CHAPITRE XXXIX. Zi
Les animaux et les idiots ne peuvent s'élever jusqu'à la morale, et l'aliéné cesse d'en être susceptible en perdant la raison. C'est par le sentiment de ces vérités que les lois et la justice humaine ne font point peser sur eux la responsabilité de leurs actions : ils se trouvent par leur état jetés hors de la société. C'était donc une contradiction bien manifeste de la part des philosophes de déplacer les facultés morales du cerveau en y laissant siéger les facultés intellectuelles ; et quoique le sens commun ait adopté leur langage en supposant le cœur bon ou mauvais, les lois et les usages sociaux n'ont jamais sanctionné les conséquences des principes qu'ils avaient établis. La doctrine des philosophes n'a été ni plus vraie ni plus conséquente en rapportant aux fonctions des cinq sens un grand nombre de phénomènes psychologiques pu intellectuels qui ne peuvent en faire partie. Comment dériver avec eux la philogénésie des cinq sens, de la morale, de la vanité, de l'allaitement, etc., quand on sait que son penchant n'existe pas chez plusieurs animaux doués des cinq sens , qu'en général il est moins fort dans les mâles que dans les femelles même ovipares, par exemple, dans la poule, qui n'allaite pas-, et plus fort dans certaines espèces de brutes , où la morale et la vanité sont impossibles, que dans l'espèce humaine? Comment les effets peuvent -ils si souvent se rencontrer sans la cause , et ne pas se rencontrer avec elle? Est-on plus fondé en attribuant Véducabililé ou la domesticité de certains animaux aux cinq sens, à la suprématie de
kM PHYSIOLOGIE INTELLECTUELLE,
l'homme, et à l'habitude qu'il leur a fait contracter de vivre avec lui ? Si cela est, pourquoi l'homme, malgré les progrès de sa culture , n'apprivoise-t-il plus aucune nouvelle espèce d'animaux depuis plusieurs milliers de siècles ? car, sans parler du lion, du tigre, de la panthère, du léopard, de l'hyène, du crocodile, etc. , il ne peut même rendre domestiques le sanglier ni le canard sauvage, dont les espèces, après des tentatives continuées jusqu'à la dixième génération pour les habituer à sa société , sont encore retournées dans les forêts dès le premier instant de liberté. L'on s'est dispensé de recueillir les faits , trouvant qu'il était plus facile d'en supposer, et c'est ainsi que l'on a attribué à la supériorité de l'homme l'effet d'une organisation particulière qu'il n'est pas en son pouvoir de changer. Le chien, qui n'a point de maître en Egypte, où il est regardé comme un animal impur , y reste malgré cela dans les villes et autour des habitations humaines pour ramasser les aliments qu'on y jette. D'ailleurs, comment expliquer la coïncidence de l'éducabilité avec une portion du cerveau qui, manquant dans les espèces tout à fait sauvages, correspond toujours au degré de cette faculté dans les autres espèces, comme le docteur Gall le fait voir en produisant de suite et à côté l'une de l'autre les têtes de la loutre* du castor, du phoque ou veau marin, du lévrier, du barbet , du singe, de l'orang-outang, d'un idiot, d'une femme peu intelligente, d'un médecin de Vienne autrefois distingué par son érudition, et d'un peintre connu par une grande