‹ Physiologie intellectuelleChapitre 246 sur 298 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

pas fortune ; mais, en réfléchissant sur la connexité des diverses opérations intellectuelles et l'unité du moi pour la conscience ou le sentiment intime de tous les actes de la volonté, l'on adopta la nécessité d'un centre d'union sentimentale placé dans le cerveau, et il fut désigné par l'expression latine de sensorium commune, que l'on admit sans en localiser le siège. Mais où placer le sensorium commune pour le rendre apte à saisir chacune des sensations et des idées, ainsi que leur ensemble, pour l'unité du moi, quand il est démontré que les organes , c'est-à-dire les appareils qui leur donnent l'existence, sont doubles et distants les uns des autres sans aucun point d'aboutissement commun? Voudra-t-on , pour le concevoir, nier la pluralité des cinq sens et des autres organes pour les diverses fonctions de l'entendement, comme jadis, en niant l'évidence des démonstrations et en se mettant dans l'impossibilité d'expliquer le développement et la perte partiels et succescessifs de chaque faculté intellectuelle? Aussi Gail n'admet pas le prétendu sensorium commune, conséquent qu'il est avec sa doctrine des appareils facultatifs; il attribue la connexité unitaire des fonctions de la vie animale à la sympathie produite par la liaison des diverses parties du cerveau en un seul tout d'ensemble au moyen des commissures.

Cette explication, basée sur une sympathie ou un consensus des diverses parties d'un seul tout partagé en plusieurs organes, suppose une réunion ou une agrégation de fibres de chaque organe en un centre

commun, appelé commissures par Gall au lieu de sensorium commune. Mais rien n'appuie cette supposition, on n'en conçoit pas même la possibilité; car en n'admettant même qu'une seule fibre de chaque partie sensible du cerveau ou de chaque organe dans le centre de réunion, ce centre ne pourrait constituer un point d'unité homogène propre a représenter la part d'intellect de chaque organe : car si vous admettez un point homogène aboutissant de toutes les sensations, vous détruisez la pluralité des organes en détruisant le sens de chaque organe pour composer un sens d'unité ou de confusion.

Je conçois l'unité du sens intime autrement. On n'a pas encore expliqué empiriquement ni rationnellement, que je sache, l'usage des ventricules du cerveau. Placez-y, à l'instar de l'âme, une substance ou un fluide aériforme ou gazeux, élastique, compressible et expansible sans jamais se fractionner, tel que le fluide électrique qui parait se concentrer dans les nerfs comme dans les poils. Si ce fluide, qui peut se raréfier, se condenser, comme le prouve la bouteille de Leycle , mais ne se partage pas par fragments isolés, reçoit un ébranlement dans un point, cet ébranlement agira nécessairement sur toute la masse contenue dans la même enceinte commune, comme un son communiqué à une portion d'air se communique à toute la masse d'air environnante. C'est ainsi que le fluide électrique, ébranlé dans un point par une action du dehors ou du dedans , le sera nécessairement dans tout son volume où sa masse cir-

Page 1