‹ Physiologie intellectuelleChapitre 148 sur 298 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

disparaît. » Avec un instinct absolu de destruction, le renouvellement des productions animales et végétales serait arrêté, la terre deviendrait bientôt veuve des créations qui ia vivifient et l'embellissent.

L'hostilité est un instinct qui porte à enlever ou à sacrifier violemment les choses animées et inanimées, pour satisfaire à l'honneur, à la jalousie, à la vengeance, à l'ambition , à la sécurité , à la conservation, à la haine ou à l'antiphatie, ainsi qu'aux exigences de la justice et des liens sociaux, et aux inspirations de la parenté, de l'amitié, de la sympathie pour l'enfance et la faiblesse, de même qu'aux exaltations de l'amour et du fanatisme. Cet instinct se distingue du vol proprement dit en ce que le voleur s'approprie secrètement et frauduleusement, par convoitise et sans nécessité, ce qu'il peut surprendre à ses amis comme à ses ennemis, pour en profiler lui-même; ce qui fait que le vol part toujours d'un lâche égoïsme : au lieu que l'hostilité peut être patriotique et s'accompagner de générosité; hormis dans le pillage, où les deux instincts se prêtent un funeste et honteux secours.

En parlant des moeurs des Germains , Jules-César rapporte que la plus grande gloire de leurs cités consistait à tout détruire au loin dans leur circonférence, en repoussant et massacrant leurs voisins, afin qu'aucun ennemi n'osât s'en approcher, et qu'ils n'eussent pas à craindre des incursions subites contre leur sûreté; que néanmoins ils ne se permettaient pas de violer les droits de l'hospitalité, et que, quelle

que fût la cause qui amenât des étrangers chez eux, ils regardaient leur personne comme sacrée, qu'ils étaient protégés contre toute offense, reçus, défrayés dans toutes les maisons (1). Ces mœurs n'annoncent pas l'impulsion d'un organe du meurtre ou de la destruction; mais elles manifestent évidemment l'empire des organes de la circonspection et de la défense, que plus tard l'on a cherché à assurer par des circonvallations ou des fortifications et le maintien de grandes armées à la charge des peuples.

Les faits ne manquent pas pour montrer combien sont hors du vrai certains physiologistes qui prétendent expliquer les tendances morales d'après un seul organe considéré isolément et indépendamment du concours des autres et de l'influence des événements fortuits. Fieschi eût-il conçu et exécuté son horrible attentat , s'il se fût trouvé dans un poste propre à satisfaire son ambition et sa vanité? L'ambition et les talents militaires de Bonaparte eussent-ils eu autant d'éclat et eussent-ils tourné à la gloire de la France sans les circonstances de la révolution? Et Moreau, que son patriotisme avait porté à servir en sous-ordre en Italie, après avoir, comme général en chef, sauvé l'armée française par la plus belle des re-

(1) Civitatibus maxime laus est quam latissimas circum se , vastalis fi n ib us, solitudineshabere.Hoc proprium virlutis aestimant, expulses agris fmitimos caedere, neque quemquam prope audere consistere. Simul hoc se fore tutiores arbitrantur, repentinae incursionis timoré sublato... Hospites violare fas non putant : qui quaque de causa ad eos venirent, ab injuria prohibent, sanctosque habent; iis omnium domus patent, victusque communicatur. Bell. Gall. I. vi, c. 21 sqq.

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