‹ Physiologie intellectuelleChapitre 290 sur 298 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

en quelque sorte que des bagatelles pour lui ; il ajouta qu'il dirigeait les astres à volonté, qu'il faisait la pluie et le beau temps, et que, si nous voulions, il allait faire du beau temps (il pleuvait alors assez fort). A l'instant il tourna plusieurs fois son corps à droite et à gauche , pour nous expliquer le mouvement des astres et la manière dont il les faisait reparaître sur l'horizon. Sa petite chambre était remplie de figures et de dessins analogues à ses idées.

Après avoir quitté l'emploi des aliénés , nous nous rendîmes un instant au greffe. Deux individus enfermés s'étant montrés , on demanda au docteur Gall ce qu'il en pensait et de quoi il les croyait coupables. « Ce petit-là, dit-il, n'est pas capable de grand'chose; il se sera sûrement laissé employer et conduire par de plus adroits que lui, et il aura fait ce que les autres n'auront pas voulu faire eux-mêmes. » Nous apprîmes qu'en effet cet homme avait peu de moyens, et s'était laissé employer et prendre d'une manière assez gauche dans un vol. « L'autre, dit Gall, est un homme qui a de la capacité et des moyens ; je suis même étonné qu'il se soit fait renfermer, c'est dommage. » Il ajouta qu'il ne voyait pas trop quel crime il avait pu commettre, à moins que ce ne fût un penchant désordonné pour le sexe qui en eût été le principe. Nous nous informâmes en vain de l'individu, personne ne put ou ne voulut en rien dire. Mais il nous fit voir des ouvrages mécaniques de sa composition qui annonçaient en effet beaucoup d'in-

telligence et d'adresse. Les docteurs Gai 1, Spurzheim, Kérandren, Tarira, Klinger et moi retournâmes à Paris dans la même voiture, et il y fut encore question de ce dernier détenu. Gall répéta plusieurs fois que si c'était un voleur, il n'avait pas volé d'une manière ordinaire et maladroite; qu'il aurait plutôt fabriqué des papiers faux, ou employé d'autres moyens semblables. Nous regrettions beaucoup de n'avoir pu rien savoir sur son compte; et ce qui nous contrariait davantage, c'est que nous n'espérions pas de pouvoir rien en apprendre. Cependant le hasard servit notre curiosité, car nous nous retrouvâmes quelque temps après à dîner avec une personne qui n'avait pu rien savoir de ce que Gall avait dit en s'en retournant, et qui, nous entendant parler de ce môme détenu, nous dit qu'il l'avait connu; que celait un homme qui avait d'abord mené une mauvaise vie avec des femmes, et qu'il avait ensuite été arrêté pour fabrication de faux assignats. Ainsi Gall ne nous aurait rien dit qui ne se fût trouvé confirmé par l'expérience. Tous ceux qui l'accompagnaient peuvent attester la vérité de mon récit , que j'ai concentré sur les faits principaux et les plus frappants ; de peur qu'en y comprenant trop de détails, il ne s'y glissât plus facilement des erreurs et des inexactitudes.

Le docteur Gall fît aussi une visite à la Salpêtrière, le 7 janvier 1807, mais il paraît qu'il n'avait d'autre intention que de voir la distribution et la tenue des divers emplois des femmes aliénées; car il ne fit que les parcourir assez rapidement , et sans rien dire.

Page 1