‹ Physiologie intellectuelleChapitre 232 sur 298 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

travaillait au tour et à l'aiguille; un autre construisait des machines ingénieuses ; un paysan aveugle faisait des chariots, des brouettes, des traîneaux, travaillait à la forge, fabriquait des couteaux au manche ' desquels se trouvaient adaptées des fourchettes et de petites scies, faisait des souliers, enfilait des aiguilles, cousait , et se construisit même une maison. Aucun objet un peu rapproché n'échappait à mademoiselle de Paradies en pleine campagne ; elle apercevait , quand elle passait devant une maison ou un jardin, si ce dernier était entouré de balustrades, de palissades ou de pieux; elle goûtait, ainsi que plusieurs autres aveugles, du plaisir à toucher de belles statues, reconnaissait sur-le-champ les physionomies colères, larmoyantes, riantes, douces et tranquilles, et savait se faire une idée des divers sentiments indiqués par là, ainsi que de l'expression des différentes affections de l'âme , au point de se créer dans l'imagination des caricatures humaines, et de se former même, dans ses instants de mélancolie, des figures qu'elle craignait. Elle dansait, en observant tous les rapports et les convenances de sa place relativement à celles des autres personnes ; savait rendre naturellement et avec vérité, sur le théâtre, les rôles des personnages en scène, et saisir la pantomime exacte de leurs gestes et de leurs expressions. Elle avait non-seulement le sentiment des couleurs, mais elle montrait aussi du goût pour leur assortiment ou leur disparate ; elle les choisissait même avec discernement pour sa propre parure. Le docteur Wienhold , après avoir rapporté tous ces

m PHYSIOLOGIE INTELLECTUELLE.

faits à l'appui de sa substance intermédiaire entre l'àme et le corps , qu'il croit nécessaire pour expliquer des fonctions aussi variées, dont les cinq sens n'ont pu être le principe, observe que le sixième sens, principalement mis en avant par les magnétiseurs de Puységur, et adopté pour l'explication du phénomène remarqué par Spallanzani sur les chauves-souris privées de la vue , de même que l'harmonie préétablie de Leibnilz , ne font que substituer une cause occulte à une autre , sans donner la solution du problème à résoudre. Moi, j'observerai que les opinions qu'il rejette, de même que son sentiment, qui n'est pas plus plausible qu'elles, et les faits qu'il y rattache, sont de nouvelles preuves contre la thèse des4philosophes qui faisaient venir toutes nos idées des cinq sens, et par conséquent de nouveaux arguments en faveur de la doctrine de Gall.

C'est faute d'avoir pris connaissance de la doctrine de Gall et des moyens qui lui ont servi à la fonder, que les uns ont trouvé qu'il admettait trop , et les autres trop peu d'organes. Il n'en a jamais cherché un seul de nouveau que quand il a rencontré des facultés particulières et propres seulement à certains individus ou à certaines espèces ; et il n'en a pas admis un seul qu'il n'en eût vérifié l'existence positivement et négativement, c'est-à-dire en s'assurant que le développement cérébral , présumé organe de la nouvelle faculté , se rencontrait toujours avec elle et dans la même proportion , et ne se rencontrait jamais sans elle. Son procédé a été si rigoureux, qu'il

Page 1