CHAPITRE XXV
dans une proportion d'égalité, que de vouloir enlever toutes les voitures parle même nombre la même qualité de chevaux , sans avoir égard à la charge ni aux chemins. Par exemple, deux frères volent chacun une pomme ; leur mère, mesurant le délit sur l'objet volé, inflige la même punition, et l'un se corrige: l'autre, dominé par un penchant plus fort, ou moins sensible à ce genre de correction, recommence plusieurs fois, et la mère lui réitère plusieurs fois la punition qui a suffi pour corriger son frère; mais, lassée de son insuccès, elle finit par ne plus le punir ou se borner tout au plus à quelques remontrances infructueuses, regardant son enfant comme incorrigible. Voilà une éducation routinière, propre à tout gâter et même à ramener au vice, à la moindre occasion, l'enfant déjà corrigé, par la perspective de l'impunité finale comme celle du prétendu incorrigible. Si cette mère insensée, qui, comme tant d'autres, ne connaît que la routine et les plaintes sur un malheur qu'elle n'a su s'épargner, au lieu d'infliger machinalement toujours la même punition l'eût modifiée et graduée jusqu'à ce qu'elle fût devenue un motif capable de contre- balancer le penchant vicieux qu'elle voulait détruire, elle y aurait réussi et ses deux enfants seraient devenus d'honnêtes gens au lieu de rester ou de devenir encore plus libertins. Voilà cependant un échantillon de l'éducation la plus ordinaire*, dans laquelle le vice est toujours trop ou trop peu puni et par conséquent rarement corrigé. C'est quand la constance des enfants à faire le mal a lassé la
constance des parents à le réprimer efficacement, (jue le remède devient presque impossible; alors il n'y a plus que le bon exemple et des circonstances favorables, mais d'un effet douteux, qui plaident en faveur du bien. Le moindre triomphe qu'obtient un enfant ou un subordonné en général suffit pour les rendre maîtres ou plutôt tyrans ; car le plus mince succès contre l'autorité légitime donne à un esprit inculte une telle présomption de force et d'habileté, qu'il en devient presque toujours indocile et incorrigible. Si la faim avait induit ces enfants au vol, il fallait aussi écarter ce motif.
Ce qui se passe dans les maisons de détention est encore pire que celte éducation vicieuse. Les voleurs y restent ensemble et à l'école l'un de l'autre dans la plus grande oisiveté, pour qu'ils aient plus le temps de s'instruire et que leur existence, entièrement à la charge de la société, y soit en quelque sorte un vol légitime ; car la plupart ne volaient avant d'y être que pour exister sans travailler. Si au lieu de cela on les isolait et qu'on les forçât à un travail nourricier et très-pénible, dont ils n'auraient pas même tout le fruit, on leur ôterait le loisir et la facilité de former de nouveaux projets à exécuter au sortir des prisons, et par conséquent de se détériorer davantage par l'indication réciproque de nouvelles ruses; ce travail pénible, continuel et productif serait ajouté dans la balance du châtiment comme motif propre à contre-balancer leur penchant vicieux et comme dédommagement envers la société, en même