CHAPITRE XXXIX
a établi les organes en lois, en statuant qu'une seule exception suffirait toujours pour en arguer l'existence de faux. Selon lui, une règle a ses exceptions, mais une loi n'en peut souffrir une seule sans être anéantie. Ainsi c'est une règle que l'organe de la philogénésie se trouve plus développé dans les femelles que dans les mâles, quoique', par exception, il se rencontre des mâles qui l'ont plus développé que leurs femelles; mais il faut que son siège à la partie postérieure du cerveau soit une loi tellement universelle et invariable, que l'exemple d'un seul animal doué de la philogénésie sans l'existence et le développement proportionnel de cette partie du cerveau, suffise pour anéantir toutes les preuves qui servent à l'établir. Chacun jugeant des autres d'après soi , il est trèsnaturel que les esprits légers et superficiels dont les connaissances ne portent sur aucun fond solide , assimilent les connaissances de Gall aux leurs, et croient que l'édifice de sa doctrine ne porte que sur des hypothèses. N'ayant eux-mêmes aucune marche régulière et solide , il leur est presque impossible de croire qu'un autre puisse en avoir une meilleure. Voilà pourquoi l'on a supposé que Gall avait adopté un organe arbitraire à chaque nouveau phénomène psychologique. Mais nous avons démontré qu'il avait au contraire précisé la sphère de chacun , en se rendantcompte des fonctions générales qui peuvent résulter de son exercice gradué, afin qu'ensuite il lui fût plus facile de déterminer les facultés primitives qui en demandaient un nouveau. Il s'est d'ailleurs tou-
jours abandonné à l'empirisme, et ce n'est que pour en régulariser et en apprécier les données à leur juste \aleur qu'il s'est aidé de la philosophie. L'on a aussi prétendu qu'il y avait trop peu d'organes pour tant de facultés différentes dont l'homme et les animaux sont doués. Est-ce là une raison pour devancer l'expérience? Le docteur Gall ne dit pas qu'il n'y en ait que ceux qu'il a trouvés; mais il dit en avoir trouvé vingt-sept ou au moins vingt-six, en supposant que la ruse et le vol puissent être considérés comme un seul, quoique tous les voleurs ne soient pas rusés, et que toutes les personnes rusées ne volent pas. Il présume lui-même qu'il en existe davantage, mais non autant qu'on pourrait se l'imaginer-, car il résulte de leur réunion plusieurs facultés complexes, telles que la poésie, la philosophie, l'induction, le courage, etc. Ne pourrait-on pas penser avec encore plus d'apparence de raison que vingtqualre lettres ne peuvent suffire à tant de mots et de langues, à tant de "livres et de bibliothèques, ou que le visage ne peut contenir assez de traits physionomiques pour différencier tous les hommes?
La contradiction que les philosophes avaient établie entre leurs théories et les faits a conduit Descartes et ses disciples à la doctrine des idées innées, tour à tour admise et rejetée. Selon le docteur Gall, il faut s'expliquer et s'entendre sur cette expression. L'enfant tette en naissant le doigt de l'accoucheur ou de la sage-femme qui lui ôte les glaires de la bouche; il doit donc dès lors avoir l'idée de la succion. Le