‹ Physiologie intellectuelleChapitre 159 sur 298 · CHAPITRE XXV. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV. S

Ce n'est que de celte manière que l'on pourra expliquer divers phénomènes dont l'éducation et les circonstances ne peuvent entièrement dompter le principe. Quelle autre chose qu'une organisation particulière aurait pu déterminer le roi Victor à voler des choses dont il n'avait nul besoin , et qu'il rendait toujours ensuite? La pie est dans le même cas; car au bout d'un certain temps elle rapporte les objets qu'elle a détournés, et que l'on croyait perdus pour toujours. Gall a connu plusieurs familles de noblesse, très-distinguées et fort au-dessus du besoin , dont tous les individus avaient un penchant dominant pour prendre quelque chose dans les sociétés et partout où ils étaient; mais ils renvoyaient ensuite les objets qu'ils avaient pris. Il raconte qu'un jeune homme de très-bonne famille avait loué deux chambres exprès où il ne logeait pas, pour y renfermer les objets qu'il avait dérobés. N'étant pas même soupçonné d'en être capable, il avait eu le temps de les remplir et de les encombrer toutes les deux avant d'être découvert; et alors il avoua que ces richesses, qui ne lui appartenaient pas et dont il n'avait rien dépensé ni égaré, le gênaient à la lin, et qu'il les aurait rendues depuis long-temps si la honte d'être découvert ne l'avait retenu. Un ambassadeur russe avait amené avec lui à Vienne un jeune Calmouck , qu'il fit instruire et élever dans la religion catholique. Ce jeune homme tomba malade de nostalgie; et lorsqu'on lui demandait ce qui pouvait lui inspirer une si grande envie de retourner

dans son pays il répondait que l'on y avait la permission de voler, que ne donnait pas la religion qu'on lui enseignait. Un jour le prêtre qui l'élevait lui permit de voler : le jeune Calmouck lui escamota sa montre durant la messe , en la servant , sans que le prêtre s'en aperçût, et la lui rendit après avec les marques d'une satisfaction difficile à rendre. L'on sait qu'à Lacédémone l'on permettait le vol adroit, et qu'on ne le punissait que quand la maladresse du voleur le faisait prendre sur le fait. La pathologie offre des exemples de personnes qui, après une trépanation faite à la région latérale de la tête , se sont adonnées au vol , contre leur habitude antérieure. Gall raconte aussi qu'une femme de Potzdam volait irrésistiblement durant chaque grossesse , ce qu'elle ne faisait jamais dans un autre temps. Le gouvernement prussien , considérant cet état comme maladif, ou comme un délire ûxe compris dans la maladie des femmes grosses, se contenta de recommander des mesures de sûreté contre elle. 11 paraîtrait , d'après plusieurs faits rapportés dans la Psychologie du professeur Moritz , que le penchant au vol peut en effet dégénérer en vrai délire, et alors la réclusion à perpétuité, ou jusqu'à guérison , serait la seule peine à infliger.

C'est en remarquant que toutes les personnes et les animaux portés par un penchant extrême à voler, avaient le crâne peu élevé, mais large et très-renflé sur les côtés, que Gall est arrivé à la découverte de l'organe du vol; et ceux qui l'ont accompagné à sa

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