CHAPITRE II
des appartements où ils se chargent d'introduire les autres, sans jamais y pénétrer ni les connaître euxmêmes. Il n'y a qu'un seulcasoùGall puisse conjecturer avec beaucoup de probabilité les actions humaines-, c'est lorsqu'on lui présente une collection d'hommes qu'il sait d'avance être coupables, comme cela s'est fait à la maison de détention de Torgau , et ailleurs. Sachant alors qu'il a devant les yeux des hommes presque toujours sans éducation et coupables, il lui est facile de présumer qu'ils auront cédé à l'influence de leur organisation, et de préférence à leurs dispositions naturelles les plus dominantes. Voilà tout le secret de la sagacité et de la pénétration avec laquelle il étonne les ignorants, en découvrant les crimes ou les causes pour lesquels les détenus ont été privés de leur liberté. Quelques-uns de ses auditeurs prétendent qu'il a même quelquefois dit que certains sujets remis en liberté, commettraient de nouveau les mêmes crimes : ce qui est très-possible : car, indépendamment de sa doctrine, l'on peut savoir qu'un criminel, par exemple, un voleur sans aucune éducation, aucun moyen d'exislence ni aucune habitude du travail, et déjà trop âgé pour se réformer facilement , recommencera , au sortir des prisons, le seul état qui puisse le faire vivre, vu qu'il n'est pas naturel ni ordinaire qu'on se laisse mourir de faim, sans chercher quelque moyen de se nourrir 5 et cela doit se faire d'autant plus infailliblement chez le voleur du caractère ci-dessus, que, dans les maisons de détention, l'on ne force ordi-
nairement pas les détenus à un travail nourricier pour les y habituer; qu'au contraire, on les y laisse ensemble dans la plus grande et la plus scandaleuse oisivelé, se corrompre davantage mutuellement. Il s'en trouve même plusieurs qui voudraient n'en pas sortir, et qui cherchent à y revenir, parce qu'ils n'y sont pas plus mal que dans leur état de liberté.
Gali fait les distinctions suivantes :
Une disposition est un arrangement organique préétabli pour certaine fonction : une faculté est la puissance ou la facilité d'agir conformément à une disposition quelconque; et le talent est l'aptitude native ou acquise pour l'exercice de certaines facultés. Par organe il entend un appareil corporel, spécialement affecté à certaine fonction qui, sans lui, serait impossible. C'est par sa disposition particulière qu'un organe devient le sens exclusif d'une fonction, préférablement à tout autre. Ainsi l'œil, et tout ce qui en fait partie, est un organe disposé pour voir; l'oreille et tout ce qui en dépend, un organe disposé pour entendre. L'eflét ou l'inclination qui résulte de la disposition physique, se prend au moral pour la disposition elle-même, quoique ce n'en soit que la spontanéité. Ainsi, l'on est ou l'on n'est pas en disposition de boire, de manger, de chanter, de courir, etc. Quant au siège des organes, Gaii ne veut pas qu'ils soient circonscrits au point où ils sont visibles, et que, par exemple, l'on ne considère les organes intellectuels que dans les cir-