‹ Physiologie intellectuelleChapitre 205 sur 298 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

considérée sous le point de vue de l'histoire naturelle, a une importance propre et qu'aucune autre branche de cette science ne saurait avoir. Les caractères physiques qui distinguent les races humaines les unes des autres sont peut-être le fait d'histoire naturelle qui, à toutes les époques, a le plus frappé l'imagination des hommes. On sait quel fut l'étonnement des premiers Portugais qui , pénétrant au quinzième siècle dans l'intérieur de l'Afrique, y trouvèrent des hommes absolument noirs, avec des cheveux crépus, un nez écrasé, des lèvres épaisses. Cet étonnement se renouvela à l'époque de la découverte du Nouveau-Monde. Les historiens racontent que, lors du premier retour de Colomb, les Européens ne pouvaient détacher leurs yeux des plantes , des animaux inconnus que Colomb avait rapportés , et surtout, disent-ils, des Indiens si différents de toutes les races d'hommes quon eût jamais vues.

» Cependant, malgré cet intérêt si vif qu'inspire et qu'a inspiré de tout temps l'étude physique de l'homme, cette étude est très-peu avancée. Et d'abord, pour ce qui est des anciens, c'est à peine si l'on peut recueillir autre chose sur Yhisloire naturelle de l'homme proprement dite, dans Hérodote, dans Strabon, dans Galien même, etc., que quelques opinions erronées touchant la nature et la couleur des nègres. Le véritable fondateur de cetle science nouvelle est Buffon. Son traité sur les variétés dans l espèce humaine est le premier pas important qui ait été fait en ce genre. Mais , faute de caractères

anatomiques suffisamment sûrs, Buffon ne parvint pas à la détermination précise de ces variétés ; il admit des passages du nègre au blanc ; il crut que la chaleur du climat était la seule cause de la couleur noire; et il arriva à celle conclusion que toutes les différences physiques qui distinguent actuellement les variétés de l'espèce humaine n'avaient été originairement que l' effet de causes extérieures et accidentelles.

» Camper est le premier qui ait cherché des caractères anatomiques précis. Ses observations sur le profil du nègre comparé à celui du blanc furent un véritable progrès; et M. Blumenbach, le vénérable doyen des naturalistes actuels, fit un pas de plus en étendant à la conformation du crâne et de la face cette étude des caractères précis que Camper n'avait appliquée encore qu'à la ligne faciale.

» D'un autre côté Malpighi, Albinus , Meckel, Cruikshanck, Gautier, etc., en cherchant à déterminer le siège de la couleur des nègres, ouvraient une voie qui a été beaucoup plus féconde encore, quoique les résultats qu'elle devait donner n'aient élé obtenus que tout à fait de nos jours, comme vous allez le voir.

» Malpighi soupçonna que cette couche de la peau qu'il appelait le corps ou le réseau muqueux était le siège de la couleur des noirs. Albinus et Meckel crurent le démontrer. Mais il résulte des recherches d'anatomie auxquelles j'ai soumis, dans ces derniers temps, toute la structure de la peau, que Malpighi,

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