CHAPITRE XXXIX
sorte d'ouvrages et d'arts, incapables de morale , et quelquefois au niveau ou même au-dessous des animaux pour l'adresse et l'industrie? Pourquoi certains crétins des Alpes, ayant les cinq sens et les mains en bon état, n'onl-ils pas même assez d'instinct pour boire et manger ce qui est à leur portée? Les facultés ne coïncident donc point avec les mains ni avec la finesse et la perfection du tact. Philosophes, vous avez ici les cinq sens et le besoin : où sont les idées, les arts, les sciences, la religion, la morale, la civilisation que vous en faites naître et dépendre? Parlez : pourquoi vos causes restent-elles sans effets dans tous les animaux et môme dans une partie des hommes? Admettez-vous plusieurs espèces d'âmes humaines? En supposerez-vous de stériles, ou en refuserez-vous une aux idiots? Direz vous que les aliénés cessent d'en avoir une dès l'instant où ils perdent la raison, et qu'ils la recouvrent avec leur guérison? Voulez-vous la supposer inerte, endormie ou malade durant toute la vie de certains individus, ou croire, comme l'expérience vous y force, qu'elle est dépendante de l'organisation matérielle pour ses fonctions dans cette vie? Vous avez égaré l'esprit humain, parce qu'au lieu de faits vous avez pris des hypothèses pour base de votre doctrine. Au lieu d'examiner les phénomènes de la nature et d'y conformer vos idées, vous vous êtes livrés à des spéculations vagues et sans objets , croyant peut-être que la nature aurait la complaisance de s'y conformer. Vous n'avez voulu que cinq sens, des mains et le besoin
pour tout faire; et avec cinq sens, des mains et le besoin, vous ne faites rien, absolument rien d'intellectuel, de moral ni d'industrieux! Vous prétendez faire agir l'âme sans organes, sans appareils physiques, et, dès que ces appareils physiques manquent ou sont en souffrance, votre âme indépendante ne se manifeste plus par aucune fonction ! Vous convenez qu'elle ne voit pas sans le secours des yeux, qu'elle n'entend pas sans les oreilles, qu'elle ne peut déguster sans l'appareil du goût, flairer sans celui de l'odorat, toucher sans celui du tact, et de bonne foi vous voudriez nous faire croire que ses autres fonctions se font sans appareils? Vous niez la nécessité de ces derniers appareils, quand vous êtes forcés de convenir qu'il reste beaucoup de fonctions qui ne peuvent s'attribuer aux premiers ! Si vous n'êtes pas conséquents et que vous n'admettiez que des doctrines toujours en opposition avec les faits, permettez-nous de ne pas vous imiter.
Une mauvaise philosophie, en faisant des divisions arbitraires et en ne s'attachant qu'à des qualités générales, a été cause, selon Gall, que ceux qui avaient pressenti la pluralité des organes avant lui, n'en ont découvert aucun. Les qualités générales de la matière, qui sont la gravité, la densité, l'étendue, l'attraction, ne sont propres à faire connaître aucun corps particulier. Il en est de môme de la sensation, de la perception, de la mémoire, du jugement et de l'imagination dans le domaine de la physiologie, parce que ces attributs, étant communs à tous les