‹ Physiologie intellectuelleChapitre 258 sur 298 · CHAPITRE XLL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLL

renflement très-analogue à celui d'un arbre greffé, et que l'on doit être d'autant plus porté à regarder cet endroit comme celui où ies nerfs de la vie intellective communiquent avec ceux de la vie nutritive, que les animaux doués seulement de cette dernière n'ont rien qui surmonte la moelle épinière; de sorte qu'en parcourant la chaîne animale depuis les êtres les plus chétifs jusqu'aux plus parfails, l'on ne voit l'instinct et les facultés intellectuelles paraître et se développer que dans la même proportion que les parties cérébrales paraissent et se développent.

Le docteur Gall ne s'est pas contenté de ce que l'anatomie comparée et l'histoire naturelle des animaux lui ont fourni à l'appui de ces conceptions; il a aussi interrogé le règne végétal, où la nature lui a fourni de nouvelles preuves dans l'analogie de ses opérations toujours simples et uniformes. Des amas de mucus végétal, connus sous le nom de lobes ou cotylédons, servent de foyer primitif à l'embryon ou au germe des plantes, de même qu'un amas de mucus animal sert de matrice aux nerfs, Dans l'acte de la germination, le germe s'accroît du mucus détrempé et ramolli des cotylédons qui l'enveloppent, darde une radicule vers la terre, et s'élance ensuite en plumule dans l'air. A leur principe ces deux jets primitifs sont simples et sans division. Quel est le procédé de la nature pour les développer ultérieurement et les ramifier? Le même qu'elle emploie pour les ramifications nerveuses. A chaque point d'où elle veut faire sortir un nouveau jet,

c'est-à-dire, une nouvelle racine ou un nouveau rameau, elle se ménage un nouvel amas de mucus végétai appelé bourgeon ou boulon. C'est ainsi que se fait chaque nouvelle ramification, que l'on peut considérer comme une nouvelle plante entée par la nature sur une tige primitive avec laquelle elle communique sans y tenir ni par une véritable continuité ni par une simple contiguïté; comme le prouve entre autres la différence numérique des couches circulaires du tronc et de la cime, par lesquelles on reconnaît l'âge de chaque partie de l'arbre. Le jardinier, familiarisé avec les procédés de la nature, peut même changer à son gré les boutons à bois en boulons à fruit, selon qu'il favorise les réservoirs du mucus végétal. M. Âubert du Petit- Thouars a entre autres donné, dans son Essai sur l'organisation des plantes, des considérations très-analogues à celles du docteur Gall sur la production des nerfs; et nous renvoyons nos lecteurs à son ouvrage.

On conçoit, d'après toutes ces données et cet enchaînement de considérations, qu'au lieu de faire venir les nerfs du cerveau Gall fait au contraire venir le cerveau des nerfs, dont il n'est , selon lui , que le dernier épanouissement. Pour venir au secours de l'imagination par une figure, il se représente -en quelque façon l'ensemble des nerfs comme un arbre dont les racines , serpentant au loin , pompent les sensations, aliments de la vie intellective, sur toutes les surfaces du corps, pour en porter le tribut au cerveau, qui est comme les branches greffées, ou la

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