‹ Physiologie intellectuelleChapitre 255 sur 298 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

soigna et entretint pendant six ans à Vienne, afin de pouvoir vérifier à sa mort par l'examen de sa tête , qu'elle lui avait léguée par testament, l'état où se trouverait la substance cérébçale. Cette femme, dont le docteur Gall fait voir le crâne, avait quatre livres d'eau dans les ventricules du cerveau, et cependant il ne se manifesta aucun dérangement dans ses facultés intellectuelles, qui restèrent intactes jusqu'à l'âge de cinquante- quatre ans où elle mourut. L'eau contenue dans les ventricules était claire et limpide, ce qui ne s'accordait point avec l'idée d'une dissolution de la substance cérébrale. Le cerveau successivement développé et distendu de dedans en dehors par le volume croissant de l'eau paraissait sous l'aspect d'une grosse boule ou vessie, ne présentant plus de division à sa partie supérieure, entre les deux hémisphères où s'insinue la faux, ni de circonvolutions en plusieurs endroits, quoiqu'il s'en trouvât encore sur d'autres parties moins développées. Les méninges enlevées, il se présenta une couche uniforme de substance grisâtre ou corticale superposée sur une couche aussi uniforme de substance blanche ou nerveuse ; tandis que dans les endroits encore plissés la substance grisa Ire rentrait d'une manière inégale et, plus ou moins profonde dans les interstices des circonvolutions. Cette observation, qui arguait si manifestement de faux les idées reçues relativement à la structure et à l'organisation du cerveau, ne fut point perdue pour le génie de Gall, car ce fut la clef de toutes ses découvertes anatomiques,

c'est-à-dire de plusieurs aperçus neufs dans l'organisation et le rapport des diverses parties de la substance cérébrale et nerveuse. C'est donc un phénomène pathologique qui aura servi à nous ramener à des vérités dont nous éloignaient les hypothèses de pulpe cérébrale et d'agrégation de globules , encore renouvelées depuis peu quoiqu'elles se trouvent dans une contradiction manifeste avec le déplissement qui arguë nécessairement une structure fibreuse. C'est le déplissement naturel opéré par l'action progressive de l'hydrocéphale qui conduisit au déplissement artificiel du cerveau , sur lequel il ne peut rester aucun doute à ceux qui ont suivi les démonstrations du docteur Spurzheim, savant et habile anatomiste, autrefois l'élève et ensuite l'aide et le compagnon de voyage du docteur Gall. Je n'entrerai pas dans de plus longs détails sur les circonstances qui ont déterminé le docteur Gall à recommencer l'anatomie de l'encéphale sur un nouveau plan ; je me contenterai d'offrir les principaux résultats de ses recherches, en indiquant, avant sa manière de procéder, les motifs qui la lui ont fait adopter.

Les anciens, regardant le cerveau comme l'origine des nerfs, avaient pris l'habitude de disséquer de haut en bas; et pour n'être pas taxé d'inconséquence et de curiosité vague en faisant l'inverse, il faudrait avoir des idées différentes des leurs : comme le docteur Gall, qui, au lieu de dériver les nerfs du cerveau, considère au contraire ce dernier comme un épanouis-

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