‹ Physiologie intellectuelleChapitre 163 sur 298 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

huit livres et changea une des pistoles qu'il avait. A dix ou douze maisons de là, il entra dans une allée, monta à un quatrième étage et en entrant chez lui, où l'on ne voyait clair qu'à la faveur de la lune, il jeta son pain au milieu de la chambre et dit en pleurant à sa femme et à ses enfants : « Mangez, » voilà un pain qui me coûte cher ; rassasiez-vous-en, » et ne me tourmentez plus comme vous faites. Mal- » heureux que je suis ! Héîas ! un de ces jours je » serai pendu, et vous en serez la cause. » La femme, qui pleurait, l'ayant apaisé le mieux qu'elle put, ramassa le pain et le distribua à quatre pauvres enfants qui mouraient de faim. Quand le laquais sut tout ce qu'il voulait savoir, il descendit aussi doucement qu'il était monté, et rendit un compte tidèle à son maître de tout ce qu'il avait vu et entendu. — As-tu bien remarqué où il demeure , et pourrastu m'y conduire demain matin? — Oui, monsieur, fort aisément. — Le lendemain, dès les cinq heures du matin , le conseiller alla où son laquais le conduisit, et irouva deux servantes qui balayaient la rue. Il demanda à l'une qui était cet homme qui demeurait dans la maison (pie le laquais lui montra, et qui occupait une chambre au quatrième étage : « {Monsieur, lui répondit-elle, c'est un cordonnier, » bon homme et bien serviable, mais chargé d'une » grosse famille et si pauvre qu'on ne peut l'être » davantage. » Il fit la môme demande à l'autre, qui lit à peu près la même réponse; puis il monta chez l'homme qu'il cherchait et heurta à la porte. Le mal-

heureux la lui ouvrit lui-même et le reconnut d'abord pour celui qu'il avait volé le soir précédent. On conçoit quelle fut sa surprise. 11 se jeta à ses pieds, lui demanda pardon et le supplia de ne pas le perdre : « Ne faites point de bruit, lui dit M. de Salo, » je ne viens point ici dans ce dessein-là. Vous faites, )> mon ami, un méchant métier. Je sais que vous êtes » cordonnier. Tenez, voilà trente pisloles que je vous » donne; achetez du cuir et travaillez à gagner la vie » à vos enfants. »

Il serait difficile de dire si, dans ce cas, l'organe de la philogénésie n'aurait pas agi avec plus de force que tout autre. J'ai rapporté cet exemple pour rendre plus circonspects , dans leurs jugements anticipés, les esprits faux et légers qui voudraient faire de la doctrine de Gall une sorte de talisman ou de miroir constellé capable de peindre l'homme moral sur son organisation physique indépendamment de l'éducation et du concours des circonstances. Le docteur Gall est lui-même très-circonspect et trèsréservé dans ses jugements; ii a trop observé et a trop de justesse dans l'esprit pour jamais donner dans la puérilité des horoscopes organiques, lorsqu'on a la bonhomie de lui proposer son crâne ou celui de ses enfants à palper. Il sait, et l'expérience prouve, que l'organisation, docile à l'influence des habitudes, de l'éducation et des circonstances, se modifie presqu'à l'infini; et pour se convaincre combien la présomption et la suffisance seraient insidieuses dans l'application indiscrète de l'organologie, il sut-

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