CHAPITRE XL
les parties et les fonctions, comme l'a fort bien ex primé Hippocrate sur l'alimentation dans un passage dont voici la traduction latine : Confluœus unus, conspiratio una , consenlia omnia. Sans cette unité concordante de l'ensemble des fonctions nutritives, que l'on n'a point expliquée par la présence d'un être immatériel, et que l'on ne conçoit que métaphysiquement, sans pouvoir l'expliquer mieux que l'unité concordante des fonctions intellectuelles, il n'y aurait point d'individus; il n'y aurait que des existences agglomérées, complexes et multiples, indestructibles par la division , à peu près comme les polypes de mer dont chaque fraction ou chaque débris continue d'exister et de s'accroître indépendamment du tout dont il est détaché et faisait partie.
Pour échapper à l'embarras et éluder les difficultés qui résultaient d'une même unité de conscience chez les animaux, auxquels on refusait une àme, on avait imaginé d'en faire des machines ou des automates mis en mouvement et en action par des instincts sans réflexion, ou poussés par des effluves, par exemple, à la chasse, à peu près comme des moulins à vent, obéissant toujours à l'impulsion de l'air, quoique les animaux ne suivent pas toujours l'impulsion ou la trace des effluves supposés qui d'ailleurs sont souvent emportés par le vent , sans les dérouter ni les empêcher de choisir et de changer leurs directions pour arriver plus vite à leur proie. On voit que les hypothèses n'ont jamais rien coûté à l'esprit humain pour gretïer un mondeimaginaireet fantastique sur le monde réel.
L'on ne pouvait échapper aux conlradictions et aux inconséquences où l'on se trouvait engagé qu'en accordant aux animaux, comme Pythagore, une âme, non raisonnable si l'on veut, en considération de la prééminence de l'homme, ou en reconnaissant dans le Créateur tout-puissant de toutes choses le pouvoir de créer des conditions matérielles par la vie organique ou autrement, capables de la même unité de conscience ou de sens intime, que l'on ne supposait possible que par l'intermédiaire d'un être immatériel, d'après l'idée purement métaphysique de la divisibilité infinie de la matière, divisibilité manifestement repoussée dans l'organisme par l'individualité ou l'existence des individus vivants, et par les phénomènes de l'électricité et du galvanisme qui, après la mort, réveillent encore simultanément ou de proche en proche les mouvements conjoints des systèmes nerveux et musculaires, et prouvent ainsi l'existence de compositions unitaires sans le concours de la vie, qui toutefois l'établit dans le cœur pour la nutrition, et dans le cerveau des animaux auxquels on a refusé une âme pour les manifestations de leur entendement.
Comme on ne peut rien concevoir que sous une forme ou une image quelconque, on avait assimilé l'âme à un soufïïe que représente encore la prononciation des noms psyché, spirilus, que les Grecs et les Romains lui ont donnés par onomatopée , ainsi que la synonymie des expressions expirer, rendre rame, rendre le dernier souffle , le dernier