‹ Physiologie intellectuelleChapitre 273 sur 298 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

parties, comme c'était le cas dans la moelle épinière, qui se trouvait d'autant plus grosse que les nerfs qu'on en détachait étaient plus nombreux et plus considérables , étant plus renflée dans les vertèbres lombaires que partout ailleurs. Non content de mettre la nature en désordre, on la rendait aussi inexplicable par des hypothèses bizarres. C'est ainsi qu'après avoir forgé, par un tour de force qui étonne la raison, une moelle épinière énorme et des nerfs volumineux avec un petit cerveau dans les quadrupèdes, en ne tirant que peu de chose d'un cerveau énorme dans l'homme, l'on faisait, par un enchantement encore plus extraordinaire, une moelle épinière et des nerfs avec rien dans les limaces , les polypes et toutes les espèces d'acéphales, égarant sa raison dans les ramifications d'une souche que l'on savait ne pas exister. Ce sont précisément ceux qui soutiennent et enseignent ces contradictions et ces absurdités, ceux qui, les ayant le moins senties, les ont toujours admises sur parole et sans aucune espèce de preuves; ce sont ceux-là, dis-je, qui, mesurant le mérite du docteur Gall sur le leur, et assimilant ses connaissances et ses découvertes à leur acquis indigeste pour n'en avoir jamais pris la moindre notion, nient la possibilité de ses démonstrations et traitent toute sa doctrine de système, d'hypothèse chimérique ou de charlatanerie. Laissons leur prétention, leurs préjugés, leurs hypothèses, leurs contradictions, leur suffisance et leur ignorance à ceux qui s'y complaisent et ont le talent d'exploiter assez

habilement ces petits fonds pour leur existence et leur fortune 5 l'habitude d'un faux jour et des ténèbres a trop affaibli leurs yeux pour qu'une lumière franche puisse ne pas les irriter. Leur maladie ne doit point empêcher ceux qui n'en sont point atteints, de préférer les faits aux hypothèses, les démonstrations à des rêves creux, l'ordre au chaos, le jour aux ténèbres , ni leur faire substituer à la marche régulière et uniforme de la nature une marche bizarre et contradictoire. Telle est mon opinion sur les découvertes anatomiques du docteur Gall. Je les ai présentées avec tout le développement qui m'a paru nécessaire pour en donner une idée juste et en faire saisir l'enchaînement et l'utilité.

Je pourrais citer à l'appui de mon sentiment les témoignages flatteurs que l'auteur de ces découvertes a reçus de la bouche de MM. Cuvier, Duméril , Geoffroy de Saint-Hilaire, Larrey, Alibert et d'un grand nombre de nos savants les plus distingués, lesquels l'ont engagé à publier lui-même un exposé de sa doctrine. Après avoir assisté aux démonstrations anatomiques qui se sont faites chez le docteur Bourdois, plusieurs professeurs de l'École de Médecine de Paris, entre autres MM. Thouret, Halié, Corvisart, d'abord défavorablement prévenus , ont également rendu hommage à la vérité, en engageant, comme je l'ai entendu moi-même plus d'une fois de la bouche du dernier , le docteur Gall à faire graver des planches de ses dissections. L'on sait avec quel empressement les mêmes démonstrations ont été suivies et

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