‹ Physiologie intellectuelleChapitre 158 sur 298 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

dans l'intérêt général ; et la justice , lorsque son ministère est réclamé dans les procès et les dissensions civiles, consiste à venger toutes les lésions de propriété et de sûreté autres que celles nécessaires au bien public et voulues par les lois. La législature règle les rapports individuels, les formes judiciaires, les droits et les charges civiles, et c'est la politique qui les fait mettre à exécution et les maintient contre les violations et les agressions du dehors et du dedans. Telles sont les bases générales de la société, auxquelles se joignent encore la législature et la politique théosophiques , ou la morale et la religion pour suppléer aux institutions civiques , qui ne peuvent atteindre les actions secrètes. Mais rien de tout cela ne tend à établir la propriété; tout tend seulement à en conserver à chacun, par la légitimité, la jouissance sûre et tranquille.

Bien que les institutions sociales réprouvent et punissent le vol, elles n'en détruisent point l'organe 5 pas plus que les institutions religieuses ne détruisent les organes de la génération, dont elles réprouvent et punissent aussi l'usage chez les prêtres. Les organes ne sont point des crimes; mais celui au détriment de qui ils s'exercent doit en empêcher les effets , autant que son bien-être et sa conservation y sont intéressés. Le sens du vol ayant été donné par la nature en remplacement des forces, pour y suppléer au besoin d'individu à individu, devient inutile et doit perdre toute activité du moment où la société est établie, parce que la loi y

prêle une force égale à chacun. La société est donc loin de fonder la possibilité du vol, puisque rien ne tend si essentiellement ni si directement à le détruire qu'elle. Il a déjà été démontré plus d'une fois dans cet ouvrage, combien il est absurde de conclure de l'existence d'un organe à l'existence des actions dont il établit la possibilité dans cette vie. Pour mettre fin à toutes les objections de ce genre, j'observerai encore que les organes de la reproduction , les plus impérieux de tous, ont de tout temps été jugés différemment par les moralistes et les législateurs ; puisque les uns ont cru pouvoir les réduire à une nullité absolue en obligeant à des vœux de chasteté, et que les autres les ont soumis à des lois qui en empêchent aussi très-souvent les effets : de sorte qu'il est bien peu d'individus qui ne soient dans le cas d'y résister long-temps ; parce que les soins de l'éducation, de la fortune, et mille autres obstacles qui naissent des convenances sociales, font quelquefois différer les mariages jusqu'à l'âge où l'on n'est plus propre à rien. C'est donc à tort que Ton voudrait faire un crime à la nature de nous avoir donné tel ou tel organe; car tous ont un but utile, et la nature n'est point responsable des abus. Quoi qu'il en soit, la faculté de voler existe, puisqu'elle s'exerce, et, si l'on refuse un organe particulier et spécifique à cette faculté, l'on est au moins forcé de la rattacher à quelque autre, tel que celui de la ruse ou de l'industrie, avec des tendances variées qui soient capables d'en spécifier le caractère.

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