‹ Physiologie intellectuelleChapitre 177 sur 298 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

de ce qu'il avance, et fait voir entre autres la grande différence de celui du chevreuil, doux et timide, d'avec celui du chamois revêche et méchant.

Comme on juge de tout d'après ses propres dispositions et ses sentiments , sauf les modifications qu'amène enfin l'expérience chez ceux qui se sont souvent trouvés dupes de leur bonne foi, c'est peutêtre aussi à la présence du môme organe qu'il faut accessoirement rapporter la confiance qui vous livre sans défense , et à son absence qu'est due la défiance, qui rend inaccessible aux communications, même à celles qui font le charme de la société et de l'amitié.

Les caractères de cet organe se sont rencontrés dans un orang-outang, sur lequel plusieurs journaux ont publié les observations suivantes, en 4836, sous le nom de Jack.

« Orang-oulang est un composé de deux mots malais, dont le premier, qui s'applique à l'homme, veut dire être ou animal raisonnable , et le second forêt, bois ; et c'est pour cela que les voyageurs Font appelé homme des bois. Cette espèce de singes, que les naturalistes appellent quadrumane, à quatre mains, parce qu'ils se servent de leurs pieds avec autant de facilité que de leurs mains pour saisir les objets , est originaire des forêts-vierges de la grande île de Sumatra ou de Bornéo. Retirés sous l'ombrage des magnifiques végétaux de ces pays, situés près de l'équateur, et accoutumés à une chaleur humide qui les rend très-frileux , ces singes supportent difficile-

nient nos hivers. Aussi Jack a-t-il succombé à une maladie de poitrine, après avoir passé huit mois au Jardin-des-Plantes, et avoir vécu quatorze ou quinze mois en captivité; il avait l'habitude de se coucher enveloppé d'une couverture de laine dans un berceau où il dormait sept à huit heures.

» Jack était d'un naturel fort doux, et, sans rien avoir de la pétulance des autres singes , ses mouvements étaient pleins d'adresse. Il n'avait qu'environ trois pieds de haut. Agile sur les branches d'un arbre, sur une corde, habile à grimper sur tous les corps en saillie dans les habitations, s'y cramponnant avec une assurance surprenante au moyen de ses quatre mains, n'en employant parfois que trois pour conserver la liberté de la quatrième, il avait beaucoup moins de facilité à se mouvoir quand il voulait se tenir à terre sur ses quatre pattes. Gela tenait à la brièveté et à la faiblesse de ses jambes, et à la longueur de ses bras. Pour ne pas être obligé de poser sur le sol d'une manière incommode ses mains à peau lisse il marchait toujours les poings fermés sur le dos de ses doigts, dont les poils étaient usés. Quand il voulait se sauver avec vitesse, il se roulait sur le sol avec une très-grande prestesse; quand il ne marchait pas il se tenait accroupi, et les membres postérieurs étaient cachés par la saillie de son gros ventre. Tout son corps était couvert de longs poils roux assez durs, la face seule était presque nue et d'une couleur noirâtre; les lèvres étaient fort épaisses et faisaient un museau saillant que l'animal prolon-

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