CHAPITRE XLf
nerfs qui les surmontent seulement, sans adhérence intime.
10° L'on peut ajouter à tout cela, comme considération générale, que Gall est le premier qui ait fait connaître l'organisation du cerveau, non-seulement en précisant les parties dont il se compose réellement et en démêlant celles qui lui sont étrangères, mais aussi en démontrant sa composition fibreuse, méconnue avant lui. En effet, les anatornistes coupaient et tranchaient dans sa substance, comme dans un pain de beurre ou dans un fromage, sans soupçonner que l'on pût trouver un certain ordre dans la distribution des fibres qui le composent, ni les rattacher à une tige commune dont l'existence, au reste, eût été en contradiction avec le système adopté sur l'origine des nerfs. Quoique Vicq-d'Azyr et d'autres eussent déjà remarqué des faisceaux de fibres , et même poursuivi ceux des éminences pyramidales jusqu'aux pédoncules du cerveau, ils n'ont cependant jamais démontré ni même imaginé que ces éminences se prolongeassent jusque dans les hémisphères, ni qu'elles en fussent les véritables souches, ayant au contraire toujours supposé gratuitement, comme les autres, qu'elles en venaient ainsi que tous les nerfs. D'ailleurs les coupes et les dessins que nous a laissés Vicq-d'Azyr prouvent qu'il ne connaissait pas la véritable structure du cerveau. Il faut aussi remarquer que Gall n'avance rien sur la structure de ce viscère et sur l'origine des nerfs sans en administrer des preuves,
qui souvent emportent conviction, tandis que les autres anatomistes n'ont jamais appuyé leurs hypothèses, relativement à son organisation et à l'origine des nerfs qu'ils en dérivaient, sur rien autre chose que des contradictions, faisant à chaque pas rétrograder et changer la nature dans le mode et Tordre de ses opérations.
On lui faisait filer tous les nerfsdu cerveau comme d'une quenouille de haut en bas, et, avant de quitter le cerveau, on la faisait rebrousser chemin en lui faisant filer de bas en haut les paires de nerfs cérébrales. L'on appelait corticale une substance qu'on avait regardée comme l'écorce du cerveau , sans faire attention que c'était précisément la même substance qui se trouvait dans les parties les plus intimes de ce viscère , par exemple dans les prétendues couches optiques, les corps cannelés ou striés, les tubercules quadrijumeaux , l'intérieur de la protubérance annulaire, les éminences olivaires, etc., et c'est ainsi qu'en changeant le nom d'une même chose, chaque fois qu'elle se trouvait dans un autre lieu , l'on établissait le chaos des idées , et l'on se créait un labyrinthe inextricable. L'on ne voyait dans cette substance grise qu'une pulpe, un amas de globules ou de petites glandes sans en soupçonner le but véritable ni l'usage. L'on n'était point frappé de la contradiction par laquelle on filait des fusées de nerfs plus petites, d'une quenouille plus considérable, ni de la contradiction encore plus manifeste qu'il y avait à augmenter les masses par la soustraction des