CHAPITRE XXXIX
lendu que la doctrine de Gall conduisait au fatalisme ont raisonné aussi conséquemment et aussi juste que celui qui inférerait de ce qu'un prisonnier ne peut sortir de l'enceinte d'une forteresse, qu'il doit nécessairement en occuper tout l'intérieur. Supposons que ce prisonnier ait , au lieu de l'enceinte d'une forteresse, les limites d'un vaste empire, ou toute la terre moins un empire pour prison 5 alors la grandeur de sa sphère, comparée à l'intensité de ses forces et à la durée de sa vie, le mettra dans l'impossibilité d'en parcourir toute l'étendue. C'est la même chose pour l'organisation ; plus la sphère d'activité de l'animal est agrandie par le nombre de ses facultés, plus aussi il lui est difficile d'en parcourir toute l'étendue. Que conclure de là sinon que l'homme, au lieu d'avoir des penchants irrésistibles et d'être déterminé par une fatalité , est au contraire forcé à un choix volontaire, et contraint de faire usage de sa liberté en circonscrivant lui-même ia sphère de son activité? L'on a demandé comment s'était faite la découverte des arts et des sciences. L'homme, abandonné aux impulsions de son organisation , a découvert les sciences et les arts , comme le castor a découvert l'art de bâtir, l'oiseau l'art de chanter et de faire son nid, le chamois l'usage de poser des sentinelles, etc. S'il n'y avait pas eu de musique à la naissance de Mozart, de Gluck, de Haydn, etc., ils l'auraient découverte, mais ils n'auraient pu, privés des secours de leurs devanciers, la porter au même degré de perfection. L'organe de la musique renferme la coi-
m PHYSIOLOGIE INTELLECTUELLE,
lection de toutes les lois de cet art, de même que l'organe des mathématiques renferme toutes les combinaisons de cette science. Le chien, élevé sans aucune communication avec des objels qui puissent réveiller en lui l'idée de chasser, chassera pourtant dès l'instant qu'il verra du gibier. Il en est de même pour toutes les facultés qu'exercent l'homme et les autres animaux. Mais aucune éducation ni aucunes circonstances ne pourront leur donner des idées de musique ou de mathématiques, si elles se trouvent placées hors de la sphère de leur activité organique.
Que penser à présent des philosophes qui ont admis dans l'espèce humaine une perfectibilité indéfinie? H faut dire qu'ils ont fait un rêve qui les honore, car l'homme ne peut aller au delà de son organisation ni produire des phénomènes psychologiques dont elle n'est point susceptible. Toute sa vie se trouve renfermée dans la sphère d'activité des organes qu'il a reçus ; vouloir la porter au delà serait donner de l'activité à ce qui n'existe pas, ce qui répugne autant que d'admettre un cercle qui ne soit pas rond. De même que Ton ne peut faire végéter une graine qui n'est pas, ni lui faire produire des fruits étrangers à son espèce; de même aussi on ne peut faire agir des organes qui ne sont pas, ni obtenir de ceux qui existent des phénomènes intellectuels pour lesquels leur activité est nulle. Cette activité dont les ressorts se tendent et se détendent alternativement avec l'âge, fait croire au docteur Gall que