CHAPITRE III
La nature, si fidèle à son premier type, dans la formation des diverses parties du même corps qu'elle coordonne les unes avec les autres, aurait-elle fait les fibres du cerveau et fixé le nombre plus ou moins grand de leurs circonvolutions, sans laisser deviner le secret de son ouvrage, non-seulement par les saillies de l'intelligence, mais aussi par une sorte d'analogie avec d'autres parties extérieures telles, par exemple, que les cheveux, qui sont gros ou fins, plais ou frisés, dont les nuances et la forme varient avec l'âge, aussi bien que celles du cerveau, qui se régénèrent comme la substance de ce dernier et qui sont également sensibles à l'action de l'esprit de vin, qui les crispe et les fait boucler, etc.? Pourquoi la marche, le parler, les gestes, les mouvements et toutes les actions, même les plus minutieuses en apparence, peignent-elles avec tant de précision l'homme intellectuel et moral, si ce n'est par une suite de cette analogie qui met toujours la nature d'accord avec elle-même en établissant la convenance des parties d'un même tout entre elles, et le rapport exact des effets avec leurs causes physiques? La texture plus ou moins fine des fibres du cerveau, leur plus ou moins de consistance et de souplesse, en un mot tout leur caractère me paraît devoir être marqué dans toutes les autres parties visibles du corps, aussi bien que dans les actions qui les modifient et les font ressortir.
S'il en était autrement, comment retrouverait-on jusque dans les os, qui sont les parties les plus
brutes de toute la machine animale , toute la finesse ou la grossièreté des parties qui les recouvraient , tellement que l'on y distingue les âges et les sexes? Nul doute que les conjectures et les savantes illusions, basées sur les tempéraments pour expliquer les phénomènes du monde intellectuel , ne doivent être rapportées à un faux aperçu de l'analogie et de la coordination des organes secondaires à l'organe primitif qui les gouverne. On met tout sous l'empire des tempéraments, et, sans être arrêté par la contradiction qui est frappante, on laisse la volonté à l'organe intellectuel , auquel on ne donne qu'un rôle subalterne.
Comme les petites têtes, selon Gall, ont beaucoup improuvé cette partie de sa doctrine, il a du recueillir le plus grand nombre des preuves en sa faveur. C'est pourquoi il fait passer sous les yeux de ses auditeurs des têtes d'idiots en parallèle avec des têtes bien organisées, dont quelques-unes ont appartenu à des hommes de mérite qu'il prend la peine de nommer; il y fait particulièrement remarquer l'élévation et la largeur du front, la hauteur du sinciput, ainsi que la distance qui mesure le trajet d une bosse pariétale à l'autre, et celui du front à l'occiput. Il ouvre ensuite un grand portefeuille où se trouvent les portraits de beaucoup d'autres personnes qui se sont distinguées en différents genres ; il fait voir que l'élévation et la largeur du front les caractérisent toutes plus ou moins, ou sont rachetées par d'autres dimensions qui compensent celles-là.