LES A(/KS 00 LES ÉPOQOES
sept caractères principaux ayant leurs représentants dans les deux sexes, et qui peuvent se succéder, ou quelquefois même se combinera
En premier lieu, nous trouvons le père de famille et la matrone, les deux types principaux et complets qui consomment Tunion dans toute son étendue, ayant Vun pour l'autre Tamour sexuel et générateur, l'affection sensible, l'entente intellectuelle; aimant la famille, le chez-soi, les enfants ; l'un vraiment époux et père, l'autre sérieusement épouse et mère, destinés à propager, élever et continuer Tespèce. Ils forment dans le monde la majorité ; et à côté de leur nombre, les autres types sont des exceptions. Chez eux, l'impulsion vient plutôt de sociabilité que de sexualité.
En second lieu, nous trouvons la coquette et l'homme léger. L'une, nymphe légère, aimant les plaisirs, le bruit, le mouvement, les propos flatteurs, le doux serrement des bras d'un danseur, et ^'enivrant de traîner après elle un flot d'adorateurs ; mais du reste calme et froide, s'irritant d'entreprises qu'elle excite réellement, et même ayant horreur de l'acte pour lequel il semble qu'elle ait tout préparé. L'autre, sorte de papillon léger aux ailés diaprées, aimant également le bruit, les plaisirs, le mouvement, babillard et diseur de futilités, s'enivrant auprès d'une femme de son propre caquetage, aimant les caresses' ravies, la sensualité des attouchements^ les baisers sur cette peau de femme, si flne, douce et veloutée, et le fré* missement'de la soie ou de la dentelle; mais plus expansif que sérieux, semblant promettre plus qu'il ne veut tenir et même plus qu'il ne peut; car pour lui la femme est une fleur dans un parterre, et qui n'est bonne que là. Chez eux, la sensualité pourrait être faci-^ lement contenue : il n'y a là que du vice sans besoins.
Avec des traits analogues, mais sous une autre forme, se montrent les personnes à sentiment : caractères mélancoliques, pleins d'affection et de rêves, sortes d'enfants par la timidité, avec une imagination qui dépasse toutes limites. Ils aiment, mais sans le dire^ et avec une réserve et des scrupules de sensitive, se complaisent en eux-mêmes dans les délices du sentiment qui les emporte, restent seuls à rêver un bonheur qu'ils désirent et qu'ils redoutent tout ensemble, tressaillent à un frôlement de robe, à un serrement de main, s'enivrant d'une chose qu'on accorde à tout le monde, ou d*un mot le plus simple et le plus vulgaire. On dirait qu'ils n'ont que seize ans ; mais ils restent toujours à cet âge, et leur vie se passe dans ces rêves d*un amour qui ne se réalisera jamais. Pour ceux-là également la continence est facile, à moins que le caractère ne change.
FRÉDAULT. A9
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A l'opposé, nous rencontrons Thomme et la femn^e à tempérament, comme on les désigne crordinaire, chez qui Taniour est une jouissance et rien que cela, sans préambule, san^ cuites* et qui s'épuise vite. Mariés ou célibataires, avec ou sans enfants, retenus on non par leur position, leurs devoirs, leurs intérêts même, rieo ne les arrête ; ils veulent s'unir el jouir, et s'unir encore, et s'unir toujours. L'objet qui les enflamme np les retient guère, car la jouissance s'épuise vite, d'autres attraits les entraînent successivement ou même siniultanément, et ils ne semblent jamais assQuvis. C'est la rage de l'érotisme à des degrés variables selon les individus. Ils
peuvent dire comme Phèdre : « De l'amour j'ai toutes les ftureursi
c'est Vénus tout entière à sa proie attachée ! »
N'oublions pas Tamour intellectuel : il a trop d'influence et de charmes pour ne pas le signaler. Plus commun dans un âge avancé, il ne laisse pas de se montrer quelquefois au printemps de la vie, et de constituer un caractère parfait. Cet homme et cette femme sont en communauté d'idées et de sentiments, et l'un pour l'autre soiit un excitant et un complément pleins de suavité. Ils aiment à se trouver ensemble, surtout à parler, à s'entretenir de spéculations diverses, d'art ou de inoral, de politique ou de littérature, même de religion. Leur esprit s'élève, grandit, s'étend, s'assouplit, rase les sujets à tire-d'aile^ ou les creuse avec une subtilité fine ; et c'est deux à deux qu'ils retrouvent ces délices de l'intelligence, ensemble qu'ils s'affermissent, se consolent, se redressent ; c'est ensemble seulement qu'ils montent dans les régions élhérées de l'idée, et demeurent ravis dans le bonheur du juste, du vrai, du beau et du bien parfait. Ils ne veulent que cela et ne demanderont jamais que cela. Caractères enthousiastes et rares, qu'on méconnaît presque toujours, dont on médit souvent, qui se rencontrent chez les spéculatifs, et dont l'influence est souvent considérable dans les sciences, les arts, la littérature et la religion, mais aussi qui peuvent changer.
Le célibataire constitue une autre variété sous deux formes différentes d'indépendance et de dévouement. L'un, quelquefois plein de cœur, est surtout un être indépendant, chez qui la passion de la liberté domine toute autre impulsion ; il peut s'attacher, se donner même tout entier, mais ne peut se faire à l'idée que son affectioD ait un lien, ou qu'elle puisse le conduire là où il ne voudrait pas aller; et d'un tempérament plutôt froid qu'ardent, l'attrait du plaisir peut le séduire un moment sdns l'ariacher jamais à sa cb^ indépendance qui est son trait caractéristique. On le croit souvent égoïste et personnel, mais avant tout il est indépendant ; et capable
. us AGIS OU LUS iPOQOBfl^ JH
d'attentions déÛcatçs et de grftçps slmmountes pôuf une femme, il s'éloigne d'elle dè^qu'Mle s'appropbe, O'autr^ on^ la passieii du dé* irouemenl et île l'abnégatioi^ poussée si loin, qu'elle les déteuraad'un attficbement uniqiie pt de 1» senawU^; ib^ ou elles, garçons ou filles, Tîyent trop par 1(3 pcpur pqpr qi)^ les sen» <hi même les besoins les troubleiit. AÎt^cbés à iQur père ou à ieuf tnèrei à leur frtee ou à ieup sœur et à legrs enrants, iUpe vivent que des êtres auxquels il§ se dé* nouent et pQ^r |esi)iip|s iU ODblient tout et eux-mêmes. Dans les fa** inill^ patrifirc^i^içs, on reqcpQtre squ?^( ces types du dévouement et de l'abpégation, qu'on nomipe des vieilles dlles, dont l'impudent a que1(|uefois ri» mais que le sag^ admire dl^ns l«»urs sentiments si purs et si chsstes ; anges du foyer» Qui ^OQt au sein d'une famille la conso* lation des p^^repts p( des frères, comme la Joie de l'enfande et le modèle vivant de la vertu, ayen( déposé toute préteiHion à un bon** haut personnel, tout désir d'épouse et de maternité, pour être la ppo^ tectiôn et la copsolation d^s êtres auiquels leur eœur s'est attaché.
Enfin, dans une classe encore aisea nombreuse, se montrent les personnes à passions étrangères. J'appelle ainsi les ambitieux, les avares, les ivrognes, etc. Cette fille veut se marier^ non pour le mari, grand Dipp | n^ais ppur la position qu'elle aura, la toilette qu'elle espère, la dominatiop qu'elle convoite, et même Targeati oui^ l'argent qu'elle veut aroas^rt Si #lle se mariai son époux sera peu de ebose pour elle, et il ne lui ^n cofttera guère de prendre un ou plusieurs amants selon ce qu'ils pourront lui donner. Au fond, elle tient peu à Tbomme, souvent même elle a en borFour ce qu'il faut lui accorder; et si son ambition et son intérêt y trouvent satisfaction, elle restera fille avec bunbeur. Il en est de même de ee garçon quj rêve les grandeurs, l'orgueil de la vie, la domination de ses semblables, ou les jouissances solitaires de l'avariée. Pour lui, le mariage est une question de position et d'argent i souvent même c'est une gêne qu'il voudrait éviter, qar la lemme est une dépense et peut-être un lieu embarrassait. On pourra le aurprendreséduo^. teur ou adultère, mais par une nrdeur de oomnaande et pour arriver à ses fins. S'il peut réussir sans la femme, o'est une jouis« sauce de plus, et c'est dans le célibat qu'il savourera, bien que ja« mais assouvi, la satisti^ctiou de son ainbition et de son avariée.
H semble qu'on doive ranger dans la même classe, bien que dans un rang supérieur et distinct, ices bommes et cas femmes, que l'amour divin emporte et ravit sur pes ailes. Leur paasiim, car c'en est une, bien que d'un genre partiQulier et céleste^ leur passion pour l'objet du pur amour, pour celui que dai angéliques eréatuiee
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appellent leur divin époux, fait taire en eux toute aflection mondaine et terrestre, attire et absorbe toute leur activité. Ces grandes figures qui f comme saint François d'Assise, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse et tant d'autres, ont étonné le monde par œ degré de sainteté qui en impose aux plus incrédules, n'avaient pas assez de toutes leurs aspirations pour embrasser le ciel, et ne pouvaient plus rien donner à la créature. Et non-seulement ces grandes individualités, mais aussi tous ceux que le sentiment religieux domine, contient et entraîne. Rien ne vit en eux que l'activité divine; leur animalité est domptée, et leur végétatif ne peut plus avoir ni désirs ni besoins. A des degrés variables, l'amour divin est encore assez fort pour remplacer toute affection terrestre. Cependant, même dans cet état, les impulsions de la chair sont quelquefois terribles, et la chute est possible, selon des changements que nous dirons plus loin.
Quand on veut juger la question du* mariage, du célibat et de ii continence, il faut nécessairement tenir compte des variétés naturelles de rimpulsion, selon ses différents caractères.
2® Or, nous venons de le voir, chez les uns apparaît une tendance naturelle à l'union sexuelle, et vous aurez beau la contrarier, elle aboutira fatalement à sa conclusion, légitime ou non, à moins que la disposition ne change ; chez les autres, sensualistes de la coquetterie, âmes sentimentales, esprits spéculatifs ou indépendants, ambitieux effrénés ou avares sordides, ou religieux que Tamour divin ravit, la continence est possible parce qu'elle est de leur nature.
Chez les premiers, il y a une formation de germe puissante et un appétit sensible pour la jouissance sexuelle qu'on peut détourner momentanément, mais qui doivent avoir leur satisfaction. Mallieur à ceux qui se seraient fait illusion sur leur vocation, qui, dans un mo* notent de sentimentalité, d'amour de l'indépendance ou d'attrait divia, auraient méconnu leur nature : celle-ci tôt ou tard peut reprendre ses droits, et il y faudra satisfaire ou passer sa vie dans les tortures inénarrables de la tentation. Une volonté de fer dans l'intelligence, dominant le sensible, peut seule les sauver, mais non sans périls ai sans douleurs. C'est alors un bel attribut conquis; car, tandis que les animaux suivent forcément leurs impulsions sensibles et végétatives, l'homme seul a l'intelligence pour les dompter.
Uest vrai que chez la femme cette impulsion peut être plus facilemeof comprimée que chez l'homme, parce que chez elles rémission ovo* laire se fait sans union sexuelle, et que la sensualité peut être luieui comprimée par la volonté intellectuelle, encore que celle^^ci ait des
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faiblesses. Mais chez rhomme il eo est tout autrement : rémission spermatique ne peut se faire sans une convulsion voluptueuse qui amène des désirs terribles; alors, dans les rôves ou dans la veille, l'imagination est assaillie malgré elle d'images lascives, ordurières même, et une émission involontaire a lieu, ce que l'on nomme une pollution. C'est une dérivation naturelle, qu'on ne doit ni ne peut empêcher, qui n'a pas lieu sans des tourments plus ou mmns grands, et n'apporte le calme à sa suite que pour un temps plus ou moins court.
Chez ceux dont la continence est comme un effet de leur nature et de leurs impulsions diverses, la sagesse est plus facila Quelques* uns ont cependant des tourments passagers, mais rares et sans durée. Chez les femmes froides, selon l'expression reçue, il n'y a pas de tentation, *ou .elles sont courtes et passagères. Pour les hommes elles sont plus fortes, car, bien que leur formation sperroatique soit très amoindrie et que l'émission doive être très rare,' il y a cependant de loin en loin des moments où la nature végétative manifeste son activité. Chez eux, les pollutions nocturnes, rares et faciles, ne sont que comme de l^ers nuages dans un ciel habituel-» lementbeau..
3*" Il faut encore tenir compte de la succession des dispositions dans le cours de l'existence ; car les caractères que nous avons signalés ne sont pas tels qu'ils demeurent absolument et sans changements depuis le printemps de la vie jusqu'à la mort.
Gomme je le disais plus haut, plusieurs individus paraissent d'abord dans des dispositions compatibles avec la continence, et seront ensuite pris de besoins sexuels, même d'une sorte de rage erotique qui aura forcément sa satisfaction. D'autres, au contraire, se sont montrés à vingt ou vingt-cinq ans, avec une inclination très prononcée pour le mariage, et, quelques années plus tard, ayant vite assouvi leurs désirs, ne rêveront que le célibat.
A cet égard, il faut signaler l'influence héréditaire sur cette dis« position génératrice, comme sur toutes les autres. Il y a des familles dans lesquelles on se marie de bonne heure, d'autres dans lesquelles on se marie tard. Non quQ les circonstances aient été favorables ou défavorables, car lorsque l'amour parle haut, l'occasion se trouve fiicilement ; mais parce que précisément le développement de cette passion se montre à des âges différents suivant les famrlles et les individus. Il y a des jeunes gens et des jeunes filles entourés de bonne heure, et constamment, des circonstances les plus heurduses pour la sagesse, entraînés malgré tout dansf une débauche préma-
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lurée. D^AUtres, au oonttaife, qui passetit l'époqife de ta jeunesse, fiiaigré la ftadllté des occasions, dans une coUtînentie parraite, et qùU arrivés à un certain âge, deviennent terribles. On ne peut eiplicfuer ces faits que par une édosion plus ou moins liàtîve ou retardée de Fimpiilsiôn sexuelle, et, dans bien des Cas, l'hérédifé en rend compte.
. D'un autre côté, cô serttlt une étfrange erreur de cfoii-e à I*immatabilité des difepoâitions humaines : Mëfl, au conti-àire de plus changeant et de moins persévérant que Thomme ! Il y a sans doute des earflelères et des habitudes qui changent peti, mdis beaucoup se modifient et se transforment, comme nous Tâtons expliqué au livre V% et d'ailleiirs, comme nous l*avons fait voir également an livre IV% te développement de Tactitlté peut offrir dans ^û marche des réactions subites et d'autant pitls Intenses qu elles ont été plus retenues. Tel spéculatif ou sentimental peut devenii' un être a tempérament terrible. Un célibataire venu à quaranteou cinquatfte ans, et ayant refusé les occasions les plus belles d'ati établissenient, on même ayant vécu dans l'isolement le plus parfkit, finira pat un sot Bfarifige ou par une liaison ridicule. Cet auge emporté sur les ailes du divin amour, peut tomber' dans la débauche; et ce libertin longtemps sujet de scandale peut se convertir à la cbàsieté la pfus exemplaire. Un mari et une femme modèfles pendant de longues années de la foi conjugale, peuvent devenil* chacutl de leur côté des types de désordre; et ad contraire un jeune homme et une jeune femme dont la jeunesse aura été des plus orageuses, filtre un excellait ménage. En un mot, les carkctèn's changent comme les impulsions naturelles, selon la marche du déveldppement de Tactivitéi
&* Enfin il y a des natures cortiplexes, des càractè^ à ptrisiears impulsiona On voit raffection dans le mariage s'alliant h une aftc* tion spirituelle étrangère : une personne à sentiment, i rêves timides, se Jetant dans U débaudhe ; des célibataires déterminés dans leur indépendance, et cependant voluptueux, qui dérangent des ménages; même, chose monstrueuse, semble-t-il et pénible li dire, des êtres à aflédionsfeligieusés, mats où la sentinientalité l'emporte sur la règle, vouloir allier Dieu et Ttncondttite ; oti bien des avares et des ambitieux, chez lesquels la passion dominantrl est aux prises avec la lubricité. Il y a dans ces promiscuités de caractères de* variétés nombreuses et curieuses : c'est à l'observateur de les retrouver, dunooment qu'il est averti.
Voilà ce quç la philologie peut dire sur cetM grave questîoa :
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montrer les caractères et les impulsions, la continence possible et facile chez les uns, difficile ou même impossible chez les autres; rappeler l'influence de riiérédité, du développement des dispositions, des changements d'habitudes, des réactions de Tactivité dans sa marche; faire connaître la loi de dériyation naturelle chez l'homme, dans la continence difficile; rappeler -l'influence possible de rintelligence sur l'animalité, comme nous l'avons expliqué au livre IV*; dire aussi que chez plusieurs, la privation d'affection sensible peut ôtre un danger sérieux. Elle ne saurait aller plus loin.
§ 3. — ne la BUitvrilé.
Vers trente ou trente-cinq ans, l'homme arrive à Tàge parfait; il est complètement développé, possède toutes ses facultés dans leur entière vigueur; c'est un homme parfait, un homme mûr, un adulte. Il va dorénavant jouir pleinement de la vie dans sa maturité.
Cette période de l'existence, la plus longue en réalité, l'une des plus^ courtes par la rapidité qui l'emporte, s'étend jusque vers soixante ou soixante-cinq ans, et dure ainsi trente années. Mais on peut la subdiviser en trois périodes secondaires : de trente-trois à quarante-cinq ans une maturité commençante; de quarante-cinq à cinquante-cinq une maturité confirmée ; d.e cinquante-cinq à soixantecinq une maturité décroissante.
On ne peut dire que l'homme à trente-ciriq n'ait plus à acquérir, car c'est le moment où l'expérience commence à confirmer ce qui a été connu. On ne peut dire non plus qu'il reste dans le rnéme état, car la stabilité n'existe jamais ; et du moment que la maturité commence, les signes de décadence apparaissent. Vers quarante ans, la taille diminue, l'homme semble déjft s'affaisser sur lui-même ; les eheveui grisonnent, les traits deviennent plus accentués, signes de rides prochaines; les mouvements deviennent lourds, l'agilité disparaît, la course devient difficile. Mais en même temps la puissance est dans toute son énergie, et Tbabileté que l'âge précédent ne coniiaissaît pas la rend encore plus grande. Le sommeil est moins prolongé, mais suffisamment réparateur, et même toutes les facultés ont an réveil plus de lucidité, de liberté, de possession d'elles-mêmes que dans la jeunesse. La puissance génératrice est moins prime-sautière que précédemment, moins fougueuse peut-être, mais plus solide et plus forte ; souvent même elle a des élans et des violences que doublent l'babileté et l'expérience, et comme une sorte de pressentiment d'une décadence prochaine. C'est à quarante ans que l'homme
€^t terrible, que la femme a des ardeurs contenues, mais violentes, <|ue les passions se montrent dans une énergie d'autant plus dangereuse que tout conspire à les favoriser; la sécurité que l'âge offre à la jeunesse qui se livre^ les ruses habiles à faire naître et à profiter des occasions, la finesse jointe à la persévérance et à la puissance queTintelligenceet rexpérience apportent dans la séduction.
C'est surtout l'âge où l'intelligence acquiert toute son ampleur et sa subtilité, sa souplesse et sa force contenue ; l'âge des grandes conceptions et des grands travaux, de la patience et de la persévérance, de la domination et de la possession de la vie; Tâge aussi de la conduite des affaires et de l'amour de la famille.
De quarante-cinq à cinquante-cinq ans la maturité est vraiment confirmée, parce que l'homme est dans la plénitude hiérarchique de ses facultés. Son intelligence est puissante et domine son animalité, pendant que son végétatif!, qui commence à décroître, D*a plus les tyrannies du jeune âge. La digestion est plus lente, mais non encore embarrassée , et la nutrition n'a plus les exigences qu'elle avait précédemment. La puissance génitale s'en, va , vers cinqante ans chez la femme, vers soixante ans chez l'homme; mais avant de disparaître elle est moins violente et tourmente moins. Lies mou* vements de l'ordre animal sont moins énergiques, mais plus précis, mieux assouplis et éduqués; et l'homme dédaigne une violence doot il n'a plus besoin, dont son intelligence est une suffisante compensation, pour une perfection (jl 'œuvre qui le flatte davantage. Les sens aussi sont moins puissants, mais plus sûrs, plus attentifs et plus maîtres de l'objet, moins sujets à l'erreur et meilleurs appréciateurs. Son intelligence enfin, toute-puissante dans sa grandeur et dans sa souplesse, noble dans ses élévations, ferme dans sa volonté, lumineuse dans ses aspirations vers le beau et le juste, mais soumise à une animalité plus calme et plus maîtresse de ce qu'elle ordonne, se développe dans toute sa perfection. |.
Mais après cinquante-cinq ans» la maturité décline visiblement. L'intelligence est belle encore ; on dirait même que, plus elle se dégage de la matière, plus elle s'élève et se sublime. L'animalité répond déjà moins à ce qu'on ea attend ; les sens exteraes s'obscurcissent, les mouvements sont décidément faibles et même moins obéissants ; les affections sensibles deviennent plus égoïstes et participent moins aux tressaillements de l'intellect. Le végétatif décroît trop visiblement ; les digestions commencent à devenir paresseuses, la nutrition languit; le foie acquiert du volume, 1> respiration est moins ample; le sommeil commence à devenir tnf
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court. La puissance génitale enfin disparaît ; la sensualité a encore des velléités, des désirs, mais la sécrétion n'y répond plus, et Timpuissance trop réelle, d'autant plus pénible que le désir de la jouis* sance a des soupirs étouffés, devient une tristesse qui annonce la ▼ieillésse et le retour impossible des joies passéea. Beaucoup s'en consolent et trouvent même du charme à ce tourment qui n'est plus qu'un songe ; mais pour d'autres il faut dire avec Joubert : c Le châtiment de ceux qui ont trop aimé les femmes, c'est de les aimer toujours. 1 (Pensées.) Quelquefois, cependant, cette extinction n'a lieu que beaucoup plus tard : on connaît quelques exemples de femmes devenues mères à cinquante-cinq ans, et d'hommes ayant engendré après quatre-vingts ans; ce ne sont que des exceptions.
Entre soixante et soixante-cinq ans, quelquefois un peu plus tard, la vieillesse enfin se montre, arrivant et marchant à grands pas ; et la vie s'écoule avec une rapidité décevante.
On la divise souvent et très justement d'ailleurs en trois périodes : la verte vieillesse, la vieillesse confirmée, ou la caducité et la décrépitude.
Vers soixante ans, l'homme a encore une sorte de verdeur. Il se voûte, il est vrai ; ses cheveux blanchissent, sa figure se ride, ses forces diminuent, ses sens sont moins parfaits ; les digestions com* mencent à être embarrassées, la puissance génitale s'en va. Hais l'imagination est belle encore et souvent d'une extrême vivacité; les sens internes sont fins et expérimentés, l'intelligence surtout con-serve toute sa puissance. C'est en face de cet ftge qu'on dit avec vérité que le cœur ne vieillit pas.
Vers soixante-dix ansi les sens sont décidément mauvais, la vue a besoin d'un secours, l'ouiè devient dure, l'odorat est moins tin ; le goût même, ce dernier refuge du vieillard, se perd ; les diges* tions sont pénibles, et il faut regarder à son alimentation ; les dents tombent ; les excrétions urinaire et fécale deviennent difficiles ; la respiration brûle moins de charbon, et la chaleur du corps s'afihi'blit, on devient frileux ; le sommeil dure à peine quelques heures ; les os se sèchent et deviennent plus terreux ; les cartilages commencent à s'ossifier, et les tissus fibreux à devenir cartilages. La marche est difficile et la fatigue revient prodipteraent L'intelligence même baisse visiblement ; elle est moins vive, moins puissante, mais fine encore et plus sage, chargée de l'expérience des années. Habile sur-
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tout k scraier les tendances du jeune homme, fi démêler avec perspicacité toutes seâ puissances, l'tiommë d'expérience crée l'avenit de la jeunesse et le consacre par son autorité. C'est le temps où te vieillard aimable devient le charme des sociétés et de la famille, instruisant la jeunesse de ses sages conseils et de sa solide expérience, itiniânl Venratlee qui lui rappelle ses plaisirs et ses jeul d'autrerois, l'értierveillant du récit des temps passés, l'excusant dans sa mansuétude, fja femme est aussi cette mère pleine d*àge et de doiioeur, qui berce et endort l'enfance aux refrains des temps passés, qui devietit la confidente et la tendresse du jeune âge, la sauvegarde des premiers pas dans la vie, qui enseigne à la jeune fille ramdbiHté de la femme, sème dans le cœur du jeune homme les pensées chevaleresques, et qui, dans ses douces paroles pleines d'onction touchante et de bienveillance digne, est renseignement vivant dans la famille de Dieu et de la vertu. Beau temps encore où rhomme apparaît avec ses grftoes dernières, la noblesse de^ traits et du maintien, la figure encore belle avec sa couronné de cheveux blancs, les dernières tendresses du cœur et les dernièfeé lueurs de Tintelligence.
Enfin^ un peu plus tôt ou un peu plus tard, la décrépitude arrive comme le dernier échelon d'un escalier qui conduit à la tombe. Le eorps, affaibli et incapable, n'est plus qu'une demeure pesante que l'àme traine aux derniers sentiers de la vie. Ce vieillard qui cbar- Hiait encore, ity a quelques années, n'est plus qu'une ruine triste et découragée, plaintive, maussade et chagrina Les mouvements sont impossibles, il reste confiné au Vit ou dans un fauteuil, et demande en vain un sommeil qui le fuit. La digestion se fait avec peine et laberor \ Falimentation doit être choisie avec soin comme dans l'enfance. Les sens sont perdus, les affections sont égoïstes et pleines d'aigreur. L'intelligence elle-même s'obsenrcit et se perd, el l'Iiomme redevient enfant, mais enfant triste et découragé^ riant et pleoranl sans motifs^ incapable de se suffire à lui-même, et n'ayant plus d'avenir que dans la mort, qui arrive enfin comme le terme de ses maux et comme le berceau d'une vie meilleure. Temps de tristesse et de défaillance suprême, où Dieu seul peut être une dernière espéraBoe et une dernière consolation.
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