « La matière, » dit Burdach, change coDftinuellement pendant la vie, et Vidéat » seul persiste. Les parties non essentielles disparaissent, et il n'y a » que les organes essentiels qui se maintiennent ; mais ceux-là ont » beau changer de substance et de relations, nous sentons toujours » en nous le même moi : donc l'àme est la seule chose permanente » dans la vie ; tout comme au plus bas degré de son développement, » elle assure déjà une plus longue durée à l'existence organique. » {PhysioLj t V, p. 565.) Gela est vrai : Fàme subsiste pendant que la matière change et se renouvelle ; et comme le disait Cuvier : a La » vie est un tourbillon plus ou moins rapide, plus ou moins corn- » pliqué, dont la direction est constante, et qui entraîne toujours » des molécules de même sorte, mais où les molécules individuelles » entrent et d'où elles sortent continuellement, de manière que la » forme du corps vivant lui est plus essentielle que sa matière. » {Loc. cit.) Cependant la matière n'est pas la seule chose qui change : l'àme, tout en restant la même, développe ses facultés, et, par révolution de ses puissances, est elle-même la cause de l'évolution matérielle.
Mtftoiott des Ages. — • L'évolution de v!e prércntc une suite de
FRtDAULT. 48
164 DB LA VIE IT DB U lfOtT«
phases, de changements, d'époques. Les Qge$ sont tout à Ja fois les phases et les époques de la vie.
Dès les temps les plus anciens, et Pythagore en avait sanctiooné la tradition, on admettait quatre âges correspondant aux quatre «aisons de l'année : V enfance, ou le printemps de la vie ; byetn^ecse, son été ; la maturité^ son automne ; la vieilleste^ son hiver. Cette di fision a persisté au milieu de tous les changements qu'oD a tenté d'7 introduire.
Solon, combinant les deux nombres 7 et 10, admettait dix âges de sept ans chaque. Varron admit cinq âges : pueritia, de 1 à 15 ans; adolescentia^ de 15 à 30 dins;juventus^ de 30 à &5 ; senior œtas^ de Ix^ à 60 ans ; senectus, de 60 à 75 ans {Censorini liber de die naia/t\ p. 6^). « Mende, dit Burdach, en admet six, savoir : la vie embryon- » naire, l'enfance, la jeunesse, Tétat de plein et entier développe^ » ment, l'âge de retour et la vieillesse. Les livres sacrés des Ëtrus<|ues » en comptaient douze, Linné aussi, et Daignau quinxe. » (PkywM.^ t V, p. 520.) Les Latins subdivisaient Tenfance et la jeunesse : l'en-» fance en première et seconde, infantia et pueritia ; la jeunesse, en odolescentiœ [éphèbes des Grecs) et juventus. Halle admettait cinq âges subdivisés en plusieurs autres: i^'ln première enfonce, infantia des Latins, comprenant : de la naissance à sept mois, temps de la lactation ; de sept mois à deux ans, ten[)ps de la pren^ière dentition ^ de deux ans k sept ans jusqu'au moment où commence la seconde dentition ; la seconde enfance, pueritia^ de sept ans jusqu'à la puberté; 3"" Vadolescence plus ou moins prolongée; U"" la virUité ou Véiûi adulte^ divisée en virilité croissante, virilité confirmée et virilité décroissante; 5*" la vieillesse, divisée en verte vieillesse^ caducsêé^ décrépitude {Dictionnaire de méd, en 80 vol., t. I, 581). Burdacb fait de la division des âges un simple calcul. Pour lui» l'embryon reste dans l'utérus pendant quarante semaines, c'est-à-dire suivant un nombre qui est le multiple de 10 par 4; ces deux nombres sont donc les générateurs des multiples qui précisent les âges. Ainsi» premier âge , vie embryonnaire , de 40 semaines , 1 0 X 4 ; le deuxième âge comprend 1 03X^=^00 semaines, ou 7 ans et 36 jours; le troisième âge contient deu x périodes, ou 2 1 O^X 4 = ëOO semaines, et s'étend jusqu'à la fin de la vingt-troisième année , époque à laquelle comnaence la maturité de la vie; le quatrième âge, de maturité, contient trois périodes, ou 3 10^ x 4 := 1200 semaines, et s'étend ainsi jusque vers la fin de la quarante-sixième année; le cinquième âge, ou grand âge, contient quatre périodes, ou 4 10^X4^ ^6^0 semaines , et s'étend jusque vers soixante-dU-
LV8 AGBS OU LIS BFOQUBS. 753*
sepl ans {Physiol., t. V, p. 522 et suiv.)- Enfin, M. Flourens, dans son ouvrage sur la longévité^ trouve qu*il n'est pas facile de préciser la durée de chacun des âges. Slais « je propose toutefois, dit-iU » les données suivantes : pour la première enfonce, de la naissance p à dix ans, c'est l'enfance proprement dite, et pour la seconde, » de dix à vingt, c'est l'adolescence ; pour la première jeunesse, de p vingt à trente, et pour la seconde, de trente à quarante ; pour » le premier âge viril, de quarante à quarante-cinq, et pour le » second, de cinquante-cinq à soixante et dix; .... à soixante et dix ans » commence la première vieillesse, qui s*étend jusqu'à quatre-vingt* » cinq ; et à quatre-vingt-cinq commence la seconde et dernière 9 vieillesse. »
Il y a sous ces propositions deux préoccupations qu'il faut toutes nettement distinguer : Tune, de préciser les phases du change* ment ; l'autre, d'en marquer les époques et la durée.
Sur le premier point, c'est-à-dire sur la détermination des phases principales, il n'y a en résumé que de très légères différences. Les quatre âges sont généralement admis : Venfance^ \ai jeunesse, la maturité et IsL vieillesse. Les uns font des subdivisions, ce qui ne change rien à la division principale, et Ton peut très bien admettre deux enfances, deux jeunesses, deux maturités, deux vieillesses. Varron donne le nom àejuventus à ce qui est la maturité ; il n'y a là qu'uiie transposition de noms ; il subdivise la vieillesse pour en faire deux âges, et l'on voit évidemment que ce sont seulement deux étapes. Les uns ont fait de la vie embryonnaire un cinquième âge, mais c'est une erreur manifeste ; les âges ne commencent qu'avec la naissance, c'est un sentiment général et fort légitime, que le fœlos ne vit pas delà vie indépendante. Burdach lui-même qui, dans sa supputation mathématique, indique cinq âges, n'en décrit que quatre, et commence à la naissance (t. IV, p. 311). En résumé donc, on peut très bien s'en tenir à la division des quatre âges.
Mais les auteurs ont aussi la préoccupation de préciser les époques dans le temps, et de donner aux âges une durée mathématique m se basant sur la durée de la vie. « Cette durée, dit Burçlacb , doit » donc être la véritable mesure ou le commun diviseur des âges, » et c'est ce que Butb et Kastner ont reconnu les premiers. » (T. V, p. 517.) Or, il y a là-dessous un malentendu. On suppose que la vie de l'homme est une chose parfaitement réglée : « Comment j) donc, dit H. Flourens. si toutes ces choses, la taille, la gestation, » l'accroissement, etc., ont leur durée réglée et marquée^ la vie » n'aurait^Ue pas la sienne T » {De la longéoiêé,) Pourquoi T C'est,
756 DR LA Vre KT DB LA MORT.
répondrons-nous, que ce qui de sa nature est incertain ne peut avoir de limites absolues. La vie, dans les conditions où l'homme se trouve^ est entachée d'un vice qui la mène à la mort plus ou moins vite , et ce plus ou moins vite est précisément la limite incertaine de la durée. Nous le montrerons, en nous arrêtant sur ce sujet dans un des chapitres suivants. La vie n'a pas de limite certaine, voilà le grand fait dont il faut partir ; tel meurt de vieillesse à soixantequinze ans, et tel autre se prolonge jusqu'à cent cinquante ans, comme il y en a des exemples. Or, dans cette incertitude des limites, lorsqu'un homme est déjà vieillard à soixante ans, et qu'un autre est encore jeune à la même époque, comment donner aux âges une limite absolue? Certaines femmes ne sont pubères qu'à dix-huit et dix-neuf ans, et d'autres le sont déjà à onze ; il y en a qui perdent à trente-six ans, et d'autres à cinquante seulement. 11 y a des hommes qui, à soixante ans, ne peuvent plus engendrer, et d'autres qui ont eu des enfants à cent ans. Il y a des enfants qui viennent au monde avec des dents, comme Louis XIV, et il y en a qui n'ont leurs premières qu'après un an ; des jeunes gens sont à vingt ans à leur taille et à leur volume, tandis que d'autres n'y arrivent qu'après trente ans. Enfin, la vie, qui, de notre temps, peut se prolonger à cent ans (suivant H. Flourens, qui a fait de ce terme une durée normale), a été beaucoup plus longue dans des temps intérieurs; et nous ne savons pas si à ces époques la durée de la croissance était la môme, si la maturité n'était pas plus tardive. Il ne faut donc raisonner que dans un certain vague où nous jette inévitablement l'incertitude naturelle des choses. On ne peut prendre que des termes communs et des à peu près.
Dans l'état actuel, de notre temps, la puberté arrive vers treize à quatorze ans chez les filles, de quatorze à quinze chez les garçons; ce sera là la séparation de l'enfance et de la jeunesse. C'est à vingt ans que les épiphyses sont réunies à la diaphyse des os, selon H. Flou* rens, et ce sera, si Ton veut, la limite de la première Jeunesse ou de l'adolescence. Mais la jeunesse se prolonge évidemment jusqa'à trente ans, qui est l'âge commun où la croissance se termine, où les facultés intellectuelles sont développées, où la maturité commence. Quant au début de la vieillesse, il est encore plus vagae^ car les événements sont ici bien moins marqués et nombreux que dans les premiers âges : « La première période, dit Bnrdacb, est h » plus riche en changements, et les événements s'y succèdent avec A beaucoup de rapidité ; peu à peu ils s'éloignent de plus en plus les » uns des autres, et la métamorpbo$e affecte une marche qui vasam
LES AGKS OU LES ÉPUgUKS. 757
» cesse eo se ralentissant. » (T. V, p. 522.) On peut même dire qu'il n*y a plus d'événements^ car si tout dépérit, rien ne disparait tout à fait ou tout à coup. Le grisonnement des cheveux commence bien avant la vieillesse, et dès la jeunesse même chez quelques-uns. Les facultés viriles se perdent chez les uns plus tôt, chez les autres plus tard, {..es facultés intellectuelles s'affaiblissent à soixante ans chez les uns» pendant qu'elles sont encore pleines dévie à quatre-vingtdix ans chez d'autres. En un mot, on ne voit pas de limites exactes antre la roatuiité et la vieillesse, ce qui tient d'ailleurs à ce qu'il n'y a pas de vraie maturité : aussitôt que l'homme arrive à son déve* loppement parfait, il dégénère, il dépérit par certains côtés. La vieillesse se fait sentir en réalité dès que la maturité arrive ; elle se dessine, se manifeste vers soixante ans pour les uns et beaucoup plus tard pour d'autres : ce sera une transaction fort acceptable tant qu'on ne voudra pas plus.
Les quatre âges étant ainsi délimités dans leurs à peu près, exa* minons chacun d'eux en particulier.
L'enfance commence avec la naissance et se termine à la puberté, vers treize à quatorze ans chez les filles, quatorze à quinze ans chez les garçons. On dit d'un garçon ou d'une fille qui ne sont pas pubères, qu'ils sont encore enfants. Burdach me parait avoir eu tort de terminer l'enfance à sept ans, et de décrire l'âge de sept à quatorze ans sous le nom de première jeunesse ; ce n'est là qu'une seconde enfance.
La division de cette période en infantia et pueritia, admise par Halle, est la plus naturelle, la plus simple, la plus légitime. L'époque de la seconde dentition qui s'accompagne du développement des mouvements et de l'apparition de l'intelligence, est nettement séparée des sept années qui précèdent. Nous suivrons cette division.
L ËmÊmmùÊk, — L'enfant natt dans un état de faiblesse et de misère, nu et incapable de subvenir à ses plus nécessaires besoins, souffrant et poussant des vagissements de détresse ; dès le premier moment il montre ce qu'il doit être : homo natus est ad laborandum^ dit Job.
«c Si quelque chose, dit Bufibn, est capable de nous donner une idée de notre faiblesse, c'est l'état où nous nous trouvons immédiatement après la naissance i incapable de faire encore aucun usage de
758 Dl Là vu HT DB Là MORT.
ses organes et de se servir de ses sens , Tenfant qui natt a de secours de toute espèce, c*est une image de misère et de douleur. il est dans ces premiers temps plus faible qu'aucun des animaux, sa vie est chancelante et parait devoir finir à chaque instant ; il ne )>eut se soutenir ni se mouvoir, à peine a-t-il la force nécessaire pour exister et pour annoncer par des gémissements les souffrances qu'il éprouve, comme si la nature voulait l'avertir qu*il est né pour souffrir, et qu'il ne vient prendre sa place dans l'espèce humaine que pour en partager les infirmités et les peines, t (Biit. naiur : /k l'homme,)
Cependant ce n'est pas dans l'isolement que le petit de Thomme Tient au monde; c'est au sein d'une société et d'une famille, à Tabri d'une protection paternelle et sous la sauvegarde d'une materniez pleine de tendresse et de sollicitude ; il natt le sujet d'une autorité douce, aimante et providentielle : images terrestres d'une autre fa* mille, d'une autre société, d'une autre providetice plus élevées, plus grandes, plus sublimes, celles de Dieu. Premier et grand ensef* gnement, montrant que l'homme, né au sein d'une famille humaine et divine, est fait pour y vivrû et y demeurer, parce que sa nature est d'être sociable et religieux. Quelle diflerence profonde avec le petit des animaux, abandonné de son père dès qu'il est conçu, ehassé par sa mère dès qu'il peut de lui-même subvenir à set besoins, témoin irrécusable que l'état sauvage est le degré le plus aTancé de la dégradation morale.
Aussitôt la naissance, la respiration oommenoe avec les vagis* sements ; la circulation pulmonaire s'établit ; le trou de Botal entre les deux oreillettes du cœur commencé à s'oblitérer; les artères 6( les veines ombilicales s'oblitèrent, et c'est vers le neuvième ou onzième jour que l'ombilic est cicatrisé.
Le lait est la première nourriture; l'enfant. n'en peut supporter d'autre. Jusque vers sept mois, et quelquefois plus, il ne peut être nourri que de lait, de féculents et de froment eu bouillie. Jusqo'aa troisième ou quatrième mois, l'estomac est peu habitué à raliraentation, et après chaque repas l'enfant rend quelque peu de oe qv'U a pris. Du quatrième au septième mois, quelquefois plus tard, to premières dents paraissent, d'abord les incisives, puis les moliireSi puis les canines, et euGn les dernières molaires. Ce travail se pnh longe jusqu'à la fin de la deuxième année. De huit à neuf mois, U digestion prend plus de force, la soupe de viande commenoe à éa« digérée, puis la viande elle-même et les fruits; mais il ne M pas pousser l'enfant à cette nourriture. Jusqu'à trois anS| et ault^
Lm AGBS 00 LES BPOQUIS. ^TS^
jBu delà, il fettt le faire manger, car il ne peut le. taire de lui^ même.
Dans le commencement il ne connaît pas ses besoins d'excrétion 0t se salit d'urin^ ou dé matières fécales. Aussitôt après la naissance, il rend des matières stercorales vertes, liquides, glaireuses, lé meconium ; puiff pendant plusieurs mois les matières restent liquides-, d'un jaune verdàtre. Ce n'est qu'à la fin de la première année ou dan« le courant de la seconde, qu'elles commencent à se mouler, 0t ce n'est qu'alors aussi que l'enfont se rend compte de ses besoins çt demande à les satisfaire. Pendant ce temps le ventre diminue de volume et le foie également. Vers trois ans, la taille se dessine, les matières stercorales sont moulées, mais encore jaunes et blanchâtres. Quelquefois l'enfant se salit encore d'urine la nuit, jusque vers quatre ou cinq ans.
Les mouvements sent d'abords vagues et incertains. Vers le quatrième ou cinquième mois» l'enfant commence à prendre les objets avec ses mains. A la fin de la première année, il allonge ses bras pour prendre ce qu'il désire; mais la préhension n'acquiert de la rectitude que vers deux à trois ans. A quatre ou cinq mois, les jambes commencent des mouvements qui simulent ceux de là ~ marcha Vers neuf à dix mois, quelquefois plus tard^ l'enfant peut eommenoer à se tenir ; vers douze ou quinze mois il marche eh étant tenu ; il va seul vers quinze ou dix*huit mois, quelquefois plus tôt; il cômnoence à courir entre deux et trois ans.
La tète est volumineuse au moment de la naissance et diminué de plus en plus avec l'âge. La bosse sanguine qui se montre au siilciput après Taccouchement en présentation céphalique, dimiiiue presque immédiatement et disparaît après deux ou trois Jours. Dans le courant des premiers mois ou de la première année, la fontanelle ^'épaissit, les pariétaux se rapprochent. Ce n'est que plus tard que les deux parties du frontal se soudent. Le cerveau, d'abord mou» prend de la consistance.
. Les sens sont réduits an toucher dès le moment de la naissance, et encore n'estrce qu'un toucher très imparfait. La vue commence après quelques jours : la pupille s'élargît, la cornée, le e(*îstalliil, l'humettr aqueuse et l'humeur vitrée deviennent plus transparents; la teehe jaune sur la rétine, au fond de l'œil, se prononce et s'ao* osntue; la cornée bombe, le cristallin recule, les humeurs sont plus abondantes. Du dixième au quinzième jour, l'enfant devient sensible à la lumière et commence à suivre a\'ec sa petite tète les mouvaiiients d'un flambeau ; vers le troisième moisou lequatvième,
760 DS LA VIE ET DE UL AlonT.
il distingue les figures et les reconnaît. L'appréciation des distances ne vient que plus tard, commence avec la marche et se perfectioniw avec elle.
L'oreille externe du nouveau-né est appliquée contre la tète el ne s'en détache que vers dix-huit mois à deux ans; la caisse du tympan est obturée par du mucus, et en est débarrassée par Téter* nument. Vers trois mois, le cadre du tympan se soude avec le rocher. Buffon prétend que l'ouïe est ouverte avec la naissance, mais il me parait que c*est une erreur : c'est seulement dans le courant du premier ou du second mois que l'enfant parait sensible au bruit; d'abord il s'endort aux chansons, il tressaille quand les bruits sont forts, puis il semble commencer à distinguer les sons vers trois mois. Ce n'est qu*à deux ou trois ans qu'il apprécie bien l'intervalle des sons.
Le goût se développe à peu près dans le même temps que l'ouïe, ou un peu plus tard. D'abord l'enfant avale indistinctement ce qu'on lui présente ; puis vers deux ou trois mois il a des préférences pour ce qui le flatte, il repousse ce qui lui parait mauvais.
On a prétendu que les enfants à la mamelle sentaient l'odeur de fa bouillie; mais ce n'est en réalité que beaucoup plus tard que l'odorat se développe. Jusque vers deux ans et même plus, ils paraisseoC insensibles aux odeurs agréables ou désagréables ; ils restent très bien à côté de leurs excràments sans en être affectés, *et s^ils prennent une fleur, c'est pour ses couleurs, non pour son parlîim. L'odorat n'acquiert sa susceptibilité que vers quatre à cinq ans, et ne se perfectionne qu'après la puberté.
Les premiers sons émis sont des cris ; vers cinq ou six mois, des sons, imparfaits, dans lesquels se remarquent des essais d'articulations, bientôt quelques syllables sont prononcées, ba, ma; pats viennent des mots dissyllabiques, baba ou papa^ mama^ ou mamm^ bonbon. Les premières consonnes sont 6 et m, p; puis v, </, /, /, n, k ou q eig; T/*, l'r, le c, 1'^, sont bien plus difficiles à prononcer, etne sortent que vers la deuxième année ou même beaucoup plus tard. De dix-huit mois à deux ans l'enfant commence à parler : d'abord il assemble deux mots, le sujet et l'attribut, puis il introduit le verte dans sa phrase, il met des liaisons, des conjonctions et même les répète à chaque instant; enfin il apprend à conjuguer, à se aerrir des temps et en dernier lieu du conditionnel. A deux ans, les phrases commencent; elles se forment vers trois ans, s'enchaînent et se perfectionnent vers quatre à cinq ans. L'articulation des mots est encore très vicieuse à deux ans, plus nette à trois, bien formée vers qoatto
LIS AGAS OD LBS SPOQUIS; 7M
à cinq ans. En général les petites filles commenoenlà parler plus tôt que les garçons.
Pour les sens internes, Timagination et la mémoire se montrent d'abord, mais ne sont vraiment en activité qu*à partir de deux à trois ans, se perfectionnent vers quatre et cinq ans ; l'instruction devient possible vers six à sept ans. Le sens comtnun suit à peu près la même marche. Les impulsions instinctives commencent avant la naissance et se développent ensuite : quand Tenfant commence à parler des phrases, il est quelquefois remarquable par la nature de son sens commun et la sûreté de ses instincts. C'est alors que la volonté animale est quelquefois très violente.
Ou ne peut dire que l'enfant nouveau-né ait de l'intelligence; ce n'est qu'avec l'enseignement de la parole qu'elle se développe. Les idées de choses et d'êtres, de sujet et d'attribut, semblent les pre* mières à paraître. Les relations sont d'abord toutes dans le présent. Ce n'est que vers quatre à cinq ans que l'idée du temps se forme, jusque-là le présent, le passé et le futur n'ont pour ainsi dire pas de signification ; l'enfant ne se rend pas compte de ce qu'est aujourd'hui, hier, demain.
Pendant que les facultés se développent le corps s'accroU. A la naissance il est long de IH à 20 pouces; il allonge de 6 à 8 pouces pendant la première année, atteignant ainsi à 2d ou 26 pouces. Il croit de 3 pouces pendant la seconde année, et arrive vers la fin à 28 ou 30 ponees. A trois ans il a de 30 à 32 pouces; à quatre ans, de 33 à 35 ; à cinq ans, de 36 à 38 ; à six ans, de 39 à M ; à sept ans, de Ui à &2 (Burdacli). Souvent l'accroissement fait une pause à sept ou huit ans. Le poids augmente d'à peu près 20 livres, et à sept ans il est d'environ UO livres (tifrtd., t. IV, p. 464).*
Le sommeil est très long, surtout chez le nouveau- né, qui dort presque constamment et ne se réveille que pour la lactation . Pendant les premiers mois il y a des rêves, des cauchemars presque constamment, qui s'éloignent ensuite avec l'âge. Vers trois à quatre mois l'enfant commence à rester éveillé le matin et le soir. Jusque vers trois ans existe le besoin d'un sommeil plus ou moins prolongé dans le milieu du jour.
II. r^wiMa {seconde enfance, que Burdach appelle la première jeunesse,) — Elle s'étend de sept à huit ans, jusqu'à treize ou quatorze pour les filles, quatorze ou quinze pour les garçons, entre l'apparition de la seconde dentition et l'apparition de la puberté.
Les premières dents, ou dents de laitt ne devaient pas être penna-
V62 M Là ▼» tT M Ll MOftT.
Aentes. Presque sans racine et sans grande consisiance/elies s*oseat promptement, s'altèrent : de nouvelles dents plus solides, avec des jracines profondément implantées et plus consistantes, les reiii|)lacent. Vers sept à hait ans, la nouvelle dentition débute par l'apparition d'une troisième molaire. Puis les dents de lait deviennent va- .cillantes et sont remplacées ; d'abord les incisives, et l'interne avant l'externe, vers huit ans ; vers deuf ou dit ans les premières molaires, les canines à onze ans ; enfin une quatrième molaire paraît vers douze ans. A la fin de la seconde enfance il y a au total vingt-haft dents.
L'apparition de la dentition modiie la configuration de la face : la mftchoire inférieure s'abaisse et s'élargit, la voûte palatine s'élargit également, et les maxillaires supérieurs saillent davantage. La figure prend une expression plus arrêtée.
L'accroissement en hauteur et en poids est rapide pendant cet âge. Suivant Quételet, le corps présente en longueur et en poids les cfaan* gements suivants : chez les garçons, il est à huit ans de 44 poaœs j6 lignes, et pèse àk livres 5 onces 1/2 ; à 16 ans il est de M ponces 9 lignes et pèse 106 livres 2 onces 1/2; chez les filles, à huit ans, A3 pouces 6 lignes, et ftO livres 10 onces 1/2 ; à srize ans, 58 ponces 6 lignes, et 95 livres k onces 1/2 (cité par Burdach, t. iV, p. 505). J^a croissance annuelle s'élève à 2 pouces 6 lignes pour les garçons, à 2 pouces pour les filles, jusque vers douze ans ; mais de doua» i seize la croissance annuelle n'est plus que de 1 pouces pour les garçons, tandis qu'elle est au contraire de 2 pouces 9 lignes puor les filles {ibid,).
L'accroissement se fait sentir dans les os, qui deviennent plus solides, plus compactes, et dont les épipbyses ne sont plus séparées que par une lame cartilagineuse. La cuisse, jusque-là plus petite que la jambe^ prend une longueur qui lui est égale. Les apophysa de la colonne vertébrale se développent; des points d'osèitcatioa paraissent dnns les troisième et quatrième vertèbres coccygiennes; également dans ra{k)physe acromion, à l'épaule. L'épipbyse mtèrieure du radius se soude ; le grand os^ puis le trapézoîd^ $ enfoi ta pisiforme s'ossifie au carpe. La tète s'étend en longueur, ftf sutures sont plus dentelées ; l'apophyse mastoïde présente plus de saillie. Le bassin s'élargit chez les filles ; les os pelviens se touclieo^ dans la cavité cotyloïde; des points d'ossification se développent à la crête iliaque et au bord inférieur de l'ischion.
Le thymus s'efface en commençant par la partie infisrieure, et disparaît vers la treizième aqaéç. Au coalraire, le$ gb^ndas lyiapks-
LIS AGIS OU lAS ÈPeQUIS. 7tt
tiques se développent au cou, aux aisselles, aux sines, dans le
mésentère.
Les organes digestifs deviennent plus amples, pendant que le foie
diminue. La rate est plus grosse; les reins perdent les dernières
traces de leur forme globuleuse. L'urine commence à deyenir plub
foncée en couleur et plus odorante.
La distinction des garçons el des fiUes pommence à se manifester
dans les mouvements, Tintelligence, les habitudes morales.
Les mouvements sont plus libres, plus assurés plus violents etbtus-
ques chez les garçons, plus doux et délicats chez les filles. C'est Tàge des jeux : des jeux vib et qui demandent de l'activité chez les garçons;, la balle, la lutte, les sauts; plus doux et plus paisibles chez les filles, la danse, le volant, l'escarpolette, la poupée. Les uns jouent au soldat, les autres à la petite mère. Il y a surtout à cet âge, et c'est un de ses principaux caractères, une sorte de mobilité inquiète, de besoin d'activité, d'exubérance des mouvements, une explosion de gaieté et d'expansion. Les garçons commencent les études sérieuses» et leur intelligence se déploie plus aisément dans les premières coa<^ naissances abstraites de la grammaire, en même temps que leur mémoire est en pleine activité. Les filles apprennent égalementi mais leur goût les arrête davantage sur les travaux d'aiguille, les soins du ménage. C'est vers douze ans surtout que 1* intelligence se développe ; plus précoce chez les uns, plus tardive chezd'nuti^es» De dix à quatorze ans, les sentiments religieux sotit très vifs, à moins de méchanceté ou de corruption ; c'est l'innocence dans son plus bel épanouissement.
Souvent il y a une sorte de langueur intellectuelle, de paressé dans le travail de l'esprit : c'est que l'activité vitale se déploie dans l'action végétative et dans l'action animale, s'y arrête pour ledéve-n loppement physique. Ce n'est le plus ordinairement qu'un retard, que le jeune homme rattrapera vers seue ou dix-sept ans. Quelquefois c'est une langueur incurable : on ne peut arriver à déverses le courant d'activité dans l'ordre intellectuel. Mais il y a toujours utilité à ne pas trop pousser l'intelligence dans la jeunesse, et à laisser les organes se développer par l'activité végétative et animale. A cet âge, où les sexes commencent à se distinguer par des traits différents dans la vie animale et dans la vie intellectuelle, il appa-« rait entre eux une répulsion qui disparaîtra à l'âge suivant. Dans la seconde enfance, les garçons et les filles semblent se fuir, se contrarier, s'irriter; la violence des uns s'allie mal à la douceur des autres, et souvent le garçon abuse de la supériorité que lui donneqt
la force et la vivacité de sa puissance ; il raille et opprime celle qu'il poursuivra plus tard d'une tout autre manière.
Le sommeil change à cet âge : il n'existe plus que dans la nuit et dure de neuf à dix heures ; il est profond. C'est une réparation utile qu'on n'abrège qu'au détriment du développement.
§ ?• — ne ta J«vBeMe.
• Au sortir de l'enfance, les sexes se montrent aptes à la génération qui doit perpétuer l'espèce ; ils deviennent pubères^ et gardent cette aptitude jusque vers un âge plus ou moins avancé, plus cfaes l'homme que chez la femme. Cette longue époque de la vie, que BufTon embrasse sous le nom général de mrilité^ présente des périodes distinctes : l'une ùt jeunesse ou de développement , qui se prolonge jusque vers trente ans, l'autre de maturité et de déclin.
La jeunesse elle-môme, période de développement, se subdivise en deux époques secondaires: V adolescence ou jtwénilitét et Ir jeunesse proprement dite, dont la limite intermédiaire est l'âge de vingt «t un à vingt-trois ans. Quelques auteurs^ comme Burdach, arrêtent la jeunesse à cet &ge de vingt et un à vingt-trois ans, et ce dernier appelle l'adolescence la jeunesse proprement dite : c'est une erreur, me semble- t-il. Il est avéré, etœs auteurs le constatent également, que le développement dure jusqu'à trente ou trente-trois ans. Or, le développement c'est la jeunesse, et l'usage constant de tous les peuples, usage dont il tant bien tenir compte, a toujours confirmé que l'homme est appelé jeune homme jusqu'à trente ans. C'était chez les juifs une loi de l'usage, que les jeunes gens ne pouvaient prendre la parole dans le temple que lorsqu'ils avaient clos leur jeunesse; et c'est en se confirmant à cette loi que le Seigneur Jésus n'a commencé sa vie publique qu'à cet âgé.
Nous diviserons donc la jeunesse en deux périodes : Yadolescen^e ouLJuvénilitét et U jeunesse proprement dite^ on jeunesse virile,
I. Adoleac«ace [adolescentia des Latins, ^hebes des Grecs) . — Cet âge est l'un des plus importants, car il est l'avenir de la vie: te sexes se manifestent, l'intelligence envisage à travers le vague de l'avenir les destinées du chemin que l'on va parcourir; les sentiments moraux du bien ou du mal, du vrai et du faux, apparaissent avec toute leur gravité; les soucis de la vie vont commencer avec les études sérieuses et le choix d'une carrière. En même temps le corps acquiert tout son développement.
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Suivons les diCTérenU caractères chez les jeunes gens et les jeunes filles.
Vers quatorze ou quinze ans, une sorte de révolution commence chez les garçons. Des poils, follets d*abord, qui vont ensuite en s'épaississant, apparaissent à la figure, aux aisselles, aux aines, aux parties génitales. Les formes générales du corps deviennent plus' accusées, les muscles plus saillants» les membres plus forts. Les' mouvements sont plus puissants et moins enfants; les jeux cessent ou du moins se rapprochent plus de la lutte ; la force est plus capable' de résistance à la fatigue. Le jeune homme n'a plus cette exubé-» rance d'activité de l'enfant; il n'agit plus seulement pour agir, se mouvoir ; il commence à concevoir un but pour chacune de ses actions. De même il ne chante pas comme l'enfant, pour faire simplement du bruit, ou pour se charmer au rhythme et à la mélodie de la musique, mais pour exprimer les sentiments naissants et pour rendre les affections qui l'émeuvent. Les traits du visage prennent Texpression de la puissance et de l'énergie, en même temps que le regard est plus assuré. C'est qu'aussi la virilité commence avec la sécrétion et l'émission du sperme. La voix, jusque-là' enfantine et qui se rapprochait dé celle de la jeune fille, devient plus grave, plus mâle; elle mue^ elle se fausse ; elle n'atteint plus aux notes élevées et descend à des notes plus basses. L'intelligence se développe et prend plus de sûreté et d'étendue ; elle n'apprenait jusqu'ici que par une curiosité des sens, et voici que la curiosité des idées se manifeste ; les abstractions, les relations d'idées, les spéculations philosophiques la charment ; elle se passionne pour la vérité et la justice,' le bien et le beau. En môme temps le jeune homme devient plus sociable; il ne fuit plus In jeune fille, ni la tyrannise; il se sent attiré par elle, et son cœur s'émeut à ses tendresses, comme ses yçux sont touchés de ses grâces. Cependant il offre dans son maintien et ses manières une sorte de gaucherie et de timidité qui viennent de l'inexpérience de la vie et d'un reste d'innocence : l'audace chez le jeune homme est souvent moins un signe de force que de sottise ou de corruption ; et sa réserve est ordinairement le fait de réflexion et de religion. Des sentiments vagues prennent naissance, sentiments d'un bonheur possible , de douce mélancolie, d'illusions enchan-^ teresses, d'avenir doré aux lueurs d'une imagination qui se passionne. La famille apparaît avec les charmes d'une compagne qiii doit l'embellir. La gloire avec son ambition, hélas I souvent déçue, les intérêts de la vie, les préoccupations de la carrière, viennent éveiller une activité grave et sérieuse. Quel temps que celui de C6$
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beaux rêves, de ces illusions charmantes, de cette aurore de la vie toul éclairée des feux de l'intelligence et de Tamour, toute parfumée de ces roses de l'imagination; qu'alors tout paraît si riant et si gracieux, la vertu si belle, la gloire si resplendissante, l'amour si plein de tendresse ! Lorsque les places de l'âge et les sévérités de la vie ont passé sur l'homme, un pied déjà dans la tombe, les yeux se mouillent de larmes au souvenir de ce temps enchanteur.
Chez les jeunes filles, la puberté commepce plus tôt, vers treixe à quatorze ans, ou mènxe plus tard dans notre pays; quelquefois à onze et même à dix dans les pays chauds. L'écoulement menatrud ouvre la série des phénomènes, d'abord irrégulier, souvent avec du retard ou de l'avance alternativement, enfin avec la régularité. Les seins se développent, lé cou et les épaules prennent plus de rondeur. Des poils naissent aux aisselles et aux parties génitales. Les formes du corps sont dans leurs contours mieux dessinées et plus molles, les mouvements moins bruyants, plus délicats et plus gracieux. La jeune fille change aussi dans son intelligence et dans ses goûts : plus sérieuse, elle abandonne les poupées pour les soins réels de la famille et du ménage ; plus réservée dans son maintien, sa parole et son regard, elle y ajoute les traits d'une coquetterie innocente qui débute avec sa craintive pudeur ; elle se plaît aux services du jeune homme et les attire, en même temps qu'elle s'effarouche de ses entreprises. Sa voix, sans changer de timbre, prend plus de force et d'ampleur, et s'échappe mal assurée avec ces frémiilsements suaves que lui communiquent des sentiments innocents et timides. Chez elle aussi, l'imagination vient embellir l'intelligence et les sen* timents, et présente, ^.comme chez le jeune homme, le vague chatoyant et si délicieux des rêves de jeunesse. Les appréhensions et les désirs, les vaines craintes et les tendres aspirations, l'illusion joyeuse et la tristesse mélancolique l'occupent tour à tour. Sera-t-elle heureuse et que sera son avenir? N'a-t-elle pas aussi un avenir, cette jeuoe fiUe, et un avenir plus incertain et plus instable que le jeune homme! Elle sera femme et mère un jour, mab femme et mère de qui? De ce doux nid où elle a vécu jeune fille, où son cœur a appris à aimer sur le sein de sa mère et au pied du crucifix qui garde son lit vi^ gtnal, elle va passer dans les bras d'un homme qui sera tout son avenir, dont elle sera la compagne et qui la rendra mère. Sa vie, c'est cet homme et ces enfonts inconnus qui la lui feront heureuse ou malheureuse, avec les joies ou la tristesse du foyer, tes embellis^ sements ou les déceptions du monde. Elle rêve doue tour à tour joyeuse ou trisjbe, et se montre dans cette vie de jeune fille, qui ^
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tout UD podme, tantôt avec le sérieux et la gravité de celte qui va' bientôt être femme, tantôt avec les grflees légères, la vivacité rieuse ^ et tblàtre, et les pétillements joyeux de Venfant.
Getftge, cependant, n'est réellement qu'un avant-coureur; et bien que l'aptitude à la génération se manifeste, ce ne serait pas sans danger que Tacte s'accomplirait. Il faut que la puberté soit sérieu-* sèment confirmée, à dix-sept ou dix-huit ans chez la jeune fille, dix-l^uit Q\\ vingt chez le jeune homme, pour que Tacte ait des garanties sérieuses. Avant ce temps, ce serait épuiser la jeunesse que de» lui foire porter des fruits, quand elle n'est pas encore développée ;• et Ton ne devrait s'attendre k avoir comme produits, sauf les exœp-: tiens, que des enfants faibles et d'une viabilité douteuse* D'ailleurs,» l'homme n'est pas seulement un générateur, c'est un père et un» chef de famille ; et il lui faut une xaison, une virilité qu'il n'a pas encore. La jeune femme doit être une compagne et une mère, et doit apporter dans le mariage quelque chose de plus que les rêves et letf premières émotions de la jeunesse.
Pendant cette éclosion de la puberté, le corps arrive peu à peu à son développement complet ; de sorte que lorsi)ue cette période se termine, l'accroissement en longueur est à peu près achevé, les os. ont acquis leur longueur et leur volume, les épiphyses sont définitivement sondées. Ce développemeni , quelquefois assez rapide, entraîne une sorte de langueur dans la vie végétative, parce que. l'acUvité est plutôt tournée à l'accroissement qu'à la réparation ; le tissu graisseux manque, les muscles mô(ne sont grêles. On remarque. i|ussi qu'il côté de ce développement eu longueur, la poitrine reste étroite et la respiration n'a pas l'ampleur qu'elle prendra plus tard;> de là, vers cet âge, cette terrible aptitude à la phthisie pulmonaire.
II. J«MM«M vMie. — C'est la période qui complète et achève le développement parfait; elle s'étend de vingt ou vingt et un ans jusque vers trente-deux ou trente-trois aus.
Quelquefois la croissance n'a pas été achevée et continue jusque; vers vingt-huit ou trente ans. Hais ordinairement c'est surtout l'am* plitudeetla force de tous lesorganesqui caractérisent la jeunesse virile. La poitrine s'élargit et se dilate avec plus de puissance; les muscles des membres prennent de la grosseur et une consistance contractile cpQsidérable; les pectoraux, les muscles du tronc, suivent la même loi ; puis la barbe, qui parait vers dix-huit à vingt ans, s'épaissit et prend sa forme détinitive : de sorte que de vingt-huit à treute^deux ans se: montrent tous les caractères de ce qu'on appelle la oonstitutioit
athlétique. Souvent aussi à cet âge, ou vers vingt-cinq à vii^-bnit ans, se montre la tendance à l'obésité, qui quelquefois débute beaucoup plus tôt, vers neuf à douze ans. Chez ta femme, les seins prennent plus de rondeur et de développement, le cou grossit l^èrement, le ventre présente plus de volume et le bas^n plus de largeur, l'utérus plus de puissance, l'écoulement menstrael de h régularité. La volonté prend de la décision et de la fermeté ; mieux instruite et jouissant de tous ses sens et de son intelligenoe, elle est plus assurée de ce qu'elle désire, de ce qu'elle aime, et aussi de ce qu'elle peut. Les passions se montrent dans leur énergie, eC souvent même leur violence et leur ruse. L'homme et la femme commencent véritablement à jouir de la vie, à en goûter le sérieux et les douceurs dans la position qu'ils se font et s'assurent» dans l'avenir dont ils posent les bases.
C'est aussi le temps réel du mariage, l'époque où l'homme et la femme sont assez forts pour être générateurs : la femme de vingt à vingt-cinq ans, l'homme de vingt-cinq à trente, plus ou moins, sdon le développement personnel.
Ici se présente une question sur laquelle la physiologie est appelée à donner son opinion, et qui doit nous arrêter quelques instants, difficile en elle-même par les exceptions dont il faut tenir compte, mais difficile surtout en raison des opinions passionnées qui s'y heurtent avec violence. Nous en parlerons dans le calme et la simplicité que réclame la science. C'est du mariage et du célibat, ou de la continence qu'il s'agit.
1^ Posons d'abord la loi générale. L'homme et la femme sont deux êtres qui se complètent l'un l'autre, aussi bien par le végétatif que par l'animalité et l'intelligence ; ils sont faits pour être unis, et la vie de l'un n'est pas complète sans celle de Tautre. Aussi est-ce un adage antique, que sans la femme rien de bien ne se fait; et cela non-seulement au point de vue de la génération qui perpétue l'espèce, mais encore au point de vue de la génération des affections sensibles, des sentiments et de l'art, au point de vue intellectuel, moral, politique, littéraire, et jusque dans l'ordre religieux. . Il y a donc en eux une impulsion originelle, naturelle, d'ordre divin, on peut dire, qui les détermine à se rapprocher, qui les fait s'attirer l'un l'autre, qui les unit.
• Hais, et c'est ici qu'il importe d'examiner sérieusement les choses, l'impulsion qui les rapproche et l'union qui les enchaîne peuvent se présenter sous des modes divers, comme aussi avoir des exceptions. Il me semble qu'à cet égard on peut distinguer nettement