‹ Physiologie intellectuelleChapitre 160 sur 298 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

visite des prisons de Torgau, ont tons, au rapport de M. Blœde , exprimé leur étonnement sur la grande ressemblance de conformation du crâne de plusieurs centaines de voleurs et de voleuses qui s'y trouvent. Gall y lit aussi remarquer l'organe de la bonhomie, très-prononcé chez un voleur; et l'on apprit que, de deux vols qu'il avait faits, le premier avait été pour tirer sa mère d'embarras, et le second pour venir au secours de sa femme et de ses enfants, qui manquaient du nécessaire. Il avait observé la même conformation chez une petite fille de Vienne, qui volait aussi pour donner aux autres. Gall a aussi visité une maison de détention de Hambourg. Je ne l'y ai pas accompagné; mais j'ai appris de plusieurs médecins qui l'avaient suivi , qu'il y avait déchiffré fort exactement le caractère des détenus. Ceux dont tous les moyens consistent dans le charlatanisme, mesurant le mérite des autres sur le leur, pourront penser et dire que Gall s'était indubitablement fait instruire au préalable du caractère des détenus, en mettant quelque habitué de ces maisons dans ses intérêts. Mais l'homme sensé et réfléchi concevra difficilement la possibilité de reconnaître et de distinguer, sur de simples indications verbales, plusieurs centaines d'individus qui se présentent pèle mêle et sans aucun ordre; car il est sûr que Gall ne les avait pas vus auparavant, n'ayant été qu'une seule fois à Torgau. En supposant même qu'il les eût vus une fois, Comment les reconnaître ensuite d'après un seul aperçu et se souvenir de tous les

traits caractéristiques propres à chacun , pour en faire du premier jet l'application exacte? Comment aussi empêcher ces divers individus de le reconnaître lui-même et de le irahir exprès ou par indiscrétion.

Quelques personnes ont cru que cette doctrine, fût-elle vraie, devait être rejelée comme dangereuse. Mais c'est tout le contraire, car ce n'est point à connaître mais à méconnaître une vérité qu'il y a du danger. Ne vaut-il pas mieux en effet connaître la petite ciguë pour ne pas s'empoisonner en la confondant avec le persil, que de la prendre pour ce qu'elle n'est pas? Ne vaut-il pas mieux aussi savoir distinguer un animal féroce ou enragé, pour l'éviter ou le détruire, que de rester à sa merci faute de le connaître; comme font les oies, qui complimentent tranquillement le renard qui vient les étrangler? Ainsi il est également utile de connaître l'existence d'un organe dont l'activité est dans une contradiction manifeste avec le but et le bien de la société, en décourageant l'industrie productive, afin d'en réprimer l'essor par l'éducation, en réveillant, pour l'opprimer, l'activité de tout le reste de l'organisation, qui peut être tenue dans une surveillance continuelle par la perspective des peines afïîictives, modifiées et graduées selon l'exigence de l'idiosyncrasie individuelle et la force du penchant; car il serait aussi absurde de vouloir contenir tous les hommes par le même genre et le même degré de châtiment, sans mettre la puissance e>la résistance

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