CHAPITRE XXIII
térieurs (naLes) chez les carnivores, tandis que c'est l'inverse chez les herbivores. Ceux qui ne possèdent pas les ouvrages d'anatomie comparée de ces savants en trouveront des extraits très-soignés et très-exacts dans la Bibliothèque médicale de M. Royer-Collard , laquelle indique (n° 32) la même différence, et doit se trouver entre les mains de tous ceux qui veulent être instruits de l'état actuel des connaissances médicales, et de leurs progrès journaliers.
C'est d'après l'aperçu de ces différences physiques que Gall soupçonna que la nature avait fait dépendre la conservation de certaines espèces d'animaux d'un instinct destructeur préétabli même dans leur cerveau. Il trouva cette idée d'autant plus vraisemblable, qu'il y a des animaux et même des hommes qui semblent jouir du carnage. Il nomme parmi les animaux la belette , qui tue même sans besoins à satisfaire; et, parmi les hommes, il cite le (ils d'un marchand de Vienne qui par goût se fit bouclier, et le fds d'un riche apothicaire, qui, retenu dans les devoirs de la société par son éducation, fut néanmoins porté par son penchant destructeur, en dépit de toutes les remontrances, à se faire garçon de bourreau.
C'est d'après de pareils faits qu'il procéda ;i la recherche de l'organe qui pouvait prédisposer i\ la cruauté et au meurtre, en restreignant toutefois ses recherches aux animaux carnivores. Voilà comment il fut conduit à la découverte d'un renflement placé à la partie postérieure et supérieure des os écailleux,
M MlïSlOLOGÎE iNïELLECTtJfiUti.
y compris une portion des pariétaux, au-dessus de l'apophyse mastoïde, au-dessous de l'organe de la circonspection et entre ceux delà rixe et de la ruse; renflement très-prononcé chez les animaux les plus carnassiers, tels que le tigre, l'hyène, le léopard, le lion, le renard, le chat, la belette, le vautour, l'aigle, etc. , de même que chez les meurtriers dont Gall a examiné les crânes, particulièrement chez les deux femmes citées comme infanticides à l'article de la philogénésie, et chez un soldat de Vienne, qui, à l'approche d'accès épileptiques violents auxquels il était sujet, aurait, par un penchant irrésistible, tout massacré, si l'on n'avait pris les sûretés de précaution.
Le docteur Gall trouve à propos de rappeler ici que, quelle que soit l'organisation chez l'homme, il a toujours un contre-poids suffisant dans l'influence réciproque des organes les uns sur les autres pour régulariser leur activité, lorsque le défaut d'éducation ou la folie ne favorisent pas l'essor vagabond d'un seul par le silence des autres. On a enseigné avant lui que l'homme était né cruel, en lui reconnaissant, dans les organes de la mastication et de la digestion, une disposition physique pour vivre également de chair animale et de végétaux. Si des circonstances étrangères à l'organisation le portent à la destruction de ses semblables, il sort de sa sphère naturelle; puisque les brutes elles-mêmes, avec une organisation plus marquée et plus exclusive pour la ci uautéj respectent leur propre espèce. Nous savons
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que tous les physiologistes instruits admettent aujourd'hui, avee l'illustre Bichat, que e'est à la vie animale, c' esta-dire au cerveau et aux nerfs qui communiquent avec lui, qu'il faut rapporter toutes les relations des animaux avec les objets extérieurs, et par conséquent avec ceux qu'ils choisissent pour aliments, n'imporle dans lequel des deux règnes organiques ils soient pris. La nature se serait contredite et n'aurait eu en vue que la souffrance des êtres créés, si, en formant les animaux, elle n'avait pourvu à leur conservation spontanée, en leur accordant la faculté de distinguer la nourriture qui leur convient et les moyens nécessaires pour se l'approprier. Le physiologiste qui reconnaît cette faculté et ces moyens n'y ajouté rien : il se les présente sous le même point de vue que celui qui reconnaît une propriété délétère ou malfaisante dans une plante, ou que le magistrat qui juge un procès; c'est-à-dire qu'il dissipe une erreur pour y substituer une vérité. C'est répandre sur les sciences les poisons de l'ignorance ou de la mauvaise foi que d'en tirer des conséquences qui ne s'y rattachent par aucun point. Il ne serait pas difficile d'opposer plusieurs faits aux vaincs inductions des fatalistes, qui, incapables de voir la vérité, s'interposent néanmoins toujours devant son flambeau pour en dérober l'éclat aux autres. En effet, bien que les animaux aient beaucoup moins d'empire sur eux-mêmes que l'homme, parce qu'ils sont doués de beaucoup moins de facultés que lui, ne les voit-on pas maîtriser souvent une partie de leur or-
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ganisation par l'influence de l'autre , et n'ai-je pas déjà rapporté plusieurs exemples de celte vérité pour les animaux privés? Les lions, les tigres, les panthères et plusieurs autres espèces très-cruelles, respectent les personnes qui les soignent; et l'inspecteur de la ménagerie du Jardin-des-Plantes de Paris, M. Cuvier, frère du professeur de ce nom, va jusqu'à leur mettre la main dans la gueule, sans en éprouver la moindre égratignure. On y voit les lions vivre familièrement avec des chiens qu'ils pourraient tuer d'un seul coup de patte, et qu'ils dépèceraient en un clin d'œil dans le désert, quoique la faim ne leur fasse jamais violer les droits de l'hospitalité qu'ils accordent dans leur cage. Faut-il des exemples encore plus frappants, voici une histoire que nous ont transmise les historiens romains.
« Un esclave nommé Androclès, disent-ils, s'était enfui. Errant en Afrique, il entre dans une caverne pour s'y cacher. A peine y est-il entré, qu'un lion terrihle, haletant, les yeux rouges et enflammés, y pénètre aussi. Cependant le lion, au lieu de s'élancer sur lui, s'en approche doucement, le caresse, se couche à ses pieds, se roule sur le dos, lui tend une patte. Androclès, étonné, s'aperçoit que la patte qu'il lui tend est ensanglantée. Enhardi par les caresses du lion, il l'examine, y trouve une épine qu'il en retire en tremblant. Le lion, soulagé à l'instant, redouble ses démonstrations de bienveillance. Étant ensuite sorti , il rapporte une pièce de gibier à son bienfaiteur. La reconnaissance du lion se soutient,