CHAPITRE XXIII
traites, eût-il ensuite faussé son précédent patriotisme , si la jalousie de son ancien émule de gloire n'eût compromis sa sûreté et ne l'eût forcé à s'expatrier avec les siens? A quoi attribuer un pareil contraste de conduite, si ce n'est à un changement de position et à des circonstances propres à réveiller une hostilité personnelle qui n'existait pas auparavant entre deux rivaux de gloire! Les faux interprètes de l'organologie cérébrale se sont mis en contradiction avec l'opinion publique ainsi qu'avec nos législateurs et nos tribunaux, qui admettent des circonstances atténuantes dans l'application des pénalités. Or, si les circonstances peuvent faire mentir l'organologie même chez les animaux les plus féroces qui épargnent leurs gardiens nourriciers, et chez qui la reconnaissance fait taire l'organe du meurtre même en présence du besoin de manger, que faut-il penser des faux adeptes qui rêvent sur la présence d'un seul organe la nécessité de son influence en tout et partout, même en dépit de l'éducation et des positions sociales?
Le meurtre est rare chez les peuples qui ne sont pas violentés par des institutions vexatoires et irritantes. Dans une lettre communiquée à l'Académie française dans sa séance du 17 octobre 4836, M. Gaymard rapporte que dans le voyage d'exploration de la corvette la Recherche dans le nord, il a recueilli de curieux détails sur l'histoire d'Islande depuis l'an 874, où elle fut peuplée par des Norvégiens, jusqu'à l'époque actuelle. Croirait-on, dit-il, que sur
m PHYSIOLOGIE INTELLECTUELLE,
une population de 50,000 habitants il n'y a eu que quatre meurtres depuis 1786 , et que, depuis l'an 4280, c'est-à-dire depuis près de G00 ans, l'Islande n'a pas subi la plus légère augmentation d'impôts!
Je ne puis admettre par conviction un organe spon tané du meurtre qui soit conforme au vœu de la nature, laquelle, en bornant la vie des animaux et leur reproduction, n'a pas eu besoin , pour prévenir le trop plein des créations, d'y opposer des instincts d'attaque gratuite, lesquels, en provoquant incessamment ceux de la défense et de la conservation , auraient nécessairement troublé l'harmonie du inonde par le besoin d'exterminations réciproques, quoique Gall manifeste l'idée du contraire, p. 464, t. IV, en s'exprimant ainsi : « Partout je reconnais et je révère une prévoyance suprême, et je me soumets à ses lois. Que ces hommes si glorieux de conduire à la boucherie les nations contre les nations, qui font égorger leurs semblables par milliers, sachent qu'ils n'agissent pas de leur propre chef, que c'est la nature qui a placé dans leur cœur la rage de la destruction de leur propre espèce ; que, sans s'en douter, ils ne sont qu'un des instruments qu'elle emploie pour élaguer les populations humaines. C'est ainsi qu'ils figurent à côté des contagions meurtrières et de tous les désastres qui assaillent l'homme au dedans et au dehors. »
Cette opinion de Gall , déjà manifestée par l'Anglais Maltus et d'autres auteurs, me paraît plus que problématique. Si la nature a placé dans le cœur