CHAPITRE XXXIX. U
servent de moyens. Il cherche à donner du crédit à ces idées hypothétiques, par la considération de l'obscurité qui règne encore dans l'explication des rapports de l'âme avec le corps, et dans celle des fonctions qui résultent de leur union, de môme que par l'énumération de plusieurs faits surprenants qu'il croit favorables à sa manière de voir. Un plus grand développement de la philosophie de l'auteur, qui se trouve entachée des erreurs de son temps, ne présenterait aucun intérêt dans cette circonstance. Je me bornerai donc à faire connaître les faits qu'il rapporte, parce que en général des faits ne sont jamais dénués d'intérêt, et que ceux dont il s'agit se lient étroitement à la doctrine de Gall, la seule d'après laquelle on puisse les expliquer.
Le docteur Wienhold compare le somnambule à l'aveugle, parce que chez l'un comme chez l'autre il y a des actions que l'homme en santé ne peut exécuter qu'au moyen des organes de la vue, et pour lesquelles il faut, dit-il, en remplacement, son principe intermédiaire. Il rapporte comme des faits propres à établir la nécessité de ce principe, l'exemple d'un aveugle, tailleur de pierre, nommé Gonelli ; celui d'un aveugle qui, selon Wetzel , jouait aux caries et aux échecs ; celui de l'aveugle de naissance cité par Diderot comme chimiste et musicien; celui de Saunderson qui, quoique ayant été privé de la vue à l'âge d'un an par la petite vérole, donnait des leçons d'optique; celui d'un paysan qui, qu^iqu'avcugle depuis son enfance, faisait cependant , selon
les Actes de l'Académie de Suède, tous les ouvrages de la vie ordinaire ; celui d'un aveugle qui professait la chimie; celui du docteur Mone, qui, bien qu'il eût perdu la vue dès sa première jeunesse par la petite vérole, avait des connaissances profondes de la mécanique, de l'optique, de l'algèbre, de l'astronomie, etc.; celui de John Metcolf, aveugle qui, selon les Actes de la société de Manchester, entreprenait la construction des grandes routes ; celui de l'aveugle extraordinaire que le docteur Sloane traita de la petite vérole; enfin, l'exemple de mademoiselle de Paradies , célèbre et habile musicienne. Plusieurs des phénomènes du somnambulisme se rencontrent^ dit M. Wienhold, dans les actions de ces aveugles, avec la seule différence que chez ces derniers le développement de l'industrie pour laquelle il nous faut l'usage des yeux se fait plus lentement que chez les somnambules. Ainsi, presque tous les aveugles cités avaient le sentiment de la présence ou de l'absence des objets qui les environnaient ; ils reconnaissaient la hauteur, la longueur et la largeur d'un appartement où ils entraient pour la première fois, et distinguaient bien quand ils se trouvaient en plein air. Saunderson montrait, le soir, le ciel à ses élèves; et l'aveugle entrepreneur de routes savait s'orienter dans des montagnes impraticables , et faire ses plans en conséquence. L'on a vu des femmes aveugles coudre, tricoter, et faire d'autres ouvrages pareils; il s'en est même trouvé une qui écrivait droit et régulièrement de nuit et de jour. Le chimiste dont parle Diderot