‹ Physiologie intellectuelleChapitre 26 sur 298 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

pression des facultés intellectuelles. Quant aux conséquences qu'on a voulu déduire de la comparaison du cerveau avec les mâchoires , la face ou le reste du corps, je les regarde aussi comme illusoires et trompeuses.

Les anciens avaient déjà saisi la vérité que nous établissons; car on trouve nue petite tête à toutes leurs statues colossales et athlétiques , où il fallait exprimer la prédominance des forces musculaires. Le père des dieux , le roi de la nature , seul est représenté chez eux avec une grosse tête, assise sur un corps d'une grandeur et d'une force proportionnées; comme si l'intelligence qui embrasse les destinées de l'univers ne pouvait loger que dans un vaste cerveau.

Hippocrate lui-même était aussi avancé que les modernes sur ce sujet, car, dans son livre De aère, lotis, et aquis, il parle de grosses têtes (De macrocephalis) , et dit que les grandes sont estimées les meilleures : longissima enim habenles capita gènerosissimos existimant. Il répète la même chose dans la VIe section du IIe livre des Épidémies, etc.

S'il est prouvé, comme je le crois, que le cerveau est l'organe spécial et exclusif de l'intelligence ; s'il est également démontré que tous les organes remplissent d'autant mieux leurs fonctions qu'ils sont plus développés, soit naturellement, soit par l'exercice, il est facile de conclure avec l'expérience, que les facultés intellectuelles se mesurent sur le volume du cerveau , par conséquent aussi sur la

grosseur de la tête, à l'exclusion toutefois de la face.

Ce n'est donc pas sans fondement que Sœmmerring dit, dans son Encéphalolomie allemande, qu'il est plus que vraisemblable qu'une plus grande somme d'intelligence demande aussi une plus grande masse cérébrale, et que, par exemple, la mémoire a un organe corporel. Aussi remarque-t on beaucoup d'esprit aux bossus, dont le rachitisme a épargné la tête qui , par cette raison, se trouve seule bien conformée, et en quelque sorte mieux développée que de coutume, peut-être même aux dépens du reste du corps. Il faut néanmoins faire une exception pour ceux dont la tête a aussi été affectée du rachitisme, parce qu'alors le cerveau mal développé occasionne l'idiotisme ou la stupidité. Aussi a-t-on vu des hommes qu'une chute ou une ouverture du crâne avaient rendus plus intelligents, reprendre leur état borné à mesure que la plaie se refermait ; ce qui ne peut s'expliquer que par le plus ou moins de développement ou d'excitation dune partie quelconque du cerveau. Ce viscère peut d'ailleurs avoir été affecté de diverses maladies qui ne lui donnent qu'une grosseur spécieuse, comme cela arrive dans les sujets d'un tempérament lymphatique, et dans les hydrocéphales, où la substance cérébrale doit son développement à des humeurs qui lui sont étrangères, et qui entravent le jeu de ses fonctions, comme la boulïissure et l'endure en général gênent les mouvements des membres et leur ôtent de leur force.

Il n'est assurément pas si facile de déterminer,

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