‹ Physiologie intellectuelleChapitre 227 sur 298 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

disposition aux abstractions philosophiques? L'on a pareillement attribué le sens des localités ou de la cosmognose à l'œil et à l'odorat, quoique sa perfection ne coïncide jamais avec celle de ces deux organes, et que les individus et les espèces n'en soient pas également doués. Tel chien avec de bons yeux ne saura retrouver un chemin qu'un au Ire qui ne verra pas mieux retrouvera facilement après un long intervalle de temps, môme après y avoir passé en voiture et lorsque la neige le couvrait. Tel homme se perdra encore dans un bois ou dans une grande ville après y avoir fait plusieurs courses, tandis qu'un autre, ayant la vue moins bonne, ne s'y perdra jamais. On a vu des faucons apportés d'Islande dans un panier ou une voiture fermée, s'élever presque verticalement dans les airs, s'y orienter, et retourner dans le nord en droite ligne, au lieu de suivre le héron sur lequel on venait de les lâcher. Des pigeons enlevés de leur colombier depuis plusieurs mois y retournent de plus de vingt lieues de distance. Les cigognes, les hirondelles, et d'autres oiseaux voyageurs, reviennent encore de plus loin au même toit, à la même cheminée et au même nid. Peut on supposer alors que le passage de l'hiver n'aura pu dissiper les atomes odoranls de l'atmosphère ou de la terre, ou que c'est le souvenir des aspects qu'ils n'ont pu voir dans un grand espace, qui sert à les orienter et à les ramener? Si c'était le manque de nourriture, comme on l'a aussi supposé, leur départ se ferait plus tard, toutes les espèces voyageraient

au lieu de se laisser mourir de faim , et les oiseaux voyageurs, renfermés et bien nourris, ne seraient ni inquiets ni malades aux époques de l'émigration. Dira-ton aussi que Christophe Colomb avait vu ou flairé l'Amérique depuis Gènes sa patrie i ou qu'il s'y transporta parce que les vivres manquaient en Europe? Il en est de même de la peinture : de bons yeux ne suffisent pas pour saisir les rapports des couleurs et pour les bien assortir; ils suffisent tout au plus pour les voir , et encore arrive-t-il quelquefois que, sans être faibles ni malades, ils n'en distinguent pas toutes les nuances, comme c'est le cas chez le professeur Unzer, d'Altona, et chez plusieurs autres personnages. Les peintres admettent, comme les musiciens, une harmonie et un entendement, non-seulement dans la composition et le dessin, mais aussi dans le coloris; et voilà ce qui n'est plus du domaine de la vue seule; autrement, ceux qui verraient le mieux seraient toujours les meilleurs peintres. Les animaux , qui ont la vue souvent très-supérieure à celle de l'homme, ne manifestent aucune idée de peinture, et souvent ils sont irrités par les couleurs, au lieu d'en être charmés comme les femmes, qui ont ordinairement l'organe de la chromatique plus développé que les hommes, et ont par cette raison un goût plus marqué pour les couleurs vives et tranchâmes dans leur habillement. Si le sens de la musique pouvait se retrouver dans celui de l'ouïe, serait-il possible que des hommes et des animaux qui ont l'ouïe saine ne fussent point

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