‹ Physiologie intellectuelleChapitre 162 sur 298 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

temps que la paresse et l'incapacité de se nourrir ne tendraient plus constamment à troubler l'équilibre. Il est en outre démontré que l'isolement ou la solitude est une des conditions les plus pénibles et les plus redoutées de la vie. L'on ne devrait jamais oublier dans l'éducation et dans quelque institution que ce soit une vérité qui, en morale comme en physique, est sans exception, savoir : que toute résistance qui n'est point proportionnée à la puissance qui lui est opposée, devient nulle ainsi que toute défense qui se trouve hors de rapport avec l'attaque qu'elle doit éluder. Autrefois l'on faisait pis encore : l'homme était considéré comme si peu de chose que, sans penser à le corriger ni à l'employer ultérieurement, on le faisait mourir pour la moindre chose, souvent même sur de simples soupçons. En consultant plus la raison que l'habitude et les préjugés, l'on se convaincrait facilement que c'est moins sur la valeur de l'objet volé qu'il faut mesurer la gravité des peines, que sur le penchant au vol, qui doit être censé d'autant plus fort qu'il est plus habituel, que le voleur, doué de raison, était dans des circonstances moins impérieuses, qu'il a cherché plus opiniâtrement l'occasion et que son intention était plus éloignée de la restitution, Comme ce n'est pas l'organe qu'il faut punir, mais les effets, il serait absurde de statuer les peines répressives d'après son développement réel ou prétendu, d'amant plus que de cette manière les fruits de l'éducation et l'influence des autres organes ne se trouveraient pas dans la balance de la

justice. Le vol à force ouverte ou le brigandage est aussi plus grave à raison de la violence et des autres circonstances qui peuvent l'accompagner, et qui entrent accessoirement dans le vœu et l'intention d'un pareil voleur. L'abus de confiance qui peut s'y joindre est aussi une complication aggravante. Enfin il est des vols faits dans des circonstances si impérieuses et si désespérées, que la justice privée les pardonne et que la justice publique ne sévit contre leurs auteurs qu'en les plaignant, parce qu'ils ont moins agi par un efïet vicieux de leur organisation que par une sorte de fatalité accidentelle. Tel est un exemple que Mercier rapporte dans son Tableau de Paris.

« En 1662, il y eut une longue et cruelle famine à Paris. Un soir que M. de Salo , conseiller au parlement, venait de se promener, suivi seulement d'un laquais, un homme l'aborda, lui présenta un pistolet et lui demanda la bourse, mais en tremblant et en homme qui n'était pas expert dans le métier qu'il faisait. « Vous vous adressez mal, lui dit le magis- » trat ; je ne vous ferai guère riche : je n'ai que trois » pistoles, que je vous donne volontiers. •> Il les prit et s'en alla sans lui rien demander davantage : « Suis » adroitement cet homme-là, dit M. de Salo à son la- » quais; observe le mieux que tu pourras où il se » retirera, et ne manque pas de me le dire. » Il fît ce que son maître lui commanda , suivit le voleur dans trois ou quatre petites rues, et le vit entrer chez un boulanger où il acheta un pain de sept ou

Page 1