CHAPITRE XXIII
pour rendre raison d'instincts natifs différents sans organes auxquels on puisse ies rattacher. Cela dispenserait de torturer un organe mal défini pour expliquer les anomalies qui font coïncider les mômes actes chez les animaux de nature et d'instincts différents, selon les occurrences. Les modifications d'organes sont des suppositions mises en avant sans preuves ni analogie, pour se dispenser de réponses calégoriques à des objections embarrassantes. Quand l'organe du toucher rectifie l'erreur des yeux sur l'apparence courbe d'un bâton droit plongé dans l'eau ou sur la forme d'une tour carrée qui paraît ronde dans le lointain , il n'y a certainement en cela aucune modification d'organe; c'est seulement le concours de deux organes dont l'un détrompe l'autre, ou un changement de milieu ou de dislance qui produit le môme effet.
A l'hostilité peuvent se rattacher le meurtre , l'incendie, l'empoisonnement, la dévastation, la vengeance, et toutes les vexations et les immolations de l'égoïsme, de l'antipathie, de la jalousie, de la cupidité, de l'attaque, de la défense, des représailles, du vol , etc., sans les restrictions imaginaires, et démenties par les faits, que Ton prétend tirer de la manière spéciale de se nourrir des animaux. Outre l'hostilité commandée par l'intérêt ou le besoin, Â\ y a une hostilité d'antipathie, qui fait que, sans besoin de manger, les chats tuent les rats et les souris, les abeilles détruisent les bourdons, l'homme détruit les crapauds, les araignées, etc., par répugnance.
D'ailleurs le meurtre étant un expédient entre plusieurs autres pour arriver au but de la nutrition , de la conservation, de tout autre besoin, suppose un choix et par conséquent le concours de plusieurs organes, car avec un seul organe ou une seule faculté il y aurait entraînement irrésistible. C'est en circonscrivant les destructions dans le cercle de certains besoins, et en limitant la durée des végétaux et la vie des animaux à des périodes plus ou moins longues, que la nature se rajeunit et conserve la fraîche vigueur qui embellit le monde. Sans cet ordre de choses , le monde ne serait peuplé que de vieux animaux et de végétaux énormes ou desséchés ; et avec des instincts de destruction absolus, la plupart des animaux, peut-être tous, auraient disparu de la surface de la terre: car, après les dernières immolations, les destructeurs auraient manqué de vivres. En donnant à l'homme l'empire de la terre, la nature lui a donné, avec l'instinct de détruire pour se nourrir, l'organe d'une prévision rationnelle qui le porte à travailler à des remplacements par des productions nouvelles. Beaucoup d'animaux ont aussi un instinct de prévision qui leur fait amasser des provisions ou cacher des restes d'aliments pour des époques futures: mais comme cet instinct n'est pas rationnel chez eux, ils ne travaillent pas au remplacement de leur dépense actuelle par de nouvelles productions. Il est dit dans l'Ecclésiaste, ch. m, v. 5 : « Ce qui a été fait est permanent; ce qui est à venir a déjà été, et Dieu renouvelle ce qui