CHAPITRE XXXIX. Z
penchant, la volonté, l'amour, la passion, le délire, la raison, la liberté et la conscience; parce que tous ces termes n'expriment que des modifications de la spontanéité et de l'excitation, communes à tous les organes. Les affections qui n'indiquent qu'un sentiment passif sont aussi des atlri butions de tous les organes, et n'appartiennent à aucun exclusivement. Les besoins, résultant toujours des impulsions de l'organisation, peuvent donner des indices pour la recherche des organes, ou au moins en faire présumer l'existence, surtout lorsqu'ils sont bien tranchés et seulement particuliers à une espèce d'animaux. C'est ainsi que le besoin qu'ont certains animaux de vivre dans l'eau, et le besoin que d'autres éprouvent de vivre en société, font croire au docteur Gall qu'il pourrait bien y avoir aussi un organe à part pour chacune de ces deux facultés, quoiqu'il n'en ait encore point trouvé. L'on a prétendu à tort que les animaux ne vivaient en société que pour leur défense réciproque, car la plupart se séparent comme les moutons dès qu'ils se voient attaqués. D'ailleurs ce ne sont pas les plus faibles qui vivent en société; le roitelet et le rossignol restent isolés, tandis que les pies et les corneilles se rassemblent et nichent en grand nombre sur le même arbre.
Il résulte aussi de ces considérations que les cinq sens, qui ont des fonctions connues et déterminées, ne peuvent être la source de toutes nos idées. M. Cabanis est le premier des philosophes français qui ait senti cette vérité, en regardant les sens extérieurs
comme la source des idées qui se rapportent à l'intelligence, et en admettant des sens intérieurs pour les instincts, les penchants, les passions, etc. Il faut un plus grand nombre d'organes que ceux que l'on a admis jusqu'ici , car nous avons des sensations et des perceptions qui n'ont aucun rapport avec la vue, le goût, l'odorat, l'ouïe et le tact: telles sont, par exemple, les idées de morale, de religion, de mathématiques, etc. Les idées morales ne peuvent appartenir ni au cœur , qui est un muscle destiné à la circulation ; ni aux nerfs pectoraux et abdominaux , qui sont uniquement destinés à maintenir Faction des diverses parties de ces cavités dans leur équilibre et leur correspondance avec celle des autres parties du corps. Les qualités morales n'ont pas plus de rapport avec les nerfs pectoraux ou abdominaux qu'avec les nerfs des extrémités. Les philosophes, en ne plaçant que les facultés intellectuelles dans le cerveau et en transportant les autres dans la poitrine ou l'abdomen, n'ont pas réfléchi que, d'après leur théorie, tous les animaux avant un cœur, une poitrine et un abdomen en aussi bon état que l'homme, auraient dû être susceptibles de la même moralité que lui. Ils n'ont pas fait attention non plus que les idiots, incapables des actes moraux, n'ont pas de vice organique dans le cœur et la poitrine. Si la morale était autre chose qu'une modification ou une direction particulière de l'intelligence, il serait possible de rencontrer l'une sans l'autre, et cependant la morale commence et cesse toujours avec l'intelligence.