chapitre XLII
siliou que nous lui fîmes de faire pour le lendemain un couplet sur chacun de nous , et pour cela il demanda le nom de chacun. Je ne sais s'il a tenu parole, ne l'ayant pas revu depuis. Gall nous lit observer l'élévation et le renflement que le front de cet homme offrait supérieurement de chaque côté, en ajoutant que c'était à peu près le même front qu'avaient le poète allemand Wieland et les bustes d'Homère. Avant de quitter l'infirmerie, le docteur Gall nous fit encore remarquer, mais seulement en passant, l'élévation de la partie supérieure et postérieure de la tête de quelques personnages dont le délire portait sur une grandeur et une importance
magma ires.
Au sortir de l'infirmerie nous passâmes devant les loges de deux aliénés furieux que l'on nous dit avoir fait partie d'une bande de chauffeurs. Us étaient tous les deux enchaînés, et l'un avait une telle furie qu'il ne fut pas possible de l'approcher; mais nous pûmes examiner l'autre moyennant quelques prises de tabac, dont presque tous les aliénés font leurs délices. Ayant moi-même porté la main sur sa tête, au-dessus des oreilles, je trouvai que le renflement indiqué par Gall, comme la cause physique qui dispose l'homme à être Carnivore et cruel, y était beaucoup plus prononcé que je ne l'ai remarqué sur plusieurs autres individus. L'on conçoit que, s'il y a réellement une condition physique dans le cerveau de l'homme qui donne un penchant à tuer les animaux pour se nourrir de leur chair, ce penchant,
que ses dents el son estomac indiquent et que l'expérience confirme, sera d'autant plus susceptible d'une fausse direction, absolument en opposition avec le but de la nature et avec l'ordre social, que le défaut d'éducation aura été plus absolu, et que des circonstances plus impérieuses ou plus multipliées, telles que le désespoir, le délire, la folie, le danger de la vie, des besoins urgents, etc., auront troublé l'ordre et l'équilibre naturels des fonctions animales.
Quelques pas plus loin nous rencontrâmes d'autres aliénés qui n'ayant rien de dangereux dans leur folie se promenaient librement dans les cours, et offrirent à l'œil observateur du docteur Gall quelques indications particulières sur lesquelles il fixa encore l'attention des médecins qui l'accompagnaient. Ce qui piqua le plus notre curiosité, c'est la remarque qu'il fit d'un aliéné auquel il trouva encore l'organe des mathématiques. Il avait en effet L'angle externe des orbites à peu près comme l'arithméticien de l'infirmerie; et déplus, la partie supérieure et interne des mêmes cavités renflée en montant sur le front : ce qui annonçait aussi en lui le sens de la cosmognose ou des localités. Celui-ci nous mit, dès les premières questions, au courant des ses idées favorites et dominantes, qui roulaient toutes sur les mathématiques et sur l'astronomie. Il avait, disait-il , fait des défis el proposé des problèmes à MM. Lalande, Laplace, etc. , sans que ces derniers eussent pu y répondre, quoique ce n'eût été