CHAPITRE III
dit encore le même auteur, si un génie extraordinaire tient à un développement plus marqué de quelque partie du cerveau, principalement parce qu'il peut) avoir, dans la conformation physique de cet organe , des dispositions pour certains talents qu'un concours de circonstances très-variées empêche de se manifester. C'est ainsi que nos usages rendent nulles, dès l'enfance, les dispositions manifestes de la nature pour les mouvements de l'oreille extérieure: et il en est de même de plusieurs autres muscles dont nous ne nous servons pas de toute notre vie. Sans les circonstances de la révolution française, combien de talents militaires, admirés aujourd'hui de toute l'Europe , n'auraient pas même été soupçonnés! Combien de paysans courbés comme Cincinnatus sur le manche de la charrue, fussent devenus de grands hommes, si le défaut de moyens pécuniaires, la piété filiale, l'esprit d'indépendance, l'invraisemblance du succès et surtout la perspective des humiliations réservées à l'indigence, à l'obscurité de naissance et à la privation de tout appui n'eussent comprimé les élans d'un génie qui tendait à s'élever î
Gall se contente de considérer la masse cérébrale sans attacher beaucoup d'importance au nombre et à la finesse des replis auxquels Malacarne a donné une si grande influence sur nos facultés , dans ses lettres à Bonnet et dans son Encefalotomia universelle, où il dit n'avoir trouvé dans le cervelet d'un fou que trois cent vingl-quatre replis , au lieu de
sept cent ou sept cent quatre-vingts qui se trouvent ordinairement dans le cervelet d'un homme sensé. Mais quand un cervelet est plus petit qu'à l'ordinaire, il doit aussi avoir moins de plis ou de circonvolutions; et les inductions tirées du nombre des plis n'auraient une valeur démonstrative , qu'en les comparant au poids et au volume du cervelet. L'anatomie comparée nous montre que la cervelle des brutes a, relativement à celle de l'homme, très-peu de circonvolutions; en sorte qu'en descendant successivement des premières espèces aux dernières, l'on finit par ne plus trouver de replis au cervelet, qui n'est plus qu'un appendice vermiculaire dans les ovipares, et manque ensuite totalement. Le cerveau perd aussi ses replis dans la même progression , jusqu'à s'évanouir tout à fait. Sœmmerring remarque également que les circonvolutions du cerveau varient beaucoup en nombre et en caractère; qu'elles sont imperceptibles dans le cerveau d'un enfant de quatre mois , à moins qu'on ne le mette dans l'esprit de vin ; qu'elles sont plus petites et moins profondes dans l'enfance que dans l'âge adulte; enfin , qu'un petit cerveau avec beaucoup de circonvolutions est préférable, pour l'intelligence, à un plus grand qui en aurait moins. Voilà un objet d'études nouvelles qui rend l'opinion de Gall, qui ne considère que la masse cérébrale, aussi problématique que celle de ceux qui prennent aussi en considération les replis du cerveau et du cervelet ainsi que leur finesse pour expliquer la somme d'intelligence.