‹ Physiologie intellectuelleChapitre 245 sur 298 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

plus matérielle et plus dangereuse que la part qu'on a faite si long-temps aux tempéraments relativement aux mêmes manifestations , sans soulever la crainte ni l'émeute des consciences les plus timorées ? il n'y a en cela que la différence entre l'humorisme et le solidisme. C'est la confusion du langage et des idées qui crée des dangers où il n'y en a point, car la physiologie du cerveau n'a rien à faire dans le domaine de la psychologie , où les phrénologistes ont eu la maladresse de la faire pénétrer, en voulant étendre sa portée plus que Gall n'a jamais pensé à le faire 5 car son antipathie pour la métaphysique était poussée à l'extrême, et je l'en ai même critiqué de son vivant dans la Bibliothèque médicale, cahier de juillet 1833. L'antidote du matérialisme est dans le dogme de la résurrection; et si tous les prêtres savaient en comprendre le sens, ils ne soulèveraient pas si légèrement des controverses qui ne les rendent pas plus croyables ni plus respectables.

Le cerveau a été long-temps considéré comme une glande, une pulpe, une moelle ordinaire, unémonctoire ou un viscère sécréteur sans fibres d'irradiation; et on admettait encore, à la (in du dernier siècle et au commencement du siècle actuel, sa destruction dans l'hydrocéphale, sans qu'elle entraînât celle des facultés intellectuelles. On trouvait toutes les conditions de l'intelligence dans l'âme et la différence de ses manifestations dans les tempéraments. Moïse plaçait l'âme dans le sang, et les Grecs la plaçaient dans le diaphragme, appelé <ppr,y en grec, et

c'est parce qu'on attribuait à l'inflammation de ce muscle le délire aigu, que celui-ci a été désigné sous le nom de phrénésie et paraphrénésie, que ceux qui sont atteints d'un délire furieux sont appelés phrénétiques, et que l'on rapporte encore beaucoup d'affections de l'intellect au centre phrénique. On croyait que l'âme devait se trouver au milieu du corps et près du cœur , dont les battements cessent avec la vie, à peu près comme une araignée au milieu de sa toile, pour exercer et régir toutes les fonctions dont on l'avait dotée dans la pensée qu'elle ne pouvait dépendre de la matière. Puis , comme si l'on avait voulu la déposséder de ses attributs en faveur de son siège, le mot phren a signifié intellect, ou le mens des Latins, et c'est par la môme métaphore que l'on dit les prérogatives ou les intérêts du trône, de la couronne, etc., pour indiquer ceux du prince qui en est honoré, sans prétendre par là que le trône ou la couronne soient sans prince, ni l'homme sans âme; ce qu'il est bon de remarquer, en passant, pour la quiétude de ceux qui seraient tentés de crier au matérialisme en s' escrimant d'estoc et de taille.

Quand le progrès des sciences eut fait connaître que les opérations intellectuelles étaient élaborées dans le cerveau et non dans le diaphragme, le cerveau , qui n'a jamais été connu en grec sous le nom de phren, mais sous celui d'encéphale (sy/^aXoç) fut désigné comme le siège de l'âme, et c'est dans la glande pinéale que Descartes l'y avait casée. L'opinion de Descartes, étant restée sans preuves, ne lit

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